06 11 17

Existe-t-il une littérature européenne ?

Richard Miller.jpg« Existe-t-il une littérature européenne ? » est une excellente et pertinente question posée par l'auteur de l'essai, Richard Miller. Il y répond de manière claire, intelligente et détaillée. Un livre qui fait aussi référence à de nombreux autres ouvrages ; ce qui nous donne autant de pistes pour prolonger la lecture par d'autres réflexions.

L' « Avant-dire » (préféré à préface) de Jacques De Decker définit l'auteur comme « batailleur de mots, d'idées et de combats politiques ».

L'auteur est homme politique et docteur en philosophie de l'Université libre de Bruxelles. On luit doit une quinzaine de livres, beaucoup traitant de la liberté et du libéralisme.

L'ayant croisé lorsqu'il fut Ministre de la Culture (entre 2000 et 2003), je connaissais son intérêt pour la littérature et aussi pour les mots. « Les mots sont comme semblables à des pierres polies par le temps, sortes de galets façonnés par les vents et les vagues. » dit-il.

 

Ce qu'il écrit ici sur les mots est captivant. Quelques exemples :

« Les mots sont toujours un « terrain d'entente » (dans tous les sens du mot « entente ») : pour que l'on puisse s'entendre. Il faut que l'on accepte de part et d'autre d'appeler les mêmes choses par les mêmes mots, c'est-à-dire par les mêmes sons ayant le même sens. »

Ou encore à propos de ce sujet qui m'a toujours intéressé, jouant des mots dans les médias : « Un échange se joue entre la langue parlée et la langue littéraire, entre la langue et la littérature. L'écrit littéraire affermit la langue et façonne les mots. Écrire confère une solidité qui permettra des lectures nouvelles, des utilisations inédites, des audaces, des accouplements, des créations riches de sens nouveaux. »

Il est longuement question aussi des mots et de la littérature.

« La littérature, ce sont des rencontres. Des rencontres, par les flux des mots, entre des devenirs individuels. » et « La réalité pour nous n'existe que d'être racontée. »

 

Mais Richard Miller expose tout d'abord ce qu'est notre civilisation européenne, avec Athènes, Rome, Jérusalem et puis la démocratie et les Lumières. L'esprit européen c'est le souci de la dignité humaine.

La constatation suivante ne nous est pas toujours présente à l'esprit :

« A la différence d'autres ensembles politico-culturels comme l'Inde, la Chine, le Japon et la culture arabe (ensuite islamique), les textes fondateurs européens sont des traductions. »

 

Et puis la grande affaire de l'amour est abordée :

« L'amour dans tous les sens est une seule et même histoire que l'on ne cesse, depuis le début et jusqu'à notre temps, de raconter. »

« Être à la hauteur de la rencontre amoureuse, toute la littérature nous le donne à lire, à entendre et à comprendre : c'est accepter l'abandon de soi à l'autre. Avec risques et périls, il est vrai. »

 

Si je n'avais qu'une seule réflexion à retenir dans tout cet ouvrage qui en foisonne, c'est celle-ci : « Suis-je digne de cette force de vie qui est en moi ? »

 

Un dernier mot : parmi les nombreuses références, je constate avec plaisir que l'auteur a lu avec attention « Sapiens » de Harari, que je vous conseille de toute urgence... après la lecture de cet essai !

 

 

Jacques Mercier

 

« Existe-t-il une littérature européenne ? » - Avant-dire de Jacques De Decker - Richard Miller - Ed. Académie royale de Belgique, collections L'Académie en poche. 2017 – 144 pp. 7 euros. Www.academie-editions.be

29 10 17

Un supermarché nommé désir ! (Magnifique !)

_dekoker.jpgDe cette charmante chroniqueuse, Charlotte Dekoker, que l'on peut entendre chez Walid sur la Première RTBF, je ne connaissais que « Bière qui roule n'amasse pas mousse », qui m'intéressait par l'exploration humoristique de quelques expressions. Cette fois, c'est dans la collection Opuscules d'Eric Lamiroy que je découvre la romancière et « Un supermarché nommé désir ». Une révélation !

Nous allons du supermarché du parking jusque dans les rayons ; et sur deux plans : mini, une séquence de l'enfance, maxi, un bribe de l'histoire d'aujourd'hui. On est emportés par ce suspens qui ne s'arrête qu'à la toute dernière ligne. Entre-temps, le sens de l'observation aigu, les détails qui expliquent et situent, tout nous appelle au coeur du double récit. C'est pleinement réussi !

Pour vous, je recopie quelques extraits :

Texte Maxi :

« C'est rassurant, un homme qui ne va pas trop vite. Je te dépasse pour que tu puisses me voir. Et pour imaginer que tu me regardes. L'instant s'étire. J'ai des fourmis dans la colonne vertébrale. »

Texte Mini :

« C'est magnifique. Encore plus beau que le jardin de papy. La brillance des poivrons m'épate. Ah, si les feux rouges avaient d'aussi belles couleurs, je suis certaine que tu t'y arrêterais plus souvent. »

Et toujours, ce qui caractérise déjà Charlotte Dekoker : une manière d'effronterie délicieuse...

« Tu as arrêté le chariot. J'ai été obligée de te regarder dans les yeux. Tu n'as rien dit. Tu t'es simplement offert à mon regard, avec ce sourire oblique, et c'est comme si tu avais mis ta main dans ma culotte ».

Ou ces deux notations superbes :

« Alcools. Probablement le seul rayon qui porte le nom d'un livre. »

Et enfin :

« -Mais pourquoi pas. Boire du gin tonic me donne l'impression d'être une écrivaine alcoolique.

-Une écrivaine, quoi. »

Décidément, la collection Opuscules nous apporte chaque semaine sa pépite de littérature.

 

Jacques MERCIER

 

« Un supermarché nommé désir », Charlotte Dekoker, Roman, Opuscules, Edition Eric Lamiroy, 10cmX14cm, 50 pp. 4 euros, www.Lamiroy.be

 

 

 

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10 10 17

Quel bonheur que la découverte de "Chacun son Chat!" de Geluck

chat.jpgCe que je pourrais vous dire d'enthousiasmant pourrait vous paraître exagéré, puisque Philippe Geluck est mon ami, et pourtant ce nouvel album du Chat (le 21e!) « Chacun son Chat » me semble le meilleur, le plus abouti, le plus varié, le plus profond et le plus drôle !

Je pourrais analyser et détailler, comme je le faisais quand j'interviewais Philippe sur antenne à pareille occasion, mais je me suis donné le bonheur de ne pas prendre de notes en découvrant hier soir l'album : simplement sourire, rire, réfléchir. Et me dire souvent, comme toujours : « Bigre ! C'est une réflexion drôle d'une telle évidence, j'aurais dû la trouver, mais lui, il trouve ce trait avant nous et c'est ça son génie ! »

Déja la page de titre avec cette déclaration (hommage à Barbara) : « Ma plus belle histoire d'humour... C'est vous ! »

Cette si touchante allusion à Goscinny et Uderzo qui occupe toute la première page : « Nous sommes en 2017 après J.-C. Le monde entier est envahi par une sorte de morosité bien compréhensible. Le monde entier ? Pas vraiment ! Un petit pays résiste encore et toujours à la déprime générale... »

"Allez !", comme on dit trop souvent en télévision pour accélérer artificiellement le rythme d'une émission, allez, encore quelques textes pour vous donner le ton de l'ouvrage (Ils prendront place dans mes phrases très matinales ces jours prochains!):

« Les ennuis de mes amis sont mes ennuis »

« Rien ne sert de courir, surtout si c'est dans le mauvais sens... »

« S'il y a une autre vie après la vie, j'aimerais qu'on m'explique quel est l'intérêt de mourir ? »

Une dernière ?

« Si tu y réfléchis un peu, tu constateras que dans ta vie, tu auras passé plus de temps avec tes lunettes qu'avec tes enfants ! »

 

Ne ratez pas les ajouts quotidiens de l'Appli Le Chat sur iPhone !

 

Jacques MERCIER

 

Chacun son Chat, Philippe Geluck, 48 pp, 22,6X30,5 cm, Edition Casterman ou Geluck.com 11,50 ou 11,95 euros.

 

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09 10 17

Leçons de ténèbres

_hoex.jpgLe texte de présentation du dernier livre de Corinne Hoex, sans doute écrit par les éditions Le Cormier, nous explique mieux que je ne puis le faire la démarche, l'origine, le pourquoi de « Leçons de ténèbres ».

« Chaque poème respire, tient son propre souffle, inscrit sa solitude, celle d'une indivisible et humaine condition »

Ce qu'il faut savoir c'est que les « Leçons de ténèbres » appartiennent à l'histoire de la musique liturgique depuis la Renaissance et l'époque baroque. Avec ces textes, nous sommes proches et loin des musiques de Carlo Gesualdo. Chaque mouvement des cinq suites poétiques qui composent le livre inscrit notre conscience du monde en un éternel présent, consignant l'évocation de cette condition humaine qui aura traversé toutes les époques.

Je picore pour vous quelques extraits, en avouant que cela ne peut pas refléter l'ouvrage qui doit être reçu dans son ensemble.

« Elles sont féminines. Plurielles. Envahissantes. Somptueuses. Terribles.

Elles sont l'autre côté. La face noire de la lumièe. Sa souffrance. Son vertige. »

Ou plus loin :

« T'effacer. Te dissoudre.

Mon âme est triste.

Mon âme est triste.

Et cette voix en toi.

Cette voix qui grandit. »

Ou encore :

« Et vacillant

cette flamme

dans l'instant dérisoire.

Vacillant dans l'espace obscur

plus vide qu'une tombe. »

J'ajoute seulement le bonheur de savoir que Corinne Hoex occupe désormais le fauteuil de Françoise Mallet-Joris l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.

 

Jacques MERCIER

 

Leçons de ténèbres, poèmes, Corinne Hoex, Le Cormier, (14 cmX21 cm), 70 pp. 16 euros.

 

 

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08 10 17

Décryptages…

Les nouvelles expressions de Monsieur Dictionnaire.jpgAprès Les 500 plus belles expressions de Monsieur Dictionnaire paru en 2013 chez Racine à Bruxelles, Jacques Mercier a remis le couvert cette année avec Les nouvelles expressions de Monsieur Dictionnaire publié chez le même éditeur, un recueil dans lequel il se penche sur l'origine, le sens et les synonymes de nouvelles expressions et en fait redécouvrir de plus anciennes, parfois un peu oubliées.
 
Grâce à lui, vous saurez ce que boloss signifie, ou yolo, ou chiller, ou s’enjailler, ou faire son Kevin, ou avoir le swag, ou ça passe crème, ou se faire un gif, ou avoir le seum pas en soum soum…
 
Et vous retrouverez des suavités langagières comme boire le calice jusqu’à la lie, faire un pataquès, manger son chapeau, passer sous les fourches caudines, une querelle de clocher, s’entendre comme larrons en foire, se mettre la rate au court-bouillon…
 
Nul doute, en tout cas, que pour nombre d’entre nous, sans cet ouvrage plaisamment érudit, tout cela resterait mystère et boule de gomme…
 
Bernard DELCORD
 
Les nouvelles expressions de Monsieur Dictionnaire par Jacques Mercier, illustrations de Gaston de Lapoyade, Bruxelles, Éditions Racine, août 2017, 92 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 16,95 €

24 09 17

Jacques a dit ... les secrets de vos rêves

Tobie Nathan, revesDans ce Mémo, Jacques Mercier vous explique les secrets de vos rêves, en décortiquant ce livre passionnant de Tobie Nathan. Enfin, Monsieur Dictionnaire préfère utiliser le terme picorer que décortiquer, ce verbe sied mieux à cet exercice radiophonique auquel il s'adonne chaque semaine avec Nicky Depasse dans Café de Flore sur Radio Judaïca.


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21 09 17

Petit Tom de ma vie

couv jacobs.jpgVoilà un livre extraordinaire et touchant. Il est conçu sous la forme d'un journal, de lettres écrites en temps réel par une maman à son petit garçon Tom. L'idée forte de l'auteure, Céline Jacobs, est de transmettre à son enfant sa mémoire, celle à laquelle il n'a pas accès, soit depuis le moment de la grossesse jusqu'à ses 4 ans. Nous avons tous rêvé de lire un tel document qu'on retrouverait dans les archives maternelles. Mais « Petit Tom de ma vie » est bien plus qu'un compte-rendu. L'auteure y livre une analyse psychologique et des pensées philosophiques pertinentes : sur la vie de couple, sur sa propre vie, sur la maladie, l'école et bien sûr sur le bouleversement d'une naissance. Plus tard, Tom pourra répondre à la question « Qui suis-je ? » puisque l'essentiel de notre existence est influencée par ces années-là !

Voici quelques exemples, presque pris au hasard, mais qui vous donneront le ton général du livre, d'une fort belle écriture au demeurant.

« Mardi 13 décembre 2011, 12h30

La nouvelle année arrive à grands pas. Et toi aussi. ! Voilà que je commence à te sentir bouger... C'est stupéfiant. Je ressens des sortes de « bulles » dans mon ventre quand tu remues, c'est plutôt agréable »

« En fait, tu as deux parents plutôt marginaux. Si tu devais ne retenir qu'une chose, sache que nous sommes deux jeunes adultes qui ont eu une enfance difficile pour différentes raisons. Cela nous a beaucoup fait souffrir. Mais aujourd'hui, on essaye de comprendre ce qui s'est passé pour apprendre qui on est et tâcher de retrouver un équilibre. »

Tom passe par de multiples désagréments, maladies, etc. Cela s'ajoute aux soucis des deux parents.

« Mercredi 26 mars 2014, 1h30

Mon petit bout, Tom, On va être obligé de t'opérer, après ton deuxième anniversaire. Sinon, ça deviendra encore plus grave. Plus on attend, plus ce sera difficile. Je suis désolée que tu doives traverser cette expérience. Ton papa et moi, nous sommes très attristés mais forcés d'agir « dès que possible ».

« Ton papa et moi, on prend du recul. Comme il le dit lui-même, de toute manière, il n'y a pas d'espace ici pour vivre bien à trois. C'est une maison pour toi et moi. Mais il est toujours là. Il m'aide à faire la vaisselle et les courses, très gentiment. On s'aime beaucoup. C'est sûr. Mais on se sent mieux ainsi. »

« Pour l'instant, tu apprends que c'est pas facile de s'exprimer et d'être contrarié mais je souhaite que tu intègres le plus tôt possible que c'est dans ton intérêt de comprendre la réalité. Ta réalité surtout, savoir qui tu es (c'est aussi pour cela que je t'écris ce livre) pour te connaître et ne pas te laisser piéger par des personnes qui pourraient abuser de ta crédulité ou de ta naïveté. Il est capital que tu aies confiance en toi pour cela. »

Et bien sûr, la vie extérieure, hors l'école et la maison, fait aussi irruption avec sa réalité.

« Mardi 22 mars 2016, 20h02

Catastrophe à Bruxelles ! Attentat-suicide à Zaventem et explosion dans le Métro à Maelbeek, au cœur de l'Europe... Est-ce qu'il va y en avoir d'autres ? »

Réellement il s'agit d'un livre touchant et qui fait réfléchir, qui rappelle nos propres souvenirs, nos existences d'enfant ou de parent. Céline Jacobs, qui a étudié le journalisme, écrit avec justesse. Elle-même a vécu la maladie, la souffrance, l'hospitalisation, elle connaît de l'intérieur ce monde qu'elle décrit.

 

Jacques MERCIER

 

Petit Tom de ma vie, Céline Jacobs, récit, Netbook 2017, 14,8cm/21 cm, 204 pp. 17 euros. www.editions-netbook.com

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19 09 17

Le talent d'Isabelle Wéry !

03_Fumer_des_Gitanes_HD_bord_noir.jpgLe talent d'Isabelle Wéry : celui de nous plonger efficacement et avec un tel bonheur dans l'histoire qu'elle nous raconte. C'est une voix qui nous berce, nous bouscule, nous charme et nous étonne. "Fumer des Gitanes" est le troisième numéro de la collection Opuscules, qui nous plaît dans sa diversité et sa régularité (sortie tous les vendredis), mais aussi par le format court et pourtant semblable à un roman. La quatrième de couverture est toujours une belle accroche, qui n'en dévoile pas trop, mais nous donne envie de poursuivre :

Imagine... Tu gardes le manoir de tes amis. Une baraque inouïe. Avec parc immense et piscine. C'est l'été flamboyant. Et ce soir, tu invites une femme, belle comme une italienne. Tu espères bien l'impressionner. Tu t'es ruiné en viande rouge maturée, en vins fous. Ce soir, tu le sens, tu emballes sec. Un paquet de Gitanes traîne dans le petit salon...

On y trouve de superbes pages sur la rencontre amoureuse, on s'en serait douté (lire ses textes pour le théâtre (La Mort du Cochon, Mademoiselle Ari Nue...) ou son second roman :  Marilyn Désossée (Editions Maelström) qui a été finaliste du Prix Victor Rossel et a reçu l'European Union Prize for Literature en 2013. 

J'adore aussi les détails vrais comme la mort de Simone Veil ou le passage de Julien Doré chez Ruquier. 

A savourer en attendant le métro, dans les encombrements ou dans son lit avant de s'endormir. Le plaisir est le même.

 

Jacques MERCIER

 

Fumer des gitanes, Isabelle Wéry, Edition Eric Lamiroy, collection Opsucules N°3, 36 pp, 10X14cm, Prix : 4€ ( + 1€ en envoi postal)www.lamiroy.net 

 

 

 

 

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13 09 17

L'intimité du romancier.

_janzyk.jpgUn homme tourmenté se réfugie dans la littérature. Avec Véronique Janzyk nous sommes dans son intimité. « J'ai senti battre notre cœur » est le titre évident de ce superbe roman. Rarement, on peut se glisser ainsi dans les rouages de l'âme humaine, de ses passions, de ses doutes. Véronique le fait dans un superbe style et par le biais étonnant, entre autres, de la marche. « La marche, c'est comme l'écriture, dis-tu. La respiration du marcheur, c'est sa musique et ses enjambées son style. » et « Ni dans la marche ni dans l'écriture il n'est possible de tricher. Personne ne peut marcher à la place d'un autre. Personne ne peut écrire le livre d'un autre. » et « Nous avons fait à deux ce qui d'habitude se fait seul : marcher, lire et écrire. »

Le style de l'écrivain, c'est la manière dont il tourne les phrases. Son ton, c'est son souffle.Déjà la rencontre est insolite et belle : « Je t'ai rencontré sous un ciel étoilé. Une reconstitution du ciel, dans un musée. »

Mais bien d'autres citations sont à pécher dans le livre. En voici quelques-unes :

« Écrire, c'est cadrer. Tu cadres la réalité. Une partie de la réalité devient ta réalité. »

« Les bleus d'enfance ne s'effacent pas. Il y a dedans assez d'encre pour écrire toute une vie. »

« Peut-être n'est-ce pas tant la géographie que le trajet qui rend aux êtres leur place. »

Il y a aussi un chien : « Parfois, il y a une voix pour la faire revenir. Ma voix comme une laisse. » Magnifique !

 

P.S : Le livre sort le 4 octobre. www.onlit.net 

 

Jacques MERCIER

 

J'ai senti battre notre cœur, roman, Véronique Janzyk, 112 pp, 12X19cm, Onlit Édition 2017, 12 euros.

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10 09 17

L'amour en poésie

_colmant.jpgCe n'est pas la première fois que j'attire votre attention sur le talent du poète Philippe Colmant, poète doublé d'un excellent photographe. « Nés du fleuve embrasé » se divise en quatre parties : le fleuve confident, messager, embrasé et sublimé. Le poème doit se savourer chacun pour soi ; c'est une infusion. Mais pour vous donner une idée de l'ouvrage, voici un court extrait.

 

C'est comme un paradis

Où poussent des récifs,

Etranges stèles noires.

C'est une crique calme

Où la mer se repose

Après avoir servi.

 

J'y allais le matin

Avec les veuves mortes

Pour écouter le chant

De lointaines sirènes

Et ramasser les corps

Des rêves immergés

Rejetés par la vague.

 

Il s'agit toujours d'amour et dans sa préface, Thierry Dekock écrit : « Ouvrir les yeux le matin et pouvoir dire « j'aime et je suis aimé », c'est vivre un rêve éveillé. » La poésie raconte aussi les rêves.

 

Jacques MERCIER

 

« Nés du fleuve embrasé », Philippe Colmant, poèmes, Editions Demdel, 16cm/24 cm, 138 pp, 12 euros.

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