06 11 17

Existe-t-il une littérature européenne ?

Richard Miller.jpg« Existe-t-il une littérature européenne ? » est une excellente et pertinente question posée par l'auteur de l'essai, Richard Miller. Il y répond de manière claire, intelligente et détaillée. Un livre qui fait aussi référence à de nombreux autres ouvrages ; ce qui nous donne autant de pistes pour prolonger la lecture par d'autres réflexions.

L' « Avant-dire » (préféré à préface) de Jacques De Decker définit l'auteur comme « batailleur de mots, d'idées et de combats politiques ».

L'auteur est homme politique et docteur en philosophie de l'Université libre de Bruxelles. On luit doit une quinzaine de livres, beaucoup traitant de la liberté et du libéralisme.

L'ayant croisé lorsqu'il fut Ministre de la Culture (entre 2000 et 2003), je connaissais son intérêt pour la littérature et aussi pour les mots. « Les mots sont comme semblables à des pierres polies par le temps, sortes de galets façonnés par les vents et les vagues. » dit-il.

 

Ce qu'il écrit ici sur les mots est captivant. Quelques exemples :

« Les mots sont toujours un « terrain d'entente » (dans tous les sens du mot « entente ») : pour que l'on puisse s'entendre. Il faut que l'on accepte de part et d'autre d'appeler les mêmes choses par les mêmes mots, c'est-à-dire par les mêmes sons ayant le même sens. »

Ou encore à propos de ce sujet qui m'a toujours intéressé, jouant des mots dans les médias : « Un échange se joue entre la langue parlée et la langue littéraire, entre la langue et la littérature. L'écrit littéraire affermit la langue et façonne les mots. Écrire confère une solidité qui permettra des lectures nouvelles, des utilisations inédites, des audaces, des accouplements, des créations riches de sens nouveaux. »

Il est longuement question aussi des mots et de la littérature.

« La littérature, ce sont des rencontres. Des rencontres, par les flux des mots, entre des devenirs individuels. » et « La réalité pour nous n'existe que d'être racontée. »

 

Mais Richard Miller expose tout d'abord ce qu'est notre civilisation européenne, avec Athènes, Rome, Jérusalem et puis la démocratie et les Lumières. L'esprit européen c'est le souci de la dignité humaine.

La constatation suivante ne nous est pas toujours présente à l'esprit :

« A la différence d'autres ensembles politico-culturels comme l'Inde, la Chine, le Japon et la culture arabe (ensuite islamique), les textes fondateurs européens sont des traductions. »

 

Et puis la grande affaire de l'amour est abordée :

« L'amour dans tous les sens est une seule et même histoire que l'on ne cesse, depuis le début et jusqu'à notre temps, de raconter. »

« Être à la hauteur de la rencontre amoureuse, toute la littérature nous le donne à lire, à entendre et à comprendre : c'est accepter l'abandon de soi à l'autre. Avec risques et périls, il est vrai. »

 

Si je n'avais qu'une seule réflexion à retenir dans tout cet ouvrage qui en foisonne, c'est celle-ci : « Suis-je digne de cette force de vie qui est en moi ? »

 

Un dernier mot : parmi les nombreuses références, je constate avec plaisir que l'auteur a lu avec attention « Sapiens » de Harari, que je vous conseille de toute urgence... après la lecture de cet essai !

 

 

Jacques Mercier

 

« Existe-t-il une littérature européenne ? » - Avant-dire de Jacques De Decker - Richard Miller - Ed. Académie royale de Belgique, collections L'Académie en poche. 2017 – 144 pp. 7 euros. Www.academie-editions.be

05 11 17

« Le vin qu'on a bu ne vaut pas le vin qu'on va boire. » (Proverbe italien)

Guide des vins Bettane & Desseauve 2018 .jpgDepuis 1995, Michel Bettane et Thierry Desseauve font paraître un guide annuel fameux – il est désormais publié et traduit jusqu’aux États-Unis, au Japon et en Chine – qui fourmille de conseils pour choisir et apprécier les meilleurs vins de France.

Pour la rédaction du Guide des vins Bettane & Desseauve 2018, paru chez Flammarion à Paris, ces deux œnologues reconnus internationalement comme les plus grands spécialistes des vins de l’Hexagone, accompagnés de leur équipe d'experts, ont parcouru la France viticole et ont recensé le meilleur de sa production disponible actuellement pour établir leurs palmarès du top 200 des producteurs, du top 200 des vins de l'année, du top 100 des vins à garder et du top 100 des vins au meilleur rapport qualité-prix.

Ils ont dressé la liste de plus de 11 450 vins disponibles à la propriété ou dans la distribution pour un total de 2 360 domaines, maisons et châteaux et ils proposent leur sélection des meilleurs vins bio.

Cette édition repensée garde cependant toutes ses qualités principales : les conseils éclairés sur les domaines, les vignobles, les cuvées et les appellations, mais aussi le système de notation, l'indication des prix de vente et les informations sur le moment idéal de dégustation.

Un guide complet et pratique pour vous aider dans vos achats et dans la découverte de nouvelles bouteilles !

Bernard DELCORD

Guide des vins Bettane & Desseauve 2018 par Michel Bettane et Thierry Desseauve, Paris, Éditions Flammarion, août 2017, 960 pp. en quadrichromie au format 14,3 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 24,90 € (prix France)

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03 11 17

« Le pouvoir ne doit pas être conquis, il doit être détruit. » (Mikhail Bakounine)

Bakounine – La vie d'un révolutionnaire.jpgHanns-Erich Kaminski, né à Labiau en Prusse orientale le 29 novembre 1899, probablement mort en Argentine en 1963, est un journaliste et écrivain libertaire allemand d'expressions allemande et française.

On lui doit Zur Theorie des Dumping, sa thèse de doctorat défendue à l’université de Heidelberg en 1921, Fascismus in Italien (Berlin, 1925), Ceux de Barcelone (Denoël, Paris, 1937), Céline en chemise brune ou le Mal du présent (Les Nouvelles Éditions Excelsior, 1938), Troisième Reich, Problème sexuel (écrit en français, mais paru seulement dans une version en espagnol à Buenos-Aires en 1940), Journal de Lisbonne (manuscrit coécrit avec Anita Karfunkel et probablement perdu) et, surtout, Bakounine, la vie d'un révolutionnaire (Aubier-Montaigne, Paris, 1938), une biographie magistrale récemment republiée à Paris aux Éditions de la Table ronde dans la collection de poche « La petite vermillon ».

Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine, né le 18 mai 1814 (30 mai 1814 dans le calendrier grégorien) à Priamoukhino (gouvernement de Tver, Empire russe) et décédé le 1er juillet 1876 à Berne (Suisse), est un révolutionnaire, philosophe et théoricien de l'anarchisme qui a abondamment écrit sur le rôle de l'État et posé les fondements du socialisme libertaire.

Très influencé par la dialectique hégélienne, il fut l’adversaire déterminé de Karl Marx au sein de la Première Internationale [1] dont il sera exclu au congrès de La Haye (en septembre 1872).

Son engagement militant l’amena à participer activement à des mouvements révolutionnaires (à Paris en 1848 – puis durant la Commune de 1870 – et à Dresde en 1849, ce qui lui valut en 1850 une condamnation à mort rapidement commuée par peur de l’opinion publique et son extradition vers les geôles de la Russie tsariste qui le déporta ensuite en Sibérie jusqu’en 1859) et à propager ses idées en Angleterre, en Belgique, en France, en Italie, en Espagne et en Suisse où il mourra d'une urémie.

Voici la présentation de l’ouvrage par l’éditeur :

« La silhouette d'un colosse traverse les révolutions politiques de l'Europe. Bakounine accourt là où règne l'émeute, et la crée quand elle n'existe pas. Arrêté lors de l'insurrection de Dresde, sa tête mise à prix, il est condamné à mort puis livré au tsar Nicolas. Ses forteresses le retiendront six ans, mais pas la Sibérie, d'où il s'enfuira pour reprendre son combat contre toutes les autorités de la terre.

Inlassablement, il insistera sur la nécessité de saper les fondements juridiques de l'ordre existant pour rendre vaine toute tentative de restauration, s'attaquant aux institutions plutôt qu'à ses représentants.

Des conspirations de sa jeunesse à la “dictature invisible” qui lui paraîtra plus tard mieux adaptée à son projet d'incendier châteaux, cadastres et hypothèques, Bakounine cherchera à réunir les conditions d'une liberté qui ne doit pas être octroyée, mais conquise...

Hanns-Erich Kaminski a su décrire avec justesse et chaleur la vie étonnante de cet aristocrate russe devenu un vagabond magnifique et dépenaillé, à qui on ne pouvait refuser que de partager son rêve. »

Véritable thriller politique, cette biographie du Camarade Vitamine comme l’appelait Léo Ferré est aussi un exposé lumineux des thèses libertaires qui demeurent, au cœur des temps rétrogrades que nous connaissons, ceux du politiquement correct, du moralisme étroit, de la bien-pensance et des lobbies religieux ou sectaires de toutes obédiences, plus que jamais nécessaires !

Bernard DELCORD

Bakounine – La vie d'un révolutionnaire par Hanns-Erich Kaminski, Paris, Éditions de la Table ronde, collection « La petite vermillon », septembre 2017, 403 pp. en noir et blanc au format 10 ;8 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 8,70 € (prix France)

 

[1] L'Association internationale des travailleurs (AIT) est le nom officiel de la Première Internationale, fondée le 28 septembre 1864 à Londres au Saint-Martin's Hall.

03 11 17

« On crée pour l’éternité, même si elle se charge de démentir. » (François Mitterrand)

Le dossier Mitterrand.jpgCent ans après la naissance et vingt ans après la mort de François Mitterrand (1916-1996), les Éditions de la République, émanation de Éditions Ophrys, et le magazine « L'Histoire » ont fait paraître Le dossier Mitterrand, un brillant essai rédigé par 14 spécialistes éminents placés sous la houlette de l’historien Michel Winock, professeur émérite à Sciences Po Paris, qui se penchent sur la personnalité indéchiffrable de l’ancien Président de la République française (du 21 mai 1981 au 17 mai 1995), sur sa carrière politique et sur son bilan à la tête de l'État.

De Vichy à la Résistance, l’ouvrage tente de faire la lumière sur une trajectoire controversée, celle d’un jeune homme de droite devenu le leader de la gauche. Était-il vraiment socialiste ? Quels étaient ses rapports avec l'argent ? Comment ce brillant stratège a-t-il amené la gauche au pouvoir en 1981 ? Qu'a-t-il fait de sa victoire ? De quelle manière gouvernait-il ? Que faut-il retenir de ses deux septennats ? Où sont ses archives et comment peut-on les consulter ?

Autant de questions abordées, autant de mystères plus ou moins élucidés par les brillants exégètes que sont Franz-Olivier Gisbert (journaliste et écrivain), Jean-Pierre Azéma (professeur émérite à Sciences Po), Benjamin Stora (professeur à l'université Paris-XIII ainsi qu’à l’INALCO – Langues orientales à Paris et inspecteur général de l'Éducation nationale française), Jean Garrigues (professeur à l’université d’Orléans), Alain Bergounioux (professeur associé à Sciences Po), Ludivine Bantigny (maître de conférences à l’université de Rouen), Jean-Michel Gaillard (auteur de nombreux ouvrages historiques, décédé en 2005), Mathias Bernard (professeur à l’université de Clermont-Ferrand), Robert Badinter (ex-Garde des Sceaux du 23 juin 1981 au 18 février 1986), Jean-Luc Bœuf (haut fonctionnaire), Yves Léonard (professeur d’histoire contemporaine à Sciences Po), Édouard Vernon (historien), Jacques Marseille (décédé en 2000, il fut professeur à l’université Paris I Sorbonne) et François Bazin (ancien rédacteur en chef du Nouvel Observateur).

Écrit à 15 mains, cet ouvrage historique est aussi palpitant qu’un polar !

Bernard DELCORD

Le dossier Mitterrand, ouvrage collectif sous la direction de Michel Winock, Paris, Éditions de la République & L’Histoire, décembre 2016, 190 pp. en noir et blanc au format 12 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)

02 11 17

« Les idées ne suffisent pas, il faut le miracle. » (André Derain)

Derain – Un fauve pas ordinaire.jpgRessorti (l’édition princeps, publiée dans la même collection, date de 1994) à l’occasion de l’exposition « André Derain, 1904-1914. La décennie radicale » qui est présentée au Centre Pompidou à Paris jusqu’au 29 janvier 2018, le petit essai de l’historien d’art Patrice Bachelard (1952-1995) intitulé Derain – Un fauve pas ordinaire paru chez Gallimard dans la collection « Découvertes » fait habilement la synthèse de la vie (1880-1954) et de l’œuvre de ce peintre (y compris de décors et costumes de ballets et de théâtre), sculpteur, graveur, illustrateur et décorateur qui « a joué un rôle moteur et intellectuel dans l’éclosion des deux grandes avant-gardes du début du XXe siècle, le fauvisme et le cubisme » (Cécile Debray, commissaire de l’exposition).
 
Le fauvisme (ou les fauves) est un courant de peinture qui émerge en France en 1905 et se termine vers 1910. Son influence a marqué tout l'art du XXe siècle, notamment par la libération de la couleur.
 
Initié en 1907 par les peintres Pablo Picasso et Georges Braque, le cubisme est un mouvement artistique révolutionnaire dont les œuvres représentent des objets analysés, décomposés et reconstruits dans une composition abstraite, géométrique, comme si l'artiste multipliait les points de vue.
 
Après 1918, André Derain s’orientera vers un réalisme teinté de classicisme qui en fait une des figures artistiques majeures de l'entre-deux-guerres.
 
L’exposition, quant à elle, a pour ambition de retracer les étapes du parcours de l’artiste avant-guerre, moment où le peintre participe aux mouvements d’avant-garde les plus radicaux et développe une œuvre puissante multipliant les expérimentations plastiques.
 
S’appuyant sur des archives inédites d’André Derain – ses photographies, sa collection d’estampes et de reproductions d’œuvres d’art, ses écrits et sa correspondance – cette exposition éclaire de manière inédite une sélection de ses œuvres les plus emblématiques, par des contrepoints visuels forts : les photographies prises par le peintre, ses références artistiques atypiques telles que les gravures d’Épinal, les objets maoris copiés au British Museum en 1906 ou les sculptures africaines de sa collection.
 
On y admire environ 70 peintures ainsi qu’un ensemble important d’œuvres sur papier – aquarelles, dessins, carnets de croquis, gravures –, des sculptures, une cinquantaine de photographies, des sculptures maories et africaines, des céramiques…
 
Et quelques ensembles exceptionnels sont réunis pour l’occasion : la production estivale de 1905 à Collioure, la série des vues de Londres et les très grandes compositions autour des thèmes de la danse et des baigneuses.
 
Un événement miraculeux !
 
Bernard DELCORD
 
Derain – Un fauve pas ordinaire par Patrice Bachelard, Paris, Éditions Gallimard, collection « Découvertes », septembre 2017, 128 pp. en quadrichromie au format 12,5 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 15,10 € (prix France)
 
Informations pratiques :
 
Exposition André Derain 1904-1914. La décennie radicale
 
Coordonnées :
Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou
Galerie 2
F-75191 Paris Cedex 04
 
Tél. 00 33 1 44 78 12 33
 
https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/cb56kjg/r58BdjK
 
Horaires :
Jusqu’au 29 janvier 2018
De 11 heures à 21 heures
Nocturnes jusqu'à 23 heures tous les jeudis soir
 
Accessibilité :
Métro Rambuteau (ligne 11), Hôtel de Ville (lignes 1 et 11), Châtelet (lignes 1, 4, 7, 11 et 14)
RER Châtelet-Les Halles (lignes A, B, D)
Bus 29, 38, 47, 75
 
Tarifs :
Prix plein : 14 €
Prix réduit : 11 €
Le premier dimanche de chaque mois, l’accès au musée est gratuit pour tous.

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02 11 17

« De tous les arts, l'art culinaire est celui qui nourrit le mieux son homme. » (Pierre Dac)

L'Art culinaire .jpgOn apprend dans un long article très documenté mis en ligne sur Wikipédia que Marcus Gavius Apicius est une figure de la haute société romaine, dont l'existence est signalée sous les règnes des empereurs Auguste et Tibère.
 
Sa naissance est située approximativement en 25 avant J.-C. et son décès aux alentours de 37 après J.-C.
 
C'était un millionnaire amateur de plaisirs (notamment les plaisirs de la table), qui dépensait sans compter pour s'en procurer, et qui finit par se suicider quand sa fortune s'en trouva compromise.
 
Son luxe, son raffinement et sa gloutonnerie devinrent vite proverbiaux et fournirent chez les Romains soit des anecdotes de gastronomes, soit l'exemple même de la corruption des mœurs pour les moralistes austères.
 
On lui attribue, probablement à tort, le célèbre De re coquinaria (L’Art culinaire), œuvre plus tardive.
 
Apicius a donné son nom au « canard Apicius » créé en 1985 par le grand chef français Alain Senderens.
 
Basée ou non sur un texte apocryphe, la nouvelle édition de la traduction française par Jacques André (elle date de 1974 et avait été publiée dans la Collection des Universités de France, série latine) de L’Art culinaire d’Apicius qui vient de paraître aux Belles Lettres à Paris est un petit bijou livresque avec ses superbes illustrations et ses jolis fleurons ornant les recettes qui y sont rassemblées.
 
Celles-ci traitent du vin, des hachis, des légumes du potager, de la volaille, des oiseaux, des quadrupèdes, des produits de la mer et de plats divers surprenants (y compris à base de vulves de truies !), tout en donnant des conseils de conservation des denrées.
 
Un cadeau original pour les gastronomes férus de découvertes !
 
Bernard DELCORD
 
L'Art culinaire par Apicius, texte présenté, traduit du latin et commenté par Jacques André, illustrations et composition par Scott Pennor’s et Élie Colistro, Paris, Éditions Les Belles Lettres, octobre 2017, 296 pp. en quadrichromie au format 12 x 19,5 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 17 € (prix France)
 
Pour vous, nous avons recopié dans ce recueil antique la recette d’oiseau suivante :
 
Pour le Flamant
 
Dépouillez le flamant, lavez-le, parez-le et mettez-le dans une cocotte, ajoutez de l’eau, du sel, de l’aneth et un peu de vinaigre.
 
À mi-cuisson, liez un bouquet de poireau et de coriandre pour le faire cuire.
 
Quand la cuisson sera presque terminée, ajoutez du défritum (1) pour colorer.
 
Mettez dans un mortier du poivre, du cumin, de la coriandre, de la racine de laser, de la menthe et de la rue, triturez, mouillez de vinaigre, ajoutez des dattes caryotes (2) et arrosez de jus de cuisson.
 
Versez dans la même cocotte et liez à la fécule.
 
Arrosez de sauce le flamant dressé et servez.
 
Vous ferez de même avec la perruche.

(1)  = vin cuit.
(2)  = du palmier queue de poisson.

01 11 17

Résurrection d’un géant de la pensée…

Esthétique de la création verbale.jpgGrandissime théoricien de la littérature et de l’esthétique, historien de la langue et de la culture, philosophe, linguiste et précurseur de la sociolinguistique, le soviétique Mikhaïl Bakhtine (1895-1975) aura, notamment par ses remarquables travaux sur le roman, marqué de son sceau les approches formalistes russes, marxistes et structuralistes du XXe siècle.
 
On lui doit trois opus majeurs, dont le retentissement se prolonge de nos jours : Esthétique et théorie du roman (1924-1941, revu en 1970), Problèmes de la poétique de Dostoïevski (1929) ainsi que L’Œuvre de François Rabelais et la culture populaire du Moyen Âge et de la Renaissance (1964, sur une thèse de 1946).
 
Les Éditions Gallimard ont eu ces jours-ci l’excellente idée de ressortir dans leur fameuse collection « Tel » la compilation d’essais et d’articles de Bakhtine parue en 1984 dans la « Bibliothèque des idées » sous le titre Esthétique de la création verbale – un compendium alors préfacé par le sémiologue, historien des idées et essayiste français Tzvetan Todorov (1939-2017) – qui réunissait « L’auteur et le héros » (il s’agit du texte partiel – long de 201 pages tout de même– d’un ouvrage interrompu en 1922 faisant la description phénoménologique de l'acte de création), « Le roman d’apprentissage dans l’histoire du réalisme » (1936-1938, au moment où l'auteur travaillait à un livre sur Goethe, ouvrage qui a disparu), « Les genres du discours » (1952-1953), « Le problème du texte » (1959-1961), « Les études littéraires aujourd’hui » (1970), « Les carnets » (1970-1971) et « Remarques sur l’épistémologie des sciences humaines » (1974), des thèmes demeurés particulièrement intéressants pour les chercheurs contemporains qui ignorent parfois le nom même de Bakhtine.
 
Voici la présentation de l’ouvrage par son éditeur :
 
« Au fil des publications, la figure de Mikhaïl Bakhtine apparaît comme l'une des plus fascinantes et des plus énigmatiques de la culture européenne du milieu du XXe siècle. On peut en effet distinguer, comme Tzvetan Todorov dans sa présentation, plusieurs Bakhtine : après le critique du formalisme régnant, le Bakhtine phénoménologue, auteur d'un tout premier livre sur la relation entre l'auteur et son héros ; le Bakhtine sociologue et marxiste de la fin des années vingt, qui apparaît dans les complexes Problèmes de la poétique de Dostoïevski ; le Bakhtine des années trente, marquées par le Rabelais et les grandes explorations culturelles dans le domaine des fêtes populaires, du carnaval, de l'histoire du rire ; le Bakhtine "synthétique" des derniers écrits, sans parler de bien d'autres possibles. »
 
Un must pour les thésards et les forts en thème !
 
Bernard DELCORD
 
Esthétique de la création verbale par Mikhaïl Bakhtine, traduit du russe par Alfreda Aucouturier, préface de Tzvetan Todorov, Paris, Éditions Gallimard, collection « Tel », octobre 2017, 446 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 13,50 € (prix France)

29 10 17

Un supermarché nommé désir ! (Magnifique !)

_dekoker.jpgDe cette charmante chroniqueuse, Charlotte Dekoker, que l'on peut entendre chez Walid sur la Première RTBF, je ne connaissais que « Bière qui roule n'amasse pas mousse », qui m'intéressait par l'exploration humoristique de quelques expressions. Cette fois, c'est dans la collection Opuscules d'Eric Lamiroy que je découvre la romancière et « Un supermarché nommé désir ». Une révélation !

Nous allons du supermarché du parking jusque dans les rayons ; et sur deux plans : mini, une séquence de l'enfance, maxi, un bribe de l'histoire d'aujourd'hui. On est emportés par ce suspens qui ne s'arrête qu'à la toute dernière ligne. Entre-temps, le sens de l'observation aigu, les détails qui expliquent et situent, tout nous appelle au coeur du double récit. C'est pleinement réussi !

Pour vous, je recopie quelques extraits :

Texte Maxi :

« C'est rassurant, un homme qui ne va pas trop vite. Je te dépasse pour que tu puisses me voir. Et pour imaginer que tu me regardes. L'instant s'étire. J'ai des fourmis dans la colonne vertébrale. »

Texte Mini :

« C'est magnifique. Encore plus beau que le jardin de papy. La brillance des poivrons m'épate. Ah, si les feux rouges avaient d'aussi belles couleurs, je suis certaine que tu t'y arrêterais plus souvent. »

Et toujours, ce qui caractérise déjà Charlotte Dekoker : une manière d'effronterie délicieuse...

« Tu as arrêté le chariot. J'ai été obligée de te regarder dans les yeux. Tu n'as rien dit. Tu t'es simplement offert à mon regard, avec ce sourire oblique, et c'est comme si tu avais mis ta main dans ma culotte ».

Ou ces deux notations superbes :

« Alcools. Probablement le seul rayon qui porte le nom d'un livre. »

Et enfin :

« -Mais pourquoi pas. Boire du gin tonic me donne l'impression d'être une écrivaine alcoolique.

-Une écrivaine, quoi. »

Décidément, la collection Opuscules nous apporte chaque semaine sa pépite de littérature.

 

Jacques MERCIER

 

« Un supermarché nommé désir », Charlotte Dekoker, Roman, Opuscules, Edition Eric Lamiroy, 10cmX14cm, 50 pp. 4 euros, www.Lamiroy.be

 

 

 

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Jacques Mercier, Nouvelles, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

28 10 17

Devoir de mémoire

Van der Plaetsen - c.jpg"Une certaine conception de l'honneur peut conduire un homme à se dépasser jusqu'à se transcender - et à mourir pour l'idée qu'il se fait de la vie dont il est l'obligé."

C'est à la vie et surtout à l'action de son grand-père maternel, le Général Jean Crépin, qu'est dédié le récit de Jean-René Van der Plaetsen.

            Une vie, un destin qui se décide le matin du 28 août 1940, à Manoka (Cameroun) et voit un jeune capitaine d'artillerie, marié, père de deux fillettes, rallier le Général de Gaulle et le combat pour la France libre, prêter serment d'une fidélité qui jamais ne faillira.

Bras droit du (futur) maréchal Leclerc - alias Philippe de Hauteclocque (1902-1947) -  Jean Crépin est nommé colonel à trente-deux ans. Il commande alors l’artillerie de la Deuxième Division blindée, la fameuse 2e DB.

Si l’infanterie est la reine des batailles, comme on l’a souvent dit, l’artillerie en est l’impératrice. Ce que Napoléon, qui était artilleur de formation, traduisait ainsi, avec son génie de la concision : « Le feu est tout, le reste est peu de chose ». C’est en effet l’artillerie qui prépare les victoires. "

La victoire de la France, ce Compagnon de la Libération la célèbre le 26 août 1944, sur les Champs-Elysées, aux côtés des généraux Leclerc et de Gaulle, " ces deux hommes auxquels il avait voué son existence et qui ont donné un sens supérieur à sa vie" ; elle lui coûte celle de son épouse le 8 septembre suivant - mutilée par une mine antipersonnel allemande - et un profond sentiment de culpabilité.

Remarié en 1947, l'officier enchaîne, à contre-coeur, l'Indochine, avec ardeur, l'Algérie, avant d'accéder à la vice-présidence de l’Aérospatiale, futur Airbus group, aux présidences de Nord-Aviation, d'Euromissile et d'assurer des missions supérieures, secrètes et névralgiques de développement stratégique.

A travers sa personnalité, son action, son humilité, c'est également " les vies admirables de ces Boissieu, Dio, Massu, Messmer, Simon ... " que Jean-René Van der Plaetsen célèbre, réalisant, d'une plume alerte et fluide, un essentiel devoir de mémoire, de transmission.

            Un récit édifiant.

Apolline Elter

La Nostalgie de l'honneur, Jean-René Van der Plaetsen, récit littéraire, Ed. Grasset, septembre 2017, 240 pp

 

Billet de faveur

AE : Vous rendez au panache – cocktail d’honneur et d’humilité qu’incarne votre grand-père – ses lettres de noblesse ; notre époque en semble moins pourvue. Imputez-vous cette attitude à une forme d’arrogance qui nous fait voir la vie comme un dû, un droit acquis, nous libérant d’obligations à son égard ? 

Jean-René Van der Plaetsen :

Tout à fait. Je pense que, la vie nous étant donnée, il convient de s’en réjouir et d’apprécier à sa juste mesure l’immense chance qu’est le simple fait de pouvoir vivre. Mais je pense aussi que certaines obligations nous incombent lors de notre passage sur terre. Certaines tombent sous le sens, comme de s’efforcer d’être heureux, de respecter ceux qui nous entourent, ou encore d’essayer de progresser dans les domaines qui sont propres à chacun ; d’autres le sont moins aujourd’hui parce qu’elles se perdent ou que nous les avons oubliées. Parmi celles-ci, il y a le sens de l’honneur qui, selon moi, doit nécessairement être accompagné du souci de l’humilité.

AE :  votre grand-père vous a en quelque sorte institué dépositaire de sa mémoire : vous étiez seul garçon, il vous sentait imprégné de ses propos.  Le fait d’avoir un fils à votre tour a-t-il amplifié l’urgence de cette transmission ?

Jean-René Van der Plaetsen :

Certainement. Ce livre n’est pas seulement le récit de vies d’hommes héroïques ou exemplaires, c’est aussi une histoire de transmission et d’héritage. L’éternelle histoire du vieil homme et de l’enfant, au fond. J’espère que mon fils, âgé de dix ans, saura trouver dans ce livre des enseignements qu’il transmettra à son tour à ses enfants. Car je crois que ces valeurs de courage et de droiture dont il est question dans La Nostalgie de l'honneur n’ont pas d’âge, même si certains les jugent dépassées aujourd’hui, et qu’elles peuvent servir à tous les temps.

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

27 10 17

Mopettes show…

VeloSoleX – L'épopée d'un cyclomoteur.jpgLa maison d’édition parisienne Hugo & Cie a lancé un nouveau label, Hugo Motors, qu’elle inaugure avec la publication d’un beau livre intitulé VeloSoleX – L'épopée d'un cyclomoteur et rédigé par l’animateur Jean-Pierre Foucault qui revient sur l'histoire de ce deux-roues mythique.
 
À la naissance de l’engin, en 1946, le succès fut immédiat, explique l’auteur.
 
Et pourtant, sa technologie est particulièrement étrange : une répartition des masses illogique, une transmission par galet agissant directement sur la roue avant, une épouvantable instabilité de la direction en font un vélomoteur à la limite du danger sur route.
 
Mais le succès est tout de suite au rendez-vous, son prix et sa simplicité mécanique compensant ses défauts. 

Solexine.jpg

Par exemple, le moteur deux-temps utilisait de la Solexine, un carburant spécialement conçu pour lui et vendu tel quel, une nouveauté bien pratique à l’époque.
 
Génération après génération, toute une population a fait l’expérience de ce vélo motorisé.
 
Les stars en ont rapidement fait un objet très “in”. On a vu Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, Steve McQueen (!) et bien d’autres l’utiliser.
 
Il a atteint le sommet de sa popularité à la fin des années 1960.
 
Après plusieurs rachats successifs, c’est finalement le Japonais Yamaha qui s’est retrouvé possesseur de la marque et, faute de clients, le SoleX a disparu en novembre 1988.
 
L’ouvrage de Jean-Pierre Foucault, très documenté et plaisamment écrit, abonde de belles illustrations.
 
Du quoi raviver bien des souvenirs chez ceux qui ont connu les Golden Fifties et Sixties !
 
Bernard DELCORD
 
VeloSoleX – L'épopée d'un cyclomoteur par Jean-Pierre Foucault avec la collaboration de Jean-Paul Viart, Paris, Éditions Hugo Motors, octobre 2017, 144 pp. en quadrichromie au format 24 x 28,3 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 19,95 € (prix France)

Écrit par Brice dans Beaux Livres, Bernard Delcord | Commentaires (0) |  Facebook | |