14 02 17

Un joyeux délire !

bière qui coule.jpgSi vous aimez comme moi la langue française et les expressions, mais si, en plus, vous aimez sourire, rire et jouer sur les mots, ce petit livre délicieux Bière qui coule n'amasse pas mousse est pour vous ! Charlotte Dekoker s'amuse dans un joyeux délire à décortiquer quelques expressions, à imaginer, à prendre des chemins de traverse. Un humour qui ressemble beaucoup au non-sens belge ou anglais. Il faut beaucoup d'imagination et un sens de la dérision intelligente pour réussir dans ce domaine. Mais, ne vous y trompez pas, on apprend aussi en s'amusant. Mine de rien, on trouve des mots justes et précis.

« Se tenir à carreau », « Avoir les dents qui rayent le parquet », « Être dur de la feuille », « La politique de l’autruche », « Mettre les points sur les i » ou « Se dorer la pilule » sont des expressions que vous n'utiliserez plus jamais de la même façon, innocente et savante ! L'auteur aura semé en vous le grain de folie qui rend la vie plus belle.

J'aime aussi les NB traduits de manière différente à la fin de chaque chapitre. Par exemple : NB Napoléon Bonaparte.

Pour vous donner le ton de l'ouvrage, voici comment l'auteure nous met tout de suite dans le bain ! Voici les premières phrases de l'ouvrage : « Je serais vraiment passée à côté de quelque chose si je n'avais pas écrit ce livre. Quant à vous, mes gros lapins, n'en parlons pas. Votre vie aurait tout simplement été comme avant. C'est dire. L'angoisse. »

Charlotte Dekoker a 30 ans, vit à Paris, où elle occupe des fonctions de direction dans le secteur du mécénat. Gageons qu'elle a dû passer de bien belles récréations en dehors de son travail pour mener à bien la rédaction de ce petit livret.

 

Jacques Mercier

 

« Bière qui coule n'amasse pas mousse », Charlotte Dekoker, Digobar Éditions, 2016, 110 pp. 12 euros.

 

 

14 02 17

Sacré, sacré, sacré Henri IV

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   Point n'est fortuit que de produire, en ce jour valentinesque,  l'extrait d'une lettre d'amour adressée par Henri IV à sa chère maîtresse Gabrielle d'Estrées (1573-1599) .

   Séduit par la beauté, la grâce et la fraîcheur de la jeune fille -  à l'heure de leur première rencontre, Gabrielle n'a pas 17 ans, Henri en a vingt de plus - le volage souverain en tombe éperdument amoureux, lui conçoit quatre enfants et songe à l'épouser.  La mort,en (suite de)  couches, de Gabrielle, le 10 avril 1599, l'empêchera de conclure l'union.

Séparé de ses "Belles Amours", le roi lui envoie des missives passionnées:

"J’ai vu par votre lettre la hâte qu’avez d’aller Germain. Je suis fort aise qu'aimiez bien ma sœur: c'est un des plus assurés témoignages que vous me pouvez me rendre de votre bonne grâce,  que je chéris plus que ma vie, encore que je m'aime bien. C'est trop causé, pour vous voir si tôt. Bonjour,  mon tout. Je baise vos beaux yeux des millions de fois.

              Ce douzième septembre,  de nos délicieux déserts de Fontainebleau."

 

 Gabrielle d'Estrées ou les belles amours, Isaure de Saint Pierre, Ed Albin Michel, février 2017, 400 pp

 

 

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13 02 17

Un hapax littéraire…

L'Homme caramel.jpgCurieux, impressionnant – et passionnant – roman que L’Homme-caramel de Pascal Vrebos réédité à Waterloo chez Avant-propos dans une version revue et augmentée [1], dont l’auteur imagine qu’il a paru en 6988 après que le manuscrit a été retrouvé dans une mallette blindée sur une plage de ce qui fut le Pérou.

On y suit, commenté par les hommes du futur pour les hommes du futur [2], le récit tantôt en « je » tantôt en « il » d’un narrateur belge appelé Marc Morelle, prix Nobel de la paix 1998 (il en fut le récipiendaire un an avant « l’apocalypse bio-nucléo-chimique de 1999 » qui raya notre civilisation de la carte), publiciste globe-trotter, écrivain friqué, amant des actrices Isabelle Adjani et Diane Keaton, tout à la fois halluciné et désespéré.

L’occasion pour l’auteur de brosser à travers son double (Morelle-Vrebos, même sauce caramel !), un portrait de notre temps à faire frémir les grands contempteurs littéraires que furent ou que sont Diogène, saint Jean, Frédéric Nietzsche, James Joyce, Louis-Ferdinand Céline, Lucien Rebatet, Boris Vian, Antoine Volodine et Chuck Palahniuk.

Car il y a l’essence de tous ces auteurs dans ce roman, excusez du peu !

Et toute notre époque s’y retrouve submergée par un tsunami de passions irrépressibles, de cynisme affolé, de mœurs débridées, de violence glacée… et d’humour décalé.

Le tout dans un style inclassable, mais efficace, mêlant à des considérations terre-à-terre des moments d’anthologie qui désarçonnent le lecteur pour le remettre aussitôt en selle.

Un magnifique pavé dans la mare… et dans la tronche de l’insipide politiquement correct !

Bernard DELCORD

L'Homme-caramel par Pascal Vrebos, nouvelle édition revue et augmentée, préface de Jacques De Decker, Waterloo, Éditions Avant-propos, janvier 2017, 413 pp. en noir et blanc au format 15 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 23 €

 

[1] La version princeps avait paru aux défuntes Éditions Le Cri à Bruxelles en 1995.

[2] L’ouvrage est émaillé de notes infra-paginales censées avoir été rédigées à la fin du sixième millénaire pour expliquer aux lecteurs d’alors ce que fut notre « civilisation », un grand exercice d’ironie et de détachement…

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

12 02 17

Plats exotiques…

Wok me up.jpgParu aux Éditions Larousse à Paris sous la plume de Valéry Drouet avec des photographies de Pierre-Louis Viel, Wok me up ! propose 40 recettes faciles à réaliser, qui vous emmènent au bout du monde en quelques minutes.

Il vous suffira d’assembler les ingrédients photographiés, de les faire sauter quelques minutes au wok et vous pourrez passer à table pour savourer des recettes au goût d’ailleurs :

Woks de la terre :

Bœuf thaï

Bœuf à l’oignon et aux poivrons

Bœuf aux pois gourmands

Bœuf au poivre

Bœuf citronné aux petits oignons

Bœuf au concombre

Bœuf au curry et aux petits légumes

Lard au saté

Porc au bambou

Filet mignon et shiitakés caramélisés

Porc à l’ananas et aux champignons

Porc caramélisé au chou

Porc, ciboule et sésame

Porc thaï à la citronnelle

Porc, riz frit et pois gourmands

Poulet citronné, brocolis et pignons

Poulet et poivrons au curry rouge

Poulet aux épinards et aux cacahuètes

Magrets de canard à l’orange

Canard au miel et à la menthe

Magrets de canard caramélisés au gingembre

Woks de la mer :

Dorade aigre-douce

Cabillaud aux épices

Calamar à l’oignon et au combawa

Lotte aux petits pois et au lard

Coquillages à la pâte de galanga

Palourdes à la pâte de piment

Crevettes et chou à la grenade

Crevettes et mangues au pak choï

Crabe et céleri au curry

Crevettes et nouilles au thé vert

Fenouil et gambas à l’ail et au gingembre

Woks végétariens :

Curry de légumes aux graines

Riz cantonais aux algues

Riz grillé aux brocolis et au soja

Pak choï et nouilles aux shiitakés

Pleurotes et pois gourmands

Soja et poivrons au piment

Chou rouge au tofu

Woks sucrés :

Ananas et mangue au sésame noir

Des préparations pour faire voyager vos papilles !

Bernard DELCORD

Wok me up ! par Valéry Drouet, photographies de Pierre-Louis Viel, Paris, Éditions Larousse, collection « Tout en 1 plat », août 2016, 96 pp. en quadrichromie au format 23,5 x 23,8 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 8,95 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans ce recueil la recette maritime suivante :

Dorade aigre-douce

Pour 4 personnes

Préparation : 30 minutes

Cuisson : 15 minutes

Ingrédients :

4 filets de dorade en morceaux

12 oignons nouveaux coupés en deux

2 carottes en cubes

10 feuilles de basilic

2 cuillers à soupe de sauce aigre-douce au piment

5 cl de vinaigre de riz

5 cl d’huile d’olive

Sel et poivre

Recette :

Faites cuire les carottes 5 minutes dans le wok avec la moitié de l’huile sur feu moyen.

Ajoutez les oignons, salez, poivrez, laissez cuire 5 minutes et réservez.

Saisissez la dorade 2 minutes sur feu vif dans le wok avec l’huile restante, salez et poivrez.

Remettez les légumes dans le wok, ajoutez le vinaigre de riz, la sauce aigre-douce, et faites sauter le tout 1 minute sur feu vif.

Ajoutez le basilic ciselé et servez aussitôt.

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11 02 17

Décadence

 

décadence.jpgAyant adoré le premier volume Cosmos de la Brève Encyclopédie du monde, une fresque crépusculaire et violente sur notre civilisation, de Michel Onfray, j'attendais beaucoup du suivant Décadence.

Je vous recopie quelques phrases d'une fort belle analyse du sujet : « Un torrent qui emporte avec lui vingt siècles de civilisation judéo-chrétienne, une fresque crépusculaire qui démarre avec l'invention du christianisme et s'achève avec le transhumanisme. Évêques, princes, chevaliers: à le lire, tous usent du crime, du mensonge et de la manipulation pour écraser les plus humbles. Après 1789, «les tartuffes de la probité » (Beaumarchais) succèdent aux tartuffes de la religion. Le lecteur ; qu'il soit catholique, admirateur de Rousseau, de Robespierre ou de Mai 68, y trouvera mille et une raisons de fâcherie. Le réac s'accrochera à l'éloge des Chouans, l'anticlérical aux pages sur les croisades, le scientiste à l'inexistence de Jésus. Il regrettera parfois les facilités, les outrances, ces moments où la fougue créatrice mêle le règlement de comptes au récit, mais reconnaîtra que l'auteur tient sa monture au galop du début jusqu'à la fin, que la charge fiévreuse n'épargne personne. Il serait vain cependant de chercher les erreurs historiques, de déconstruire cette déconstruction. Décadence n'est ni un livre d'histoire ni un manifeste. C'est un roman intérieur. Une impression obsédante sourd de cette symphonie funèbre. »

Moi qui suis optimiste, qui essaie de l'être, je suis perplexe devant un tel constat, peut-être juste. Je note par exemple, à propos de notre éducation sentimentale : « Depuis son origine, l'Eglise a été bien plus vétilleuse sur l'interdiction de la sexualité libre que sur la prohibition de la guerre, bien que dans le Décalogue il existe un commandement qui interdise de tuer mais aucun qui défende de jouir librement de son corps. Mais le christianisme est moins soucieux d'imiter le Jésus de paix qui pardonne et aime ses ennemis que le Paul de guerre qui allume des bûchers et associe son nom à une arme. »

Certains citent Spinoza à propos de la philosophie de l'Histoire de Michel Onfray : « Ni rire, ni pleurer, mais comprendre ». Ce qui m'attire cependant en lui, ce sont les levées de boucliers qu'il suscite ; c'est qu'il doit toucher juste ! On le trouve trop philosophe pour être historien, trop littéraire pour être philosophe ! Aujourd'hui, il communique avec sa WebTV et écrit jusqu'à 25.000 signes par jour, vêtu de noir comme un moine.

Dans ce livre, Michel Onfray décrète la fin de la civilisation judéo-chrétienne. Il nous promet des solutions dans le troisième volume, que j'attends avec impatience.

 

Jacques MERCIER

 

« Décadence », Michel Onfray, Edition Flammarion 2017, 24 x 4,2 x 15,4 cm, 656 pages, 22,90 euros.

 

 

 

11 02 17

Emil-Joseph: une épopée remarquable

Zinc.jpg"C'est peut-être même là qu'elle commence, l'histoire de l'homme perdu dans ses pensées devant la fenêtre, avec les gisements de zinc de Germanie auxquels Pline fait allusion. Mais l'histoire ne connaît pas de signal de départ,seulement un entrelacement de bouts de ficelle à travers les siècles, de corde usée, de haillons imbriqués."

On dirait une fable; c'est un récit Il repose sur des faits avérés, peu connus, hallucinants: la constitution, en 1816,  d''une curiosité de Droit national , minuscule zone neutre,  jouxtant les frontières des Pays-Bas et Prusse, baptisée Moresnet-Neutre, actuelle commune belge,  Kelmis ou, si vous préférerez,  La Calamine, de son appellation franzôsisch.

La faute à qui donc, la faute à Napoléon.....

 Défaite de Napoléon à Waterloo (1815), Congrès de Vienne (1816) redessinent les frontières de la Prusse et des Pays-Bas; le village de Moresnet est l'enjeu de tous les débats, il se voit coupé en trois, réparti entre Prusse, Pays-Bas et une zone minière particulièrement convoitée, Kelmis, riche d'une mine de zinc. Or le XIXe siècle, Paris, Haussmann et compagnie sont particulièrement friands de ce minerai léger et malléable. Il est donc décidé de doter Kelmis d'un statut neutre et temporaire, de baptiser la zone "Moresnet-Neutre". Elle conservera le statut près d'un siècle, un an après l'entrée en guerre de 1914.

" (...), le 27 juin 1915, l'occupant décrétait que Moresnet serait désormais du ressort exclusif des autorités allemandes. Cette situation devait durer trois ans."

Fief de la société Vieille-Montagne (Altenberg), fondée en 1837, le territoire va prospérer. Les directeurs de la célèbre entreprise, dont un certain Saint-Paul de Sinçay (père) ,  "maire" de 'l'entité, ont particulièrement à coeur de soigner leurs administrés, créant une sorte d'utopie de gestion sociale et de personnel,  avec création d'école, souci du bien-être, du bien vivre général. Eldorado de vente d'alcool, Moresnet-Neutre devient aussi foyer actif de pratique de l'esperanto.

Cette singularité historique, David Van Reybrouck a décidé de la décrire par la vie emblématique d'un homme,  Emil Pauly,né Joseph Rixen (1903-1971) ,  illustration vivante - si l'on peut dire - du destin mouvementé de l'entité. Conçu d'un amour ancillaire et d'une mère prussienne, Joseph est recueilli par la famille Pauly, changeant conjointement d'identité et de statut national; la guerre 14 lui vaut une nouvelle nationalité; l'Armistice de 1918 le fait Belge: c'est donc sous les drapeaux de sa nouvelle patrie que Joseph effectue son service militaire en 1923 , "cantonné dans une caserne de Krefeld, sur la rive gauche du Rhin."

Démobilisé en 1926, Emil épouse Jeanne, une Néerlandaise. Le couple conçoit 11 enfants, 9 garçons et 2 filles.

 L'invasion de la Belgique par Hitler, le 10 mai 1940 aura pour effet immédiat d'annexer au Reich les Cantons de l'Est, en ce compris, Moresnet-Neutre, aux motifs et principe idéologique d'un "retour à la patrie", d'entraîner la fracture de nombreuses familles.

" Dans une même famille, on pouvait avoir des garçons qui s'engageaient avec enthousiasme au service du Fürher, tandis que leurs frères se tenaient cachés pendant cinq ans quelque part dans une grange."

Boulanger, quadragénaire et père d'une famille déjà nombreuse, Emil est mobilisé en 1943, envoyé sur le front en 1944, sous uniforme allemand.. et sera donc fait prisonnier allemand, à la Libération, réquisitionné  par De Gaulle comme main-d'oeuvre au service de la reconstruction de la France

 "Et le voilà, Emil, au milieu de soldats allemands et d'anciens nazis, lui qui a donné à son fils le prénom du roi des Belges, et dont la femme a refusé la Mutterkreuz. Le voilà, lui,l'homme qui a participé à l'occupation de l'Allemagne sous l'uniforme belge et à celle de la Belgique sous l'uniforme allemand, lui, l'enfant adultérin, l'homme dont l'identité, tel un bloc de minerai de zinc, a été fondue et refondue si souvent qu'il en est résulté détachement et résignation. Un moderne Job, frappé et éprouvé par l'histoire. Le voilà, Emil, un vieil homme de quarante-deux ans, grelottant et toussant sous une couverture."

Souffrant d'une double affection pulmonaire et cardiaque, Emil doit cesser toute activité professionnelle dès 1952.

Nourrissant ce récit court,  dense, prodigieux, de précisions historiques, documentaires et  du fruit de nombreux entretiens, David Van Reybrouck offre à notre culture, à notre réflexion.. une mine d'or.

Une lecture absolument recommandée

Apolline Elter

Zinc, David Van Reybrouck, récit, Ed. Actes-Sud,  nov. 2016, 76 pp

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09 02 17

Un combat singulier

"Les faits que vous lirez ici sont réels. Leur mise en mouvement révélera sans doute autant l'auteur que le sujet, puisqu'on ne parle jamais que de soi."

 De_bruit_et_de_fureur.jpg Thierry Le Luron mourait voici trente ans,  le 13 novembre 1986.

On l'avait dit atteint d'un cancer des voies pulmonaires; il décède du SIDA, ce "cancer gay" longtemps considéré comme honteux.

Nièce d'Hervé Hubert, manager et intime du célèbre humoriste, Virginie de Clausade nous fait vivre ses dix derniers mois , depuis révélation de la maladie. Elle engage, pour ce faire, un dialogue poignant entre le SIDA, personnifié en séquences italiques et le combat du courageux trentenaire.

Révélé par la scène dès l'âge de 17 ans, Thierry le Luron s'éteint  à 34 ans, au terme de 17 ans de carrière

Bosseur invétéré, il saisit la vie comme une fête perpétuelle et , innombrables,  les amants d'un soir défilent en son lit; mais il est discret sur sa vie privée et tait son homosexualité, à une époque où le sujet est encore grandement tabou.

Il vit, dans la terreur et grande solitude,  le diagnostic qui se présente à lui, ce mercredi 8 janvier 1986.

C'en est fini du déni. Il lui faut affronter la maladie,  les espoirs qui s'offrent à lui: avec l'aide amicale et généreuse de Line Renaud, Thierry Le Luron participe à un programme-pilote, aux USA, de mise en veilleuse du mal. Mais le rythme effréné de son retour sur scène aura tôt fait de raviver l'ennemi assoupi.

Symptomatique de la perception malveillante du SIDA qui sévit à l'époque,  de la culpabilité induite sur les porteurs du virus, le récit de Virginie de Clausade est empreint de  sobriété, de respect et d'une attraction posthume envers l'imitateur.

Je vous en conseille la lecture

Apolline Elter

De bruit et de fureur, Virginie de Clausade, hommage, Ed Plon, octobre 2016, 270 pp

 

 

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04 02 17

Pamela Churchill

pamela_01.jpg"Pamela Churchill est totalement amorale, bien au-delà du bien et du mal. Elle joue avec la mort et les sentiments, complotant ou sanglotant, choisissant avec application les tenues appropriées et le bras sur lequel elle s'appuiera pour la prochaine sauterie macabre. Car autour d'elle les gens tombent comme des mouches. Il y a la mort qui dévaste, qui assomme, comme celle de Winston Churchill, il y a la mort qui fracasse puis laisse terriblement désemparée, comme celle de Leland, il y a la mort injuste et frivole d'Ali Khan au volant de sa Lancia alors qu'il va dîner chez Lorraine Bonnet, il y a la mort bruyante de Martin Luther King, et soudain voici venue la mort guillerette, courtoise et gracieuse de Marie Harriman."

 Née Pamela Beryl DIGBY, le 20 mars 1920, cette aristocrate anglaise n'aura de cesse, sa vie durant, d'offrir son corps au plus offrant.. d'argent et de gloire. Belle, rousse, flamboyante, elle fascine, séduit, materne, règne sur les hommes bien nés et puissants. Si elle épouse, en premières noces, Randolph Churchill, le fils déjà déclinant du célèbre Winston, elle ne le supporte pas longtemps et passe dans les bras et lits dorés d 'Averell Harriman, Ed Murrow, Ali Khan, Gianni Agnelli, Elie de Rothschild, Maurice Druobn, Leland Haymard....

Sitôt la citoyenneté américaine acquise - nous sommes en 1984 - Pamela crée, avec Averell Harriman, son mari de l'époque,  la PamPAC, fonds d'investissement à fins politiques. Des événements mondains outrageusement payants financeront ses actions. C'est ainsi qu'elle soutient le démocrate Bill Clinton dans sa campagne présidentielle. Ce dernier la remercie en lui offrant le poste d'ambassadrice des Etats-Unis, à Paris. Elle décède le 5 février 1997, dans la piscine du Ritz.

Femme scandaleuse, Pamela intrigue, fascine.. elle éprouve une réelle affection - partagée - pour Winston Churchill, son dear papa, un vrai amour pour Gianni Agnelli, richissime héritier de l'empire Fiat. 

Avec la plume alerte, vive, enjouée  qu'on lui connaît, Stéphanie des Horts fait virevolter, d'un "roman vrai", la vie extraordinaire de cette personnalité ..hors normes

Pamela, Stéphanie des Horts, Ed. Albin Michel, février 2017, 286 pp

 

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03 02 17

Vivez, espérez

 

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C'est par l'évocation de Charlotte Delbo, résistante déportée dans les camps d'Auschwitz et de Ravensbrück, que la narratrice, fraîchement emménagée en un immeuble parisien, fait la connaissance de sa voisine, Jenny,  une nonagénaire juive, tôt orpheline de parents décédés en déportation.

Et l'attachante vieille dame de revivre pas à pas, d'un récit sobre et factuel, l'inexorable progression des mesures humiliantes et cruelles qui dès l'Occupation enserrent les siens d'un étau d'acier.

" L'obéissance des honnêtes gens au règlement et à la loi faisait partie de ce monde ancien." 

Recensés, affublés d'une étoile jaune - la couleur des traîtres -  les citoyens juifs français seront victimes des rafles successives, celle du billet vert, celle des notables, la tristement célèbre rafle du Vel d'hiv,  le 16 juillet 1942...

 Demeurée seule avec son jeune frère, Jenny sera assistée, recueillie par la Maman de son amie, Monique. Une juste

" Toute ma vie, j'ai séparé les gens en deux groupes, dit Jenny (...) Il y a ceux qui comprennent et les autres. Les autres. Elle n'épilogue pas."

La simplicité de la relation en rend la lecture bouleversante. 

Elle obéit, tout simplement à un devoir de mémoire

Apolline Elter

Vie de ma voisine, Geneviève Brisac, Ed. Grasset, janvier 2017, 180 pp

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Geneviève Brisac est  l'invitée, ce vendredi 3 février, à 20 heures, de la libraire Point Virgule, à Namur (Rue Lelièvre, 1)

© photo JF ¨PAGA

 

Renseignements et réservations par téléphone (081 22 79 37) ou par courriel.

La rencontre est organisée avec le soutien du Service de la Promotion des Lettres.

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02 02 17

Brusque retour aux sources…

Outre-Mère.jpgNouvelliste très talentueuse [1], Dominique Costermans a fait paraître à Avin chez Luce Wilquin son premier roman, Outre-Mère qui est tout à la fois le récit de la véritable histoire de Charles Morgenstern (nom d’emprunt), un Juif bruxellois enrôlé volontairement dans l’armée allemande et devenu par la suite indicateur très actif de la Gestapo [2], et celui, sans pathos, de la découverte progressive des faits par sa petite-fille Lucie, malgré le tabou régnant dans la parentèle depuis deux générations.

Un texte fort, remarquablement rédigé, autour des secrets de famille, en l’occurrence particulièrement indicibles et monstrueux, mais aussi de la notion d’identité – ici, la découverte de sa judéité par la narratrice, masquée jusque-là « pour la bonne cause » – au-delà du silence et de la honte maternelle…

Une brillante réussite !

Bernard DELCORD

Outre-Mère par Dominique Costermans, Avin, Éditions Luce Wilquin, janvier 2017, 172 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 17 €

 

[1] On lui doit une demi-douzaine de recueils, C’est moderne.com, Y a pas photo, Nous dormirons ensemble, Je ne sais pas dire non, Des provisions de bonheur (chez Luce Wilquin) et Petites coupures (chez Quadrature à Louvain-la-Neuve), dont nous ne saurions trop vous recommander la lecture.

[2] L’auteure se fonde sur des dossiers judiciaires authentiques.

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