14 08 17

Vues de droite…

Ce que penser veut dire.jpgPersonnage complexe, l’écrivain et philosophe Alain de Benoist de Gentissart (né en 1943) est l'auteur d'une centaine de livres consacrés pour la plupart à la philosophie politique et à l'histoire des idées.
 
Titulaire des diplômes de droit constitutionnel à la faculté de droit de Paris, puis de philosophie, de sociologie et d'histoire des religions à la Sorbonne, il a frayé dans sa jeunesse avec l’extrême droite française (il rédigea en 1960 des articles dans le mensuel d'Henry Coston, Lectures françaises, et, entre 1963 et 1965, des ouvrages prônant la défense de l'Algérie française et de l'Organisation armée secrète ainsi que du régime d'apartheid en Afrique du Sud, avant de se tourner vers la philosophie politique et de participer, en 1968, à la création du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (GRECE), principal mouvement de la « Nouvelle Droite », de prendre en 1969 la direction de la revue Nouvelle École, de devenir éditorialiste de la revue Éléments en 1973 et de fonder Krisis en 1988, toutes choses qui lui valent une réputation des plus sulfureuses.
 
Pourtant, dans les colonnes de Krisis qu’il qualifie comme « de gauche, de droite, du fond des choses et du milieu du monde », il pratique l'ouverture vers plusieurs courants d'idées et penseurs extérieurs au milieu néo-droitier, comme Jean Baudrillard, Régis Debray, Jean-François Kahn ou Michel Jobert, voire engagés au sein de la gauche antilibérale, tels Bernard Langlois et Ignacio Ramonet.
 
En juin 1978, son livre Vu de droite (paru chez Copernic l’année précédente, republié aux Éditions Le Labyrinthe en 2001) a obtenu le grand prix de l'essai décerné par l'Académie française.
 
Bien que se positionnant toujours très à droite, Alain de Benoist s’est vigoureusement opposé aux considérations antimusulmanes et anti-immigration du Front national français et, depuis 1986, il préconise le soutien aux luttes pour l'autonomie des peuples du tiers monde et l'alliance avec celui-ci contre l'impérialisme, tout en affinant une pensée qui n’hésite pas à convoquer Karl Marx, Martin Heidegger, Gustave Le Bon ou Friedrich Nietzsche en approfondissant des thèmes aussi divers que le paganisme, l'immigration, les races, les racismes et les identités, l'antiaméricanisme, la construction européenne, la lutte contre le néolibéralisme, l'écologie, la philosophie politique ou encore l'histoire. (1)
 
Il a fait paraître à Monaco, aux Éditions du Rocher, Ce que penser veut dire – Penser avec Goethe, Heidegger, Rousseau, Schmitt, Péguy, Arendt... un essai tout à la fois original, profond et politiquement incorrect qui juxtapose des synthèses de la pensée d’un nombre considérable de philosophes pour en tirer une Weltanschauung qui à nos yeux ne manque pas d’intérêt, même si nous ne la partageons pas.
 
Voici la présentation qu’en donne l’auteur :
 
« "Penser à" n'est pas la même chose que penser tout court. La tâche de l'historien des idées consiste à étudier et à faire connaître l'œuvre de ceux qui ont proposé diverses grilles d'interprétation, diverses façons de voir et de comprendre le monde, révélant ainsi ce que penser veut dire. À l'époque moderne, Rousseau s'est efforcé de penser la nature de l'homme et l'origine de la société, Cari Schmitt la nature du politique, Karl Marx l'essence du capitalisme.
 
Sigmund Freud et Carl Jung ont tenté de jeter les bases d'une psychologie des profondeurs, Gustave Le Bon s'est penché sur la psychologie des foules, Jules Monnerot a analysé le phénomène totalitaire, Michel Villey a entrepris de révéler la véritable nature du droit.
 
C'est l'œuvre de ces penseurs et de bien d'autres, de Heidegger à Arthur Koestler, de Goethe à Georges Sorel, de Nietzsche à Montherlant, de Leo Strauss à Jean Baudrillard, de Charles Péguy à Hannah Arendt, de Denis de Rougemont à Julien Freund, qui est présentée de façon vivante et pédagogique dans ce livre.
 
Tous ces auteurs attestent que le travail de la pensée a joué un rôle décisif dans l'histoire, entraînant des mutations bien différentes des révolutions bruyantes, des grandes explosions que tout le monde connaît, mais qui sont restées sans lendemain.
 
"Les révolutions silencieuses sont les plus efficaces", disait Jünger. Ce sont peut-être aussi les plus passionnantes. »
 
Un livre qui déplaira aux tenants de la pensée unique…
 
Et qui a donc beaucoup pour nous plaire !
 
Bernard DELCORD
 
Ce que penser veut dire – Penser avec Goethe, Heidegger, Rousseau, Schmitt, Péguy, Arendt... par Alain de Benoist, Monaco, Éditions du Rocher, avril 2017, 375 pp. en noir et blanc au format 14 x 22,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,90 € (prix France)
 
TABLE DES MATIÈRES
 
Sommaire
 
Avant-propos
 
JEAN-JACQUES ROUSSEAU (1712-1778)
Un révolutionnaire conservateur
 
JOHANN WOLFGANG VON GOETHE (1749-1832)
Le pari faustien
 
LES ROMANTIQUES ALLEMANDS
L’âme des peuples
 
KARL MARX (1818-1883)
Le fétichisme de la marchandise
 
GUSTAVE LE BON (1841-1931)
La psychologie des peuples
 
SIGMUND FREUD (1856-1939)
La découverte de l'inconscient
 
CARL GUSTAV JUNG (1875-1961)
Le monde des archétypes
 
CARL SCHMITT (1888-1985)
La dialectique de l'ami et de l'ennemi
 
MARTIN HEIDEGGER (1889-1976)
Nihilisme et métaphysique de la subjectivité
 
EMMANUEL BERL (1892-1976)
Un homme de gauche de droite
 
HENRY DE MONTHERLANT(l895-1972) 
L’alternance et la hauteur
 
ERNST JÜNGER (1895-1998)
L’Anarque face au règne des Titans
 
LEO STRAUSS (1899-1973)
Athènes et Jérusalem
 
BERTRAND DE JOUVENEL (1903-1987)
Un « passeur » transversal
 
KONRAD LORENZ (1903-1989)
L’homme est par nature un être de culture
 
ARTHUR KOESTLER (1905-1983) 
Contre le réductionnisme
 
HANNAH ARENDT (1906-1975)
La déréliction existentielle de l'homme moderne
 
DENIS DE ROUGEMONT (1906-1985)
Le fédéralisme intégral
 
RAYMOND ABELLIO (1907-1986)
Un « homme du souterrain »
 
JULES MONNEROT (1909-1995)
Les totalitarismes comme religions séculières
 
JACQUELINE DE ROMILLY (1913-2010)
L’héritage grec
 
MICHEL VILLEY (1914-1988)
La généalogie du droit
 
JULIEN FREUND (1921-1993)
L’essence du politique
 
JEAN CAU (1925-1993)
Une conception solaire de la vie
 
JEAN BAUDRILLARD (1929-2007)
La disparition du réel
 
JEAN-CLAUDE MICHÉA (né en 1950)
De l'utilité du regard en arrière
 
TROIS ENTRETIENS :
 
– FRIEDRICH NIETZSCHE (1844-1900)
La pensée de l'Éternel Retour
 
– GEORGES SOREL (1847-1922)
Le syndicalisme révolutionnaire
 
– CHARLES PÉGUY (1873-1914)
Mystique et politique
 

13 08 17

Un livre passionnant : "Sapiens" !

sapiens.jpgAvant même que j'en termine la lecture (512 pages), je peux déjà affirmer que c'est le livre le plus passionnant que j'ai lu « de ma vie » ! Sapiens de Yuval Noah Harari. (Albin Michel pour cette version française)

 

C'est Stefan Liberski qui le lisant en vacances m'en a conseillé la lecture. J'ai croisé d'autres amis onccupés de le lire, comme Thomas Gunzig. Depuis quelques jours, je lis, je note les phrases, j'essaie de bien comprendre notre histoire, car le sous-titre est « Une brève histoire de l'humanité ».

 

Harari cite Jared Diamond, auteur de De l'inégalité parmi les sociétés, comme l’une de ses principales sources d’inspiration pour l’écriture de son livre. Diamond avait en effet montré qu’il était possible de « poser de vraies grandes questions et d’y répondre scientifiquement 

 

Voici ce qu'en dit le résumé de Wikipédia :

Le livre propose une vue d’ensemble de l’histoire de l’humanité et de son évolution depuis les premiers hommes de l’Âge de pierre jusqu’au xxie siècle.Le principal argument avancé par l’auteur au cours de cette vaste étude est que l’Homo sapiens doit son statut d’espèce dominante au fait qu’il est le seul animal capable de coopérer efficacement avec un grand nombre de ses semblables. Harari explique cette capacité qui distingue l’Homo sapiens des autres animaux par sa faculté de croire en des choses qui n’existent que dans son imagination, telles que les dieux, les nations, l’argent et les droits de l’homme. L'une des thèses défendues par l’auteur est donc que tous les systèmes de coopération humaine à grande échelle — les religions, les structures politiques, les réseaux de travail et les institutions légales — sont en définitive des fictions.

Parmi les autres sujets au cœur de Sapiens, figurent la monnaie, présentée comme un système de confiance mutuelle ; le capitalisme, présenté comme une religion plutôt que comme une théorie économique ; l’empire, décrit comme le régime politique qui a rencontré le plus de succès au cours des deux mille dernières années ; le traitement réservé aux animaux domestiques, décrit comme l’un des plus grands crimes de l’histoire ; le progrès, qui n’a pas forcément rendu les hommes plus heureux que par le passé ; les humains, en passe d’évoluer pour devenir des dieux.

Harari revient sur son projet d'écriture et les idées développées dans Sapiens dans un site qu'il consacre à son livre.

 

Pour ma part, pour vous laisser votre propre lecture, je ne vous donne ci-dessous que quelques courtes réflexions prises ça et là :

 

Contrairement au mensonge, une réalité imaginaire est une chose à laquelle tout le monde croit ; tant que cette croyance commune persiste, la réalité imaginaire exerce une force dans le monde.

 

Pris un par un, voire dix par dix, nous sommes fâcheusement semblables aux chimpanzés. Des différences significatives ne commencent à apparaître que lorsque nous franchissons le seuil de 150 individus.

 

Si nos esprits sont ceux des chasseurs-cueilleurs, notre cuisine est celle des anciens fermiers.

 

L’évolution repose sur la différence, non pas sur l’égalité.

 

Malheureusement, les sociétés humaines complexes paraissent nécessiter des hiérarchies imaginaires et une discrimination injuste.

 

Comment se fait-il que, dans la seule espèce dont la réussite dépende avant tout de la coopération, les individus qu’on suppose les moins coopératifs (les hommes) dominent ceux qui passent pour les plus portés à coopérer (les femmes) ?

 

Etc. Je vous le redis : un livre très important et qui pourrait changer nos vies !

11 08 17

Quoi de neuf ? André Gide

gide folio.jpgUne lecture de fin d'été ? Le « Journal » d'André Gide. Il s'agit de la pièce maîtresse de son oeuvre. Il abordait (ici une anthologie de Peter Schnyder) entre 1899 et 1949 des sujets transgressifs sur la sexualité, la religion, la morale.

En voici quelques extraits pour vous en donner une petite idée. Pour ma part, j'ai de nombreuses pages remplies de ses phrases. Un grand bonheur de lecture et de réflexion ! (Je l'ai lu en numérique!)

 

Un extraordinaire, un insatiable besoin d’aimer et d’être aimé, je crois que c’est cela qui a dominé ma vie, qui m’a poussé à écrire

Il faut de l’esprit pour bien parler, de l’intelligence suffit pour bien écouter.

Les trois quarts de la vie se passent à préparer le bonheur ; mais il ne faut pas croire que pour cela le dernier quart se passe à en jouir.

On ne crée rien sans une patience divine.

Que m’importent les dons, chez qui ne sait pas les mûrir ?

Comme il est tard déjà ! dans la journée et dans ma vie…

Quand je cesserai de m’indigner, j’aurai commencé ma vieillesse.

Résumons : pour être poète, il faut croire à son génie ; pour devenir artiste, il faut le mettre en doute. L’homme vraiment fort est celui chez qui ceci augmente cela.

Plus un humoriste est intelligent, moins il a besoin de déformer la réalité pour la rendre signifiante.

Je préfère l’amitié, l’estime et l’admiration d’un honnête homme, à celle de cent journalistes.

Me répéter chaque matin que le plus important reste à dire, et qu’il est grand temps.

Je ne crois pas que la mort soit particulièrement difficile à ceux-là qui précisément auront le plus aimé la vie. Au contraire.

Je laisserai mes livres choisir patiemment leurs lecteurs ; le petit nombre d’aujourd’hui fera l’opinion de demain.

On a dit que je cours après ma jeunesse. Il est vrai. Et pas seulement après la mienne.

« Avoir raison »… Qui donc y tient encore !… Quelques sots.

Le plus grand bonheur, après que d’aimer, c’est de confesser son amour.

Quel petit nombre d’heures, d’instants, chaque jour, sont vraiment occupés à vivre ! Pour quelques triomphantes oasis, quels immenses déserts à traverser !

Non s’efforcer vers le plaisir mais trouver son plaisir dans l’effort même, c’est le secret de mon bonheur.

Conquérir sa joie vaut mieux que de s’abandonner à la tristesse.

Un esprit incapable de révolte et d’indignation est un esprit sans valeur.

Aucun progrès de l’humanité n’est possible, que celle-ci ne secoue le joug de l’autorité et de la tradition.

Ceux qui n’ont jamais été malades sont incapables de vraie sympathie pour une quantité de misères.

Ah ! l’heureux temps où je n’étais pas écouté ! Et que l’on parle bien, tant qu’on parle dans le désert ! Certes, c’est bien pour être entendu que je parlais ; mais entendu pas tout de suite.

Si les autres écrivaient moins, j’aurais plus de plaisir à écrire.

Je crois qu’il est plus difficile encore d’être juste envers soi-même qu’envers autrui.

N’assoiffez pas qui vous voulez retenir de boire.

Le monde ne sera sauvé, s’il peut l’être, que par des insoumis. Sans eux, c’en serait fait de notre civilisation, de notre culture, de ce que nous aimions et qui donnait à notre présence sur terre une justification secrète. Ils sont, ces insoumis, le « sel de la terre » et les responsables de Dieu.

 

Jacques MERCIER

 

« Le Journal » André Gide, Gallimard, Folio, 464 pp, 9,30 euros.

 

 

 

09 08 17

« Un gros crachat de 664 pages produit d’un cacographe maniaque, nabot impulsif et malsain. » (Charles Maurras à propos des Décombres)

Le dossier Rebatet.jpgFils d’un notaire de province républicain et d’une mère très catholique, le Français Lucien Rebatet (1903-1972), un critique musical et cinématographique, écrivain et journaliste fasciste, athée, anticommuniste, collaborationniste et antisémite extrêmement virulent (1), est l’auteur d’un livre maudit qui fut le best-seller de l’Occupation : Les Décombres, ouvrage qui lui a valu, entre autres raisons, d’être condamné à mort en 1946.
 
En 2015, ce texte est ressorti dans son intégralité pour la première fois depuis 1942 dans Le dossier Rebatet – Les Décombres – L’Inédit de Clairvaux, une publication critique établie et annotée par l’historienne Bénédicte Vergez-Chaignon (2) accompagnée d’une préface de Pascal Ory (3) et du journal de prison de Rebatet (L’Inédit de Clairvaux, un plaidoyer pro domo, bien entendu, mais qui constitue aussi un intéressant témoignage sur le système répressif et carcéral français de l’époque…), à Paris, aux Éditions Robert Laffont, dans la collection « Bouquins », après avoir reparu en 1976 chez Jean-Jacques Pauvert, amputé de ses chapitres les plus délirants, notamment celui intitulé « Le ghetto ».
 
Pour la première fois aussi, alors que l’ouvrage est en libre accès sur le Net, il est accompagné d’un appareil critique important, qui permet de le lire en connaissance de cause, de le resituer dans le climat de l’époque, avec ses outrances, ses haines et ses préjugés dont Rebatet fut l’un des plus véhéments porte-parole.
 
Ce livre, empreint d’un antisémitisme viscéral et obsessionnel, apparaît aujourd’hui comme un document historique édifiant sur l’état d’esprit, les phobies et les dérives de toute une génération d’intellectuels se réclamant du fascisme.
 
L’auteur n’étant pas dénué de talent d’écriture, comme l’a prouvé son roman Les Deux Étendards, publié par la NRF en 1951 à l’instigation de Jean Paulhan, et son Histoire de la musique (1969), Les Décombres constituent également une œuvre littéraire à part entière, reconnue comme telle, y compris par nombre de ses détracteurs les plus résolus.
 
Pascal Ory, qui a soutenu dès l’origine l’idée d’une réédition intégrale, mais encadrée et commentée, fournit dans une préface très éclairante les explications qui la justifient.
 
Bernard DELCORD
 
Le dossier Rebatet – Les Décombres – L’Inédit de Clairvaux, édition établie et annotée par Bénédicte Vergez-Chaignon, préface de Pascal Ory, Paris, Éditions Robert Laffont, collection « Bouquins », octobre 2015, 1152 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 30 € (prix France)
 
 
(1) En avril 1929, Lucien Rebatet est engagé comme critique musical au journal nationaliste et monarchiste L'Action française dirigé par Charles Maurras, dans lequel il écrit sous le pseudonyme de François Vinneuil. Le 30 avril 1932, il devient journaliste à Je suis partout. Mobilisé en janvier 1940, est libéré le 15 juillet 1940, il rejoint Vichy où il travaille à la radio. De retour à Paris, après un passage au journal Le Cri du peuple de Jacques Doriot, il revient à Je suis partout qui devient, à partir de 1941, le principal journal collaborationniste et antisémite français sous l'occupation nazie. En juillet 1944, avec Louis-Ferdinand Céline, Rebatet se réfugie à Sigmaringen en Allemagne avant d’être arrêté Feldkirch le 8 mai 1945 et d’être jugé à Paris le 18 novembre 1946. Grâce à une pétition d'écrivains comprenant notamment les noms de Camus, Mauriac, Paulhan, Martin du Gard, Bernanos, Aymé et Anouilh, le président de la République Vincent Auriol le gracie le 12 avril 1947, et sa condamnation à mort est commuée en peine de travaux forcés à perpétuité, à la prison de Clairvaux. Libéré le 16 juillet 1952 et d'abord assigné à résidence, Lucien Rebatet revient à Paris en 1954, où il reprend son activité de journaliste, travaillant pour l’hebdomadaire d’extrême droite Rivarol à partir de 1958. Lors de l'élection présidentielle de 1965, Rebatet soutient François Mitterrand et, en 1967, il glorifie la guerre israélienne contre les États arabes : « La cause d’Israël est là-bas celle de tous les Occidentaux. On m’eût bien étonné si l’on m’eût prophétisé en 1939 que je ferais un jour des vœux pour la victoire d’une armée sioniste. Mais c’est la solution que je trouve raisonnable aujourd’hui. » (in Michaël Bloch, L'extrême-droite française face à la question israélienne, mémoire IEP Aix en Provence, p. 33).
(Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucien_Rebatet et https://fr.wikipedia.org/wiki/Je_suis_partout)
 
(2) Bénédicte Vergez-Chaignon est docteure en histoire. Elle est l'auteur de plusieurs livres sur la Résistance, Vichy et l'épuration et elle a publié une biographie du maréchal Pétain (chez Perrin en 2014).
 
(3) Pascal Ory est professeur d'histoire contemporaine à la Sorbonne et l'auteur d'ouvrages sur la collaboration qui font autorité. Il a dirigé le Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France, paru dans  la collection « Bouquins ».

08 08 17

Et sans calculette…

130 problèmes de baignoires qui fuient et de champs à labourer.jpgLe petit cahier publié paru aux Éditions Larousse à Paris sous le titre 130 problèmes de baignoires qui fuient et de champs à labourer rassemble des exercices d’arithmétique et d’algèbre préparatoires aux épreuves du certificat d’études (primaires) français de 1923.
 
Ceux qui le réussissaient (ils étaient nombreux et appartenaient à toutes les couches de la population), on le voit ici, avaient appris à calculer des débits de robinets qui fuient et de récipients qui se remplissent, des rentes viagères, des obligations remboursables, le loyer des domestiques, mais aussi des bénéfices, des escomptes, des faillites, des créances, ou encore le rendement d’une ferme ou d’une exploitation agricole, en hectares ou en centiares de terres de pommes de terre à labourer, en hectolitres de lait à produire, en stères de bois à remiser, et à vendre leur production au mieux selon les prix des engrais et du foin...
 
Mais aussi à résoudre des calculs algébriques sur des trains qui se croisent, des automobiles qui rattrapent des bicyclettes et à effectuer des mélanges et des partages, entre autres…
 
Comparez donc le contenu de ce petit ouvrage avec les questions du certificat d’études de base belge de ces dernières années…
 
Et riez si vous n’avez pas d’enfants à l’école primaire ! Ou pleurez, si vous en avez…
 
Bernard DELCORD
 
130 problèmes de baignoires qui fuient et de champs à labourer, ouvrage collectif, Paris, Éditions Larousse, février 2015, 64 pp. en bichromie au format 16,8 x 22 cm sous couverture brochée en couleurs, 4,99 € (prix France)
 
Pour vous, nous avons recopié dans ce cahier vintage les quelques exercices suivants :
 
LE CHAMP DE BLÉ (5 points)
 
On a récolté dans un champ de forme triangulaire pour 4 725 francs de blé à raison de 105 francs l'hectolitre. Sachant que l'hectare a produit 20 hl et que la base du champ est de 200 m, trouver sa hauteur.

LA CONTENANCE DU BASSIN (5 points)
 
Les ¾ de la contenance d’un bassin ont été remplis par un robinet en 2 h 15 m. Combien le robinet mettra-t-il de temps pour remplir le bassin ?

DE LA BIÈRE EN QUANTITÉ (10 points)
 
On emploie, pour fabriquer 10 hl de bière, 5 kg de houblon à 2,75 francs le kilogramme et 5 hl d'orge pesant 63 kg l'hectolitre et coûtant 105 francs le quintal. Combien faut-il d'hectolitres d'orge et de kilogrammes de houblon pour faire 24 hl de bière ? Quel sera, sur cette quantité de bière, le gain brut du brasseur, s'il vend le décalitre 9 francs ?

LES DEUX FRÈRES (5 points)
 
Au Japon, deux frères sont employés dans la même maison et ont le même salaire. Le 1er qui a travaillé 45 jours de plus que le cadet a gagné en plus 1 293,75 yens. Sachant qu'ils ont touché à eux deux 16 531,25 yens, calculer combien chacun d'eux a travaillé de jours.

LA PRAIRIE DE TRÈFLE (5 points)
 
Le trèfle perd environ 18% de sa masse en séchant. Combien une prairie de 3,64 ha fournira-t-elle de fourrage sec, si le rendement est de 164 kg par are ? Quelle est la valeur de la récolte à raison de 67,50 francs le quintal sec ?

LA BASSINE ÉTAMÉE (5 points)
 
L’alliage utilisé pour l'étamage se compose de 8 parties d'étain et de 2 parties de plomb. L'étain vaut 30 francs le kilogramme et le plomb 300 francs les 100 kg. À quel prix revient l'étamage d'une bassine qui exige 640 g de l'alliage ?

ÉCONOMIE DE BLANCHISSERIE (5 points)
 
Pour laver le linge d'un ménage, une blanchisseuse demande 15 francs par semaine. La ménagère préfère prendre deux fois par mois une femme à laquelle elle donne 10 francs chaque fois. On use, par lessive, 1,5 kg de savon à 3,50 francs le demi-kilogramme, 1 kg de cristaux de soude à 0,75 francs le kilogramme, 0,50 francs de bleu et 2,75 francs de combustible. Calculer l'économie annuelle.

05 08 17

« J'ai dit bizarre… Comme c'est bizarre ! » (Jacques Prévert, dialogue dans Drôle de drame)

Hôtel meublé.jpgGérald Bertot alias Thomas Owen est né le 22 juillet 1910 à Louvain et il est mort le 2 mars 2002 à Bruxelles.
 
Ses études de droit terminées en 1933, il est engagé dans une meunerie, le Moulin des Trois Fontaines à Vilvorde, dont il sera le directeur pendant quarante-trois ans. Il sera également président général des Meuneries belges, puis du Groupement des Associations meunières de la CEE.
 
Parallèlement, attiré par le surréalisme, il devient critique d'art pour La Libre Belgique et L'Écho sous le pseudonyme de Stéphane Rey.
 
Mobilisé en 1939, il échappe à la déportation qui suit la capitulation de l’armée belge.
 
Sa rencontre avec Stanislas-André Steeman servira alors de déclencheur à sa carrière d'écrivain. L’auteur de L’assassin habite au 21 (1939) l'encourage à écrire des romans policiers, genre peu disponible à l'époque.
 
De 1941 à 1943, Thomas Owen publiera plusieurs nouvelles et romans policiers, caractérisés par « un humour assez féroce », qui attirèrent sur lui l'attention de la critique.
 
Il se tourna ensuite vers la littérature fantastique, en faisant paraître Les Chemins étranges en 1943. C'est de ce genre particulier, romans, contes et récits d'épouvante, que lui viendra la reconnaissance du grand public. Ses nouvelles fantastiques plongent le lecteur dans un univers en perpétuelle collision avec l'horreur et l'irrationnel (1).
 
Il est élu membre de l’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique en 1975, au fauteuil 28 dans lequel il succéda à Constant Burniaux (2) et qui est aujourd’hui celui de Jean-Baptiste Baronian.
 
C’est aussi en 1943 que Thomas Owen rédigea Hôtel meublé, un curieux polar qu’ont ressorti les Impressions nouvelles à Bruxelles, dans la fameuse collection « Espace Nord ».
 
En voici le pitch, fourni par l’éditeur :
 
« Un crime a été commis : Oswald Stricker, vieil expert et usurier, détenteur d’une fortune secrète, est retrouvé mort dans son appartement. L’inspecteur Maudru est chargé de cette curieuse affaire. Il sera très vite secondé par Madame Aurélia, détective amateur, qui va s’installer dans le logement du défunt pour mener l’enquête au plus près des locataires – aussi morbides que saugrenus, vivant dans la misère et prêts à tout pour s’enrichir. Un huis clos fantastico-macabre aux allures de Cluedo. »
 
Ajoutons que le titre lui-même relève de l’étrange, dans la mesure où l’intrigue de ce roman ironique se passe dans une maison qui n’est pas un hôtel meublé, mais qui pourrait l’être, non pas pour des raisons immobilières, mais parce que les personnages pour le moins pittoresques et inquiétants qui l’habitent semblent plus passagers que stables…
 
Un texte tout ce qu’il y a de décapant !
 
Bernard DELCORD
 
Hôtel meublé par Thomas Owen, postface de Rossano Rosi, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, collection « Espace Nord », novembre 2016, 237 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 9,00 €

(1) Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Owen
 
(2) 1892-1975, à qui l’on doit un intéressant Crânes tondus (1930).

05 08 17

Une femme amoureuse

Moura.jpg

Notre visite enchantée de Saint-Pétersbourg se conclut d'une lecture tout aussi ravie, captivée,  de la vie Maria Ignatievna Zakreskaïa, as comtesse von Benckendorff as baronne Budberg as Marouchka as Moura (1892-1974)

Une vie riche, aventureuse, dangereuse, qui subit et épouse le XXe siècle pétersbourgeois naissant, les sursauts violents, traumatismes radicaux de la révolution bolchévique, l'éradication de l'aristocratie, l'éclatement de sa cellule familiale.

Une vie de femme amoureuse qui mène Moura à côtoyer tant le diplomate anglais Bruce Lockhart, agent (secret) britannique que  l'écrivain d'idéal bolchévique,  Maxime Gorki dont elle se fait l'agent littéraire. 

Séductrice, généreuse, éminemment courageuse, Moura est une femme insaisissable. Sorte de Mata Hari à  la russe, elle suscite la méfiance, la vigilance des autorités de tous camps, quand ce ne sont des périodes d'emprisonnement dans des conditions éprouvantes, épouvantables.

Si Alexandra Lapierre a choisi la forme romanesque pour tracer ce destin qui ne l'est pas moins, c'est pour mieux saisir la vérité d'une femme -  volontairement énigmatique- les élans sans conteste sincères d'un coeur qui bat à l'heure d'un Petrograd ravagé, d'une guerre civile atroce,  d'un XXe siècle et d'une classe aristocratique passablement bousculés.

L'écrivain a rassemblé une documentation, une énergie colossales pour s'immerger - et nous, à sa suite -dans un destin, en tous points, hors du commun

A Elter

Moura- La mémoire incendiée, Alexandra Lapierre, roman, Ed. Flammarion, mars 2016 - Livre de Poche, avril 2017, 730 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |  Facebook | |

30 07 17

Sur le lieu d’amitié…

Un si petit territoire .jpgEntre 1816 et 1919, le territoire hautement stratégique de la petite commune wallonne de Moresnet (aujourd’hui dans l’entité de Plombières, en province de Liège), par la volonté des vainqueurs de NapoléonIer à Waterloo en 1815, fut un territoire neutre et indépendant de 3,44 km2 et de 250 habitants environ, dont la langue officielle était l’espéranto.
 
On y exploitait alors la mine de zinc de la Vieille Montagne (épuisée en 1885), la plus riche d’Europe, dont on a extrait plus de deux millions de tonnes en cinq siècles, et les Pays-Bas en disputaient la souveraineté à l’Allemagne. Celle-ci annexa le territoire en 1915 et le traité de Versailles établit en 1919 la souveraineté belge sur le Moresnet Neutre ainsi que sur le village allemand voisin de Neu-Moresnet. À nouveau confisquée par l’Allemagne en 1940, la commune fut définitivement restituée à la Belgique en 1944.
 
Sans toutefois battre monnaie, le Moresnet Neutre, qui avait pris le nom espérantiste d’Amikejo (« lieu d’amitié »), arborait son propre drapeau, avait son propre gouvernement, ses services postaux et même son hymne national, l’Amikejo Marsch. Il y a donc 98 ans que l’espéranto n’est plus la langue officielle du seul pays pour qui il le fut jamais (1).
 
C’est dans cet étrange pays au confluent des frontières actuelles de l'Allemagne, des Pays-Bas et de la Belgique que l’écrivain et diplomate français Marc Bressant (2) situe l’action de son roman-fleuve Un si petit territoire (publié à Paris par Bernard de Fallois), une saga passionnante qui s'étend sur tout un siècle pour s'achever avec l'entrée des troupes allemandes dans le Moresnet Neutre le 8 août 1914.
 
Car, écrit l'auteur, « les deux jeunes aides de camp, l'un néerlandais, l'autre prussien, à qui leurs souverains avaient confié mission de "régler au plus vite le problème de Moresnet", ne se doutaient évidemment pas qu'en créant au cœur de l'Europe un pays sans armée ni police ni justice, ils ouvraient la porte à de bien singulières aventures… »
 
Bernard DELCORD
 
Un si petit territoire par Marc Bressant, Paris, Éditions de Fallois, avril 2017, 414 pp. en noir et blanc au format 15,6 x 22,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 22 € (prix France)
 
(1) Cf. Neutral-Moresnet-neutre – Échos d’une curiosité européenne par Leo Wintgens, Aachen, Helios Verlag & Montzen, Centre de recherches linguistiques Obelit, collection « Documents d’Histoire », novembre 2010, 304 pp. en quadrichromie au format 21,5 x 30,5 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 39,90 €.
 
(2) Dont l’ouvrage La Dernière Conférence a été récompensé par le grand prix du roman de l'Académie française en 2008.

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30 07 17

« “Qu'on ne me touche pas ! Je suis inviolable !” Dit la Belgique. – C'est, hélas ! Incontestable. Y toucher ? Ce serait, en effet, hasardeux, Puisqu'elle est un bâton merdeux. » (Charles Baudelaire)

Baudelaire au pays des Singes.jpgGrand spécialiste de Georges Simenon et des poètes français du XIXe siècle, l’écrivain belge Jean-Baptiste Baronian, qui a produit une œuvre prolifique de romans, de contes, de beaux livres, d’essais et de biographies (notamment celles de Baudelaire, de Verlaine et de Rimbaud chez Gallimard et le fameux Dictionnaire Rimbaud chez Robert Laffont dans la collection « Bouquins »), s’est penché, dans Baudelaire au pays des Singes publié à Paris chez Pierre-Guillaume de Roux, sur un phénomène étrange et quelque peu infantile, la furieuse détestation de la Belgique qui nouait les viscères de l’auteur des Fleurs du mal.
 
Voici le résumé qu’en donne l’auteur :
 
« Le 24 avril 1864, Baudelaire arrive à Bruxelles, capitale d'un tout jeune royaume (il a été créé en 1830), dont il ne connaît pas grand-chose, hormis quelques lieux communs. Il envisage de n'y rester que deux ou trois semaines, le temps de donner quelques conférences, de proposer sa collaboration à L'Indépendance belge, le plus important quotidien du pays, de rencontrer les éditeurs des Misérables de Victor Hugo, et de prendre des notes en vue d'un ouvrage sur "les riches galeries particulières" de la Belgique.
 
Or, très vite, tous ces projets tournent court. Au point de le rendre belgophobe du jour au lendemain. Mais quelles sont les raisons exactes de ces échecs à répétition ? Et comment expliquer que Baudelaire persiste à séjourner deux années entières dans ce pays qu'il déteste et où, surtout, il s'ennuie "mortellement" ? »
 
Si mortellement que c’est à Namur, sous les voûtes de l’église Saint-Loup, un monument de l’ordre des jésuites (!), que le poète atrabilaire, irascible et surtout déçu dans ses ambitions fut frappé le 15 mars 1866 d’une « éclipse cérébrale » suivie deux semaines plus tard d’un ictus hémiplégique, des accidents cérébraux qui provoquèrent son décès le 31 août 1867…
 
Bernard DELCORD
 
Baudelaire au pays des Singes par Jean-Baptiste Baronian, Paris, Éditions Pierre-Guillaume de Roux, mai 2017, 154 pp. en noir et blanc au format 12,3 x 19,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,50 € (prix France)

29 07 17

« J'avance dans l'hiver à force de printemps. » (Charles-Joseph de Ligne, Almanach de Bruxelles)

Aux Armes de Bruxelles.jpgSplendide ode pérégrine sous la plume inspirée d’un grand styliste doublé d’un dandy des idées et des lettres, une version revue et augmentée d’Aux Armes de Bruxelles par Christopher Gérard (1) est sortie ces jours-ci à Paris, aux Éditions Pierre-Guillaume de Roux, un événement considérable pointé fort justement par Jacques De Decker, secrétaire perpétuel de l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique, dans la préface qu’il lui a donnée.
 
À l’enseigne d’une maison de bouche vénérable de la capitale des Belges et de l’Europe, ce texte d’amour pour une femme mystérieuse, Louise (forcément !), et pour une ville qui ne l’est pas moins tant ses beautés se font discrètes, guide le lecteur dans un parcours initiatique dont les étapes, commentées par un cicérone enthousiaste, lucide et averti, sont des églises, une mosquée, des musées, des parcs, des monuments, des restaurants, des maisons de thé, des boutiques d’antiquaires ou de jouets, des librairies, des personnages célèbres (notamment Bruegel, Charles Quint, Voltaire, Baudelaire, Khnopff, Horta, Claudel, Ensor, Ghelderode, Yourcenar, le capitaine Haddock…) et bien d’autres choses encore.
 
Une réussite absolue qui n’est pas sans rappeler Les Horreurs de l’amour du regretté Jean Dutourd qui aurait sûrement jubilé à sa lecture !
 
Bernard DELCORD
 
Aux Armes de Bruxelles par Christopher Gérard, nouvelle édition revue et augmentée, préface de Jacques De Decker, Paris, Éditions Pierre-Guillaume de Roux, juillet 2017, 288 pp. en noir et blanc au format 12,3 x 19,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 21,90 € (prix France)
 
 
(1) La version princeps avait paru à Lausanne en 2009, aux Éditions L’Âge d’Homme, dans la collection « La Petite Belgique » dirigée par Jean-Baptiste Baronian.

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