18 05 18

Les religions face à l'Histoire

jallet.jpgPour avoir le titre complet du livr, il faut pour(suivre : « Et si la tradition s'était inventée une histoire ». L'auteur, Michel Jallet, enseigna un temps le Management de l'information aux HEC Saint-Louis à Bruxelles. Ce gros ouvrage est le résultat de plus de dix ans de recherche et de travail. C'est une mise en parallèle des grands livres sacrés et ce que nous savons de l'Histoire. « Les croyances sont essentiellement basées sur des traditions qui n'ont que peu de rapport avec l'Histoire. » explique l'auteur « Ces idées se sont construites sur des mythes, des contes qui ont été colportés à travers les siècles, se déformant en fonction de l'environnement culturel du conteur et de son public. »

Je vous laisse découvrir le détail de ce livre plus qu'intéressant, mais qui ne change rien à nos convictions ; sauf pour ceux qui croient lire des récits à prendre au pied de la lettre. On parle de la Bible, de la Torah et du Coran et les informations données par Michel Jallet nous éclairent à leur sujet. Non seulement sur leur écriture, mais également sur la façon dont on peut s'en imprégner.

« Pour que l'écriture se développe, il faut un certain nombre de facteurs : une écriture stabilisée, du commerce florissant, un pouvoir fort et centralisé, une certaine éducation. Tous ces facteurs n'ont été présent qu'au VIIIe siècle avant notre ère en Israël. »

« On estime actuellement que la Torah (Pentateuque) aurait donc été fixée vers 400 avant notre ère, sous Esdras, qui dans le livre du même nom est appelé « prêtre et scribe de la Loi de Dieu du ciel ». C'est la mission qu'il aurait reçue du roi Artaxerxès. Attention, il ne faut pas en déduire qu'Esdras est le rédacteur de la Bible. Chaque livre a eu des rédacteurs multiples dont on ignore l'identité. »

Tous les sujets sont abordés : la résurrection, le Verbe, le judaïsme et le christianisme, mais aussi l'islam :

« Contrairement à une croyance très répandue... et entretenue par les politiques, il n'y a pas d'islam modéré et d'islam radical. Il n'y a qu'un islam, celui du Coran dont on ne peut s'écarter, car c'est une parole incréée, venant de Dieu.

Tout d'abord, les juifs et les chrétiens considèrent la Bible comme un livre d'histoire. Les scènes de violence concernent le passé, dans un contexte bien défini et ne doivent plus se reproduire. D'autre part, les auteurs de ces violences, les Israélites du XIe siècle avant notre ère se considéraient comme un peuple élu, ils ne faisaient pas de prosélytisme et n’envisageaient pas la conquête du monde comme but ultime de leur religion. Pour l'islam, à travers le Coran, la violence est un moyen de persuasion. »

« Je crois que le Coran a été bien écrit en arabe... une langue qui n'existait pas. Les rédacteurs du Coran ont inventé une nouvelle langue en se basant sur un dialecte déjà parlé et en l'enrichissant de mots empruntés au syriaque et à l'hébreu.

Le Coran n'a pas été écrit dans une langue préexistante, mais la langue du Coran est devenu l'arabe académique. »

« Au moins 30 auteurs différents ont rédigé le Coran, au moins trente styles différents ont été détectés. Les versets contenant Jésus, au nombre d'une cinquantaine, ont tous été écrits par la même personne. »

 

Près de 700 pages d'un grand intérêt pour tous ceux qui suivent l'interaction humanité, civilisation, religion, pouvoir, tradition, etc.

 

Jacques MERCIER

 

 

« Les religions monothéistes face à l'Histoire », Essai, Michel Jallet, Les éditions Amalthée www.editions-amalthee.com

682 pages, Format 16X23,5 cm, 28 euros.

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21 04 18

Une année bissextile très spéciale...

_russon bissextile.jpgLa Loi décide de tout et on vit dans les contraintes d'une société surveillée. Demain ou déjà aujourd'hui ? Eric Russon avec Bissextile nous plonge dans un univers proche de Jacques Sternberg. Une mère violoncelliste connue, mais sans amour maternel pour sa fille Sarah, une villa entre mer et forêt angoissante... quelques ingrédients de ce thriller fort bien écrit par ce spécialiste de l'actualité culturelle. Après Crispations chez Lamiroy, voici un deuxième roman aussi bien réussi.

Beaucoup de dialogues donnent vie à l'histoire, qu'on suit, comme il se doit, avec un intérêt croissant vers la fin des énigmes.

Pour vous donner une idée du style, voici quatre courts extraits :

Sa vie ressemble à une vieille armoire, avec une foule de tiroirs où chaque objet a sa place, bien séparé des autres. Et il y a fort à craindre qu'à sa mort, tous les tiroirs soient jetés à terre et leur contenu répandu, mélangé. Les compartiments qu'elle a passé une vie entière à garder fermés risquent de se retrouver sens dessus dessous.

 

Il a suffi de deux générations pour que l'oubli s'installe. Si des vieux comme lui ne l'entretenaient pas, la mémoire s'effacerait. Certaines mots ont déjà été retirés des nouveaux dictionnaires. Pourquoi les y laisser puisqu'ils ne désignent plus rien ? Des livres ont été bannis des bibliothèques et des librairies, ils pourraient inutilement instiller des valeurs subversives.

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Cette couleur qui n'existe nulle part ailleurs. Ni bleus. Ni verts. Juste suffisamment clairs pour vous brûler à l'intérieur. Lucie Beaumont aurait très bien pu ne jamais parler. Ses yeux se chargeaient de transmettre à qui croisait son regard l'essentiel de ce qu'elle voulait dire, son humeur ou ses envies. On dirait presque qu'en s'ouvrant, ses yeux éclairent un peu plus la pièce.

 

Ses pas font gémir le plancher. La poussière danse en suspension dans les rayons de lumière qui quadrillent l'espace. Au-dessus d'elle, le sous-bois de poutres lui souhaite la bienvenue en craquant. Elle avance presque sur la pointe des pieds pour ne pas troubler le sommeil des armoires, des malles, des vélos rouillés, des poupées dormant les yeux ouverts dans un rocking-chair crasseux, ou des lustres qui n'éclairent plus rien depuis une éternité.

 

J'adore les gens qui ont un tel talent, merci Eric !

 

Jacques Mercier

 

Bissextile, Eric Russon, Roman, 356 pp. Édition Robert Laffont, 20 euros.

 

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18 03 18

Superbe roman : Le champ de bataille !

colin.jpg« Le champ de bataille » de Jérôme Colin est un magnifique petit (parce qu'il se dévore et en donne l'impression) roman d'aujourd'hui (dans cette ère du « virtuolithique », comme on le dit sur la quatrième de couverture). Vous ne serez pas déçu du voyage. C'est la plupart d'entre nous en ce moment – ou plus précisément il y a quelques mois en Belgique. C'est une observation juste et sensible de l'histoire d'un couple et de ses deux enfants ado et pré-ado. Les rapports entre les parents, avec les enfants, avec l'école, avec une psy. C'est l'occasion de réflexions tellement pertinentes sur l'éducation, sur les apparences, sur la communication. Et puis, surtout, c'est une fort belle création autour de l'amour entre les êtres.

Le style est superbe. Beaucoup de dialogues. Des énumérations étonnantes (J'ai détesté...), telle celle-ci :

« Nous avons attendu. L'attente est une composante essentielle de la vie de parent. On attend qu'ils s'endorment. On attend qu'ils terminent la sieste. On attend qu'ils acceptent de se laver les dents. On attend qu'ils s'habillent. On attend à la sortie de l'école. On attend après l'entraînement de football. On attend à la sortie du cours de danse. On attend les résultats du bulletin. On attend qu'ils soient rentrés pour pouvoir enfin s'endormir en se disant que, ce soir encore, tout le monde est vivant dans la maison. »

Nous nous trouvons parfois face à des décomptes, face à une succession d'heures précises. Cette diversité est pour beaucoup dans le grand plaisir de lecture.

Jérôme Colin met le doigt sur nos peurs, nos faiblesses. C'est toujours la même chose : nous avons envie de faire, mais on ne le fait pas. Ainsi le héros se réfugie-t-il dans les toilettes pour s'évader :

« Je ne suis jamais allé en Thaïlande parce qu'il y a toujours une bonne raison de ne pas voyager. C'est pour cela que nos vies sont si petites alors que le monde est si grand. »

On trouve aussi, pour l'auteur plongé dans les médias lui-même, une extraordinaire critique de ce que deviennent les médias, entre autres lors de catastrophes. Il met vraiment le doigt où cela blesse !

Quelques petites phrases, pour vous donner le ton du roman : A propos du couple :

« Je lui ai proposé de boire un verre de vin, elle a répondu : « Pas aujourd'hui, faisons plutôt ça demain... » Je détestais cette phrase. Comme si l'on pouvait remettre le plaisir au lendemain. Comme si nos heures n’étaient pas comptées. Car demain n'est pas une certitude, c'est au mieux une éventualité. »

De la femme :

« Le pragmatisme des femmes est une création divine. »

De l'adolescence :

« L'avantage, quand il parle, c'est qu'on n'entend pas les fautes d'orthographe. »

De notre pays :

« J'ai toujours aimé la capacité des Belges à réagir à l'adversité. Nous le faisons avec une sorte de fatalité comique, qui semble dire que rien, jamais, ne nous mettra véritablement à terre. »

Voilà un de ces livres qui vous réconcilient avec le roman ou vous confortent dans votre désir de lecture. Un roman qui comporte toutes les qualités qu'on en attend, perdus que nous sommes entre les réseaux sociaux, l'information permanente et les composantes de notre société qui ne semblent pas avancer au même rythme. (Je suis fier d'avoir un jour aidé Jérôme en étant son invité dans le casting gagnant de « Hep, Taxi ! »... )

 

Jacques MERCIER

 

« Le champ de bataille », Jérôme Colin , roman, Allary Éditions, 208 pp, 17,90 euros.

 

 

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05 03 18

Intuition

 

_thomassetie.jpgAvec une belle persévérance, Monique Thomassettie poursuit un prolifique travail d'écriture : nouvelles, textes, poèmes, journal. Ce livre Intuition est entièrement réalisé par elle-même, comme elle le signale : « Forme et fond ; inspiration / travail (écriture, peinture, dessin) ; structure ou archiecteure ; ainsi que la couverture. Et la composition / mise en page. Et l'insertion des images. Comme dans tous mes livres parus chez M.E.O. Et à Monéveil. La couverture présente est une huile de 19921 titrée « Villes promises ».

Ce tome VII contient de la poésie Ma lucide candeur ou Les Ajours de ma nuit, un Journal et l'Arc-en-ciel de mes orages, de courts textes.

Voici quelques mots trouvés dans le livre, dans les endroits poétiques) :

Les vrais poètes ne sont pas « voleurs de feu »

Le feu est en eux

 

En date du 7 juillet 2017 :

Au fond marin de mes yeux

revient un paysage

imaginaire, mais inspiré de mes voyages.

 

En septembre et titré « Musique » ces sublimes vers :

Toute enfance

est une éternité

inachevée.

 

Je vous laisse découvrir tout ce livre touffu, riche, varié, profond, poétique et sincère.

 

Jacques MERCIER

 

Inutition (Tome VII), Monique Thomassettie, 256 pp, 15cmX21cm, Edition Monéveilo, monique.thomassettie@belgacom.net (20 euros?)

 

 

 

 

 

04 03 18

Du bout du jour

_colmant.jpgC'est par les réseaux sociaux que l'écrivaine Martine Rouhart a pu découvrir la poésie de Philippe Colmant et lui écrire une préface. On y lit : « Une poésie introspective, une mise à nu, des descriptions pensives : l'univers de Philippe Colmant, qui nous livre ici un peu de son âme, touche par sa profondeur et sa sincérité. »

Ce que j'aime aussi dans « Du bout du jour », ce sont les photos réalisées par l'auteur lui-même. Ce sont des illustrations magnifiques.

Dès le premier court poème, on est emporté :

Il est de ces matins

Où, pris à contre-jour,

Le monde se résume

A ma fenêtre ouverte

Sur un jardin de pluie

Implorant le soleil.

 

Celui-ci :

J'ai appris l'essentiel :

Certains arbres sont creux

Pour abriter les rêves ;

D'autres, plus vigoureux

Pour nourrir de leur sève

Les racines du ciel

Et enfin, pour vous donner l'eau à la bouche et les mots dans le cœur :

Il reste quelques rêves

Oubliés par la nuit

Dans les replis du cœur

Où le jour n'entre pas.

 

Il me semble que c'est le onzième recueil de poème de Philippe Colmant depuis cinq ans. Mais ce poète prolifique ne déçoit pas et ajoute une fleur nouvelle au bouquet, à chaque parution.

 

Jacques MERCIER

 

« Du bout du jour », poèmes, Philippe Colmant. Éditions Demdel. 100 pp. 16Cm/24cm. 12 euros.

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04 03 18

Trajectoires

_marotta.jpgFrédéric Marotta l'explique très bien dans sa préface : « Il existe différents genres de poésie et elle reste toujours aussi difficile à définir, mais elle demeure existante et riche de diversité dans de multiples productions de l'âme humaine sur notre planète Terre, en vers ou en prose, pourvu qu'elle éclose et que jamais elle ne tombe dans le néant. » Et plus loin : « Ne l'oublions pas, ce genre littéraire qu'est la poésie est né de la sensibilité et de l'imagination, et c'est en cela qu'il est essentiel. »

Les poèmes de Frédéric dans Trajectoires sont imprimés sur deux colonnes et peuvent presque se lire de droite à gauche. J'aime l'entrée en matière du premier, intitulé « Sauvage » :

Sybille / A recouvré tendresse / Après sauvages nuances / De noirs / Et de sombres envies / Grises, / Grisée, / Aigrie, / Avançant au hasard / Au-dessus du vide / Et de déferlantes passions.

J'apprécie aussi « Perle, sublime folie », où l'on découvre : « Néanmoins, / La tristesse se dissipe, / Le silence s'immobilise/ Enveloppant / Fêlure/ Et

« Tout est dans l'instant, / Où s'envole l'âme humaine / Rejoignant constellations / Témoignant de notre éternité... »

Et tout est dit, du poète visionnaire et inspiré !

Jacques Mercier

 

« Trajectoires » (aux confins de l'immensité), Poésie, Frédéric Marotta, Les Presses du midi, 82 pp, illustration de Yulia Philippe, 14,5cmX20,5cm , 12 euros. www.lespressesdumidi.fr

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02 03 18

Voir les Beatles !

IMG_5858.JPGCe fut un événement de la dernière Foire du Livre : De la signature du contrat à la première séance de dédicaces en passant par l’écriture, la correction, la mise en page et l’impression, Ob-La-Di, Ob-La-Dan ! de Brice Depasse est un pari réussi.

Au-delà de sa création, il s'agit d'une histoire vraie qui s'est déroulée en juillet 1968 : Dan Lacksman (qui possède un des meilleurs studios européens et fut membre du trio Telex), fan des Beatles décide d'essayer de les rencontrer à Londres.

Je vous laisse découvrir cette aventure, remplie de dialogues, d'humour, écrite de main de maître par l'auteur. Et surtout, vous découvrirez la conclusion incroyable qui fut possible grâce à la fille de Dan, Caroline, qui travaille aujourd'hui chez EMI, la maison de disques des Beatles...

 

Deux, trois moments picorés dans le petit livre :

Alors qu'il propose à une jeune Française en échange d'un service de leur faire et puis surtout de lui envoyer des photos, elle est réticente : 

« 

  • Et qu'est-ce qui me prouve que tu vas me les envoyer ces photos ?

  • Tu ne connais pas les Bruxellois, on dirait. Chez nous, on dit ce qu'on fait et on fait ce qu'on dit. »

 

Et cette réflexion de l'auteur à propos des photos :

« Avec les filles, on est souvent déçu. Il suffit qu'elles ne s'aiment pas sur la photo pour qu'elles la fassent disparaître. Ce doit être pour cela qu'il n'y avait aucune femme sur la photo de Yalta en 1945. Imaginez qu'elle ait fait brûler les négatifs parce qu'elle fermait les yeux sur le cliché. »

 

J'aime aussi cette notation en bas de page alors qu'évidemment on trouve des dialogues en anglais facile :

« Je vous propose une traduction simultanée sinon vous allez devoir sans cesse faire des allers-retours en bas de page et ce n'est pas pratique (Toujours note de l'auteur) »

 

Et encore ceci :

« L'homme courageux n'est pas celui qui ignore la peur mais celui qui arrive à la surmonter. »

 

« Moment fugace et fondateur qui prouve que la vie de chacun de nous est un roman dont la fin n'est jamais écrite. »

 

C'est un vrai petit roman « historique » de notre temps, avec le suspense, les rebondissements, les surprises... Si vous lisez peu, n'hésitez pas, c'est une bonne entrée en matière dans le monde de la littérature !  

 

Jacques Mercier

 

« Ob-la-di, ob-la-dan ! », Brice Depasse, Collection Opuscule, 46 pp, 10X14 cm, Édition Eric Lamiroy, 2018, 4 euros

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09 02 18

Entretiens avec l’ange…

Des matins lumineux.jpgQuatrième petit ouvrage de la sympathique collection « Opuscule » publiée par les Éditions Lamiroy à Bruxelles, la nouvelle fort originale et habilement menée par Jacques Mercier intitulée Des matins lumineux met en scène un animateur de radio intérimaire qui converse avec ses auditeurs dans une émission appelée 5 à 7 le matin.

Entre paroles de chansons françaises et dialogues récurrents avec une auditrice ponctuelle, il ira de surprise en émois avant de partir à sa recherche.

Et de la trouver…

Bernard DELCORD

Des matins lumineux par Jacques Mercier, Bruxelles, Éditions Lamiroy, collection « Opuscule », septembre 2017, 33 pp. en noir et blanc au format 10 x 14 cm sous couverture brochée en couleurs, 4 €

08 02 18

La cité des femmes

_liberski.jpgComme à la fin de toute bonne lecture, on s'attriste d'en avoir terminé : le plaisir est envolé. C'est la sensation que j'ai en refermant La cité des femmes, le dernier roman de Stefan Liberski. Un excellent ouvrage qui nous emmène en Italie, à Cineccità (« Cinecittà un lieu d'où le monde, malgré tous ses malheurs, apparaissait pour ce qu'il était aussi : une cour de récréation » écrit-il) entre autres avec Federico Fellini et surtout au coeur d'une terrifiante histoire d'un amour passionnel et dont le héros, Etienne, ne peut se sortir.

Les notations, les descriptions, l'ambiance, les dialogues, les innombrables mots italiens originaux en italiques, l'humour, la justesse, le style... tout est réussi dans ce nouveau roman de Liberski !

On sait que l'auteur fut lui-même présent pour le tournage du film de Fellini : La cité des femmes et on ne doute pas que bien des choses livrées soient en partie autobiographiques. (On y croise Anna Prucnal, Chantal Akerman, Marguerite Duras...)

Voici quelques extraits pour vous donner le ton : A propos de la langue italienne,

« Plongé dans une langue encore mal connue, il se retrouvait dans l'état bienheureux de l'enfance. Il se laissait porter par le bruissement alentour. Enfant, on n'a pas à choisir, rien à débattre. Les parents décident. »

A propos de Rome,

« A son filet d'éternité, Rome retenait des bribes de mondes disparus. De la nuit des temps révolus quelques tisons rougeoyaient encore, peut-être comme nous parvient la lumière de ces étoiles mortes il y a des siècles. »

A propos d'un trajet la nuit en voiture ;

« Ils rentrèrent tard à Rome, passant par de petites villes endormies. Dans la lumière des phares, les places, les fontaines et les églises d'un autre âge surgissaient un instant, décors oubliés d'un film somptueux, puis retournaient à la nuit. »

A la toute fin du livre, comme une morale, cette réflexion superbe :

« Le malheur est rassurant. Il faut un courage inouï pour le débouter du quotidien, plus encore que pour le sublimer dans une oeuvre. »

 

Le roman m'a donné envie de revoir quelques films de Fellini, et pourquoi pas Juliette des esprits, qui m'avait tant glacé le sang !

 

Jacques Mercier

 

La cité des femmes – Stefan Liberski – Roman, édition Albin Michel, 300 pp, 19 euros.

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23 12 17

Psychothérapie de Dieu

psy de dieu cyrulnik.jpgEncore une fois c'est une analyse passionnante que nous livre Boris Cyrulnik dans « Psychothérapie de Dieu ». On ne peut résumer le propos ni le détailler, mais voici quelques extraits qui vous donnent des pistes.

Tout d'abord un état des lieux :

« Parmi les 7 milliards et demi d’êtres humains sur la planète, plus de 4 milliards croient qu’une force surnaturelle appelée « Dieu » nous aime et nous protège : 3,5 milliards sont monothéistes, Chrétiens et Musulmans (je ne compte pas les Juifs qui ne sont que 14,5 millions). 1,5 milliard concerne les philosophies religieuses asiatiques. 2,5 milliards sont mal analysés dans ce livre parce que je n’ai pas su découvrir les religions inconnues ou éphémères qui naissent et meurent chaque jour. »

Ensuite, quid de la religion ?

« Aucun bébé n’est croyant quand il arrive au monde. Ce n’est que lorsqu’il accède au monde des mots, au cours de sa troisième année, que ses parents parviennent à lui présenter leur Dieu. »

« Dieu ne tombe pas du ciel, il s’enracine dans une relation affective structurée par des récits d’alentour, familiaux et culturels. C’est cette convergence qui explique pourquoi le simple fait de penser à Dieu crée un étonnant sentiment d’intimité. »

« Les milieux qui n’offrent rien à leurs enfants les privent de tuteurs de développement, ils en font des errants sans rêves et sans projets dans un désert de sens où les gourous viennent faire leur marché. »

« Quand le scoutisme, les ONG, les études et le travail viennent à manquer, les sectes accourent pour prendre la place. »

« Le besoin de réassurance et de vision claire explique le phénomène actuel du retour du religieux et de l’intégrisme. Les parents démocratiques, en respectant la liberté de leurs enfants, décident de les laisser libres de leur choix religieux, ce qui provoque une incertitude. »

« L’image dominatrice et sécurisante est répartie entre les parents, les éducateurs, les philosophes, les écrivains, les comédiens et les chanteurs qu’on voit à la télé. »

Mais aussi la cause de l'extrémisme religieux :

« À cette même époque, les terroristes assassinaient les innocents au nom de Dieu et d’une morale que je jugeais perverse, car elle était centrée sur un groupe clos, sans Autre et sans partage. Ces hommes veulent imposer leur croyance qui n’est que soumission à une entité dictatoriale qui commande le crime pour prendre le pouvoir. »

Boris Cyrulnik s'affirme depuis longtemps comme un des grands penseurs de notre temps, avec une influence sur nos idées, sur notre façon de voir nos civilisations, que personne n'atteint.

 

Jacques MERCIER

 

« Psychothérapie de Dieu », essai, Boris Cyrulnik, Edition Odile Jacob, 320 pp, 14X22cm, 22,90 euros.