13 02 18

« Le manager trop mou et le manager trop dur sont deux catastrophes. » (Carlos Ghosn)

Management humain.jpgLaurent Taskin, docteur en sciences de gestion, est professeur de management humain et des organisations à la Louvain School of Management et à l'Institut des Sciences du Travail et titulaire de la chaire laboRH en management humain et transformations du travail, à l'Université catholique de Louvain, où il dirige les masters en gestion des ressources humaines et en sciences du travail. Ses recherches portent sur le changement organisationnel en gestion des ressources humaines et, plus spécifiquement, sur les nouvelles formes d'organisation du travail et sur les processus de partage des connaissances, dans une perspective critique.

Anne Dietrich est docteur en sciences de gestion, maître de conférences habilitée à diriger des recherches à l'Institut d’administration des entreprises – École universitaire de management à Lille où elle a créé le master de GRH [1] en 2004 et l'a dirigé jusqu'en 2015. Elle a rédigé de nombreux articles et ouvrages sur les compétences, l'employabilité, le management de proximité, la gestion des ressources humaines et le travail.

Ils ont cosigné chez De Boeck supérieur à Louvain-la-Neuve un essai très technique, néanmoins accessible à un large public, intitulé Management humain et qui présente, ainsi que l’indique son prière d’insérer, l’avantage de réunir dans un même ouvrage deux champs de connaissances et de pratiques trop souvent séparés dans les manuels, alors qu’ils s’entremêlent largement dans la pratique du management : la gestion des ressources humaines et le comportement organisationnel.

Il met en perspective leurs concepts, théories et pratiques et procède à leur analyse critique afin de proposer une alternative au modèle instrumental qui domine la gestion des entreprises aujourd’hui. Il appelle à faire du management un véritable projet politique et invite à remettre le travail au cœur de la GRH, plaidant pour une autre vision de l’homme au travail, celle d’un être réflexif, et du manager, considéré comme bienveillant, car soucieux des autres et de leur travail.

Les auteurs invitent à repenser les modèles et les pratiques traditionnels de la GRH et du comportement organisationnel et leur confèrent d’autres finalités et modalités, davantage centrées sur le travail et sa reconnaissance.

L’ouvrage s’adresse aux étudiants, chercheurs et enseignants en sciences de gestion, du travail et en GRH, ainsi qu’aux personnes en formation professionnelle continue dans ces domaines. Il intéressera également toute personne soucieuse d’avoir un recul critique pour renouveler son approche et ses pratiques : direction générale, cadres, responsables opérationnels, DRH [2] et cadres syndicaux.

Bernard DELCORD

Management humain par Laurent Taskin et Anne Dietrich, préface de Pierre-Yves Gomez, Louvain-la-Neuve, Éditions De Boeck supérieur, collection « Manager RH », avril 2016, 256 pp. en gris au format 17,5 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 30 €

TABLE DES MATIÈRES

Préface par Pierre-Yves Gomez

INTRODUCTION

Vers un management (plus) humain

CHAPITRE 1

Quelle conception de l'homme au travail pour quel management humain ?

  1. Dénoncer les dérives de l'organisation du travail pour fonder une approche renouvelée

1.1 La gouvernance en questions

1.2 Le travailleur en souffrances

  1. L'imposture d'un management amoral

2.1 Pour une conception humaniste du management

CHAPITRE 2

Management humain et transformations du travail

  1. Contexte d'émergence et de développement de la GRH et du comportement organisationnel

1.1 L'Ancien Régime : une logique professionnelle

1.2 1790-1849 : une logique entrepreneuriale

1.3 1850-1896 : une logique industrielle

1.4 1897-1944 : une logique planificatrice

1.5 1945-2000 : une logique bureaucratique, puis de flexibilité

1.6 2000 à nos jours : une logique agile

  1. Limites d'une représentation historiciste

2.1 Une perspective universaliste

2.2 Une représentation figée

2.3 Des limites méthodologiques

  1. Comprendre et incarner les transformations du travail

3.1 Des transformations sociétales

3.2 Des transformations organisationnelles et managériales

3.3 Transformations des attentes des individus

3.4 Définir l'objet du management humain

CHAPITRE 3

De la motivation au travail au sens du travail

  1. Une pluralité de théories sur la motivation

1.1 Perspective du contenu : les approches en termes de besoins

1.2 Perspective du processus

  1. Limites du concept et des théories de la motivation : éléments de critique

2.1 Des théories fortement contextualisées

2.2 Une approche universaliste

2.3 Des limites méthodologiques

  1. Sens et non-sens du travail : comment ne pas démotiver ?

3.1 Le monde du travail est-il encore motivant ?

3.2 Technologie gestionnaire et non-sens au travail

3.3 Parler de la motivation des travailleurs, c'est questionner le sens au travail

CHAPITRE 4

Rôles du management humain : de la création de valeur à la production de reconnaissance

  1. Rôles, stratégies et métiers de la GRH

1.1 L'optimisation des ressources au service de la performance

1.2 La création de valeur

1.3 Métiers et expertises de la GRH : des responsabilités partagées

1.4 Construire une stratégie RH : un besoin de contextualisation

  1. Limites des modèles de GSRH

2.1 Une perspective universaliste

2.2 Une question trop simple, des réponses vagues

  1. Management humain : création de reconnaissance
  2. Quelles pratiques de gestion pour promouvoir la reconnaissance au travail ?

4.1 Systèmes de rémunération

4.2 Évaluation de la performance

4.3 Gestion des carrières

CHAPITRE 5

Le lien individu-organisation : de la culture organisationnelle à la relation d'emploi

  1. La culture organisationnelle

1.1 Des définitions en théorie des organisations

1.2 La culture organisationnelle : outil et objet de gestion

1.3 La culture d'entreprise : une notion à contextualiser

  1. Un usage et une vision contestés de la culture d'entreprise

2.1 Retour sur un concept de l'anthropologie

2.2 Des usages déviants et abusifs

2.3 L'organisation : espace pluriculturel ou lieu d'affrontement de cultures ? Les apports critiques d'études de terrain

  1. Pour une vision pluridimensionnelle du lien individu-organisation

3.1 L'intérêt d'une approche « anthropologique » de l'organisation

3.2 La relation d'emploi : le lien employeur-employé

3.3 L'intégration à l'épreuve du recrutement

CONCLUSION

Management humain : mettre en œuvre une approche renouvelée de la GRH et du comportement organisationnel

Management humain : un cheminement critique pour une approche renouvelée de la GRH et du comportement organisationnel

Des principes à la réalité : quelques balises et témoignages

Références

Index

 

[1] Gestion des ressources humaines.

[2] Directeur des ressources humaines.

11 02 18

« Plus une découverte est originale, plus elle semble évidente par la suite. » (Arthur Koestler)

L'Étreinte du crapaud .jpgJuif hongrois de langue allemande, fils d'industriel, né à Budapest en 1905 et naturalisé britannique, Arthur Koestler fait ses études à Vienne, puis devient journaliste en Palestine. Revenu en Europe, il adhère au Parti communiste allemand, trouvant là une réponse à la menace nazie.

Il part un an en Union soviétique et participe ensuite à la guerre civile espagnole, ce qui lui vaudra d’être emprisonné et condamné à mort par les franquistes, puis échangé quelque temps plus tard contre un prisonnier espagnol par le gouvernement britannique. De cet épisode est né le texte autobiographique Un Testament espagnol (1937) qui connut un grand succès international.

Dès 1938, ayant rompu avec le Parti communiste en raison des procès de Moscou (1936-1938), Arthur Koestler combat sans relâche le régime stalinien, notamment à travers son roman majeur, Le Zéro et l'Infini publié en anglais en 1940 et traduit en français en 1945, au grand dam d’intellectuels de « gauche » comme Simone de Beauvoir.

À partir de 1940, il vit en Angleterre, où, atteint de la maladie de Parkinson et de leucémie, il se suicide avec sa troisième épouse en mars 1983.

Son œuvre de romancier, philosophe, historien et essayiste lui vaut une renommée mondiale.

Dans la remarquable collection « Le goût des idées » qu’il dirige aux Éditions Les Belles Lettres à Paris, Jean-Claude Zylberstein a fait paraître récemment deux essais scientifiques d’Arthur Koestler, qui se lisent l’un comme un roman policier et l’autre comme un récit de science-fiction.

Le premier s’intitule L’étreinte du crapaud et voici la présentation qu’en donne l’éditeur :

« Le 26 septembre 1926, un biologiste autrichien nommé Paul Kammerer se tua d'un coup de revolver. Dans les milieux scientifiques, on considéra ce suicide comme le dénouement d'une bataille tantôt obscure, tantôt scandaleuse, autour des doctrines fondamentales de l'évolution.

Aux disciples de Lamarck, apôtres de l'hérédité des caractères acquis, les expériences de Kammerer menées pendant plus de quinze ans sur des générations d'amphibiens tels que la salamandre et le fameux crapaud accoucheur, apportaient des arguments apparemment décisifs.

D'où la fureur du camp opposé : celui des néo-darwinistes, adeptes des mutations fortuites préservées par la sélection naturelle. À leur tête, le savant anglais William Bateson insinua que les expériences étaient truquées, mais réussit à ne pas en examiner les résultats – s'arrangeant en particulier pour ne pas voir une pièce capitale : les "rugosités nuptiales" du dernier spécimen de crapaud accoucheur...

Un biologiste américain devait administrer le coup de grâce : se trouvant à Vienne, il y fit une découverte qu'il publia, et à la suite de laquelle Kammerer se suicida.

Longtemps intrigué par cette curieuse affaire, Arthur Koestler s'attendait, lorsqu'il décida de reprendre l'enquête, à raconter la triste histoire d'un savant qui trahit sa vocation : le suicide de Kammerer était, en effet, passé pour un aveu, et toute son œuvre en est restée discréditée.

Or, en analysant la documentation de l'époque et en se renseignant auprès de tous les survivants du drame, Koestler s'aperçut peu à peu qu'il procédait à la réhabilitation d'un homme qui, très probablement, fut la victime d'une trahison. »

Passionné de parapsychologie, Arthur Koestler a par ailleurs rédigé un curieux et passionnant ouvrage intitulé Les Racines du hasard.

Les Racines du hasard.jpg

Voici ce qu’en écrit Jean-Claude Zylberstein :

« Ce livre est une excursion à la frontière de deux domaines fondamentaux de la recherche : la physique quantique, infra atomique, d'une part, la parapsychologie, d'autre part.

En montrant comment la parapsychologie est devenue scientifiquement respectable, Koestler rappelle qu'aux États-Unis on se servait de l'électronique pour expérimenter sur la psychokinèse et qu'en URSS, la télépathie était une discipline officielle de la recherche.

De plus en plus "occulte", la physique théorique, enfreignant joyeusement les lois de la nature, naguère encore sacro-saintes, montrait une inclination étonnante pour des concepts "surnaturels" comme la masse négative, les trous dans l'espace, le temps renversé. Dans le monde fantastique de la physique des quanta, les notions raisonnables d'espace, de temps, de matières et de causalité n'ont plus cours.

Les plus grands physiciens de notre époque, Einstein, Planck, Heisenberg, ont été parfaitement conscients du caractère "mystique" des concepts dont ils se servaient, et plusieurs d'entre eux ont tenté une synthèse de la physique et de la parapsychologie.

Koestler examine certains de ces efforts de synthèse pour relier les sciences exactes aux intuitions de l'homme en quête de réalités profondes ; il esquisse une hypothèse personnelle à propos de ce problème qu'il demande à tous les chercheurs d'aborder sans préjugés, en se gardant à la fois d'un matérialisme figé et d'une crédulité superstitieuse. »

« Étonnant, non ? », comme disait Pierre Desproges…

Bernard DELCORD

L'Étreinte du crapaud par Arthur Koestler, traduction de l’anglais par Georges Fradier, Paris, Éditions Les Belles Lettres, collection « Le goût des idées » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, janvier 2018, 207 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 15 € (prix France)

Les Racines du hasard par Arthur Koestler, traduction de l’anglais par Georges Fradier, Paris, Éditions Les Belles Lettres, collection « Le goût des idées » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, janvier 2018, 138 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 15 € (prix France)

11 02 18

« Les colonies sont faites pour être perdues. » (Henry de Montherlant)

Traces de la vie coloniale au Congo belge et au Ruanda-Urundi .jpgRédigé sous la direction de l’universitaire, poète, écrivain, essayiste et critique belge Marc Quaghebeur (°1947) et préfacé par lui, le douzième numéro de la revue Congo-Meuse [1] intitulé Traces de la vie coloniale au Congo belge et au Ruanda-Urundi met en avant des documents, souvent inédits, ainsi que des témoignages d'acteurs de terrain et de voyageurs, qui éclairent la vie quotidienne et les mentalités dans les colonies belges à l’issue de la Première Guerre mondiale jusqu’aux moments des Indépendances.

Un recueil d’une richesse extraordinaire, comme en témoigne la table des matières reproduite ci-après, qui restitue avec un appareil de notes bien construit l’ambiance d’alors et qui décrit le quotidien du système colonial, y compris ses contradictions et ses failles, à travers ses divers composants belges, congolais, ruandais et urundais.

Nul doute qu’il retiendra l’attention d’un large public, celui qu’agitent aujourd’hui dans notre pays l’épineuse question coloniale et les interrogations sur sa réalité profonde telle que l’ont connue les colonisateurs et les colonisés.

En cela, il constitue une pièce importante du dossier à charge et à décharge…

Bernard DELCORD

Traces de la vie coloniale au Congo belge et au Ruanda-Urundi par Jean-Claude Kangomba, Nicole Leclercq et Francine Meurice sous la direction de Marc Quaghebeur, Paris, L’Harmattan, collection « Congo-Meuse » n°12, décembre 2017, 440 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 23,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 42 € (prix France)

TABLE DES MATIÈRES

 

I. CÉLÉBRATION ET CONTRADICTIONS DE L'EMPIRE

Retour sur un premier voyage de journaliste (1922)

Par Pierre Daye

La voix critique d'un Congolais (1937-1952)

Par Paul Lomami Tchibamba

L'émerveillement d'un magistrat international (1944)

Par Maurice de Wée

« Problèmes africains », un point de vue syndical et laïque (1950)

Par Charles Bertin

« Latitude Zéro », la splendeur de la langue au service de l'Empire (1950)

Par Charles Bertin

Une visite royale au Ruanda (1957)

Par un auteur inconnu

Médecin au Kasaï ! (1942-1952)

Par Albert Van Dorpe

Réflexions d'un administrateur de la partie orientale de l'Empire colonial (1951-1957)

Par Nicolas Joseph Muller

Un jeune chercheur dans la province de l'Équateur (1957-1960)

Par José Trussart

 

II. DES TRÉTEAUX ET DES VOIX

Une tournée théâtrale (1950)

Par Anne Carpriau

Le Journal de bord directorial d'une autre tournée théâtrale (1953)

Par Claude Étienne

Des marionnettes très courtisées, les Bilulus (1956)

Par Monique Heckmann et Jacques Zimmermann

La scène en dehors du théâtre de l'histoire (1959)

Par Anne Carpriau

 

III. AU SEUIL DES INDÉPENDANCES

Un partisan de l'indépendance progressive (1958)

Par Charles François

Le journal d'un témoin et acteur privilégié (1956-1960)

Par Albert Maurice

Derniers mois avant l'indépendance du Congo (1960)

Par Charles Moeller

Départ des coloniaux (1960)

Par Maximilien Philips

À l'approche de la fin de la tutelle sur le Burundi. Les Chasseurs ardennais (1960)

Par le lieutenant Dubois

 

IV. LES ADIEUX ET LES LARMES

Souvenirs d'un journaliste congolais

Par Joseph Mbungu NKandamana

Conscience et errance dans l'univers post-colonial

Par Muepu Muamba

 

Postface

Par Jean-Claude Kangomba

INDEX

 

[1] Cette revue est animée conjointement par des auteurs et des contributeurs européens et africains.

10 02 18

Le « Goebbels français »

Philippe Henriot – La résistible ascension d'un provocateur.jpgAgrégé d'histoire, docteur et HDR de l'Institut d'études politiques de Paris, Christian Delporte (°1958) est un historien français spécialiste d’histoire politique et culturelle de la France du XXsiècle, notamment de l’histoire des médias, de l’image et de la communication politique. Il fut l'élève de René Rémond et de Serge Berstein, est professeur à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et dirige la revue Le Temps des médias.

On lui doit, parue récemment chez Flammarion à Paris, une biographie fortement charpentée intitulée Philippe Henriot – La résistible ascension d'un provocateur dans laquelle il revient sur la « carrière » du très brillant – et en cela très dangereux – thuriféraire du nazisme en France sous la botte hitlérienne.

S'appuyant sur des archives inédites, notamment celles des Renseignement généraux, Christian Delporte retrace le parcours et décrit la personnalité du troisième homme fort de Vichy, député catholique de la 4circonscription de Bordeaux en 1932, réélu en 1936, député jusqu'en 1940 et pourtant antiparlementaire, antisémite viscéral, comploteur contre la République en février 1934, membre du comité directeur de l'Union antimaçonnique de France en 1935, antiallemand devenu pro-hitlérien à partir du 22 juin 1941, quand l'Allemagne envahit l'URSS, éditorialiste de Radio-Vichy de février 1942 à décembre 1943, tribun de Radio-Paris (on l’appelait « l'homme à la voix d'or ») à partir de cette date [1], membre de la Milice française en mars 1943, secrétaire d'État à l'Information et à la Propagande du gouvernement Laval en janvier 1944, un ultra parmi les ultras qui paradoxalement se rêvait poète ou écrivain, admirait Flaubert et Anatole France, et chassait les papillons qu'il collectionnait avec passion...

Philippe Henriot (7 janvier 1889 – 28 juin 1944), surnommé le « Goebbels français » par les dignitaires nazis, est finalement tombé à Paris sous le balles d’un commando du COMAC, le Comité d'action militaire dépendant du Comité central des mouvements de Résistance.

Au passage, Christian Delporte répond avec subtilité dans son ouvrage à des questions comme : comment devient-on Philippe Henriot ? Comment le catholicisme français peut-il parfois nourrir de tels dévoiements, qui conduisent à la trahison même de son pays ?

Des péchés mortels sans absolution possible…

Bernard DELCORD

Philippe Henriot – La résistible ascension d'un provocateur par Christian Delporte, Paris, Éditions Flammarion, collection « Grandes biographies », janvier 2018, 415 pp. en noir et blanc au format 15,2 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 25 € (prix France)

[1] Sur les ondes de Radio-Londres, c’est l’humoriste Pierre Dac qui lui donnait la réplique, avec l’immense talent qu’on lui connaît.

10 02 18

« Il pleuvait encore, ce matin-là ; une pluie douce, morne, résignée comme un veuvage. » (Georges Simenon in "Cécile est morte")

Le Paris de Simenon.jpgMembre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises à Bruxelles, juré du Prix Nocturne à Paris, collaborateur du Magazine littéraire et auteur prolifique, Jean-Baptiste Baronian (°1942) est l'auteur d'une soixantaine de livres. Il a publié des romans, des essais, des biographies (Baudelaire, Verlaine et Rimbaud), ainsi que le Dictionnaire amoureux de la Belgique. Il est le président de l'association internationale « Les Amis de Georges Simenon », auquel il a consacré une centaine d'articles et plusieurs ouvrages.

Parmi ceux-ci, relevons Le Paris de Simenon (Paris, Éditions Alexandrines), dans lequel Jean-Baptiste Baronian met en avant les rapports qu’entretenait le créateur du commissaire Maigret avec la Ville Lumière.

Voici ce qu’il nous en dit :

« Simenon découvre Paris lors de son service militaire. Il écrit à Tigy, sa femme : “Paris ne m'a pas étonné. Dès la première minute, je m'y suis trouvé comme chez moi. Pas une hésitation – pas la moindre curiosité. J'étais bien, j'étais content d'être là et pas ailleurs –, je me demandais et je ne demande encore qu'à y rester toujours.” Il s'installe à Paris en 1919 et au printemps 1924, il publie Le Roman d'une dactylo.

Ses publications se vendant fort bien, au début du mois de novembre 1924, Tigy et lui louent un appartement de deux pièces sur cour au 21, place des Vosges, dans le cœur du Marais. On les voit alors partout : à La Rotonde, à La Coupole, “aussi peu bourgeois que possible”, au Select, ouvert jour et nuit, à la terrasse du Dôme... Il mène une vie trépidante et emmagasine une multitude d'expériences, d'impressions, de sensations et d'émotions. Il a d'ailleurs situé à Paris l'intrigue de cent sept romans sur les quelque deux cents qu'il a signés de son patronyme, et il l'a toujours longuement évoquée dans ses œuvres autobiographiques, en particulier dans ses vingt et une dictées.

De 1931 à 1934, ce sont donc dix-neuf aventures du commissaire Maigret, Jules de son prénom, qui paraissent à l'enseigne d'Arthème Fayard. On voit le héros se balader sur les pas de son créateur, du quai des Orfèvres au boulevard Richard Lenoir et au carrefour Montparnasse où il s'arrête à La Coupole, au milieu d'une populeuse clientèle internationale. »

Ajoutons que la plupart des romans de Simenon qui parlent de Paris ont été écrits aux États-Unis ou en Suisse.

Une histoire bien belge…

Bernard DELCORD

Le Paris de Simenon par Jean-Baptiste Baronian, Paris, Éditions Alexandrines, collection « Le Paris des écrivains », octobre 2016, 102 pp. en noir et blanc au format 10,5 x 15,2 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 8,90 € (prix France)

10 02 18

Théo

51R9W6KYfzL._SX195_.jpg" Très vite, Théo a appris à jouer le rôle qu'on attendait de lui. Mots délivrés au compte-goutte, expression neutre, regard baissé. Ne pas donner prise. Des deux côtés de la frontière, le silence s'est imposé comme la meilleure posture, la moins périlleuse.'

 Hélène, professeur de sciences au collège de Théo, croit reconnaître en son élève les signes de maltraitance parentale dont elle a elle-même été victime durant son enfance. Très vite, elle en alerte ses collègues, l'infirmière, .. et outrepasse le cadre de ses fonctions.

S'il ne souffre pas de sévices physiques,  le jeune Théo, pré-ado,  est l'enjeu et le jouet de la haine viscérale que sa mère porte à son père dont elle est divorcée. Il doit lui taire la déchéance physique, alcoolique et morale que connaît ce dernier sous peine de lui voir retirer  sa part de garde alternée, sans doute son ultime raison de vivre.

Alors Théo se tait et "boit de l'alcool comme s'il voulait en mourir" . Il tente d'atteindre ce coma éthylique qui seul pourra dénouer le drame qui le dépasse.

Centré sur l'abyssale difficulté de communication qui saisit certains couples - les parents de THéo, certes, mais aussi Cécile et Wiliam, parents de Mathis -  le roman de Delphine de Vigan est plombé de souffrance. 

Une souffrance si justement exprimée qu'elle suscite l'immédiate, la nécessaire empathie du lecteur

Apolline Elter 

Les loyautés, Delphine de Vigan, roman, Ed. JC Lattès, janvier 2018, 206 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

09 02 18

Le roi Jean...

De Lattre par Ivan Cadeau.jpgOfficier au Service historique de la Défense et docteur en histoire, Ivan Cadeau est également rédacteur en chef adjoint de la Revue historique des armées. Auteur de plusieurs ouvrages, il a publié en 2013, chez Perrin à Paris, La Guerre de Corée 1950-1953.

Dans la même maison, il a fait paraître ensuite De Lattre, une biographie lumineuse particulièrement passionnante du général d'armée et maréchal de France à titre posthume Jean de Lattre de Tassigny (1889-1952).

Jeune dragon arrivé quatrième en 1908 au concours d’entrée à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr-l’École, ce brillantissime officier supérieur reçut des funérailles nationales en janvier 1952 après une carrière militaire exceptionnelle.

Qu’on en juge :

– Blessé cinq fois, il a terminé la Première Guerre mondiale avec huit citations, la Légion d'honneur et la Military Cross.

– en 1925-26, il a participé à la guerre du Rif au Maroc, où il fut à nouveau blessé.

– Au début de la Seconde Guerre mondiale, plus jeune général de France, à la tête de sa division lors de la bataille de France, il tient tête aux Allemands à la bataille de Rethel, en Champagne et sur la Loire jusqu’au 22 juin 1940.

– Commandant de la 16e division militaire à Montpellier, lorsque la zone libre est envahie par les troupes allemandes, à la suite du débarquement des Alliés en Afrique du Nord, le 11 novembre 1942, il est arrêté et condamné à dix ans de prison pour avoir donné l’ordre à ses troupes de résister par les armes aux troupes du IIIReich. Il parvient ensuite à s'évader et rallie la France libre.

– À la tête de la 1re armée française débarquée en Normandie en juin 1944, il mène la campagne victorieuse, dite « Rhin et Danube » et il est le seul général français de la Seconde Guerre mondiale à avoir commandé de grandes unités américaines.

– Il a représenté la France à la signature de la capitulation allemande à Berlin, le 8 mai 1945, aux côtés d'Eisenhower, Joukov et Montgomery.

– Commandant en chef des forces françaises en Allemagne en 1945, puis inspecteur général de l'Armée de terre et chef d’État-Major général de la Défense nationale en 1947, il devient vice-président du Conseil supérieur de la guerre.

– De 1948 à 1950 auprès du maréchal Montgomery, il est le premier commandant en chef des Forces terrestres de l’Europe occidentale.

– Fin 1950, il est envoyé redresser la situation sur le front de la guerre d'Indochine, et cumule alors les postes de haut-commissaire en Indochine et de commandant en chef du corps expéditionnaire. Il remporte en 1951 plusieurs victoires importantes contre le Việt Minh, mais, très affecté par la mort de son fils Bernard (tué au combat à Ninh Binh, le 30 mai 1951) et atteint d’un cancer de la hanche, il doit quitter l'Indochine dès la fin de l'année pour se faire soigner en France où il décédera peu de temps après. [1]

« Quant à la personnalité du maréchal de Lattre, écrit Ivan Cadeau, elle continue bien après sa mort à susciter les plus vifs commentaires, les uns mettant en avant ses atouts – animateur hors pair, travailleur infatigable –, les autres préférant relever ses défauts – ses colères, sa vindicte, son goût du faste. »

Un peu comme George Patton…

Bernard DELCORD

De Lattre par Ivan Cadeau, Paris, Éditions Perrin, novembre 2017, 325 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 22 € (prix France)

[1] Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_de_Lattre_de_Tassigny

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Biographies | Commentaires (0) |  Facebook | |

09 02 18

Entretiens avec l’ange…

Des matins lumineux.jpgQuatrième petit ouvrage de la sympathique collection « Opuscule » publiée par les Éditions Lamiroy à Bruxelles, la nouvelle fort originale et habilement menée par Jacques Mercier intitulée Des matins lumineux met en scène un animateur de radio intérimaire qui converse avec ses auditeurs dans une émission appelée 5 à 7 le matin.

Entre paroles de chansons françaises et dialogues récurrents avec une auditrice ponctuelle, il ira de surprise en émois avant de partir à sa recherche.

Et de la trouver…

Bernard DELCORD

Des matins lumineux par Jacques Mercier, Bruxelles, Éditions Lamiroy, collection « Opuscule », septembre 2017, 33 pp. en noir et blanc au format 10 x 14 cm sous couverture brochée en couleurs, 4 €

08 02 18

Splendeurs baroques…

L'hôtel de ville de Liège – Un remarquable florilège d'ornements.jpgGrand spécialiste de l’histoire de l’art, de la musique et de l’ornementation architecturale, Bernard Wodon [1] a fait paraître récemment, dans la collection des « Carnets du Patrimoine » publiée à Namur par l’Institut du Patrimoine wallon, un passionnant petit ouvrage intitulé L'hôtel de ville de Liège – Un remarquable florilège d'ornements dans lequel il retrace et commente en détail la construction, durant le premier tiers du XVIIIsiècle, de ce magnifique bâtiment baroque érigé sur un plan en U.

Situé à l'emplacement de l'ancienne maison communale gothique, détruite par les troupes françaises en 1691 sur ordre de Louis XIV, ce monument municipal a été classé en 1942 et inscrit au patrimoine exceptionnel de Wallonie depuis 2002, en raison notamment de son remarquable état de conservation, de la splendeur des deux cages de ses escaliers d’honneur et de la richesse décorative de ses nombreuses salles ornées par quantité d’artistes, liégeois pour la plupart.

Une véritable débauche de feuilles d’acanthe, de rinceaux, d’espagnolettes, de culots, d’attiques, de trophées, de panneaux et de plafonds peints, de dorures, de stucs, de dais, de dessus de porte sculptés, d’atlantes, de caryatides, de boiseries travaillées, de toiles murales, de manteaux de cheminées…

De toute beauté !

Bernard DELCORD

L'hôtel de ville de Liège – Un remarquable florilège d'ornements par Bernard Wodon, Namur, Institut du Patrimoine wallon, collection « Carnets du Patrimoine », décembre 2017, 52 pp. en quadrichromie au format 16 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 6 €

[1] Docteur en musicologie et histoire de l’art de l’Université catholique de Louvain, Bernard Wodon a entre autres fonctions été chargé du cours d’analyse du décor monumental à l’Université de Liège. Il est notamment l’auteur de -2000 +2000, 4000 ans de patrimoine (Bruxelles, Éditions Didier Hatier, 2002), de l’Histoire de la Musique (Paris, Larousse, collection « In extenso », 2008, rééd. 2014), de 1000 ans de rayonnement artistique liégeois (Liège, Éditions de la Province de Liège, 2016), de L’Opéra dans l’Histoire (Liège, Éditions de la Province de Liège, 2017),  – quatre ouvrages dont votre serviteur a assuré la direction éditoriale –, ainsi que de L'Ornement. De l'Antiquité au XXsiècle (Paris, Citadelles & Mazenod, 2014).

Écrit par Brice dans Arts, Bernard Delcord | Commentaires (0) |  Facebook | |

08 02 18

Pacte d'amitié

On l'attendait avec ferveur ce deuxième roman d'Olivier Bourdeaut. 

C'en était presque mise sous pression

A l'écrivain toutefois peu chaut

De chefs-d'oeuvre seuls, fait profession.

CVT_Pactum-salis_1141.jpg 

Après le succès d'En attendant Bojanglès qui avait ravi de fantaisie, d'humour,de gravité et de folie, ses innombrables lecteurs (billet fervent sur votre blog préféré)  l'écrivain nantais parsème de grains d'absurde et ...de sel, la relation d'un pacte d'amitié tout à fait incongru: celui que scellent Jean, Parisien trentenaire converti en paludier de Guérande et Michel, agent immobilier arriviste, imbibé d'alcool et d'argent.

Très mal engagée, leur rencontre sur tas de sel se mue et s'aimante rapidement en une tentative d'apprivoisement sur fond de fascination. Jean fait signer à Michel, ivre et dépossédé de ses facultés, un contrat de cueillette de sel qui vaudra au lecteur des descriptions d'anthologie des marais salants.

Si l'amitié entre les deux hommes peine à s'épanouir, il n'en va pas de même de l'écriture bourdeautienne, puissante,  visuelle, maîtrisée qui allie à une facture classique, diantrement soignée, les effets surprenants de syncopes rythmiques ,d 'économie verbale et d'un humour condensé.

Un défi de deuxième roman relevé haut la plume

Apolline Elter

Pactum salis, Olivier Bourdeaut, roman, Ed. Finitude, janvier 2018, 254 pp

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |