17 01 18

Kriegsspiel...

Djihad 1914-1918 – La France face au panislamisme .jpgDocteur en histoire [1] et grand spécialiste de la Première Guerre mondiale, Jean-Yves Le Naour (°1972) lui a consacré de nombreux ouvrages, qui font aujourd'hui autorité, dont Les Soldats de la honte (Grand Prix du livre d'histoire Ouest-France-Société générale, 2011) et une série en 5 volumes (1914. La grande illusion, 1915. L'enlisement, 1916. L'enfer, 1917. La paix impossible et 1918. L'étrange victoire) publié chez Perrin à Paris entre 2011 et 2016.

Chez le même éditeur, il a fait paraître Djihad 1914-1918 – La France face au panislamisme, un essai particulièrement documenté sur un pan largement méconnu de l’histoire de la Grande Guerre.

En voici le pitch :

« Entre 1914 et 1918, l'Allemagne de Guillaume II cherche par bien des moyens à allumer dans les Empires français et anglais une rébellion massive des musulmans. Pour ce faire, quoi de mieux que de pousser le sultan de Constantinople à proclamer la guerre sainte contre les chrétiens ? Tout est pensé, mûri, réfléchi par les stratèges allemands : le panislamisme et le djihad assureront la victoire du Reich.

Ce projet, pris très au sérieux dans les ministères de Berlin, Londres et Paris, fut un échec, au sein d'un Empire ottoman en décomposition comme au Maghreb : Marocains, Tunisiens et Algériens servirent massivement dans l'armée française, et tous payèrent leur fidélité au prix du sang. Si les peuples musulmans exigèrent, durant et après la guerre, des droits nouveaux, ce fut le panarabisme, non le panislamisme, qui servit d'étendard commun. »

Ce brillant ouvrage qui restitue les plans allemands et qui ressuscite les questions ayant alors traversé le monde musulman sous domination européenne fournit aussi par la bande un éclairage nouveau sur l’histoire des rapports entre l’Occident et le Moyen-Orient à l’époque de la Déclaration Balfour (2 novembre 1917). [2]

Bernard DELCORD

Djihad 1914-1918 – La France face au panislamisme par Jean-Yves Le Naour, Paris, Éditions Perrin, novembre 2017, 301 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 20 € (prix France)

 

[1] Sa thèse, intitulée Régénération ou dépravation ? Moralisation, angoisse sexuelle et anomie dans la France de la Première Guerre mondiale, a été défendue à l’Université de Picardie (Amiens) en 2000.

[2] La déclaration Balfour de 1917 est une lettre ouverte datée du 2 novembre 1917 et signée par Arthur Balfour, le Foreign Secretary britannique. Elle est adressée à Lord Lionel Walter Rothschild (1868-1937), éminence de la communauté juive britannique et financier du mouvement sioniste, aux fins de retransmission. Par cette lettre, le Royaume-Uni se déclare en faveur de l'établissement en Palestine d'un foyer national juif. Cette déclaration est considérée comme une des premières étapes dans la création de l'État d'Israël. En effet, la promesse qu'elle contient sera mise en œuvre durant la conférence de Paris (1919), préalable au traité de Sèvres (1920), confirmé par la conférence de San Remo (1920). À propos des motivations de cette déclaration, Jacob Yeredor, a écrit qu’une Palestine en partie juive permettrait d’assurer une présence d'origine européenne au Moyen-Orient, région arabe et principalement musulmane (in « La Palestine et la politique des grandes puissances », Politique étrangère, n°3, 1948, pp. 235-244, consultable sur http://www.persee.fr/doc/polit_0032-342x_1948_num_13_3_2854 ).

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17 01 18

Les mots pour le lire...

Les 100 mots du roman.jpgAgrégé de lettres modernes et docteur d'État ès lettres [1], Yves Stalloni (°1944) a en charge certaines classes préparatoires à Toulon, dont les « prépas-HEC’ (culture générale) et la classe de Première supérieure (khâgne). Dans cette fonction, il est nommé professeur de chaire supérieure. Parallèlement, il est chargé de cours à l'université de cette ville dans diverses sections. Auteur de plusieurs dizaines d'ouvrages de méthodologie et de critique littéraire [2], il a aussi écrit trois romans [3]. Depuis 2004, membre titulaire de l'Académie du Var. Il exerce désormais une activité de conférencier, essentiellement dans la région sud-est. [4]

Il a publié récemment Les 100 mots du roman, un petit essai paru aux Presses Universitaires de France dans la célèbre collection « Que sais-je ? », qui s’adresse à un très vaste public, celui des lecteurs, des étudiants, des enseignants, des apprentis écrivains et des auteurs confirmés au moyen d’un abécédaire qui passe en revue les grandes notions permettant de circonscrire ce genre protéiforme qu’est la forme littéraire la plus répandue, d'en raconter les origines et d'interroger ses problèmes spécifiques.

Grâce à lui, vous saurez quelles différences il y a entre le roman policier, le roman épistolaire et le roman de science-fiction, quelles sont les recettes du best-seller ou encore comment remporter un prix littéraire…

Bernard DELCORD

Les 100 mots du roman par Yves Stalloni, Paris, Presses Universitaires de France, collection « Que sais-je ? », novembre 2017, 128 pp. en noir et blanc au format 11,5 x 17,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 9 €

Liste des 100 mots :

À thèse (roman) - Actant - Anachronies narratives - Analepse - Antihéros - Antiroman - Apprentissage (roman d’) - Autobiographique (roman) - Autofiction - Aventures (roman d’) - Bande dessinée - Best-seller - Chronique - Cinéma - Composition - Conte - Courtois - Défauts du roman - Description - Détail - Dialogue - Diégèse - Ellipse - Énonciation - Épistolaire (roman) - Épopée - Érotique (roman) - Espionnage (roman d’) - Existentialiste (roman) - Exotique (roman) - Fait divers - Fantastique (roman) - Féminin (roman) - Fin - Focalisation - Héros - Historique (roman) - Horizon d’attente - Illusion romanesque - In medias res - Incipit - Initiation (roman d’) - Intrigue - Intrusion d’auteur - Journal intime - Libertin (roman) - Mémoires - Métatexte - Météo - Mise en abyme - Mœurs (roman de) - Monologue intérieur - Morale - Mouvements narratifs - Mythe - Narrateur - Narration - Naturaliste (roman) - Noir (roman) - Nom d’auteur - Nom propre - Nouveau roman - Nouvelle - Novel - Pacte romanesque - Paratexte - Passé simple - Pastorale - Pause - Personnage - Picaresque (roman) - Poétique (roman) - Policier (roman) - Populaire (roman) - Portrait - Préface - Première personne (roman à la) - Prix littéraires - Prolepse - Psychologique (roman) - Réaliste (roman) - Récit - Réel - Robinsonnade - Roman - Roman-feuilleton - Roman-fleuve - Romancier - Romanesque - Rustique (roman) - Scène - Science-fiction - Sentimental (roman) - Sommaire - Témoignage - Temps - Tiroir - Titre - Troisième personne (roman à la) - Utopique (roman).

 

[1] Sa thèse défendue en 1996 à l'université de Nice s’intitule Des formes au sens parcours critique de Prévost a Perec.

[2] Parmi lesquels Précis de littérature française, (en collaboration), Armand Colin, 1995 (rééditions 2009, 2013), Les Romans-clés de la littérature française, Éditions du Seuil, 1998, La Contraction de texte, Ellipses, 1998, Écoles et courants littéraires, Armand Colin, 2002 (rééditions 2009, 2015), Dictionnaire du roman, Armand Colin, 2006 (réédition 2013), 365 éponymes expliqués (avec Paul Desalmand), Chêne, 2015.

[3] Les Nuages de Magellan, L'Harmattan, 1998, Eudoxe ou une initiation toulonnaise, Géhess, 2010, réédition Sudarènes, 2015, L'homme des phares –  La vie très riche et très romanesque de Michel Pacha, Sudarènes, 2017.

[4] Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Yves_Stalloni

16 01 18

Un amour...effrayant

product_9782070197613_195x320.jpgPhilippe Sollers a vingt-deux ans quand il rencontre,  le 28 octobre 1958, notre compatriote, Dominique Rolin (1913- 2012)  Cette dernière a quarante-cinq ans, elle est veuve, depuis plus d'une année, de Bernard Milleret.

Un amour passionné, total, absolu unit dès lors les deux écrivains, qui ne passera pas par la case 'mariage"  Quand ils ne se retrouvent à Paris - en l'appartement de la rue Verneuil, où vit Dominique Rolin - ou à Venise,  les amoureux s'écrivent.  Leur riche correspondance, entre 1958 et 2008,  s'élève à des milliers de lettres  - il leur arrivait de s'écrire plusieurs fois sur une même journée, après  ..échanges téléphoniques. Elle fut acquise en 2013 par la Fondation (belge)  Roi Baudouin et fait l'objet d'une édition prévue en trois volumes, auprès des éditions Gallimard.

Le premier volet de cette trilogie rassemble 256 lettres écrites de la plume de Philippe Sollers, entre 1958 et 1980. On peut regretter le parti-pris de sens unique, attendre avec ferveur le volume suivant qui contiendra les lettres de Dominique Rolin, mais il faut admettre que cette dernière est déjà présente en filigranes, attributaire d'un amour incandescent, vital  dans le chef de Philippe Sollers.

 

" (...)il n'y a que toi qui me retienne de ce côté-ci de la vie " s'exclame-t-il fin février 1962

Présente en filigranes aussi dans les réactions "sollersiennes" à ses lettres, dans leurs échanges intellectuels,  et dans la construction de l'esthétique que l'écrivain expose à son âme soeur.  Et c'est là un grand intérêt du recueil, que de voir Philippe Sollers affirmer ses positions, ses postures d'écrivain, à la veille, notamment, de publier Le  Drame, lui dédié.

" Tu ne peux pas savoir combien et à quel point je t'aime. C'est effrayant".

C'est assez exaltant...

A Elter

 Philippe Sollers - Lettres à Dominique Rolin 1958-1980 - Edition établie, présentée et annotée par Frans De Haes, Ed. Gallimard avec le soutien de la Fondation Roi Baudouin,  oct. 2017, 392 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

15 01 18

« Bruxelles, ma belle… » (Dick Annegarn)

Bruxelles – Tome 1 - Des Celtes aux ducs de Bourgogne .jpgBasée sur une riche documentation historique rassemblée et présentée par Arnaud de la Croix et sur un scénario d’Hugues Payen illustré par six dessinateurs, la docu-bd intitulée Bruxelles –Des Celtes aux ducs de Bourgogne parue à Rouen aux Éditions Petit à petit raconte, en huit courts récits bien ficelés l’histoire chahutée, entre 25 avant J.-C. et 1478 après J.-C., de la future capitale de la Belgique et de l’Europe.

Il y est question de l’usage de la cervoise comme potion magique par les Celtes de la Gaule Belgique en 25 avant notre ère, de la proclamation par ses troupes de Postumus comme empereur en 260, de l’empoisonnement, en 695 à Bruocsella et avec de la bière, de Vindicien d’Arras, évêque de Cambrai, la venue à Brossella en 979 de  Charles de Lotharingie, prétendant au trône de France, l’érection, minée vers 1047  par une grève des maçons et des brasseurs, d’une maison forte sur la colline du Coudenberg par Lambert II Balderic, comte de Louvain, l’alliance commerciale entre les ports de Bruxelles et de Londres en 1130, la construction des fortifications de la ville par les ducs de Brabant au XIIIsiècle, la rivalité guerrière entre le comte de Flandre et le duc de Brabant en 1356, l’assassinat en 1430 du comte de Worcester, membre de l’Ordre de la Toison d’Or, sur ordre du roi de France Charles VII et l’alliance en 1477 de Marie de Bourgogne et Maximilien de Habsbourg pour déjouer les visées de Louis XI.

Le tout entrecoupé de documents iconographiques et explicatifs d’une grande précision et d’une belle clarté…

Passionnant !

Bernard DELCORD

Bruxelles – Tome 1 - Des Celtes aux ducs de Bourgogne – De 25 avant J.-C. à 1478 après J.-C., documentation d’Arnaud de la Croix, scénario d’Hugues Payen, dessins de Chandre, Alcove, Théo Dubois d’Enghien, Cynthia Ventura, Arnaud Jouffroy et Thomas Balard, Rouen, Éditions Petit à petit, collection « L’histoire dans l’Histoire », octobre 2017, 80 pp. en quadrichromie au format 24 x 32 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 15,90 €

Écrit par Brice dans B.D., Bernard Delcord, Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |

14 01 18

Tous en scène !

Une histoire du théâtre belge de langue française (1830-2000).jpgSaluons la parution, aux Impressions nouvelles à Bruxelles, dans la collection « Espace Nord », d’Une histoire du théâtre belge de langue française (1830-2000) de Paul Aron (°1956, professeur de littérature et de théorie littéraire à l'Université Libre de Bruxelles), un essai particulièrement brillant traitant d’un sujet qui ne l’est pas moins.

Il s’agit de la reprise d’un ouvrage publié en 1995 [1] dont les éléments biographiques et bibliographiques ont été mises à jour et dont le propos général a été remis en perspective dans une préface et une postface de Nancy Delhalle.

En quatre chapitres, Paul Aron y retrace « près de deux siècles d’activités : réalisations des auteurs et des metteurs en scène, histoire des genres et des formes, mais aussi des interventions des pouvoirs publics, [des] enjeux et [des] contextes du monde théâtral », ainsi que le résume fort bien la quatrième de couverture.

Un vaste domaine où les noms d’Émile Verhaeren, Maurice Maeterlinck, Camille Lemonnier, Charles Van Lerberghe, Fernand Crommelynck, Michel de Ghelderode… côtoient notamment ceux d’Alexis Curvers, Franz Hellens, Paul Willems, Félicien Marceau, Jean Louvet, René Kalisky, Henry Bauchau, Gaston Compère, Paul Émond, Jean-Marie Piemme, Patrick Roegiers, Philippe Blasband, ou encore de Raymond Rouleau, Claude Étienne, Armand Delcampe, et des titres comme Le Mariage de Mademoiselle Beulemans (de Fernand Wicheler et Frantz Fonson), Le Mari sarcastique (d’Ernst Moerman) La Salle des profs (de Liliane Wauters)…

Une profusion telle qu’un index eût été le bienvenu !

Bernard DELCORD

Une histoire du théâtre belge de langue française (1830-2000) par Paul Aron, postface de Nancy Delhalle, Bruxelles, Éditions Les Impressions nouvelles, collection « Espace Nord », janvier 2018, 365 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 11 €

 

[1] La Mémoire en jeu. Une histoire du théâtre de langue française en Belgique, préface et postface de Nancy Delhalle, Bruxelles, La Lettre volée-Théâtre National de la Communauté française, 1995.

11 01 18

Une maison peu ordinaire

delecourt3-C-web.jpg

Débarquée à Bruxelles, lMaria-Fernanda n'a qu'une idée en tête: gagner suffisamment d'argent pour payer l'éducation de ses enfants, Tiago et Lucrecia, restés au Brésil, confiés à sa Mama. Elle décroche un emploi de femme de ménage dans une maison bruxelloise dont elle ne rencontre jamais les habitants. 

La situation prend peu à peu un tour étrange

Pas un portrait de la famille qui l'emploie, à travers toute la maison. 

La trentenaire ne peut dès lors qu'en imaginer les membres, à travers habits, décorations des chambres et tous indices de vie dont ils lui laissent l'entretien.

De là à se fondre en la maison hospitalière, à lui confondre son destin....

Renouant avec un genre fantastique made in Belgium, Valentine de le Court ouvre la porte d'une maison et...d'une série d'interprétations en une intrigue bien ficelée, au rythme maîtrisé.

Apolline Elter

Une maison bruxelloise, Valentine de le Court, roman, Ed. Mols, 2017, 160 pp

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10 01 18

Il était un prince en poésie…

Nonante-neuf poèmes de Maurice Carême.jpg

Mondialement connu – et à juste titre – comme poète pour les enfants, l’instituteur et écrivain belge Maurice Carême (1899-1978) n’était pourtant pas que cela.

Car si quarante-cinq recueils de ses poèmes ont été publiés, parmi lesquels le célébrissime Mère (1935, Prix triennal de poésie 1937), on lui doit aussi deux ouvrages de traduction de poètes néerlandais et flamands, dix romans et compilations de contes, deux essais et un récit de voyage.

Parmi ces quarante-cinq recueils, épinglons Nonante-neuf poèmes, une anthologie parue tout récemment aux Impressions nouvelles à Bruxelles dans la collection « Espace Nord », dont le choix éclectique rend parfaitement compte des diverses facettes de son talent caractérisé par une grande simplicité de ton.

Florilège :

LE DIAMANT ET LA LUMIÈRE

– Je ne pesais pourtant

Que mon poids de lumière,

Disait le diamant.

– Bien sûr, dit la lumière,

Mais on devient pesant,

Plus pesant que l’argent

Dans la main des marchands.

(Poèmes pour petits enfants, 1976)

 

DEPUIS LE JOUR…

Depuis le jour où tu es morte,

Nous ne nous sommes plus quittés.

Qui se doute que je te porte,

Mère, comme tu m’as porté ?

 

Tu rajeunis de chaque instant

Que je vieillis pour te rejoindre ;

Si je fus ton premier tourment,

Tu seras ma dernière plainte.

 

Déjà, c’est ton pâle sourire

Qui transparaît sous mon visage,

Et lorsque je saurai souffrir

Longtemps, comme toi, sans rien dire,

 

C’est que nous aurons le même âge.

(La Voix du silence, 1951)

 

SOLDATS

Un soldat de bois

Ne mange que du chocolat

Un soldat d'étain

Ne mange que du massepain

Un soldat de plomb

Ne mange que des macarons

Un soldat de fer

Que des biscuits à la cuiller

Mais le vrai soldat

Ne mange, quand la guerre est là,

Que des vers de terre

Et des fleurs de cimetière.

(Le Moulin à papier, 1973)

 

Et si trois écoles en Belgique et seize écoles en France portent son nom ainsi qu’une promenade sur l’île de la Cité à Paris, plus de deux mille huit cents textes de Maurice Carême qui avait été élu « Prince en poésie » au Café Procope à Paris en 1972 ont été mis en musique par Darius Milhaud, Francis Poulenc, Henri Sauguet, Jacques Chailley, Florent Schmitt ou encore Carl Orff…

Du lourd, pour un auteur aux vers aériens, non ?

Bernard DELCORD

Nonante-neuf poèmes par Maurice Carême, choix anthologique et postface de Rony Demaeseneer, Christian Libens et Rossano Rosi, Bruxelles, Éditions Les Impressions nouvelles, collection « Espace Nord », décembre 2017, 155 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 8 €

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10 01 18

Le Goncourt des Lycéens

 " C'est long de faire resurgir un pays du silence, surtout l'Algérie"

Zéniter.jpg

C'est un des romans forts et -phares de la rentrée de septembre. Doté du très convoité prix Goncourt des Lycéens, un prix de coeur, un prix de lecteurs, un prix qui ne trompe pas, L'Art de perdre profile, à travers trois générations, d'Ali, le Kabyle, à Naïma, la Parisienne, le destin d'une famille de Harkis.  Restés fidèles à la France, durant les événements, les "Harkis" furent mal accueillis en leur patrie-mère lorsqu'ils fuirent, au début des années '60,  'Algérie devenue indépendante. 

Ebranlée par le mutisme d'Hamid, son père, sur son passé algérien, Naïma entreprend la quête de ses origines, interroge l'histoire de sa famille paternelle. Une quête identitaire qui révèle avec une acuité sidérante, l'évolution d'un sentiment d'appartenance à une terre ancestrale et l'art.. de le perdre  - peut-être - s'en alléger, du moins, ou mieux encore s'apaiser,  sans en renier l'héritage,  pour prendre racine en une nouvelle terre, intégrer sa vision, ses moeurs, sa civilisation.

Le récit en est rendu sobre, factuel, par l'emploi de l'indicatif présent; l'interprétation nous en est laissée libre, semant en notre  esprit , les germes d'une réflexion identitaire,  les sésames d'accès à la civilisation française et le nécessaire respect des divergences culturelles: 

"Clarisse ne pose plus de questions. Elle laisse Hamid habiter son silence et elle essaie de s'en construire un, de taille équivalente. Soustrait à sa curiosité, il devrait se sentir mieux mais ce n'est pas le cas. La distance qu'elle a adoptée - qu'il l'a poussée à  adopter - l'angoisse. Il voudrait pouvoir lui demander de redevenir celle qui partageait tout mais il sait qu'il n'a rien à lui  offrir  en échange. Ils s'aiment en se tournant respectueusement autour."

Apolline Elter

L'art de perdre, Alice Zeniter, roman, Ed. Flammarion, août 2017, 510 pp

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09 01 18

Nuit d’orage…

Le Domaine des Oiseaux.jpgDix-neuvième petit volume de la sympathique collection « Opuscule » publiée par les Éditions Lamiroy à Bruxelles, la nouvelle hitchcockienne de Pierre Graas intitulée Le Domaine des Oiseaux, rondement menée, ravira les amateurs du genre tant elle combine avec ingéniosité, dans un scénario habile, les ingrédients chers au maître du suspense : un vieux manoir à l’abandon, un personnage bizarre et solitaire, des oiseaux nombreux et divers, un orage terrible, des arbres ployant sous le vent, la pluie qui bat, des voix mystérieuses, des bruits étranges, des lueurs d’épouvante et une fin inattendue.

À sa lecture, vous aurez donc le bonjour d’Alfred !

Bernard DELCORD

Le Domaine des Oiseaux par Pierre Graas, Bruxelles, Éditions Lamiroy, collection « Opuscule », janvier 2018, 43 pp. en noir et blanc au format 10 x 14 cm sous couverture brochée en couleurs, 4 €

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07 01 18

La vie et les écrits d’un titan…

Churchill (Moi, Winston Churchill).jpg

Immense personnalité du XXe siècle, Winston Churchill, (1874-1965) fut non seulement le Premier ministre du Royaume-Uni de 1940 à 1945 [1] et, à ce titre, artisan de la victoire contre le nazisme et le fascisme à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi un orateur hors pair dont les bons mots sont passés à la postérité, un peintre estimé dont les œuvres s’arrachent et, surtout, un surdoué de l'écriture dont le talent inouï a été couronné en 1953 par le prix Nobel de littérature [2].

À ceux qui souhaiteraient (re)découvrir l’homme, nous ne saurions trop conseiller la lecture de la biographie superbement illustrée (avec plus de 200 photographies) que Béatrix de l’Aulnoit a fait paraître à Paris aux Éditions Tallandier sous le titre Moi, Winston Churchill, un récit enlevé abordant les nombreuses et paradoxales facettes de l’acteur politique – dans tous les sens du terme – et son impact sur son temps aux quatre coins de la planète.

Churchill (La Guerre du Fleuve).jpg

Et à ceux qui seraient désireux d’aborder l’œuvre, nous recommandons la lecture de La Guerre du Fleuve – Un récit de la reconquête du Soudan, un flamboyant reportage [3] de la guerre menée par lord Kitchener contre les rebelles mahdistes, rédigé en 1899 et publié dans sa traduction française aux Belles Lettres à Paris en 2015.

On y trouve de la gloire, du sang, de la sueur, des larmes… et du génie !

Bernard DELCORD

Moi, Winston Churchill par Béatrix de l’Aulnoit, Paris, Éditions Tallandier, octobre 2017, 190 pp. en quadrichromie au format 22,5 x 27,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 34 € (prix France)

La Guerre du Fleuve – Un récit de la reconquête du Soudan par Winston Churchill, traduction de l’anglais par John Le Terrier, Paris, Éditions Tallandier, collection « Mémoires de guerre » dirigée par François Malye, mars 2015, 328 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 23 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié la belle et très éclairante introduction

de Béatrix de l’Aulnoit à son récit de vie :

« Winston Churchill, c’est d’abord un style avant d’être un destin. L’homme qui a vaincu Hitler serait-il devenu une icône mondiale sans son humour ravageur, ses extravagances, sa panoplie d’acteur ? Lorsqu’il allume un cigare, peint une toile derrière son chevalet, construit le mur de son potager, Churchill montre autant d’énergie et de soin pour se mettre en scène que lorsqu’il galvanise l’Angleterre à la BBC pendant la Seconde Guerre mondiale.

De sa naissance à Blenheim, il a acquis une assurance aristocratique qui constitue le socle de son inébranlable confiance en sa bonne étoile. Pourtant, dès le début, les difficultés rencontrées sont immenses. Ses carnets scolaires sont désastreux. L’adolescent est affublé d’un “zézaiement” inconciliable avec une brillante carrière politique. Il rate à deux reprises l’examen d’entrée de l’académie militaire de Sandhurst, avant d’être admis piteusement 92e sur 102. Quant à son père, second fils du duc de Marlborough, il n’a hérité d’aucune fortune et a brutalement sabordé sa carrière en donnant sa démission de chancelier de l’Échiquier.

Très vite, Winston comprend qu’il ne peut compter que sur lui-même. Il se constitue une bibliothèque de grands auteurs, écrit sur tout et n’importe quoi, négocie âprement ses contrats. Cette force de caractère, où ténacité et pragmatisme se côtoient à parts égales, est la deuxième composante du style churchillien. Le génie de la politique à la Chambre des communes, le vainqueur des nazis, le prix Nobel de littérature, est un bourreau de travail. La nuit, Churchill dicte articles et livres debout derrière son pupitre. Le matin, il réécrit ses discours dans son lit en compagnie de son chat Tango. Le soir, en sortant du ministère, il lit ses dossiers dans un bain chaud. Et l’exacte température de ce bain est contrôlée par son valet qui y plonge un thermomètre.

De son grand-père maternel américain, aventurier qui a frôlé plusieurs fois la faillite, le jeune homme a hérité son indépendance d’esprit. De sa mère, personnage flamboyant et fantasque, son goût du luxe, autre constante du style churchillien : “Je me contente de peu, mais toujours du meilleur”, a-t-il l’habitude de dire, incarnant de façon étourdissante ce mélange de traditions et de folies que nous envions tant aux Britanniques. (…)

Winston porte des caleçons et des vestes de pyjamas en soie rose hors de prix et affirme que sa peau blanche de roux n’en supporterait pas d’autres. Il ne peut se passer d’un maître d’hôtel. Il aime le cognac au petit déjeuner, le champagne au déjeuner, les dîners arrosés de grands bordeaux, les soirées autour des tables de jeu dans la fumée d’un Roméo et Juliette. Les jolies femmes qui ont de l’esprit. Winston n’est pas snob, mais tous ses amis sont richissimes, à commencer par le duc de Westminster, première fortune d’Angleterre.

C’est un romantique qui s’est marié sur un coup de foudre et restera fidèle toute sa vie à Clementine Hozier. Sa seule maîtresse s’appelle Chartwell, sa propriété dans le Kent, pour laquelle il se ruinera. Mais c’est là, au milieu de ses enfants, chevaux, chiens, cochons, moutons, canards, oies, cygnes, papillons et poissons rouges, qu’il est heureux et se ressource.

Toute sa vie, Winston Churchill a vécu au-dessus de ses moyens, mais, durant quatre-vingt-dix ans, il s’est donné les moyens de vivre selon ses déraisonnables caprices qui font de lui le plus humain des monstres sacrés de l’Histoire. »

 

[1] Il le fut aussi du 26 octobre 1951 au 6 avril 1955.

[2] Parmi ses ouvrages les plus célèbres, citons ses souvenirs d’enfance, My Early Life, 1930, les quatre tomes de la biographie de son glorieux ancêtre, Marlborough: His Life and Times, 1933-1938, les six volumes de ses souvenirs de guerre, The Second World War, 1948-1954 et les quatre volumes d'un vaste essai historique, A History of the English-Speaking Peoples, 1956-1958, qui couvrent la période allant de l'invasion de la Grande-Bretagne par César (55 av. J.-C.) au début de la Première Guerre mondiale (1914).

[3] En dépit de quelques préjugés sans fondement, époque oblige, sur les populations locales.