04 03 18

Trajectoires

_marotta.jpgFrédéric Marotta l'explique très bien dans sa préface : « Il existe différents genres de poésie et elle reste toujours aussi difficile à définir, mais elle demeure existante et riche de diversité dans de multiples productions de l'âme humaine sur notre planète Terre, en vers ou en prose, pourvu qu'elle éclose et que jamais elle ne tombe dans le néant. » Et plus loin : « Ne l'oublions pas, ce genre littéraire qu'est la poésie est né de la sensibilité et de l'imagination, et c'est en cela qu'il est essentiel. »

Les poèmes de Frédéric dans Trajectoires sont imprimés sur deux colonnes et peuvent presque se lire de droite à gauche. J'aime l'entrée en matière du premier, intitulé « Sauvage » :

Sybille / A recouvré tendresse / Après sauvages nuances / De noirs / Et de sombres envies / Grises, / Grisée, / Aigrie, / Avançant au hasard / Au-dessus du vide / Et de déferlantes passions.

J'apprécie aussi « Perle, sublime folie », où l'on découvre : « Néanmoins, / La tristesse se dissipe, / Le silence s'immobilise/ Enveloppant / Fêlure/ Et

« Tout est dans l'instant, / Où s'envole l'âme humaine / Rejoignant constellations / Témoignant de notre éternité... »

Et tout est dit, du poète visionnaire et inspiré !

Jacques Mercier

 

« Trajectoires » (aux confins de l'immensité), Poésie, Frédéric Marotta, Les Presses du midi, 82 pp, illustration de Yulia Philippe, 14,5cmX20,5cm , 12 euros. www.lespressesdumidi.fr

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03 03 18

Bonne éducation...

Bonne éducation(Auriez-vous eu votre diplôme de savoir-vivre en 1930).jpg

En 1930, outre les dictées et l’arithmétique, les questions de savoir-vivre et de morale du certificat d'études français évaluaient l’attitude en société des jeunes garçons et des jeunes filles.

Pour retrouver ces épreuves au charme suranné, les Éditions Larousse à Paris ont publié un amusant petit cahier intitulé Auriez-vous eu votre diplôme de savoir-vivre en 1930 ? qui propose 150 questions, exercices et jeux sur la bienséance et la morale, extraites des manuels de savoir-faire de l’époque.

Au programme : morale, éducation des enfants, hygiène, art de recevoir, protocole, éloquence, vie familiale, épisodes de la vie (naissances, mariages, décès), vie professionnelle, correspondance, usages…

Bonne éducation(Auriez-vous brillé dans les cercles mondains en 1935).jpg

Dans la même veine et chez le même éditeur, le fascicule intitulé Auriez-vous brillé dans les cercles mondains en 1935 ? rassemble 200 questions pour évaluer ses connaissances en matière de culture générale – histoire, littérature, cinéma, peinture, musique, mode, gastronomie, orthographe – ainsi que de savoir-vivre et de bonnes manières tels qu’on les concevait alors pour se comporter chez soi, dans la rue, en voyage, dresser un plan de table, établir un menu, s'habiller pour une occasion, respecter le protocole...

Bref, pour flamboyer en public !

Bernard DELCORD

Auriez-vous eu votre diplôme de savoir-vivre en 1930 ?, ouvrage collectif, Paris, Éditions Larousse, avril 2014, 64 pp. en noir et blanc au format 17 x 22 cm sous couverture brochée monochrome, 4,99 € (prix France)

Auriez-vous brillé dans les cercles mondains en 1935 ?, ouvrage collectif, Paris, Éditions Larousse, février  2015, 64 pp. en noir et blanc au format 17 x 22 cm sous couverture brochée monochrome, 4,99 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans le second recueil le petit quiz suivant :

Les bonnes manières au restaurant

  1. Pour attirer l'attention du garçon qui a commencé votre service :
  2. a) vous cognez votre verre avec une fourchette ou un couteau
  3. b) vous appelez n'importe quel garçon qui préviendra son camarade
  4. c) vous tapez dans vos mains
  5. Dans les restaurants de bonne tenue :
  6. a) la note se présente sur une assiette, pliée en deux pour en dissimuler le texte
  7. b) la note se présente dans une petite pochette en cuir, pour en dissimuler le texte
  8. c) vous vous déplacez à la caisse au comptoir
  9. Lorsqu'une femme est invitée au restaurant par un homme, pourquoi ne doit-elle pas choisir les plats les moins chers ?
  10. a) pour ne pas avoir l'air de douter de ses moyens
  11. b) pour ne pas paraître vénale
  12. c) pour ne pas paraître économe

 

 

 

Réponses : A. b) : B. a) ; C. a)

03 03 18

Un roman d'apprentissage

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- Et je serais un meilleur fils si je t’apprenais à lire ?

J’ai posé la question sur le ton de la plaisanterie, cherchant à provoquer chez mon père une suite à cette conversation qu’il avait lui-même dirigée sur le sujet des mots. C’est une conversation à laquelle je ne m’étais absolument pas attendu et que, pour sa part, il trouvait déjà embarrassante.

 Embarrassé d'un père vieux, rustre et bourru, bourreau de son enfance, le narrateur saisit, au hasard d'une demande impudique, celle d'"apprendre à lire », la honte existentielle qui torture son père, analphabète. Cette blessure est  assurément la  source de son immense rancoeur.   Berger durant son enfance sarde, le vieillard a été interdit d'instruction.  La perte inopinée de son épouse,  jeune mère du narrateur,  a engendré une fracture a priori irréversible dans la relation du père et du fils.

 Je n’arrive toujours pas à croire que je me sois laissé avoir. Je cherche à quel moment j’ai baissé la garde pour me laisser embarquer dans cette mission grotesque qui, de toute façon, n’aboutira jamais à rien. Mon père veut apprendre à lire et à écrire et ce n’est pas une plaisanterie. J’ai accepté de lui apprendre à lire et à écrire et c’est une catastrophe

 Roman court, dense, sensible, pudique, bouleversant, ..d'apprentissage,  Apprendre à lire est surtout le récit de l'apprivoisement, de l'ouverture, de la découverte- inattendue -de l'autre. Se greffent aux obstacles de la communication père-fils, les thèmes de l'homosexualité masculine, de la prostitution estudiantine,  de l'usure de l'attrait sexuel dans les couples qui durent. Sans oublier-  et c'est un point-phare de la narration - la possible abolition du clivage générationnel qui sépare un homme sombre et acariâtre d’un jeune et fougueux répétiteur, surnommé «  Ron ».

D'une atmosphère en clair-obscur - à la Sorj Chalandon -  teintée de formules fortes, réfléchies, décapantes, ce premier roman révèle une maîtrise de plume évidente.

Une lecture recommandée

Apolline Elter 

 Apprendre à lire - Le père, le fils et l'amoureux, Sébastien Ministru, roman, Ed. Grasset, janvier 2018, 160 pp

 

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02 03 18

Comme Albert Camus...

Un prof a changé ma vie.jpgVincent Remy est rédacteur en chef à Télérama. Il a fait paraître au Livre de poche à Paris Un prof a changé ma vie, un recueil de 21 témoignages de personnalités françaises [1] en vue qui expliquent comment un enseignant « gentil, sympa, cool ou vache au contraire » a modifié leur trajectoire pour les amener où ils sont arrivés.

Qu’il s’agisse pour l’un de tout un corps professoral ou presque, d’un professeur de lettres pour une autre, ou d’un couple d’instituteurs pour un troisième, voici une galerie de portraits touchants où l’on trouve aussi une cantatrice tchèque, un économiste sceptique, une passeuse de littérature moderne, un grand-père dandy, un professeur de sport, un vieux hussard de la République, une violoniste, une passionnée de théâtre, un tourneur-fraiseur, un karatéka, un docteur en physique et en philosophie, une prof de khâgne en mini-jupe et blouson de cuir, un arpenteur du désert, un acteur et metteur en scène, un ténor du barreau, un instituteur qui domptait la peur et même… un maître qu’on n’a pas eu !

Un inventaire à la Prévert !

Bernard DELCORD

Un prof a changé ma vie par Vincent Remy, préface de Daniel Pennac, complété d’un entretien avec Najat Vallaud-Belkacem, Paris, Le Livre de poche, septembre 2015, 235 pp. en noir et blanc au format 11 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 6,60 € (prix France)

 

[1] L’économiste Érik Orsenna, l’écrivaine Danièle Sallenave, l’homme d'affaires François Pinault, la chanteuse Barbara Carlotti, le cinéaste Bruno Podalydès, l’ex-ministre de la Culture et de la Communication Aurélie Filipetti, le couturier Christian Lacroix, la comédienne et animatrice de radio et de télévision Sophia Aram, l’écrivain et réalisateur Philippe Claudel, l’actrice Gladys Cohen, le comédien André Dussollier, l’homme d’État Michel Rocard, la femme politique française et ancienne karatéka Chantal Jouanno, le biologiste Miroslav Radman, l’auteure Agnès Desarthe,  le journaliste, producteur, animateur et homme politique Nicolas Hulot, la comédienne et metteur en scène Muriel Mayette, l’avocat et ancien Garde des Sceaux Robert Badinter, l’écrivaine rwandaise Scholastique Mukasonga et le philosophe Alain Finkielkraut.

02 03 18

Le bréviaire du nazisme...

Tout sur Mein kampf.jpgMein Kampf [1] d’Adolf Hitler est un ouvrage sulfureux dont on parle souvent, sans jamais – ou presque – l’avoir lu.

Il est vrai qu’il s’agit d’un épais pensum rédigé entre 1924 et 1925 dans un style des plus lourdingues où abondent les digressions dans un fatras confus d’idées (?) les plus diverses…

Commencé par son auteur pendant les neuf mois de sa détention à la prison de Landsberg à la suite du putsch manqué dit de la Brasserie à Munich dont il était le meneur [2], l'ouvrage contient des éléments autobiographiques, l'histoire des débuts du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP) et diverses réflexions sur la propagande ou l'art oratoire.

L'auteur expose, dans un style empreint de haine, la « conception du monde » du national-socialisme, avec ses composantes hégémoniques, belliqueuses, mais aussi racistes et ouvertement antisémites, mêlée d'irrédentisme, d'ultranationalisme et de revanchisme [3].

Alors que ce minable brûlot est entré dans le domaine public le 1er janvier 2016 et que sa parution suscite de vives polémiques, dans Tout sur Mein Kampf (Paris, Éditions Perrin), l’historien français Claude Quétel (°1939) [4] pose dix questions cardinales sur la genèse et le contenu du livre, son impact réel sur l'Allemagne du IIIe Reich, son accueil ailleurs dans le monde, notamment dans la France des années 1930 ainsi qu’à propos de ses conséquences sur le déroulement de la Seconde Guerre mondiale.

Avec rigueur et pédagogie, l'historien livre ici les résultats de son enquête, dans un exposé d’une parfaite clarté et d’une très grande précision.

Un décryptage passionnant !

Bernard DELCORD

Tout sur Mein Kampf par Claude Quétel, Paris, Éditions Perrin, janvier 2017, 277 pp. en noir et blanc au format 12 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 14,90 € (prix France)

Sommaire :

Qui était Hitler avant Mein Kampf ?

Comment Mein Kampf est-il ne ?

Que dit Mein Kampf ?

Mein Kampf annonce-t-il les crimes à venir du IIIReich ?

Mein Kampf est-il le seul livre de Hitler ?

Quelle a été la diffusion de Mein Kampf en Allemagne ?

La France a-t-elle ignore Mein Kampf ?

Quels autres pays ont publié Mein Kampf ?

Mein Kampf a-t-il été évoqué au cours du procès de Nuremberg ?

Qu'est devenu Mein Kampf jusqu'à nos jours ? 

 

[1] « Mon combat », dont la traduction française a paru aux Nouvelles Éditions latines à Paris en 1934.

[2] Il eut lieu principalement à la Bürgerbräukeller dans la soirée du 8 novembre 1923 avec la participation, entre autres, d’Hermann Göring, Ernst Röhm, Rudolf Hess, Heinrich Himmler et Julius Streicher.

[3] Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mein_Kampf

[4] Directeur de recherche au CNRS (section Histoire moderne et contemporaine), Claude Quétel s’est spécialisé, entre autres, dans l’histoire de la psychiatrie, la psychohistoire et la recherche iconographique. Entre 1992 et 2005, il a été directeur scientifique du Mémorial de Caen. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Nouvelle histoire de la psychiatrie (Privat, 1983, codirection et corédaction ; réédité chez Dunod en 1994 et 2009), le Larousse de la Seconde Guerre mondiale (direction et corédaction, 2004), Dictionnaire de la Guerre froide (direction et corédaction, Larousse, 2008), Images de la folie (Gallimard, 2010), Le Débarquement pour les Nuls (First, 2014), L'effrayant docteur Petiot - fou ou coupable ? (Perrin, 2014 - prix Marianne 2015), La Seconde Guerre mondiale (Perrin, 2015).

02 03 18

Voir les Beatles !

IMG_5858.JPGCe fut un événement de la dernière Foire du Livre : De la signature du contrat à la première séance de dédicaces en passant par l’écriture, la correction, la mise en page et l’impression, Ob-La-Di, Ob-La-Dan ! de Brice Depasse est un pari réussi.

Au-delà de sa création, il s'agit d'une histoire vraie qui s'est déroulée en juillet 1968 : Dan Lacksman (qui possède un des meilleurs studios européens et fut membre du trio Telex), fan des Beatles décide d'essayer de les rencontrer à Londres.

Je vous laisse découvrir cette aventure, remplie de dialogues, d'humour, écrite de main de maître par l'auteur. Et surtout, vous découvrirez la conclusion incroyable qui fut possible grâce à la fille de Dan, Caroline, qui travaille aujourd'hui chez EMI, la maison de disques des Beatles...

 

Deux, trois moments picorés dans le petit livre :

Alors qu'il propose à une jeune Française en échange d'un service de leur faire et puis surtout de lui envoyer des photos, elle est réticente : 

« 

  • Et qu'est-ce qui me prouve que tu vas me les envoyer ces photos ?

  • Tu ne connais pas les Bruxellois, on dirait. Chez nous, on dit ce qu'on fait et on fait ce qu'on dit. »

 

Et cette réflexion de l'auteur à propos des photos :

« Avec les filles, on est souvent déçu. Il suffit qu'elles ne s'aiment pas sur la photo pour qu'elles la fassent disparaître. Ce doit être pour cela qu'il n'y avait aucune femme sur la photo de Yalta en 1945. Imaginez qu'elle ait fait brûler les négatifs parce qu'elle fermait les yeux sur le cliché. »

 

J'aime aussi cette notation en bas de page alors qu'évidemment on trouve des dialogues en anglais facile :

« Je vous propose une traduction simultanée sinon vous allez devoir sans cesse faire des allers-retours en bas de page et ce n'est pas pratique (Toujours note de l'auteur) »

 

Et encore ceci :

« L'homme courageux n'est pas celui qui ignore la peur mais celui qui arrive à la surmonter. »

 

« Moment fugace et fondateur qui prouve que la vie de chacun de nous est un roman dont la fin n'est jamais écrite. »

 

C'est un vrai petit roman « historique » de notre temps, avec le suspense, les rebondissements, les surprises... Si vous lisez peu, n'hésitez pas, c'est une bonne entrée en matière dans le monde de la littérature !  

 

Jacques Mercier

 

« Ob-la-di, ob-la-dan ! », Brice Depasse, Collection Opuscule, 46 pp, 10X14 cm, Édition Eric Lamiroy, 2018, 4 euros

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01 03 18

Quel tableau...

137537_couverture_Hres_0.jpg"Le monde est une falaise sans forme, sans loi. Sans le ciel ni la terre. Sans porche ni montants. Une cathédrale rendue à l'état liquide où la planéité se confond avec la profondeur.L'immanence avec la transcendance. Émergent des reliques fleuries, à moins qu'il ne s'agisse de chapelets d'embryons stellaires. Toutes les figures s'y retrouvent comme des fantômes. Nos morts et nos naissances."

Fasciné par Claude Monet - et toute la mouvance qui gravite autour de lui - le narrateur,   un jeune Normand recueilli chez son oncle, à Etretat,  amorce le récit, fresque grandiose de soixante années fécondes en événements majeurs, de 1868 à 1927 .  A la grande Histoire  - dont l'auteur rend compte avec une précision remarquable - se mêle la saga familiale, romanesque et vivante du narrateur.

Et le lecteur de savourer, en toute aménité, les rencontres et évocations de  Manet, Monet, Degas, Courbet, Cézanne,  Boudin,  Ingres, les soeurs Morisot Durand-Ruel ,  Hugo, Proust,  Camondo... tandis que défilent la guerre de Prusse, la Commune, l'incendie du Bazar de la Charité,  la Grande Guerre... et le fruit d'une érudition édifiante

A Elter

Falaise des fous, Patrick Grainville, roman, Ed. Seuil, janvier 2018, 644 pp

  

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28 02 18

Survivor...

J'ai vu la mort en face.jpgVient de paraître aux Éditions du Rocher à Monaco, sous le titre J’ai vu la mort en face, le témoignage bouleversant d’un rescapé de l’attentat fomenté par des terroristes de l’État islamique à l’aéroport de Bruxelles en 2016.

Voici l’excellente présentation de l’éditeur :

« Walter Benjamin est sur le point d’embarquer quand un kamikaze se fait exploser à quelques mètres de lui. Violemment projeté en arrière, il découvre hébété qu’il a perdu une jambe. Nous sommes le 22 mars 2016, il est 7 h 58 à l'aéroport de Bruxelles. Autour de lui, des corps brûlés, un homme décapité. Une scène apocalyptique. Il est amené à l’hôpital dans un état critique – il a perdu énormément de sang –, mais les médecins parviendront tout de même à le sauver.

Débute alors le récit d’une reconstruction, les longs mois d'hospitalisation, les opérations, la rééducation. Cet homme de 49 ans, à la tête d'une agence matrimoniale, doit alors mener un combat quotidien contre ses angoisses, ses idées noires, réapprendre à vivre dans ce nouveau corps, s’autoriser à aimer aussi. Walter ne lâche rien, sa force, il la puise dans l'amour de sa fille. S’il éprouve de la colère, ce n’est qu’envers les politiques pour leur négligence face à la montée du terrorisme, tandis qu’il appelle à la bienveillance envers la communauté musulmane qui ne doit pas être englobée dans ce fanatisme religieux.

Aujourd’hui, Walter Benjamin –qui se rendait en Israël ce jour-là pour voir sa fille –a noué une amitié très forte avec son sauveur Hassan, un musulman.

En quête de réponses, il est parti à la rencontre des jeunes de Molenbeek, pour comprendre qui ils sont. Et il se rend régulièrement dans le service où il a été soigné pour insuffler aux patients gravement handicapés l’espoir et l’envie de se battre. »

Une magnifique leçon de courage et de vie !

Bernard DELCORD

J'ai vu la mort en face – Une vie après l’attentat par Walter Benjamin, Monaco, Éditions du Rocher, collection « Témoignage », mars 2018, 240 pp. en noir et blanc au format 13,3 x 20,3 cm sous couverture brochée en couleurs, 16,90 € (prix France)

28 02 18

Beatlemania...

Ob-La-Di, Ob-La-Dan.jpgVingt-septième petit ouvrage de la plaisante – et pérenne – collection « Opuscule » publiée par les Éditions Lamiroy à Bruxelles, le happening de Brice Depasse (qui écrit et présente chaque jour La Story sur Nostalgie) intitulé Ob-La-Di, Ob-La-Dan ! a été entièrement exécuté entre le 22 et le 25 février 2018, de la signature du contrat à la mise en vente de l’ouvrage en passant par la rédaction, la mise en page, la relecture et l’impression, devant le public de la Foire du Livre de Bruxelles.

Une performance tout en références musicales retraçant un épisode de la jeunesse de Dan Lacksman (°1950), un artiste, compositeur et ingénieur du son belge, membre du groupe Telex [1], qui, en juillet 1968, tout minot, entreprit de vouloir rencontrer les Beatles à Londres...

Et y parvint !

Bernard DELCORD

Ob-La-Di, Ob-La-Dan ! par Brice Depasse, Bruxelles, Éditions Lamiroy, collection « Opuscule », février 2018, 46 pp. en noir et blanc au format 10 x 14 cm sous couverture brochée en couleurs, 4 €

 

[1] Le groupe de musique belge Telex, créé en 1978 par Marc Moulin, Dan Lacksman et Michel Moers, n'était au départ qu'un canular. Mélangeant l'esthétique du disco, du punk et les expérimentations de la musique électronique, il connut un grand succès international avec la version anglaise de son tube Moskow Diskow sorti en 1979.

28 02 18

Souffrance identitaire

 Schneck.jpg " Il m’a fallu vingt-cinq ans pour être capable d’affronter ce qu’il cachait"

Colombe Schneck, nous le savons, est constamment en recherche de vérité.  La sienne - souvenez-vous de Dix-sept ans  (Ed. Grasset, 2015) -  celle de sa famille, de ses origines - je vous  invite à relire La Réparation  (Ed Grasset 2012) et  les  chroniques  parues sur ce blog.  Elle nous revient, en ce début d'années, avec un hommage à son père,  Gilbert Schneck, décédé voici quelque  trente ans, le 17 juin 1990 , et surtout une quête,  une enquête, sur les brisures, traumatismes successifs,  souffrances intimes et  donc combats que cet homme généreux cachait sous une attitude altruiste volontairement souriante.

 Revient la question identitaire, celle que se posent tant de Juifs lâchés, durant la guerre 40-45,  par le régime de Vichy et une  France dont ils se sentent citoyens à part entière . Cette question taraude aujourd'hui encore l'écrivain:

Nous étions des Français douteux, aujourd’hui je le suis encore. Cela est caché. À me regarder, si installée, qui pourrait le deviner ? 

 A cette souffrance identitaire qu'elle partage avec son père, Colombe Schneck ajoute aussi la difficulté de se sentir aimé (e). Son père compensera sa propre faille en dispensant beaucoup de tendresse aux siens et en particulier  à sa fille  .  Il cumule, sa vie durant, des sentiments de honte dont il ne peut se défaire. Honte de la disparition de son propre père, honte d'avoir dû servir les forces françaises en Algérie, en tant que médecin.

Une fois ces hontes  - non justifiées - identifiées, la narratrice peut accepter la mort de son père. L'enjeu est cathartique, il est constructif:

J’aurai bientôt l’âge de mon père, je le regarde avec amour et tendresse, nous sommes presque égaux aujourd’hui. Je pourrais lui dire, Je t’aime et je ne suis pas toujours d’accord avec toi. D’une certaine manière, je suis plus libre qu’il ne l’était.

Les guerres de mon père, Colombe Schneck, récit, Ed. Stock, janvier 2018, 306 pp

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