08 02 18

La cité des femmes

_liberski.jpgComme à la fin de toute bonne lecture, on s'attriste d'en avoir terminé : le plaisir est envolé. C'est la sensation que j'ai en refermant La cité des femmes, le dernier roman de Stefan Liberski. Un excellent ouvrage qui nous emmène en Italie, à Cineccità (« Cinecittà un lieu d'où le monde, malgré tous ses malheurs, apparaissait pour ce qu'il était aussi : une cour de récréation » écrit-il) entre autres avec Federico Fellini et surtout au coeur d'une terrifiante histoire d'un amour passionnel et dont le héros, Etienne, ne peut se sortir.

Les notations, les descriptions, l'ambiance, les dialogues, les innombrables mots italiens originaux en italiques, l'humour, la justesse, le style... tout est réussi dans ce nouveau roman de Liberski !

On sait que l'auteur fut lui-même présent pour le tournage du film de Fellini : La cité des femmes et on ne doute pas que bien des choses livrées soient en partie autobiographiques. (On y croise Anna Prucnal, Chantal Akerman, Marguerite Duras...)

Voici quelques extraits pour vous donner le ton : A propos de la langue italienne,

« Plongé dans une langue encore mal connue, il se retrouvait dans l'état bienheureux de l'enfance. Il se laissait porter par le bruissement alentour. Enfant, on n'a pas à choisir, rien à débattre. Les parents décident. »

A propos de Rome,

« A son filet d'éternité, Rome retenait des bribes de mondes disparus. De la nuit des temps révolus quelques tisons rougeoyaient encore, peut-être comme nous parvient la lumière de ces étoiles mortes il y a des siècles. »

A propos d'un trajet la nuit en voiture ;

« Ils rentrèrent tard à Rome, passant par de petites villes endormies. Dans la lumière des phares, les places, les fontaines et les églises d'un autre âge surgissaient un instant, décors oubliés d'un film somptueux, puis retournaient à la nuit. »

A la toute fin du livre, comme une morale, cette réflexion superbe :

« Le malheur est rassurant. Il faut un courage inouï pour le débouter du quotidien, plus encore que pour le sublimer dans une oeuvre. »

 

Le roman m'a donné envie de revoir quelques films de Fellini, et pourquoi pas Juliette des esprits, qui m'avait tant glacé le sang !

 

Jacques Mercier

 

La cité des femmes – Stefan Liberski – Roman, édition Albin Michel, 300 pp, 19 euros.

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07 02 18

Festival de vacheries…

À la fin de l'envoi, je touche.jpgChroniqueur, essayiste, fasciné par la richesse de la langue française, Olivier Clodong aime traquer les bons mots, les traits d'esprit et les répliques qui font mouche. Il leur a consacré plusieurs livres, dont Et toc ! (Fayard, 2015).

Il a fait paraître à Paris, aux Éditions J’ai Lu dans la collection « Librio », un petit ouvrage caustique intitulé « À la fin de l'envoi, je touche ! » – Histoire, cinéma, politique, littérature - Les répliques qui tuent dans lequel sont rassemblées de nombreuses estocades hilarantes.

Court florilège :

De Georges Clemenceau sur Paul Deschanel : « Il a un bel avenir derrière lui… »

Du même, à propos du décès de Félix Faure : « En entrant dans le néant, il a dû se sentir chez lui ».

De Winston Churchill sur son rival travailliste Clement Atlee : « C’est un homme modeste qui a de nombreuses raisons de l’être ».

De François Mitterrand sur Margaret Thatcher : « Elle a les lèvres de Marylin, les yeux de Caligula ».

De Jacques Chirac : « Sarkozy, il faut marcher dessus. Et du pied gauche, ça porte bonheur ».

En 1796, Mme de Staël sollicite l’avis de Rivarol : « Que pensez-vous de mon livre ? » [1] Réponse : « Je fais comme vous, Madame, je ne pense pas ».

De Louis Scutenaire, poète surréaliste belge : « Saint-John Perse, mais il y a mis le temps ! »

De Rodin à Picasso qui lui propose une de ses toiles : « Commencez par signer, que je sache dans quel sens ça se regarde… »

D’une admiratrice à l’écrivain Paul Morand « Vous souvenez-vous, Cher maître, des cerises que nous avons cueillies ensemble il y a quatre ans ? » Réponse : « Oui, je me souviens parfaitement des cerises… »

Ou encore de Jean Cocteau, à propos d’un dîner en ville : « Tout était froid, sauf le champagne ».

Une vaste compilation assassine !

Bernard DELCORD

« À la fin de l'envoi, je touche ! » – Histoire, cinéma, politique, littérature - Les répliques qui tuent par Olivier Clodong, Paris, Éditions J’ai Lu, collection « Librio », novembre 2017, 91 pp. en noir et blanc au format 13 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 5 € (prix France)

[1] De l’influence des passions sur le bonheur des individus et des nations.

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Humour | Commentaires (0) |  Facebook | |

07 02 18

The call of the Wild

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On l'appelait naguère L'Appel de la forêt.  Nouvellement (re)traduit de l'américain par les bons soins de Frédéric Klein, le  roman de Jack London The call of the Wild  lui vaut grand succès lors de sa parution en 1903. Il  n'a rien perdu de sa prestance, de sa magistrale puissance. Une puissance évocatrice sublimement soutenue -et je pèse mes mots - par la lecture que l'acteur Jean Reno opère du texte.

Une leçon de lecture qui s'invite dans tous les pavillons....

Je vous engage à l'écouter.

Choyé par les bons soins de son maître, le juge californien Miller,  Buck mène la vie confortable, citadine et paisible d'un bon chien domestique. Issu du croisement entre un terre-neuve et une colley, le chien développe une intelligence humaine hors du commun.

Trahi, kidnappé par l'aide-jardinier de son maître, Buck est vendu à des trafiquants de chien, violents,  peu scrupuleux et intègre les attelages de chercheurs d'or dans le Grand Nord canadien.  Il lui faudra alors renouer avec les instincts sauvages et loups qui sommeillent en lui pour se faire respecter de ses congénères, lutter pour sa simple survie. 

Un destin de chien qui personnifie le struggle for life propre à de nombreux êtres humains.

Un texte qui nous parle, aujourd'hui encore.

L'Appel sauvage, Jack London, roman traduit de l'américain par Frédéric Klein. Texte intégral lu par Jean Reno. Ed. Audiolib, 2017,   1 CD MP 3 - durée d'écoute: 3h 44

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Audio Livres | Commentaires (0) |  Facebook | |

06 02 18

Dada au coeur

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La recherche d'une esthétique nouvelle, au sortir de la Grande Guerre, va susciter les élans d'amitié d'un André Breton (1896-1966), jeune et fougueux envers le "dadaïste"  roumain Tristan Tzara (1896-1963), son contemporain,  et le peintre-  poète Francis Picabia (1879-1953), son aîné.

Si les lettres demeurent assez policées pour ces hommes qui "avaient dada au coeur" - ils auraient pu davantage s'éclater dans leur correspondance - elles révèlent, de façon éloquente, débats à l'appui, la constitution du mouvement dada et les prises de distances postérieures.

Tel un Emile Zola, André Breton est fédérateur d'amitié et d'échanges artistiques. Il n'hésite pas à placer ces derniers sur un plan affectif déclaré, parfaitement assumé.

"Vous savez que vos lettres sont ce qui m'arrive de meilleur"  affirme André Breton à Tristan Tzara ( 8 nov. 1919) 

 Dûment annotés et mls en perspective par Henri Béhar, les échanges entre Breton et Tzara s'étalent sur une période de  plus de quinze ans  - de début 1919 à  fin 1934. Ils sont suivis par la correspondance échangée entre Breton et Picabia, de fin 1919 à mai 1924.

André Breton - Correspondance avec Tristan Tzara  et Francis Picabia 1919-1924, présentée et éditée par Henri Béhar,  Ed. Gallimard, déc. 2017, 256 pp

 

 

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04 02 18

« En règle générale, aucun homme dans l'embarras n'est tout à fait honnête. » (William Makepeace Thackeray)

Samuel Titmarsch et le grand diamant des Hoggarty.jpgWilliam Makepeace Thackeray, né à Calcutta en 1811 et mort à Londres en 1863, est l'un des grands romanciers anglais de l'époque victorienne.

Fils d'un administrateur de la Compagnie des Indes, il dilapide la fortune paternelle au jeu, en voyages et dans deux journaux qui font faillite. 

Ayant écrit de nombreux romans sous divers pseudonymes, il est surtout connu pour ses œuvres satiriques prenant pour cible les classes moyenne et aristocratique britanniques. Il est l'auteur, entre autres, des Mémoires de Barry Lyndon (1844), qui fut adapté par le cinéaste Stanley Kubrick (en 1975, 4 Oscars), de The Book of Snobs (1846) et de Vanity Fair (1846-1847), l'un des romans-phares de la littérature anglaise.

 

On lui doit aussi Samuel Titmarsh et le grand diamant des Hoggarty, paru d'abord dans le Fraser's Magazine en 1841 et dont la traduction française est ressortie récemment en poche aux Éditions de la Table ronde à Paris, dans la collection « La petite Vermillon » [1].

En voici le pitch :

« Lorsque, vers 1820, le jeune Irlandais Samuel Titmarsh quitte la campagne anglaise pour s'installer à Londres, où il vient d'obtenir une place de treizième clerc dans une compagnie d'assurances, sa vieille et richissime tante, Lady Hoggarty, lui offre un gros médaillon d’un modèle ancien devenu épingle de cravate en diamant. Ce précieux bijou le propulse très vite au sommet de sa carrière, lui apportant la considération de la haute société victorienne. »

Et une citation du livre qui explique tout :

« Dès que les gens espèrent un grand profit, le jugement semble les abandonner, et parce qu'ils souhaitent ce profit, il leur paraît si sûr qu'ils méprisent tout avertissement et toute prudence. »

Une satire grandiose !

William Makepeace Thackeray par Jesse Harrison Whitehurst.jpg

William Makepeace Thackeray par Jesse Harrison Whitehurst.

Bernard DELCORD

Samuel Titmarsch et le grand diamant des Hoggarty par William Makepeace Thackeray, traduit de l’anglais par Paul de Kock révisée par Cécile Arnaud, postface de Lucien d’Azay, Paris, Éditions de la Table ronde, collection « La petite Vermillon », mai 2016, 246 pp. en noir et blanc au format 11 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 8,70 € (prix France)

[1] La première parution de cette traduction date de 1964, aux Éditions Gallimard.

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03 02 18

« À l'œuvre, on connaît l'ouvrier. » (Aristophane)

Claude Debussy .jpgPianiste virtuose et producteur de radio depuis 2005 (des émissions Notes du traducteur puis Portraits de famille sur France Musique), Philippe Cassard (°1962) a consacré une part importante de ses activités à Claude Debussy (1862-1918). Il interprète régulièrement l'intégrale de la musique pour piano de ce musicien d’avant-garde à son époque [1], qu'il a enregistrée pour Virgin's Classics et Decca [2]. Parallèlement à sa carrière pianistique, il a publié un essai sur Franz Schubert chez Actes Sud en 2008 et un livre d'entretiens sur le cinéma et la musique, Deux temps trois mouvements chez Capricci en 2012.

Il revient cette année chez Actes Sud avec un Claude Debussy particulièrement intéressant dans la mesure où, en plus de données biographiques et d’analyses de l’œuvre de l’auteur du Prélude à l’après-midi d’un faune (symphonie sous-titrée Églogue pour orchestre d'après Stéphane Mallarmé, 1894), de Pelléas et Mélisande (opéra en cinq actes d’après l’œuvre éponyme de l’écrivain belge Maurice Maeterlinck, 1902) et de La Mer (trois esquisses symphoniques pour orchestre, 1905), il donne à connaître en de courts chapitres le point de vue de l’interprète particulièrement en phase avec les nombreuses pièces pianistiques qu’il exécute.

Un concert magnifique !

À l'instar de tous les volumes de la collection « Classica », cette biographie intimiste est en outre enrichie d'un double index, de repères bibliographiques et d'une discographie.

Bernard DELCORD

Claude Debussy par Philippe Cassard, Arles, Actes Sud, collection « Classica », janvier 2018, 152 pp. en noir et blanc au format 10 x 19 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 16,50 € (prix France)

Œuvres principales de Claude Debussy :

Œuvres pour piano

1888-1889 : Petite Suite, pour piano à 4 mains

1888-1891 : Arabesques

1890-1905 : Suite bergamasque

1903 : Estampes

1904 : Masques

1904 : L’Isle joyeuse

1904 : Images - Livre I

1906-1908 : Children’s Corner

1907 : Images - Livre II

1909-1912 : Préludes

1914-1915 : Six épigraphes antiques, pour piano à 4 mains

1915 : En blanc et noir, pour 2 pianos à 4 mains

1915 : Études

Musique de chambre

1893 : Quatuor à cordes en sol mineur

1913 : Syrinx, pour flûte

1915 : Sonate pour violoncelle et piano

1915 : Sonate pour flûte, alto et harpe

1916-1917 : Sonate pour violon et piano

Œuvres symphoniques

1892-1894 : Prélude à l’après-midi d’un faune

1897-1899 : Nocturnes

1903-1905 : La Mer

1905-1912 : Images pour orchestre

Musique de ballet

1912 : Jeux

1913 : La Boîte à joujoux

Œuvres lyriques

1884 : L’Enfant prodigue, cantate sacrée sur un livret d’Édouard Guinand

1888 : La Damoiselle élue, cantate sur un livret de Dante Gabriel Rossetti (orchestrée en 1902).

1893-1902 : Pelléas et Mélisande, drame lyrique en cinq actes sur un livret de Maurice Maeterlinck

1908-1916 : La Chute de la maison Ushern 4, 34, 35 et Le Diable dans le beffroi, deux opéras (inachevés) en un acte, d’après Edgar Allan Poe traduit par Charles Baudelaire

1911 : Le Martyre de saint Sébastien, mystère en cinq actes sur un livret de Gabriele D’Annunzio

Mélodies

1888 : Ariettes oubliées d’après Verlaine

1887-1889 : Cinq poèmes de Charles Baudelaire

1891 : Fêtes galantes (premier recueil) d’après Verlaine

1891 : Trois mélodies d’après Verlaine

1897-1899 : Trois chansons de Bilitis d’après Pierre Louÿs

1904 : Fêtes galantes (second recueil) d’après Verlaine

1904 : Trois chansons de France d’après Charles d’Orléans et Tristan L’Hermite

1909 : Trois chansons de Charles d’Orléans

1904-1910 : Le Promenoir des deux amants d’après Tristan L’Hermite

1910-1911 : Trois ballades de François Villon

1913 : Trois poèmes de Stéphane Mallarmé

[1] Le nom de Philippe Cassard est étroitement lié à Debussy, dont il a enregistré une intégrale en 1994, et qu'il a jouée en une journée et quatre concerts à Besançon, Paris, Marseille, Angoulême, Londres, Dublin, Sydney, Tokyo, Lisbonne, Vancouver et Singapour. Il a aussi interprété en une journée l’intégrale pour piano solo à la Philharmonie de Liège en 2012.

[2] Debussy : Œuvres pour piano à 4 mains et 2 pianos (Prélude à l'après-midi d'un faune, Petite suite, En blanc et noir, Lindaraja, Première Suite pour orchestre), avec François Chaplin (Decca, 2012). On lui doit aussi Debussy : Mélodies avec Natalie Dessay, soprano (Virgin's Classics, 2012), Debussy (Toccata, Jardins sous la pluie) et Debussy : Préludes (livres 1 et 2), Images (livres 1 et 2), Estampes, Images oubliées, L'Isle Joyeuse (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Cassard)

03 02 18

Adrienne

 

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Faut-il réveiller les secrets des morts et révéler le secret-même de leur mort? 

Telle est la double  question qui parcourt et taraude le nouveau roman d'Armel Job.

Lorsque Claude Jansens, le narrateur et neveu d'Adrienne, découvre, dans la soirée du 26 mars 1994,  le corps inanimé de sa tante tant aimée, il est troublé: la sublime quinquagénaire souhaitait lui révéler un secret existentiel. Claude n'arrive pas à conclure à une mort naturelle ...

S'ensuit alors une quête de vérité, une de ces enquêtes bien ficelées dont l'écrivain a le secret, qui de court-circuits en rebondissements, nous mène à sonder les sentiments des hommes qui ont approché cette femme mystérieuse, l'ont aimée - forcément -  et  l'âme de tous ceux qui se sont trouvés sur sa route.

Avec son style vif, efficace volontiers corrosif, Armel Job signe un thriller parfaitement ..addictif.

Apolline Elter

Une femme que j'aimais, Armel Job, roman, ed. Robert Laffont, février 2018, 300 pp

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01 02 18

Un abécédaire à tribord toute…

L'imposture du vivre-ensemble de A à Z .jpgChroniqueur au Figaro-littéraire, Paul-François Paoli (°1959) est un journaliste et essayiste très droitier. [1]

Il publie L'imposture du vivre-ensemble de A à Z – Quelques points de repères (aux Éditions de l’Artilleur à Paris), un essai fortement étayé dont, écrit-il, « l'ambition est de présenter un panorama non exhaustif de la vie intellectuelle française et de ses enjeux idéologiques à travers un certain nombre d'éléments de langage et de noms propres couramment utilisés par les hommes politiques, les journalistes et les citoyens. Il s'agit notamment de démontrer que moult personnalités de renom (écrivains, philosophes, personnages historiques...) auxquels nous faisons spontanément référence, loin d'exprimer ce que l'on veut leur faire dire, témoigneraient plutôt de l'inconsistance de l'idéologie à la fois lénifiante et contraignante du "vivre ensemble" à laquelle on nous exhorte ».

Et d’ajouter :

« Au-delà de ce constat, comment une société où l'idée de Vérité a disparu du champ philosophique et politique pourrait-elle absolutiser des valeurs, fussent-elles républicaines ? Et comment donner du sens à ce fameux "vivre ensemble" si ces "valeurs" fonctionnent sur un mode qui exclut du champ de la normalité ceux qui n'y adhèrent pas ? »

D’Afrique à Zemmour (Éric), en passant par Antimodernisme, Arendt (Hannah), Aron (Raymond), Badiou (Alain), Bataille (Georges), Baudrillard (Jean), Bobo, Bourdieu (Pierre), Butler (Judith), Clemenceau (Georges), Cohn-Bendit (Daniel), De Gaulle, Droits de l’homme, Égalité, Féminisme, Fourest (Caroline), Gallo (Max), Heidegger (Martin), Levinas (Emmanuel), Lévi-Strauss (Claude), Mai 68, Mondialisation, Nietzsche, Ricoeur (Paul), Rousseauisme, Sade, Sélection, Shoah, Sollers (Philippe), Voltaire ou Weil (Simone), l’auteur livre des considérations tranchées qui ont le mérite d’être claires, même quand elles sont – très – contestables.

À nos yeux, le réel intérêt de l’ouvrage – en dépit de sa médiocre qualité éditoriale [2] – tient dans le fait qu’il constitue un Who’s Who de la droite française d’aujourd’hui et de ses maîtres à penser, avec des notices nombreuses (rien que pour la lettre B, par exemple, sur Elisabeth Badinter, Maurice Barrès, François-Xavier Bellamy, Alain Besançon, Léon Bloy, Raymond Boudon, Pierre Boutang, Rémi Brague, Jean-Paul Brighelli, Pascal Bruckner, Jean-Louis Brunaux et Patrick Buisson), fournissant des informations de premier plan sur leurs courants de pensée respectifs et sur leurs publications.

En cela, il devrait éveiller l’intérêt de lecteurs de tout bord…

Bernard DELCORD

L'imposture du vivre-ensemble de A à Z – Quelques points de repères par Paul-François Paoli, Paris, Éditions de l’Artilleur, janvier 2018, 361 pp. en noir et blanc au format 13,8 x 22 cm sous couverture brochée en couleurs, 20 € (prix France)

[1] Il est notamment l’auteur de Les Impostures de l'égalité (Max Milo, 2003), Je suis corse et je n'en suis plus fier (Max Milo 2005), Pour en finir avec l'idéologie antiraciste (Bourin Éditeur, 2012), Malaise de l'Occident - Vers une révolution conservatrice ? (Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2014) ou encore Quand la gauche agonise - La république des bons sentiments (Éditions du Rocher, 2016).

[2] Les fautes sont nombreuses, par exemple « sensé » pour « censé » (à maintes reprises), Simon Leys alias Pierre Ryckmans devenant Pierre Ryckman, « épigone » pour « parangon » dans la notice sur Michel Foucault, « nos ancêtres les gaulois » pour « nos ancêtres les Gaulois », et même sur la couverture où l’on trouve « vivre-ensemble » alors que les deux notices consacrées à cette entrée sont intitulées « vivre ensemble », et « points de repères » pour « points de repère »...

01 02 18

Histoire de la Maison Poulaga…

Quai des Orfèvres – Les dessous du 36.jpgMatthieu Frachon est un auteur de livres sur l'histoire de la police, spécialiste du 36, quai des Orfèvres, et il donne des cours en école de journalisme. Conférencier, il a pris la parole à l’occasion de divers événements (centenaire de la PJ de Paris, Festival du Polar de Cognac...) et il intervient régulièrement à la radio et à la télévision (sur RTL avec Jacques Pradel, sur France Inter, France Info, BFM TV...) au gré de l'actualité.

Après 36, quai des Orfèvres - Des hommes, un mythe paru en 2011 aux Éditions du Rocher, il a publié dans la même maison, en septembre 2017 et en raison du déménagement à cette date [1] du siège de la Police judiciaire de Paris, un nouveau recueil d’anecdotes historiques intitulé Quai des Orfèvres – Les dessous du 36 dans lequel il propose au lecteur de faire le tour du propriétaire, du rez-de-chaussée au cinquième étage, de l’adresse policière la plus connue au monde [2], grâce notamment à Georges Simenon.

Dans « ce bâtiment mal fichu, malcommode, d'un aménagement quasi infernal », travaillent souvent fiévreusement et à pas d’heures des gardiens de la paix, des inspecteurs et des commissaires affectés hier à la Brigade mondaine, aujourd’hui à la Brigade criminelle, à l’Antiterrorisme, aux Stups, à la Répression du banditisme, aux Brigades de recherche et d’intervention (appelée aussi l’Antigang) disposant d’un charroi hétéroclite et de moyens d’investigation old fashion ou du dernier cri.

Ce livre répond aussi à quelques questions : pourquoi appelle-ton les policiers des « poulets » ? Pourquoi Maigret occupe-t-il le bureau 315 ? Combien de marches comporte le fameux escalier du 36 ? Qui a tué Edmond Bayle (1879-1929), directeur des Services de l'identité judiciaire ? Alphonse Bertillon [3] est-il un génie ?

Un condensé de polars à la française !

Bernard DELCORD

Quai des Orfèvres – Les dessous du 36 par Matthieu Frachon, Monaco, Éditions du Rocher, septembre 2017, 162 pp. en noir et blanc au format 14,1 x 21,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 15,90 € (prix France)

[1] Après 129 ans, la préfecture de police de Paris ayant été installée en 1888 par Jules Ferry dans le célèbre bâtiment accolé au Palais de Justice de Paris sur l'île de la Cité. Elle siège désormais au 36 (en hommage à l'ancien siège) rue du Bastion dans le 17arrondissement de Paris (quartier des Batignolles), à côté de la Porte de Clichy.

[2] Avec Scotland Yard à Londres.

[3] Alphonse Bertillon, né à Paris le 22 avril 1853 et mort à Paris le 13 février 1914, est un criminologue français. Il est le fondateur, en 1882, du premier laboratoire de police d'identification criminelle et le créateur de l'anthropométrie judiciaire, appelée « système Bertillon » ou « bertillonnage », un système d'identification rapidement adopté dans toute l'Europe, puis aux États-Unis, et utilisé en France jusqu'en 1970. (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alphonse_Bertillon)

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31 01 18

Amours interdites...

Tina par Christian Laborde.jpg« De Claude Nougaro, son ami, auquel il a consacré des livres filiaux, l’intranquille et réfractaire Christian Laborde [1] a hérité l’art de jongler avec les mots, la fibre jazzy, le physique de boxeur et l’accent tonique du Sud-Ouest. Même quand il râle, fulmine et part en guerre, on dirait qu’il chante, danse et s’esclaffe », a écrit Jérôme Garcin dans L’Obs.

Il a fait paraître Tina aux Éditions du Rocher à Monaco, un roman engagé et percutant sur les ignominies de l’épuration sauvage en France au sortir de la Seconde Guerre mondiale, quand une vile populace, parfois sur de simples présomptions et assez souvent sur des dénonciations anonymes nourries de rancune, de jalousie, voire de duplicité – par exemple pour cacher la lâcheté ou la trahison collaborationniste des corbeaux qui les rédigeaient –, se livra à des meurtres sans jugement, à des brutalités odieuses et à la tonte infamante de femmes accusées, à tort ou à raison, de « collaboration horizontale » avec l’occupant allemand.

Léontine, dite Tine et plus tard Tina, son héroïne à la chevelure comme des larmes de feu, est une jeune fille sensuelle et ardente qui a aimé un officier allemand et que la délation contraint à quitter sa campagne pour se réfugier dans un couvent de bonnes sœurs à Toulouse.

Celles-ci l’aideront à échapper à la vindicte des « justiciers », à entamer une nouvelle vie et – qui sait ? –, à retrouver l’amour.

À moins que…

Rédigé dans une langue robuste et belle, ce texte prenant est aussi le prétexte à découvrir la Ville rose dans son essence la plus authentique et à faire entendre les mélodies et les chansons qui y étaient en vogue durant ces années noires.

Car, comme l’écrit l’éditeur :

« Tina est un roman sentimental, érotique, poétique, un roman où se mêlent la musique des mots et celle du Grand Orchestre swing et musette de Renato Hiès. »

Bernard DELCORD

Tina par Christian Laborde, Monaco, Éditions du Rocher, janvier 2018, 128 pp. en noir et blanc au format 14,1 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 14,90 € (prix France)

[1] Auteur du roman culte – et censuré avant de connaître le triomphe – L'Os de Dionysos (1987), Christian Laborde (°1955) est un écrivain français, poète, pamphlétaire (Il a collaboré à L'Idiot international de Jean-Edern Hallier, une belle référence) et chroniqueur à La Nouvelle République des Pyrénées, « journal le plus lu par les ours », dit-il.

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