15 05 17

Le bel canto à travers les âges…

L’Opéra dans l’Histoire.jpgC’est dans la collection « Histoire » dirigée par votre serviteur que les Éditions de la Province de Liège ont publié, après 1000 ans de rayonnement artistique liégeois, L’Opéra dans l’Histoire, une somme monumentale rédigée par l’historien d’art belge Bernard WODON [1].

D’Antonio-Maria Abbatini (1595-1677) à Gregor Joseph Werner (1693-1766) en passant par Jean Absil (1893-1974), Isaac Albéniz (1860-1909), Tomaso Albinoni (1671-1751), Gregorio Allegri (1582-1652), Daniel-François-Esprit Auber (1782-1871), Georges Auric (1899-1983), Jean-Sébastien Bach (1685-1750) et ses fils, Ludwig van Beethoven (1770-1827), Alban Berg (1885-1935), Hector Berlioz (1803-1869), Georges Bizet (1838-1875), François-Adrien Boieldieu (1775-1834), Pierre Boulez (1925-2016), Benjamin Britten (1913-1976), John Cage (1912-1992), Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), Frédéric Chopin (1810-1849), Dmitri Chostakovitch (1906-1975), Domenico Cimarosa (1749-1801), Claude Debussy (1862-1918), Gaetano Donizetti (1797-1848), Pascal Dusapin (1955-), Manuel de Falla (1876-1946), Gabriel Fauré (1845-1924), César Franck (1822-1890), George Gershwin (1898-1937)  Philip Glass (1937-), Christoph Gluck (1714-1787), Charles Gounod (1818-1893), André-Ernest-Modeste Grétry (1741-1813), Edvard Grieg (1843-1907), Georg Friedrich Haendel (1685-1759), Joseph Haydn (1732-1809), Arthur Honegger (1892-1955), Roland de Lassus (1532-1594), Ruggiero Leoncavallo (1858-1919), György Ligeti (1923-2006), Franz Liszt (1811-1886), Jean-Baptiste Lully (1632-1687), Gustav Mahler (1860-1911), Félix Mendelssohn (1809-1847), Olivier Messiaen (1908-1992), Giacomo Meyerbeer (1791-1864), Darius Milhaud (1892-1974), Claudio Monteverdi (1567-1643), Modest Moussorgski (1839-1881), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Luigi Nono (1924-1990), Jacques Offenbach (1819-1880), Giambattista Pergolesi (1710-1736), Francis Poulenc (1899-1963), Giacomo Puccini (1858-1924), Henry Purcell (1659-1695), Sergei Rachmaninov (1873-1943), Jean-Philippe Rameau (1683-1764), Maurice Ravel (1875-1937), Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908), Gioacchino Rossini (1792-1868), Camille Saint-Saëns (1835-1921), Antonio Salieri (1750-1825), Erik Satie (1866-1925), Domenico Scarlatti (1685-1757), Arnold Schönberg (1874-1951), Franz Schubert (1797-1828), Bedřich Smetana (1824-1884), Karlheinz Stockhausen (1928-2007), Richard Strauss (1864-1949), Igor Stravinsky (1882-1971), Piotr Tchaïkovski (1840-1893), Georg Philipp Telemann (1681-1767), Mikis Theodorákis (1925-), Ralph Vaughan Williams (1872-1958), Giuseppe Verdi (1813-1901), Antonio Vivaldi (1678-1741), Richard Wagner (1813-1883), Carl Maria von Weber (1786-1826) ou Kurt Weill (1900-1950) – et on en passe des dizaines ! –, tout le gratin de l’Occident lyrique voit ses œuvres scrupuleusement passées en revue.

Voici ce que nous a récemment écrit Bernard Wodon à propos de son ouvrage :

« Si l’opéra retrouve aujourd’hui une forme de popularité sous l’influence des médias, il se présente aussi comme un événement lors de grandes représentations en plein air dans des cadres prestigieux. Ce genre continue à plaire par la magie du théâtre et par le jeu du chanteur doublé d’un comédien. Aussi, beaucoup de compositeurs bravèrent jadis la scène pour y acquérir la notoriété. L’aura du merveilleux, le talent incantatoire de la voix du soliste et la puissance des chœurs “sculptant” le sens subtil d’un mot, le mariage du texte et de la musique, le rôle jubilatoire de la chorégraphie, les prodiges de la mise en scène et l’action des interventions instrumentales ou orchestrales méritaient une synthèse actualisée.

Le couple opéra et scénologie, rehaussé par la féerie des décors et la diaprure des costumes, relève des arts plastiques (arts de l’espace) dans les ballets, les farandoles, les pantomimes et même les pirouettes. La collaboration du compositeur, du librettiste, du chorégraphe et du metteur en scène enrichit ce divertissement musical, amplifie la durée du spectacle et avive le “chef-d’œuvre”. Le chef-d’œuvre ? C’est “mettre ensemble des notes qui s’aiment… !”, réplique en boutade prêtée au bambin Mozart à la marquise de Pompadour.

Quelle définition, si ce n’est celle du secret de son discours, aussi fluide et léger qu’une dentelle !

L’année 1600 voit la naissance de l’opéra avec Euridice de Jacopo Peri (1561-1633). Mais qu’en fut-il alors de la tragédie lyrique grecque, des mystères et des miracles du Moyen Âge, des ballets allégoriques et des intermezzi de la Renaissance ? N’en représentent-ils pas les prémices ?

À grand renfort de recherches biographiques et bibliographiques, de dépouillements alphabétiques de guides, de dictionnaires et d’encyclopédies vérifiés par recoupements, je me suis attelé à tisser les antécédents et les conséquents, deux “mailles” essentielles de la trame historique laissant transparaître les transitions ou les filiations des styles lyriques au sein des différentes époques. Tel se présente le “liant historique fort” de cette synthèse chronologique.

Englobant l’opéra américain, l’ouvrage définit les styles du patrimoine lyrique et décrit les décors de théâtre. Les modes fluctuent selon la variété des genres, tragédies, opéras historiques, mythologiques, opéras bouffes, opéras-comiques, sans omettre les Singspiele, opérettes, drames et zarzuelas espagnols, ni les opéras radiophoniques et les comédies musicales.

La biographie des compositeurs révèle les difficultés de composition, de publication et d’exécution d’une œuvre. Témoignant du vécu d’un artiste, elle justifiera aussi son impact dans l’apparition, la disparition ou la résurgence des styles. En outre, le livre reprend les compositeurs actuels, les grands défis contemporains médiatiques et sensibilise aux recherches musicologiques en matière d’interprétation des opéras des xviie et xviiie siècles relatée par les textes (archives, traités, correspondances, récits des mémorialistes).

Neuf chapitres divisent cette histoire de l’opéra des origines à 2017. Chacun de ceux-ci se compose du contexte historique et culturel, de la présentation synoptique des compositeurs groupés par école, du recensement explicatif d’œuvres-jalons accompagnées de leur scénario.

Retraçant l’évolution chronologique du patrimoine lyrique, les encadrés permettent une “lecture à deux vitesses”, par les exergues recréant le climat et l’ambiance d’une époque, et par les intertitres-vedettes relatifs à l’apport des écoles ou des compositeurs.

Accessible et concis, l’exposé définit directement les termes musicaux dans le corps du texte. Pluridisciplinaire, cette synthèse brasse donc à la fois l’histoire de l’art (décor) et celle des arts phoniques ou arts de la durée, littérature (livret) alliée à la musique (vocale et instrumentale). La bibliographie, puis l’index des compositeurs et de leurs maîtres accompagnés de leurs coordonnées chronologiques terminent cet ouvrage-outil. »

Un Himalaya de culture musicale !

Bernard DELCORD

L'Opéra dans l'Histoire par Bernard Wodon, préface de Stefano Mazzonis di Pralafera, Liège, Éditions de la Province de Liège, collection « Histoire » dirigée par Bernard Delcord, avril 2017, 544 pp. en noir et blanc au format 16 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 24 €

SOMMAIRE

Préface par Stefano Mazzonis di Pralafera, directeur de l’Opéra royal de Wallonie (Liège)

Introduction

Chapitre I. Les prémices 

Chapitre 2. Féérie du baroque (1600-1700)

Chapitre III. Ultimes feux du baroque (1700-1750)

Chapitre IV. « Premier souffle » du classicisme : son évolution (1750-1770) 

Chapitre V. « Ultime souffle » du classicisme :sa révolution (1770-1800) 

Chapitre VI. Premier élan du romantisme (1800-1850)

Chapitre VII. Second élan du romantisme (1850-1900)

Chapitre VIII. « Schisme » de la « modernité » (1900-1950)

Chapitre IX. Avant-gardes (1950-2016)

Conclusion 

Heuristique, méthodologie & bibliographie

Index des compositeurs & de leurs maîtres

 

[1] Docteur en philosophie et lettres de l’Université catholique de Louvain (Département archéologie, histoire de l'art et musicologie), Bernard Wodon a enseigné à l'Université de Liège et à l'Institut des hautes études des communications sociales de Bruxelles (I.H.E.C.S.) où il donna durant 25 ans un cours intitulé « L’évolution des formes plastiques et musicales ». Le Service public de Wallonie l’a requis pour les procédures de classement et la rédaction des notices de divers inventaires du patrimoine monumental.

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13 05 17

Une lecture magyd-que

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 La lecture par Magyd Cherfi himself de ce récit autobiographique est un vrai événement de l'actualité littéraire. L'audiolivre figure,  à bien juste titre,  dans la sélection du Prix Audiolib 2017.

" Ne promettez jamais à vos parents d'être leur avenir."

Né en 1962, à Toulouse, au sein d'une famille d'origine algérienne,  Magyd se voit investi d'une puissante, oppressante ambition maternelle. Sa mère, en effet,  se saigne, se dévoue,  fait fondre ses bijoux, sacrifie quelque peu le reste de la fratrie afin que Magyd obtienne le bac,  en 1980. Pareille pression n'est pas facile à vivre, d'autant que la confrontation avec son entourage rend sa position d'"intello" passablement inconfortable.

Quête d'identité, clivage des cultures algérienne et française, le récit du chanteur du groupe Zebda est riche, coloré, pétri d'humour et d'autodérision, passant sans vergogne de la langue de Voltaire, au parler beur, cru, savoureux, truffé d'argot de la meilleure facture.

Un récit qui lui a valu quelques ennuis de la part de protagonistes peu ravis de se voir peindre ainsi.

Teinté d'un accent toulousain "beuré", le récit restitue de façon vivante, saisissante,  la violence verbale de la confrontation, l'inconfort vital, existentiel de l'appartenance hybride.

Un récit haut en couleurs, que je vous recommande.

Apolline Elter

Ma part de Gaulois,  Magyd Cherfi, récit,Ed. Acte Sud, août 2016, 272 pp. Audilolib, avril 2017, texte intégral lu par Magyd Cherfi, durée : 6h 14 minutes

 

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12 05 17

Alchimie gastronomique…

Toute la chimie qu'il faut savoir pour devenir un chef.jpgProposant 55 recettes décryptées et sous la supervision de 11 grands chefs (étoilés, candidats Top Chef, Bocuse d'or, Meilleur ouvrier de France, etc.) [1], l’ouvrage collectif paru aux Éditions Flammarion à Paris sous la direction de la journaliste Hélène Binet, de l’ingénieur en alimentation Julien Garnier et du biophysicien Christophe Lavelle sous le titre Toute la chimie qu'il faut savoir pour devenir un chef ! ouvre des perspectives originales sur les pratiques culinaires contemporaines en répondant, déclinées à travers 11 familles de produits – œufs, légumes, légumineuses, féculents, volailles, viandes, poissons, fromages, fruits, pâtisseries et pains, brioches & viennoiseries– à des questions comme :

Quel est le secret d'une marinade réussie ? D'un glaçage à blanc ? D'une crème fouettée ? D'une gelée de fruits ? L'œuf parfait existe-t-il vraiment ? Comment rendre les légumineuses digestes ? Le tempérage du chocolat est-il indispensable ?

Tout en réussissant à coup sûr des préparations savoureuses : œuf meurette, omelette roulée au fromage de Cantal, œuf basse température au haddock, gaspacho de tomates à l’ancienne, mousse d’artichauts camus et foie gras, chili con carne à la queue de bœuf mijotée, houmous de courgettes à l’huile de menthe, râble de lapin farci aux cèpes, ceviche de Saint-Jacques, maquereau de Méditerranée affiné comme un jambon, croustillant de chou rouge étuvé au munster rôti, terrine de roquefort au pain d’épices, poire Belle Hélène façon œuf de Pâques, merveilleux au chocolat, brioche, chocolatine à la tapenade d’olives noires…

Miam !

Bernard DELCORD

Toute la chimie qu'il faut savoir pour devenir un chef !, ouvrage collectif sous la direction d’Hélène Binet, Julien Garnier et Christophe Lavelle, photographies de Sophie Tramier, Paris, Éditions Flammarion, mai 2017, 189 pp. en quadrichromie au format 21,2 x 28,5 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 25 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans ce recueil la succulente recette suivante :

Poularde rôtie et légumes potagers

Pour 4 personnes

Temps de préparation : 30 minutes

Cuisson : 60 minutes

Difficulté : 2 étoiles

 

Ingrédients :

Base :

1 poularde de 2 kg

Petits pois :

500 g de petits pois écossés

100 ml de bouillon de légumes

50 g de beurre

Carottes fanes :

500 g de carottes fanes

20 g de beurre

Beurre de gingembre :

200 g de beurre demi-sel

50 g de gingembre

 

Recette :

Base :

Vider la poularde.

La rôtir à 180 °C pendant 50 minutes.

La laisser reposer au moins 1 heure à température ambiante.

Purée de petits pois :

Blanchir les petits pois dans une casserole d'eau bouillante salée.

Les égoutter, puis les mixer avec le bouillon de légumes et 50 g de beurre pour obtenir une purée.

Carottes fanes glacées :

Éplucher les carottes et les blanchir dans une casserole d'eau bouillante salée.

Refroidir très rapidement dans une eau glacée puis égoutter.

Dans une poêle, rouler les carottes dans 20 g de beurre et ajouter une cuillère à soupe d'eau pour les glacer.

Beurre de gingembre :

Faire fondre le beurre et y ajouter le gingembre pelé et haché très fin.

Dressage :

Réchauffer la volaille, la découper puis l'assaisonner.

Disposer les carottes glacées et la purée de petits pois autour de la poularde et agrémenter de beurre de gingembre.

 

Les conseils d’Adeline Grattard :

Privilégiez une poularde de Bresse ou des Landes de plus de 60 jours.

Passez la purée de petits pois au tamis, afin d'avoir une texture plus fine et lisse.

Le plus :

Ajoutez de fines tranches de lard rôties et du thym citron dans le beurre de gingembre.

 

Le choix du sommelier Fabrice Sommier :

Côte rôtie

Stéphane Ogier

Une belle robe rouge cerise avec des reflets roses.

Un nez plein de fruits noirs et rouges, avec une pointe de torréfaction.

La bouche est pleine, avec une belle longueur, et une finale douce qu'on retrouve dans les petits pois et les carottes.

Servir à 15-17° C.

UN PEU DE SCIENCE

Pourquoi dit-on « blanchir les légumes » ?

« Blanchir » n’a que peu à voir avec la couleur des légumes : ce terme culinaire désigne une technique particulière, qui consiste à jeter dans l'eau bouillante le légume dûment nettoyé et préparé et à l'y laisser un temps qui dépend de sa nature et du degré de ramollissement souhaité.

En général, cette opération ne représente qu’une première étape de la cuisson complète qui se poursuivra en mélangeant le légume à d'autres éléments, viande ou sauce, puis en le cuisant autrement que par ébullition dans l'eau, par exemple à la poêle dans un corps gras ou au four.

 

[1] Pierre Sang Boyer (Restaurant Pierre Sang, Paris XIe), Kei Kobayashi (Restaurant Kei, Paris Ier), Virginie Basselot (La Réserve, Genève, Suisse), Thibaut Ruggeri (Fontevraud-Le Restaurant, abbaye de Fontevraud), Adeline Grattard (yam’Tcha, Paris Ier), Franck Giovannini (Restaurant de l’Hôtel de Ville, Crissier, Suisse), Laurent Lemal (La Coopérative, Bélesta), Marie Quatrehomme (Fromagerie Quatrehomme, Paris VIIe), Ophélie Barès (Marcelle, Paris Ier), Yann Couvreur (Yann Couvreur Pâtisserie, Paris Xe), Frédéric Lalos (Le Quartier du Pain, Paris).

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12 05 17

À la recherche du temps révolu…

Le temps de l'errance.jpgAprès Obscurité, un premier roman paru chez Chloé des Lys à Barry, en Wallonie picarde, et dont nous avons écrit dans ces colonnes tout le bien que nous en pensons, Jean-François Foulon revient – à nouveau chez cet éditeur – sur la scène littéraire avec un recueil de poèmes en vers et en prose intitulé Le temps de l'errance par lequel il entraîne le lecteur à la découverte de lieux divers, lointains ou non, réels ou pas, qui sont autant de prétextes de retours aux sources, de questionnements sur le monde comme il (ne) va (pas) et de miroirs des sentiments que fait naître la nostalgie du temps perdu.

Extrait :

 

Été pluvieux

 

Trois gouttes d'eau descendent lentement

Le long d'une feuille,

Vestiges d'une averse

Au cœur de l'été.

 

Trois gouttes d'eau qui coulent

Le long de ta joue,

Et ton cœur en pleurs

En plein juillet.

 

Trois gouttes d'eau qui tombent sur le sol

Puis s'évaporent

Dans la chaleur estivale.

 

Trois gouttes d'eau au goût de sel

Qui tombent sur ton cœur.

C'est tout l'été qui pleure.

 

Joli, n’est-il pas ?

Bernard DELCORD

Le temps de l'errance par Jean-François Foulon, Barry, Éditions Chloé des Lys, février 2016, 223 pp. en noir et blanc au format 14,7 x 20,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 16,50 €

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11 05 17

Bipolarité

 

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 " Je décide d'oublier, tout en sachant que je n'y parviendrai pas"

 Tandis qu'Adèle  Mercoeur fête ses sept ans, ce vendredi 16 août, elle assiste au décès de sa Maman. Inopiné. Inquiétant.

Elle l'ignore encore, sa cellule familiale, ainsi fissurée,  va lentement s'intoxiquer du poison de la méfiance, de l'alerte à la vigilance. En point de mire, le portrait haut en couleurs et contrastes de Lila, sa soeur,  belle et fantasque, au tempérament bipolaire.

Promenade gourmande dans le Périgord noir,  l'exploitation truffière  des Mercoeur et celle, viticole, du domaine Saint-Sernin, leur voisin, le nouveau roman de Janine Boissard prend rapidement l'allure d'un thriller, appelant de concert, protagonistes et lecteurs, à une vigilance de chaque instant.

Il constitue à la fois une observation sociologique - comme l'écrivain les aime- , une radioscopie des liens de fratrie et une approche psychologique  de la bipolarité.

La plume est alerte, efficace,  le rythme, soutenu.

Apolline Elter

La lanterne des morts,  Janine Boissard, roman, Ed. Fayard, mars 2017, 352 pp

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10 05 17

Paroles d’or…

Ma petite poésie ne connaît pas la crise.jpgComme toujours, le nouvel opus, au titre cette fois très « bashungien », de l’ami Jean-Pierre Verheggen (°Gembloux, 1942), ne décevra pas les amateurs d’humour décapant dans des textes décalés !

On se souviendra d’abord qu’en 2009, son L'Oral et Hardi, joué et mis en scène par Jacques Bonnaffé, a été récompensé en France d'un « Molière » dans la catégorie « meilleure compagnie », sans que personne se soit avisé qu’il s’agissait d’un patchwork des discours du maire de Champignac dans les aventures de Spirou et Fantasio dessinées par André Franquin.

Il est vrai que la poésie de Verheggen « est avant tout une parodie de la poésie, une critique radicale de l'idéologie que véhicule ce genre et un pastiche burlesque de ses conventions. À partir de là, il développe dès 1968 le concept de réécriture et en applique les effets à des champs d'investigation plus larges, allant de la bande dessinée à la langue politique la plus stéréotypée, en passant par la perversion d'un langage par un autre, en l'occurrence du français classique et scolaire par son wallon maternel, sauvage et sexuel ».[1].

Cette fois, au cri de « Tout va très bien madame la Marcrise ! », il s’en prend avec une belle truculence libertaire aux petits et aux grands travers de notre époque.

Par exemple, à la passion dont s’est pris le bon peuple télévisuel de par chez nous pour les émissions culinaires en tout genre :

« Abonnez-vous à “la cuisine crapuleuse” et découvrez chaque semaine une recette inédite parmi :

l'académicien en rosette,

le faisan à l'andouille,

la bécasse marquée bécasse au front,

le clafoutis à la Jean-Baptiste Clément (en saison),

le loup façon mère-grand,

le chouchou de Bruxelles,

la souris d'agneau à la Mickey et ses mousses maison,

le soigneur sportif aux petits oignons,

la contractuelle à l'aubergine,

le vieux croûton dans son jus,

le pigeonné par une cocotte,

le chapon Banania,

l'enfant de chœur au vin de messe,

l'époisse marquée pas de chance,

le lapin à la prestidigitation aux deux chapeaux,

l'avocat aux marrons,

le ramenard à la fraise de grand veau,

le homard au « m'a tué »,

le boucher maturé,

le boss à moelle,

le poulet ripoux,

le petit vicaire à l'étouffe-chrétien,

l’idiot au beaujolais village

le dentiste à la fraise des bois (en saison),

le pêcheur durable,

le boulanger dans le pétrin,

le bûcheron de Noël,

etc. À suivre ! »

Un vrai cortège à la Prévert, non ? On aime aussi ses traductions latines, comme :

Ab imo pectore

Je lui ai charcuté la poitrine.

Lapsus calami

Elle s’est fait sucer par un calamar.

A parte

Elle a accouché toute seule.

In medias res

Au milieu de ta raie.

Deo gratias

Dieu est un peu gras !

La vraie science littéraire, en somme…

Bernard DELCORD

Ma petite poésie ne connaît pas la crise par Jean-Pierre Verheggen, Paris, Éditions Gallimard, mai 2017, 113 pp. en noir et blanc au format 21 x 20 cm sous couverture brochée en couleurs, 14,50 € (prix France)

 

[1] Alphabet des lettres belges de langue française, Promotion des lettres belges de langue française, Bruxelles, 1982, p. 302.

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10 05 17

Paroles d'Evangiles

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Conseillère en communication, Alice retrouve Jérémie, son ami d'enfance, qui fut un temps amoureux d'elle.  Depuis, il  est entré dans les ordres. 

Les sermons de Jérémie résonnent dans le (presque) vide d'une église cruellement privée de pratiquants. Le jeune prêtre ne semble guère épanoui. 

Bien que non croyante, Alice tente alors de l'aider à drainer de nouveaux fidèles, adaptant, pour ce faire, sa propre pratique professionnelle aux usages des fidèles,  astreignant son esprit à une lecture intensive des paroles d'Evangile . Les résultats sont surprenants qui invitent Alice à une quête spirituelle imprévue.

"L'ego est à l'inconscient ce que le dentifrice est au tube: quand on l'a fait sortir, essayez donc de l'y faire rentrer à nouveau."

Epris de différents courants de pensée,    Laurent Gounelle établit, une nouvelle fois, des liens syncrétiques de spiritualité, sous la forme bien ficelée d'un roman à rebondissements, d'une observation psycho-sociologique rondement menée.

Une écoute audiolivresque plaisante.

A Elter

 

Et tu trouveras le trésor qui dort en toi, Laurent Gounelle, roman,  Ed Kero, 2016, texte intégral lu par Ingrid Donnadieu, Ed. Audiolib, 2017, durée: 6h 46 min.

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09 05 17

L'Opéra dans l'histoire... une petite merveille !

 

 

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« Ce livre s'adresse à tout mélomane et aux férus de grands « tubes ». Puisse-t-il enthousiasmer aussi les friands d'histoire culturelle ou d'histoires des mentalités, pour lesquels l'opéra reflétait la magnificence d'un prince. » écrit Bernard Wodon dans l'introduction de l'ouvrage : L'opéra dans l'histoire. D'autre part, Stefano Mazzonis di Pralafera, Directeur de l'Opéra Royal de Wallonie, note dans sa préface : « Par force de détails, précisions, anecdotes et autres curiosités, l'auteur invite le lecteur à découvrir les lieux magiques, où les sentiments des protagonistes sont traduits par les paroles et soutenus par la musique ».

Tous ces mots : friands, curiosités, magiques... ne peuvent qu'aiguiser notre appétit de connaissance.

Et puis, cela commence ainsi : « Les origines de l'opéra remontent à la Grèce antique. Tragédies ou comédies s'accompagnent de danses, de chœurs, de monologues, de duos récités et chantés.... » Et on embarque pour un merveilleux et passionnant voyage de quelques centaines de pages ! Une lecture musicale, qui plus est !

L'éditeur explique bien le propos : « Depuis 1600 en Europe, puis 200 ans plus tard en Amérique, l'opéra reflète les thèmes culturels et les différents aspects de la vie quotidienne. Neuf chapitres retracent chronologiquement cette histoire de l'opéra des origines à nos jours ; contexte historique, style lyrique, décor de théâtre et biographie des compositeurs regroupés par écoles jalonnent ce florilège des principales œuvres du répertoire. Cet outil indispensable en résume les arguments, clarifie les principaux termes musicaux et s'attarde parfois plus longuement sur les grands succès. »

Le livre s'adresse à tout mélomane, enseignant, étudiant, musicologue, ainsi qu'aux professionnels du spectacle, interprètes, programmateurs musicaux et décorateurs sonores.

Un mot de l'auteur : Bernard Wodon, Docteur en Philosophie et Lettres a déjà publié une Histoire de la musique chez Larousse et Mille ans de rayonnement artistique liégeois. Comme j'aime qu'il dédie son libre à sa maman qui a renoncé à sa carrière de cantatrice pour se dévouer pour ses enfants, tout en les sensibilisant aux grands succès du répertoire.

 

 

Jacques MERCIER

 

 

L'opéra dans l'histoire, Bernard Wodon, Les éditions de la province de Liège, 20017, 544 pp, 24 euros.

 

09 05 17

Des bienfaits du clavier

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Pianiste amateur, Catherine David se voit soudain, lâchée, trahie par sa main gauche.

" Je n'avais jamais eu à me plaindre de toi jusqu'à cette étrange alerte"

S'adressant à ce membre,  par à coups défaillant, la romancière, essayiste, critique littéraire entame une longue et belle réflexion sur les effets de la musique - sensuels, thérapeutiques, et autres,- son éternité, la pérennité de chefs d'oeuvre du répertoire classique, les bienfaits de leur pratique. Partant, elle  invite mélomanes et simples lecteurs à une approche sensible et éclairée de cette "médecine de l'âme" qui jaillit des touches du clavier.

"Il y a ce moment de bascule où la musique fuse, s’embrase et roule ses  galets, quand le toucher, la vue et l’ouïe se retrouvent solidaires, entrelacés, indiscernables. Une musique étonnante sourd alors de nos doigts comme une liqueur impalpable, une musique qui nous veut du bien, une thérapeutique antimorosité qui remplace les petites pilules du soir. À consommer sans modération, car il n’y a aucun risque d’effets secondaires dans cette médecine de l’âme. Seul un certain niveau d’addiction à la drogue appelée musique est à redouter."

Lettre ouverte à ma main gauche et autres essais sur la musique, Catherine David, essai, Ed. Acte Sud, février 2017, 316 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Musique | Commentaires (0) |  Facebook | |

06 05 17

Réquisitoire

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Victor Hugo est à la littérature, ce que De Gaulle est à la France affirmait.. je ne sais qui; après tout c'est peut-être moi. C'est peut-être aussi, le climat électoral qui me poursuit jusque dans mes lectures les plus classiques...

Si le texte hugolien reste actuel, singulièrement vivant et surtout émouvant, n'y voyez  aucun rapport avec le week-end qui condamnera l'un des candidats à  gouverner l'énorme paquebot appelé France et l'autre, à s'effacer.. enfin,  plus ou moins.

Publié en 1829,  le texte revêt la forme d'un journal intime, celui d'un condamné, qui attend le prononcé de sa sentence et son passage sous le tranchant de la lame. Aucun détail n'est épargné, de ses espoirs, angoisses, réactions maladroites ou cyniques de sa garde rapprochée, de l'affreuse banalisation de son exécution.

Le débat ne porte ni sur le crime commis par le condamné, ni sur les circonstances de son jugement. Il condamne seulement la barbarie de l'application de la peine de mort. Partant, il n'en revêt que plus de force.

Portée par la voix de Bernard Métraux, cette lecture -sublime - saisit d'empathie et de compassion l'auditeur.

Un monument de la littérature.

Je vous en conseille vivement l'écoute (ou la lecture)

Apolline Elter

Le dernier jour d'un condamné, Victor Hugo, récit, 1829, texte intégral lu par Bernard Métraux, Ed Gallimard/ Ecoutez lire,  mars 2017, durée d'écoute: 3h15minutes

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Audio Livres | Commentaires (0) |  Facebook | |