09 05 18

Images de la « révolution symbolique ».

Gilles Caron 1968.jpgCatalogue de l’exposition « Anniversaire de Mai 1968 » présentée à l’hôtel de ville de Paris jusqu’au 20 juillet 2018, le beau livre de Michel Poivert [1] intitulé Gilles Caron 1968 publié chez Flammarion présente 310 clichés du photographe et reporter de guerre (pour l’agence Gamma) Gilles Caron (1939-1970) décédé prématurément au Cambodge dont il couvrait le conflit [2].

Célèbre pour ses reportages en Israël lors de la guerre des Six Jours, au Vietnam, au Biafra, en Irlande du Nord, à Prague, au Tchad dans les années 1960, Gilles Caron est aussi considéré comme « le » photographe de Mai 68 et de ses suites, dont il a pris sur le terrain, dans les amphis et au cours des manifs des milliers de vues tout au long d'une année afin de brosser un portrait de la jeunesse française, de ses vedettes [3], de ses hommes politiques (Charles de Gaulle, André Malraux…) et d'une foule d'anonymes décidée à changer d'époque.

Il a aussi participé au tournage de quelques films : La guerre est finie d’Alain Resnais, Weekend de Jean-Luc Godard, Baisers volés de François Truffaut, Slogan de Pierre Grimblat.

L’ouvrage se conclut par des images prises au Biafra, Au Mexique et en Guinée-Bissau.

Daniel Cohn-Bendit devant la Sorbonne, Paris, mai 1968.jpg

Daniel Cohn-Bendit devant la Sorbonne, Paris, mai 1968.

© Fondation Gilles Caron Genève courtesy School Gallery / Olivier Castaing

 

De précieux témoignages !

Bernard DELCORD

Gilles Caron 1968 par Michel Poivert, Paris, Éditions Flammarion, mai 2018, 288 pp. en noir et blanc et en quadrichromie au format 20,9 x 28,9 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 39,90 €

INFORMATIONS PRATIQUES

Hôtel de Ville

5, rue de Lobau

F-75004 PARIS

Jusqu’ au 28 juillet 2018

Les lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi de 10 heures à 18 heures

Prix : gratuit

 

[1] Ancien élève de l'École du Louvre, Michel Poivert (°1965) est un historien de la photographie et un commissaire d'exposition français. Il a soutenu une thèse de doctorat d'histoire de l'art en 1992 à l'université Paris-1 Panthéon-Sorbonne et, depuis 2006, il est professeur dans cette même faculté, où il dirige le département d’histoire de l’art.

[2] Sur la route n°1 qui relie le Cambodge au Vietnam dans une zone contrôlée par les khmers rouges de Pol Pot.

[3] James Brown, Mireille Darc, Romy Schneider, Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, Serge Reggiani, France Gall, Serge Gainsbourg, Jane Birkin, Jacques Brel, Yves Saint-Laurent, Sheila, Françoise Hardy, Charles Aznavour, Johnny Hallyday, François Truffaut, Jean-Louis Trintignant, Jean-Luc Godard, Louis Armstrong, Marguerite Duras, Jean-Paul Sartre, Daniel Cohn-Bendit…

08 05 18

« Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout. » (Jean-Luc Godard)

Nos films de toujours.jpgLa nouvelle édition augmentée de Nos films de toujours par l’équipe de Monsieur Cinéma publiée chez Larousse à Paris décrit et décrypte près de 360 films, succès d'un jour ou chefs-d'œuvre de toujours, sommets du box-office ou grands classiques du cinéma, soit 16 de plus que la version princeps parue en 2002.

Commençant par Le Quai des brumes (1936) et terminant par La planète des singes : les origines (2011) en passant par Voyage dans la Lune (1902), Metropolis (1927), L’Ange bleu (1930), Autant en emporte le vent (1939), Le Magicien d’Oz (1939), Le Dictateur (1940), Citizen Kane (1941), Le Grand sommeil (1946), Le Train sifflera trois fois (1952), À l’Est d’Eden (1955), La Mort aux trousses (1959), La dolce vita (1960), Un taxi pour Tobrouk (1961), Les Tontons flingueurs (1963), Le Guépard (1963), Le docteur Jivago (1965), Bullitt (1968), 2001 : L’Odyssée de l’espace (1968), Z (1969), Orange mécanique (1971), Cris et chuchotements (1973), Barry Lindon (1975), L’Empire des sens (1976), Les Bronzés (1978), Shining (1980), Le Père Noël est une ordure (1982), Furyo (1983), Le Nom de la rose (1986), Basic Instinct (1992), La Haine (1995), Scream (1996), Titanic (1997), Le Dîner de cons (1998), Ratatouille (2007), Intouchables (2011), Avengers (2012), Gravity (2013), Winter Sleep (2014), Sils Maria (2014), Sicario (2015), La La Land (2016), Au revoir là-haut (2017) et bien d’autres encore, l’ouvrage voit son contenu rassemblé autour de 20 thématiques et se conclut par deux index, des titres de films et des réalisateurs.

Un véritable Cinéma Paradiso (1988) !

Bernard DELCORD

Nos films de toujours par l’équipe de Monsieur Cinéma, prologue de Pierre Tchernia, Paris, Éditions Larousse, avril 2018, 400 pp. en quadrichromie au format 17,8 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 22 € (prix France)

LISTE DES THÉMATIQUES :

– Amour, toujours

– Aux franges du réel

– Cow-boys et Indiens

– Divines…

– L’envers de la guerre

– Flics, détectives et truands

– Gags à gogo

– Grands spectacles

– Guerriers inoubliables

– Héros au grand cœur

– Histoires de famille

– Je t’aime, moi non plus

– Marginaux et décalés

– Le monde est une jungle

– Monstres, vampires et Cie

– Sexe, mensonges, etc.

– Le souffle du suspense

– Sur un air de musique

– Tranches de vie

– Univers futurs

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04 05 18

L’homme d’un grand rêve…

Martin Luther King.jpgÀ l’occasion du cinquantenaire de son décès, les Éditions Gallimard à Paris ressortent la biographie de Martin Luther King bellement rédigée avec lyrisme par Alain Foix [1] et parue en 2012.

Martin Luther King Jr., né à Atlanta (Géorgie) le 15 janvier 1929 et mort assassiné le 4 avril 1968 à Memphis (Tennessee), était un pasteur baptiste afro-américain inspiré par Gandhi, militant non-violent pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis, pour la paix et contre la pauvreté.

Entré à l'âge de 15 ans au Morehouse College, une université réservée aux garçons noirs, après avoir sauté deux années de lycée et sans avoir officiellement obtenu son certificat de fin d'études, il en sort avec le diplôme de Bachelor of Arts en sociologie le 20 juin 1948 et rentre au Crozer Theological Seminary pour un Bachelor of Divinity à Chester (Pennsylvanie) – qui correspond à une licence en théologie – qu'il obtient le 12 mai 1951. Il obtient son doctorat en théologie, à l'université de Boston, le 18 juin 1955.

Devenu en 1953 le pasteur de l'église baptiste de l'avenue Dexter à Montgomery (Alabama), il a organisé et dirigé avec le soutien du pasteur Ralph Abernathy des actions telles que le boycott (il dura 382 jours…) des bus de cette ville pour défendre le droit de vote, la déségrégation et l'emploi des minorités ethniques après que, le 1er décembre 1955, Rosa Parks, une femme noire, eut été arrêtée pour avoir violé les lois ségrégationnistes de la ville en refusant de céder sa place à un Blanc.

Martin Luther King fut lui-même conduit en prison durant cette campagne extrêmement tendue au cours de laquelle des racistes blancs ont eu recours au terrorisme : la maison de Martin Luther King fut attaquée à la bombe incendiaire le matin du 30 janvier 1956, ainsi que celle de Ralph Abernathy et quatre églises, et King a été victime de violences physiques.

Il a prononcé un discours célèbre le 28 août 1963 devant le Lincoln Memorial à Washington durant la marche pour l'emploi et la liberté : “I have a dream” (cf. infra).

Il était soutenu par John F. Kennedy dans la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis ; la plupart de ces droits seront promus par le “Civil Rights Act” et le “Voting Rights Act” sous la présidence de Lyndon B. Johnson.

Martin Luther King fut le plus jeune lauréat du prix Nobel de la paix en 1964 pour sa lutte non-violente contre la ségrégation raciale et pour la paix.

Il commença alors une campagne contre la guerre du Viêt Nam et la pauvreté, qui prit fin en 1968 avec son assassinat officiellement attribué à James Earl Ray, dont la culpabilité et la participation à un complot sont toujours débattues.

Il s’est vu décerner à titre posthume la médaille présidentielle de la Liberté par Jimmy Carter en 1977, le prix des droits de l'homme des Nations unies en 1978, la médaille d'or du Congrès en 2004, et il est considéré comme l'un des plus grands orateurs américains. Depuis 1986, le Martin Luther King Day est jour férié aux États-Unis [2].

Bernard DELCORD

Martin Luther King par Alain Foix, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio biographies », avril 2018, 307 pp. en noir et blanc + 1 cahier de 8 pp. en quadrichromie au format 10,8 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 8,90 € (prix France)

J'ai un rêve

(Discours prononcé le 28 août 1963 par Martin Luther King à Washington devant le Lincoln Memorial)

Il y a cinq fois vingt ans, un grand Américain, qui aujourd'hui encore nous inonde de son ombre symbolique, a signé la Proclamation d'émancipation. Ce décret d'une importance capitale est devenu une lueur d'espoir pour des millions d'esclaves noirs marqués au fer rougi à la flamme d'une injustice avilissante. Ce décret fut perçu comme l'aube empreinte de joie annonçant la fin d'une longue nuit de captivité.

Mais, un siècle plus tard, les Noirs ne sont toujours pas libres. Un siècle plus tard, la vie des Noirs est toujours cruellement entravée par la ségrégation et les chaînes de la discrimination. Un siècle plus tard, les Noirs vivent sur un îlot de pauvreté perdu au milieu d'un vaste océan de prospérité matérielle. Un siècle plus tard, les Noirs dépérissent toujours en marge de la société américaine et sont des exilés sur leur propre terre. Si nous sommes ici aujourd'hui, c'est pour dénoncer une condition honteuse.

Nous venons en quelque sorte à la capitale pour encaisser un chèque. Lorsque les architectes de notre république ont écrit les mots magiques de la Constitution et de la Déclaration d'indépendance, ils ont signé un chèque plein de promesses dont chaque Américain est devenu l'héritier. Ce chèque a été la promesse faite à tous les hommes, qu'ils soient noirs ou blancs, de jouir des droits inaliénables de la vie, de la liberté et de la quête du bonheur. Aujourd'hui, tout montre que l'Amérique n'a pas tenu sa promesse, tout au moins en ce qui concerne les citoyens de couleur. Au lieu de faire honneur à son obligation sacrée, l'Amérique a remis au peuple noir un chèque en bois, un chèque qui revient marqué de ces mots : « Sans provision ». Mais nous refusons de croire que la banque de la justice a fait faillite. Nous refusons de croire qu'il n'y a pas les fonds nécessaires dans les grands coffres de l'opportunité de la nation. Et c'est pourquoi nous venons encaisser notre chèque et exigeons le versement des richesses de la liberté et la garantie de la justice.

Nous sommes également venus dans ce lieu sacré pour rappeler à l'Amérique l'urgence absolue du moment présent. L'heure est passée de s'accorder le luxe de calmer les esprits ou de se laisser endormir par la théorie évolutive du gradualisme. Il est temps de s'engager réellement et de créer une démocratie. Il est temps de sortir de la vallée obscure et désertée de la ségrégation et d'emprunter la voie éclairée par les rayons du soleil de la justice raciale. Il est temps pour notre nation d'échapper aux sables mouvants de l'injustice raciale et de s'agripper au solide rocher de la fraternité. Il est temps, maintenant, que la justice devienne une réalité pour chacun des enfants de Dieu.

Il serait fatal pour la nation de passer outre l'urgence du moment présent. Cet été étouffant marqué par le mécontentement légitime des Noirs ne prendra fin qu'avec l'arrivée d'un automne vivifiant qui véhiculera la liberté et l'égalité. L'année 1963 n'est pas une fin, mais un commencement. Celles et ceux qui espèrent que les Noirs se contenteront d'exprimer leur colère auront un dur réveil si la nation revient, comme si de rien n'était, à ses affaires. L'Amérique ne connaîtra ni le repos ni la tranquillité tant que les Noirs ne jouiront pas de leurs droits civiques. Les tumultes de la révolte continueront à ébranler les fondations de notre nation jusqu'au jour où la lumière de la justice brillera enfin.

Mais je tiens à dire quelque chose à mon peuple prêt à franchir le seuil du palais de la justice. En voulant accéder à la place qui nous revient, nous ne devons pas nous rendre coupables d'actes frauduleux. N'étanchons pas notre soif de liberté en buvant à la coupe de l'amertume et de la haine, mais menons notre combat avec dignité et discipline. Ne laissons pas notre revendication créative dégénérer en violence physique. Encore et encore, élevons-nous vers les hauteurs majestueuses en veillant à ce que la force de l'âme l'emporte sur la force physique.

Ce nouveau militantisme merveilleux dans lequel s'engouffre la communauté noire ne doit pas nous conduire à la méfiance envers le peuple blanc, car nombre de nos frères blancs – comme le prouve leur présence aujourd'hui – ont compris que leur destinée est intimement liée à la nôtre. Ils doivent maintenant comprendre que leur liberté est inextricablement liée à la nôtre. Nous ne pouvons pas faire route seuls.

Et alors que nous marchons, nous devons nous engager à toujours aller de l'avant. À ne jamais faire demi-tour. Il y a ceux qui demandent aux partisans des droits civiques : « Quand serez-vous satisfaits ? » Nous ne serons pas satisfaits tant que les Noirs seront les victimes des horreurs indescriptibles dues à la brutalité de la police. Nous ne serons pas satisfaits tant que nos corps, pliant sous le poids de la fatigue du voyage, ne pourront pas se reposer dans les motels au bord des routes ou dans les hôtels en centre-ville. Nous ne serons pas satisfaits tant qu'un Noir du Mississippi n'aura pas le droit de vote et tant qu'un Noir à New York ne verra pas ce pour quoi il peut voter. Non, non. Nous ne sommes pas satisfaits et nous ne serons pas satisfaits tant que la justice n'aura pas gain de cause et que la vertu ne s'imposera pas.

Je n'oublie pas que certains d'entre vous sont venus ici après avoir été jugés et avoir subi moult souffrances. Certains d'entre vous viennent tout juste de quitter une cellule de prison étroite. Certains d'entre vous viennent de lieux où la quête de liberté les a exposés aux tempêtes des persécutions et aux brutalités policières.

Vous êtes les vétérans de la souffrance créative. Continuez à œuvrer avec la conviction que la souffrance non méritée est rédemptrice. Retournez dans le Mississippi. Retournez en Alabama. Retournez en Caroline du Sud. Retournez en Géorgie. Retournez en Louisiane. Retournez dans les bidonvilles et les ghettos des villes du Nord, convaincus que, d'une manière ou d'une autre, cette situation peut changer et changera. Ne nous embourbons pas dans la vallée du désespoir, je vous le dis aujourd'hui, mes amis. Et même si nous sommes confrontés aux difficultés d'aujourd'hui et de demain, je garde en moi un rêve. Et ce rêve est profondément enraciné dans le rêve américain.

J'ai un rêve qu'un jour cette nation se relèvera et verra se réaliser son credo : nous tenons ces vérités comme allant de soi, que tous les hommes naissent égaux en droits.

J'ai un rêve qu'un jour sur les collines rouges de la Géorgie, les fils des premiers esclaves et les fils des premiers maîtres seront capables de s'asseoir côte à côte à la table de la fraternité.

J'ai un rêve qu'un jour même l'État du Mississippi, un État étouffé par la chaleur de l'injustice, étouffé par la chaleur de l'oppression, deviendra une oasis de liberté et de justice.

J'ai un rêve qu'un jour mes quatre jeunes enfants vivront dans une nation où ils ne seront pas jugés pour la couleur de leur peau, mais pour ce qu'ils sont.

J'ai un rêve aujourd'hui !

J'ai un rêve qu'un jour, en Alabama, État connu pour ses racistes haineux, son gouverneur qui n'a sur les lèvres que les mots interposition et invalidation, qu'un jour en Alabama, les petits garçons noirs et les petites filles noires donneront la main à des petits garçons blancs et des petites filles blanches comme s'ils étaient frères et sœurs.

J'ai un rêve aujourd'hui !

J'ai un rêve qu'un jour toutes les vallées seront élevées, toutes les collines et les montagnes seront nivelées, tous les lieux rugueux seront lissés et tous les endroits tortueux seront redressés, et que la gloire du Seigneur sera révélée et que tous les hommes la verront ensemble.

Tel est notre espoir. Telle est la foi que je veux ramener avec moi dans le Sud. Avec cette foi, nous serons capables de tailler dans la montagne du désespoir un bloc d'espoir. Avec cette foi, nous serons capables de transformer les dissensions fracassantes de notre nation en une belle symphonie de fraternité. Avec cette foi, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de combattre ensemble, d'être emprisonnés ensemble, d'œuvrer ensemble pour la liberté en sachant qu'un jour nous serons libres.

Et quand ce jour arrivera, tous les enfants de Dieu pourront chanter : « Mon pays c'est toi, doux pays de liberté que je chante. Pays où mes pères sont morts, pays dont les pèlerins sont fiers, sur tous les versants des montagnes, que retentisse la liberté ! ». Et si l'Amérique veut être une grande nation, ce jour doit arriver.

Et que la liberté retentisse de tous les sommets des collines prodigieuses du New Hampshire.

Que la liberté retentisse des montagnes toutes-puissantes de New York.

Que la liberté retentisse des hauteurs des Alleghany en Pennsylvanie.

Que la liberté retentisse des sommets enneigés des montagnes Rocheuses du Colorado.

Que la liberté retentisse des pentes douces de Californie.

Mais pas seulement. Que la liberté retentisse de Stone Mountain en Géorgie.

Que la liberté retentisse de Lookout Mountain au Tennessee.

Que la liberté retentisse de toutes les collines et de toutes les montagnes du Mississippi, de tous les versants des montagnes, que la liberté retentisse !

Et quand cela se produira, quand nous laisserons cette liberté retentir, quand cette liberté retentira de tous les villages et de tous les hameaux, de tous les États et de toutes les villes, nous pourrons précipiter la venue de ce jour où tous les enfants de Dieu, les Noirs et les Blancs, les Juifs et les Gentils, les protestants et les catholiques pourront se donner la main et entonner les paroles du vieux negro spiritual « Enfin libres ! Enfin libres ! Merci Dieu Tout-Puissant, nous sommes enfin libres ! ».

(Extrait de Ces grands discours qui ont changé le monde, de Jésus à Obama, présentation de Simon Sebag Montefiore, Paris, Éditions Dunod, 2010)

 

[1] Écrivain et metteur en scène, Alain Foix (né à Pointe-à-Pitre en 1954), docteur en philosophie à la Sorbonne et diplômé d'études supérieures de 3cycle en ethnologie, fut professeur de philosophie et journaliste pigiste avant de devenir directeur de la Scène nationale de la Guadeloupe, du théâtre Le Prisme à Saint-Quentin-en-Yvelines et de La Muse en Circuit, Centre national de création musicale. Il est actuellement directeur artistique et metteur en scène de la compagnie Quai des arts. Il a déjà publié deux ouvrages dans la collection « Folio Biographies » : Toussaint Louverture (2007) et Che Guevara (2015).

[2] Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Martin_Luther_King

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03 05 18

Pour se rajeunir les idées...

68 année rhétorique – Les meilleurs slogans de Mai 68.jpgMouvement social et culturel français ayant marqué les esprits bien au-delà des frontières de l’hexagone, Mai 68 fut aussi le printemps des slogans politiques, qu’on retrouve avec humour, choisies et commentées par Arthur Anjou, dans l’anthologie « façon Cyrano de Bergerac » intitulée 68 année rhétorique – Les meilleurs slogans de Mai 68 et publiée, à l’occasion de son cinquantième anniversaire, à Paris, aux Éditions Flammarion, dans la collection « Librio ».

Un bain de jouvence…

Florilège :

« L’année 68, je la salue avec sérénité. » (Charles de Gaulle, le 31 décembre 1967.)

Légendaire

« Il est interdit d’interdire. »

Éternel

« Métro-boulot-dodo. »

Cordial

« L’aboutissement de toute pensée, c’est le pavé dans ta gueule, CRS. »

Sectaire

« Je suis marxiste, tendance Groucho. »

Ergonomique

« Aimez-vous les uns sur les autres. »

Cathodique

« Fermons la télé, ouvrons les yeux. »

Paranoïaque

« Les murs ont des oreilles, vos oreilles ont des murs. »

Barbouillé

« Arrêtez le monde, je veux descendre ! »

Lucide

« J’emmerde la société, et elle me le rend bien. »

Prophétique

« Consommez plus, vous vivrez moins. »

« La récréation est finie. » (Charles de Gaulle, rabat-joie, le 18 mai 1968.)

Fermez le ban !

Bernard DELCORD

68 année rhétorique – Les meilleurs slogans de Mai 68 choisis et commentés par Arthur Anjou, Paris, Éditions Flammarion, collection « Librio », avril 2018, 93 pp. en noir et blanc au format 13 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 3 €

03 05 18

Quête

G01743 (1).jpgIl est souvent possible d'anticiper la faiblesse. Certaines personnes s'effondrent, font ce que l'on appelle communément une dépression, et la plupart du temps nous ne sommes pas surpris. (...) Ce n'était pas le cas d'Antoine. Rien ne laissait présager un tel bouleversement dans sa vie. "

 Quelle mouche a piqué Antoine Duris?

 Professeur d'histoire de l'art aux Beaux- Arts de Lyon, fin, passionné, brillant pédagogue, le jeune homme largue son bel appartement, sa vie, pour "monter"  à Paris, briguer le poste de gardien au musée d'Orsay.

 Directrice des ressources humaine de la prestigieuse institution, Mathilde est pour le moins déconcertée par la requête de ce candidat singulier, à l'évidence, surqualifié; elle  procède néanmoins à son  recrutement : le  musée inaugure dans quelques jours  une grande rétrospective de l'oeuvre de Modigliani et a besoin de renfort à cette occasion. Cela tombe bien, Antoine - qui n'est pas le cousin de Romain Duris, quoiqu'il le prétende à l'occasion -  est éminent spécialiste de l'artiste.

C'est dire comme il en connaît un bout

C'est dire comme il va méditer des heures et des jours, placé face au portrait de Jeanne Hébuterne, engager avec la muse du célèbre artiste, un dialogue intérieur de grande intensité.

C'est dire comme il va agacer Fabien Frassieux, un guide prétentieux, quand il nuance publiquement le contenu de sa péroraison.

 Aidé de Mathilde et des questions sensées qui la taraudent et qu'elle pose à Antoine, le lecteur va peu à peu entrevoir la cause de la névrose qui submerge ce dernier,  le  sentiment de  défaite - amoureuse  -  mais aussi et avant tout de culpabilité qui lui enjoint de fuir les siens, sa vie antérieure, la simple joie d'exister.

 Il n'a désormais pas d'autre dessein que de passer inaperçu; sa rééducation sociale  est à ce prix.

 Tragédie de l'emprisonnement que provoque l'impossibilité d'exprimer une souffrance intérieure,  le roman  - qui comporte bien des similitudes avec la biographie que l'auteur consacrait à Charlotte Salomon ( Charlotte, roman, Ed. Gallimard, 2014)  - est aussi celui de la rédemption, terrain d'une subtile, percutante histoire d'amour.  Il renferme, ce me semble, une implication personnelle accrue de son auteur. Une quête de ce bout de tunnel qui pourrait bien être celle d'un funky noceur....

 Une quête émouvante - et réussie - de la beauté.

Je vous la conseille

 Apolline Elter

 Vers la beauté,  David Foenkinos, roman, Ed Gallimard, mars  2018,  222 pp

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29 04 18

Pour bien surfer sur le Net…

Internet, mes parents, mes profs et moi par .jpgProfesseur de sciences et de géographie pendant 17 ans, Christophe Butstraen est depuis 2005 médiateur scolaire en Wallonie.

Dans le cadre de ses fonctions, il est de plus en plus souvent confronté sur le terrain aux conséquences scolaires, familiales et sociales, voire pénales, d’une mauvaise utilisation des outils numériques par les jeunes. C’est en s’appuyant sur cette expérience qu’il s’est spécialisé dans la gestion et la prévention des problématiques liées à l’utilisation des technologies de l’information et de la communication. Convaincu de l’importance de l’éducation des enfants et adolescents aux bons comportements sur Internet, il propose des conférences aux parents désireux d’accompagner au mieux leurs enfants.

Dans le prolongement de son action, il a publié chez De Boeck-Van In à Louvain-la-Neuve un best-seller intitulé Internet, mes parents, mes profs et moi dont la troisième édition actualisée vient de paraître.

Il y fait le tour de la question en onze chapitres :

– Je cherche une information sur Internet

– J’achète sur Internet

– Grâce à Internet, je communique avec les autres

– Tous sur Facebook ou un autre réseau social

– Le cyberharcèlement

– Je télécharge, tu télécharges, on prend des risques

– Les jeux vidéo… Distrayants, mais pas sans risques

– Petites surprises et arnaques en tous genres

– Des images à ne pas mettre devant tous les yeux

– Les blogs, de plus en plus spécialisés

– Que faire si..

                        Elle est harcelée par un condisciple ?

                        Il est témoin d’une situation de harcèlement ?

                        Il a harcelé un condisciple ?

                        Il consulte des sites pornographiques ?

                        Il publie des informations désobligeantes sur son école ?

                        Elle discute avec des inconnus ?

                        Il a mis en ligne la photo d’un professeur ou d’un copain ?

                        Ils font suivre les chaînes d’e-mails ?

                        Ils participent à des jeux concours ?

                        Quelqu’un a publié sa photo sans qu’elle donne son autorisation ?

                        Elle veut créer un blog ?

                        Son compte Facebook a été piraté ?

                        Elle veut se rendre à un rendez-vous avec quelqu’un rencontré sur Internet ?

                        Il donne trop d’informations personnelles ?

                        Elle doit réaliser un travail basé sur une recherche Internet ?

                        Notre boîte d’e-mails est envahie par les spams ?

                        Ils veulent acheter sur Internet ?

                        On découvre un contenu illégal sur Internet ?

                        Il a injurié son professeur sur son profil Facebook ?

                        Son profil Facebook a été utilisé par des publicitaires ?

                        Mon fils se vante de pouvoir pirater un site Internet ?

                        L’ex-petit ami de ma fille a mis en ligne des photos très intimes ?

                        Il a téléchargé et gravé une collection complète de films ?

                        Elle a 650 amis sur Facebook ?

                        Ils regardent des films et des séries en streaming ?

                        Nous ne savons quel jeu offrir ?

                       Son forfait de téléphone portable s’épuise sans raison ?

                        Il joue à des jeux vidéo très violents ?

                        Elle passe trop de temps sur l’ordinateur ?

                        Nous avons été victimes d’une arnaque ?

                        Je désire sécuriser mon ordinateur et ma connexion Wi-Fi ?

                        J’ai des doutes sur la philosophie d’un site ?

                        À 10 ans, elle veut avoir son profil Facebook ?

                        Elle est inscrite sur Facebook ?

                        Il est victime d’un chantage à la webcam ?

Cet ouvrage très complet se conclut par une bibliographie et un lexique.

Bernard DELCORD

Internet, mes parents, mes profs et moi par Christophe Butstraen, préface de Geneviève Avenard, Louvain-la-Neuve, Éditions de Boeck Éducation, mars 2018, 319 pp. en quadrichromie au format 13,3 x 20,3 cm sous couverture brochée en couleurs, 15 €

26 04 18

Au train où vont les choses...

005377780 (1).jpgFins connaisseurs de l'oeuvre, des lettres et expéditions asiatiques de la célèbre exploratrice, Eric Faye et Christian Garcin ont pris le parti de confronter les lieux qu'elle a  parcourus, voici un siècle  - le plus souvent à pied et dans des conditions éprouvantes -  à leur réalité actuelle.  Ils nous livrent le récit de deux voyages, du Tibet au Yunnan ( sud-ouest de la Chine) , réalisés mi-2015 et mi-2017, ainsi que le compte rendu d'une visite, le 8 avril 2016,  à Samten Dzong, la fameuse "forteresse de méditation"  de Digne les Bains et d'un entretien tonique avec Marie-Madeleine Peyronnet,  très attachante gardienne du temple.

 " Lhassa, enfin! Lhassa s'est présenté à nous à la mi-journée, après des heures de descente lente vers des vallées de plus en plus vertes et de plus en plus peuplées de yaks sombres, de maisons blanches aux toits plats et de drapeaux de prières égrenés le long de cordes qui, tendues autour d'un axe, formaient des chapiteaux multicolores.

 Lhassa, enfin; (...)"

 Lhassa en ... train. Car aujourd'hui Lhassa est reliée à Pékin par une ligne ferroviaire,  traçant  la volonté du gouvernement chinois d'extraire le Tibet de son isolement. Si la situation présente quelque avantage, elle change par trop radicalement la physionomie de l'ancienne cité interdite, celle dont Alexandra David-Néel franchit les portes, en 1924, clandestine, déguisée en mendiante, accompagnée de son fidèle Aphur Yongden

 " Le Tibet est ce grenier du monde où l'on ne monte presque jamais, où dorment les secrets de famille dans des malles à souvenirs. "

 Traversé par le fantôme de l'exploratrice, le récit en  souligne les exploits à l'aune de conditions de voyage actuelles nettement plus confortables et sécurisées , ne fût-ce que sur le plan sanitaire. Une façon  élégante de rendre hommage à une future centenaire qui avait le coeur bien accroché. De rendre justice aussi à  Aphur Yongden, son compagnon de route, qu'elle adoptera et à Philippe Néel, son mari, confident épistolaire, aide logistique primordiale.

 " Néanmoins, le Tibet touche. On n'en revient pas indemne (...) "

 C'est tout le bien que je vous souhaite à la lecture de ce récit intègre.

 Apolline Elter

Dans les pas d'Alexandra David-Néel - Du Tibet au Yunnan

 Par Eric Faye et Christian Garcin, récit, Ed. Stock,  avril 2018, 320 pp

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25 04 18

« En politique, on succède à des imbéciles et on est remplacé par des incapables. » (Georges Clemenceau)

Clemenceau – Édition du centenaire.jpgProfesseur émérite à Sciences Po, Michel Winock est l'auteur d'une œuvre considérable qui lui vaut d'être reconnu comme l'un des meilleurs historiens et biographes actuels.

Il a fait paraître chez Perrin à Paris, sous-titrée « Édition du centenaire », une luxueuse version nouvelle, revue, actualisée, augmentée et enrichie d'un cahier iconographique supplémentaire de sa biographie de Georges Clemenceau (1841-1929) publiée en version princeps chez le même éditeur en 2007 [1] puis dans la collection de poche « Tempus » en 2011.

Médecin, homme intransigeant plus tard ami de Claude Monet, maire républicain et antimonarchiste du XVIIIarrondissement de Paris durant la guerre de 1870 (époque où il rompit définitivement avec Jules Ferry), député de la Seine en 1871 sur les listes de l’Union républicaine, il tenta en vain de jouer les intermédiaires entre la Commune et les Versaillais, puis fut élu conseiller municipal de Paris en 1871 et en 1874 avant d’être choisi comme président du conseil municipal de cette ville en 1875 et de remporter un siège de député radical (d’extrême gauche, donc) de la capitale française en 1876 jusqu’en 1893.

Ardent défenseur de la séparation des Églises et de l’État, militant opiniâtre en faveur de l’amnistie des Communards, adversaire du colonialisme et de l’impérialisme prônés par Jules Ferry autant que de l’anarchisme violent, orateur brillant et féroce – ce talent lui permit de faire tomber quantité de ministères – dreyfusard de choc aux côtés d’Émile Zola, Georges Clemenceau fut sénateur de 1902 à 1906, puis ministre de l’Intérieur appelé à envoyer une troupe de 20 000 soldats le 20 mars 1906 pour calmer des grévistes à Lens, ce qui l’amena à rompre avec la gauche socialiste, révolutionnaire et syndicaliste.

Président du Conseil de 1906 à 1909, il ferrailla contre le pape et l’Église catholique, mais celui que l’on surnommait alors le « premier flic de France » [2] fut confronté en 1907 et 1908 à d’autres grèves dures dans lesquelles des personnes périrent et qui l’amenèrent à agir avec poigne, ce qui lui valut de se brouiller avec Jean Jaurès.

Redevenu Président du Conseil le 16 novembre 1917  [3], il fut un chef de guerre habile et inflexible, ce qui lui valut un second surnom, celui de « Père la Victoire », et il fut l’un des artisans du traité de Versailles signé le 28 juin 1919. Il présenta la démission de son cabinet le 17 janvier 1920 et quitta la politique, notamment pour voyager, avant de s’éteindre le 24 novembre 1929 des suites d’une crise d’urémie.

On lui doit un grand nombre de bons mots – parfois très féroces – restés à la postérité :

« On ne ment jamais tant qu'avant les élections, pendant la guerre et après la chasse. »

Au sujet de Georges Mandel, son directeur de cabinet :« Quand je pète, c'est lui qui pue. »

À Paul Deschanel, qui lui demandait de « solutionner » un problème : « Nous voulons bien essayer de solutionner votre problème, mais il faudrait d'abord nous l'explicationner ».

À propos du maréchal Lyautey, dont les mœurs étaient bien connues : « Voilà un homme admirable, courageux, qui a toujours eu des couilles au cul… même quand ce n'étaient pas les siennes ».

« Donnez-moi quarante trous du cul et je vous fais une Académie française. »

« Toute tolérance devient à la longue un droit acquis. »

Enfin, d’aucuns disent que ses dernières volontés étaient : « Pour mes obsèques, je ne veux que le strict minimum, c'est-à-dire moi. »

Bernard DELCORD

Clemenceau – Édition du centenaire par Michel Winock, Paris, Éditions Perrin, novembre 2017, 570 pp. en noir et blanc + 2 cahiers de 8 pp. en quadrichromie au format 16,5 x 24,8 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 35 € (prix France)

 

[1] Elle fut couronnée par le prix Aujourd'hui.

[2] Il soutint la création de la Police scientifique par Alphonse Bertillon et des brigades régionales mobiles (dites « Brigades du Tigre ») par Célestin Hennion, nommé à la tête de la nouvelle Sûreté générale qui créa un fichier des récidivistes et un service d'archives.

[3] Poste que le Tigre occupa jusqu’au 18 janvier 1920.

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Biographies | Commentaires (0) |  Facebook | |

21 04 18

« Le monde de l'édition serait tellement moins compliqué sans les auteurs. » (Dan Brown)

Histoire de l'édition en Belgique – XVe-XXIe siècles.jpgPascal Durand est professeur ordinaire à l'Université de Liège, où il dirige le Centre d'Étude du Livre contemporain. Spécialiste de Mallarmé et de la poésie moderne, il est aussi l'auteur d'ouvrages sur l'histoire de l'édition, les rapports presse/littérature et les figures contemporaines de l'orthodoxie politico-médiatique. Tanguy Habrand est assistant au département Médias, Culture et Communication de l'Université de Liège et par ailleurs éditeur associé à la fameuse collection d’auteurs belges « Espace Nord » ; ses recherches et publications portent sur les stratégies éditoriales, les politiques du livre et l'édition indépendante.

Ils ont fait paraître aux Impressions Nouvelles à Bruxelles une monumentale Histoire de l'édition en Belgique – XVe-XXIe siècles retraçant le parcours d’un secteur économique et culturel particulièrement vivant et créatif à travers les âges.

En voici le prière d’insérer :

« Depuis l'Histoire du livre et de l'imprimerie en Belgique publiée dans l'entre-deux-guerres par le Musée du Livre, aucun ouvrage de synthèse n'avait remis en perspective les grandes tendances de l'édition belge. L'ouvrage de Pascal Durand et Tanguy Habrand vient combler cette lacune en entrecroisant histoire de l'édition, histoire des idées et histoire des institutions de la vie littéraire et intellectuelle.

La production du livre belge de langue française correspond à un marché restreint, tributaire de logiques qui lui sont propres – avec un poids particulier des industries graphiques – tout en étant soumis à la force d'attraction exercée par l'édition française sur les genres les plus prestigieux. Quelques-uns, tels Albert Lacroix, éditeur de Victor Hugo et de Charles De Coster dans les années 1860, ou Edmond Deman, éditeur de Verhaeren et Mallarmé, ont brièvement réussi à tirer leur épingle de ce jeu déséquilibré.

Plus nombreux et significatifs sont ceux qui, de Casterman à Marabout, ont dégagé de durables ressources de créativité dans les domaines du livre religieux, de la bande dessinée, du livre pratique et du livre pour la jeunesse.

En six chapitres de longueur croissante, c'est tout un paysage de livres et d'éditeurs qui se trouve reconstruit sous les yeux du lecteur, allant des premiers imprimeurs dans les territoires qui formeront la Belgique jusqu'aux processus de concentration éditoriale actuels, en passant par les industriels de la contrefaçon, les grands éditeurs de bande dessinée et les pionniers du livre de poche francophone.

Sans oublier les maisons de taille souvent modeste qui, vouées au roman, à la poésie, au théâtre, à l'essai lettré, contribuent à la vie du livre comme vecteur de haute culture. »

Un essai où l’on retrouve des marques prestigieuses comme Casterman, Dupuis, Le Lombard, Marabout, Duculot, Desclée de Brouwer, Brepols, De Boeck, La Renaissance du Livre, le Daily-Bul… et des éditeurs novateurs ou créatifs comme Jean-Baptiste Baronian, Jacques Antoine, André De Rache, Pierre Mardaga, Marc Quaghebeur, André Versaille, Luc Pire, Bernard Gilson…

Et où l’on rappelle que Robert Denoël était belge !

Bernard DELCORD

Histoire de l'édition en Belgique – XVe-XXIe siècles par Pascal Durand et Tanguy Habrand, postface d’Yves Winkin, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, mars 2018, 569 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 26 €

21 04 18

« Un bon maître est celui qui accepte d'être pillé par ses élèves. » (Proverbe japonais)

Japonismes – Impressionnismes.jpgRédigé par une équipe de spécialistes [1] dirigée par Marina Ferretti Bocquillon [2] et coédité par Gallimard à Paris, le Musée des Impressionnismes à Giverny et l’Arp Museum Bahnhof Rolandseck à Remagen en Allemagne, le catalogue de l’exposition Japonismes – Impressionnismes présentée à Giverny jusqu’au 15 juillet 2018, puis du 26 août 2018 au 20 janvier 2019 à Remagen est tout simplement somptueux, tant dans sa forme que dans son contenu.

En voici la présentation :

« Avec l'ère Meiji (1868-1912), le Japon met fin à une longue période d'isolement et s'ouvre à l'Occident, exportant massivement sa production artistique. Lassés du modèle antique et sensibles au raffinement de l'art japonais, les peintres occidentaux découvrent avec enthousiasme une nouvelle esthétique. Les estampes – caractérisées par la vivacité des couleurs, l'absence de modelé des formes traitées en aplats, ainsi que l'originalité de compositions fondées sur l'asymétrie et l'ignorance délibérée de la perspective – séduisent les artistes les plus novateurs, parmi lesquels Claude Monet, Vincent Van Gogh et Paul Signac, qui entament alors une véritable révolution plastique.

 

Le japonisme est un phénomène si vaste qu'il paraît aujourd'hui plus pertinent d'évoquer ses manifestations au pluriel, comme il est question d'impressionnismes. À travers l'exposition "Japonismes - Impressionnismes" et son catalogue, le musée des impressionnismes Giverny et l'Arp Museum Bahnhof Rolandseck de Remagen souhaitent mettre en lumière l'influence de l'art japonais sur l'œuvre des peintres impressionnistes et postimpressionnistes, des années 1860 à l'aube du XXsiècle. »

Ajoutons que l’exposition présente 120 œuvres, d’Émile BERNARD, Maki BOKUSEN, Pierre BONNARD, George Hendrik BREITNER, Gustave CAILLEBOTTe, Mary CASSATT, William Merritt CHASE, Jules CHÉRET, Henri-Edmond CROSS, Giuseppe DE NITTIS, Edgar DEGAS, Maurice DENIS, Kikugawa EIZAN, James ENSOR, Yashima GAKUTEi, Paul GAUGUIN, Henri GUÉRARD, Paul HELLEU, Utagawa HIROSHIGE, Katsushika HOKUSAI, KEIICHI, Torii KIYONAGA, Toyoara KUNICHIKA, Utagawa KUNISADA, Utagawa KUNIYOSHI, Maximilien LUCE, Édouard MANET, Henri MATISSE, Claude MONET, Berthe MORISOT, Camille PISSARRO, Lucien PISSARRO, Paul RANSON, Auguste RENOIR, Henri RIVIÈRE, Ker-Xavier ROUSSEL, Paul SÉRUSIER, Georges SEURAT, Yanagawa SHIGENOBU I, Paul SIGNAc, Henri de TOULOUSE-LAUTREC, Utagawa TOYOTUNI II, Kitagawa UTAMARO, Félix VALLOTTON, Louis VALTAT, Théo VAN RYSSELBERGHE, Vincent VAN GOGH, Édouard VUILLARD, James McNeill WHISTLER et Utagawa YOSHIMURA.

Ne la manquez pas !

Bernard DELCORD

Japonismes – Impressionnismes, ouvrage collectif sous la direction de Marina Ferretti Bocquillon, Paris, coédition Gallimard – Musée des Impressionnismes Giverny – Arp Museum Bahnhof Rolandseck, avril 2018, 216 pp. en quadrichromie au format 22,8 x 28,5 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 29 € (prix France)

INFORMATIONS PRATIQUES

Musée des Impressionnismes Giverny

99 Rue Claude Monet

27620 Giverny

France

Tél. : 00 33 2 32 51 94 65

Dates :

Jusqu’au 15 juillet 2018

Tarifs :

Adulte : 7,50 €

12-17 ans : 5 €

7-11 ans : 3,50 €

Moins de 7 ans : gratuit

Tarif réduit : 5 € (conditions sur http://www.mdig.fr/sites/default/files/sites/default/file...)

Personne avec handicap : 3,50 € (gratuit pour l'accompagnateur)

Forfait famille : pour 3 billets achetés, 1 entrée enfant est offerte.

Gratuit le 1er dimanche du mois pour tous les individuels

Horaires :

Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h (dernière admission à 17 h 30)

 

[1] Geneviève Aitken (chargée d’études documentaires au Centre de Recherches et Restaurations des Musées de France), Sophie Basch (universitaire franco-belge spécialiste de l'orientalisme littéraire et scientifique, de la littérature fin-de-siècle et de l'histoire culturelle), Jocelyn Bouquillard (conservateur à la Bibliothèque Nationale de France) et Vanessa Lecomte (attachée de conservation du Musée des Impressionnismes Giverny).

[2] Directeur scientifique du Musée des Impressionnismes Giverny.

Écrit par Brice dans Arts, Bernard Delcord, Expositions | Commentaires (0) |  Facebook | |