30 06 17

Le bonheur de lire Jean d'Ormesson !

guide égarés.jpgVous avez peut-être manqué la sortie de ce merveilleux livre de Jean d'Ormesson ? C'est le moment de le découvrir. Ce « Guide des égarés » est comme toujours une source de beauté et de réflexion. Des courts textes dont les enchaînements vont de soi, comme si nous poursuivions avec l'auteur une longue et douce pensée toujours renouvelée.

Voici quelques phrases pour vous donner le ton :

 

La lumière n’est peut-être rien d’autre que le premier et le plus simple de nos bonheurs.

 

Nous ne voyons les arbres, la mer, les îles du Dodécanèse, les astres dans le ciel, les champs de lavande au printemps, les objets de chaque jour, le visage des êtres aimés que parce que la lumière nous les offre.

 

Nous pouvons vivre – plus ou moins bien – sans livres, sans rêves, sans idées, sans amour. Nous ne pouvons pas nous passer de l’air que nous respirons et que nous ne voyons pas.

 

Tout passe. Rien ne dure. Mais, dans un triangle, le carré de l’hypoténuse est égal, a toujours été égal et sera toujours égal à la somme des carrés des deux autres côtés.

 

Mais, au lieu de considérer le mal comme la rupture scandaleuse d’un ordre universel dominé par le bien, peut-être devrions-nous inverser la perspective. Et voir le bien comme une exception lumineuse dans un monde où règne le mal.

 

Vivre, c’est d’abord essayer d’éviter le pire. Et le pire n’est pas toujours la mort.

 

Entrer dans ce monde est un mystère. En sortir est un mystère. Et l’entre-deux, que nous appelons la vie, est encore un mystère.

 

Chacun a le droit, et peut-être le devoir, d’être heureux.

 

Le bonheur n’est pas un but, encore moins une carrière ou une obligation, mais un don gratuit, une surprise et la récompense de ceux qui ne passent pas leur temps à le cultiver.

 

Rien n’échoue comme le succès.

 

Mieux vaut parfois aimer les autres que de leur dire notre vérité. Il y a quelque chose de supérieur à la vérité – comme d’ailleurs à tout le reste : c’est l’amour.

 

Nous ne savons ni pourquoi nous sommes nés ni ce que nous devenons après la mort. Nous sommes tous des égarés.

 

Jacques MERCIER

 

« Le guide des égarés », Jean d'Ormesson, Edition Gallimard, 2016. 118 x 185 mm , 128 pp. 14 euros.

15 03 16

Un plaisant procès

A17829 (1).jpg

 Depuis quelques années, le célèbre académicien opère , non des Mémoires - il ne veut pas encore les évoquer -  mais de réguliers bilans de sa vie et des questions métaphysiques qui le hantent.  Pour la troisième fois, il emprunte au poème d'Aragon, "Que la vie en vaut la peine " ( Les yeux et la mémoire (1954)), le titre de ses amènes réflexions:

 "C'est une chose étrange à la fin que le monde

Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit

(...)

Je dirai malgré tout que la vie fut belle."

L'essai prend , pour le coup, la forme d'un procès. Celui d'une vie longue, riche et belle, revue de rencontres, anecdotes et de références livresques,  qui confronte un spirituel "petit Moi" au magistral Sur-Moi, juge sévère et impartial, garde-fou de toute vanité. 

  " MOI: Mesurez-vous, misérable petit Moi, l'étendue de votre chance?  L'amour de vos parents. Une vie lisse et facile. Des décors qui changent aussi vite qu'au théâtre. Dans les douze ou treize premières années de votre existence parmi les tumultes du temps, bordée et protégée de toute atteinte par le hasard ou par la Providence, tout vous est donné à foison.(...)

Moi: Je n'ai pas tout. Ma santé est fragile. (...) il a fallu m'élever comme une petite chose en péril et au jus de carotte. Vous devriez me voir, distingué Sur-Moi, sous les traits d'un lapin."

  La facture est astucieuse.

Le dialogue, élégant, alerte et drôle - grave par moments- fait de ce texte, un bijou de lecture.  Sans doute l'essai le plus réussi... Celui d'un "incorrigible optimiste" qui s'aime suffisamment pour se permettre l'autodérision.

 Apolline Elter

Je dirai malgré tout que cette vie fut belle, Jean d'Ormesson, de l'Académie française, témoignage, éd. Gallimard, janvier 2016, 490 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Jean d'Ormesson | Commentaires (0) |  Facebook | |

29 12 15

La chronique de Jean d'Ormesson : un régal !

_dormesson journal.jpgCe recueil d'articles écrits d'une plume talentueuse « Dieu, les affaires et nous », c'est la chronique d'un demi-siècle que nous propose Jean d'Ormesson. Dans la préface, Jacques Julliard explicite : « Quelle chance vous avez de croire, disent les bonnes gens, mais que c'est difficile ! Ils ne savent pas qu'il est non moins difficile de croire. Miterrand, comme d'Ormesson, eux, le savent. Ils ont l'athéisme ctaholique, comme un Rocard ou un Jospin ont l'athéiosme protestant. N'imaginez pas que lma différence soit négligeable : c'est toute la sensibilité de la personne qui se trouve imprégnée par les orientations religieuses de base, même chez les incroyants. » et de poursuivre : « Alors il ne suffit pas d'avoir du talent, du charme et de la chance. Il faut encore, par ces temps de conformisme morose, avoir le courage d'être heureux. »

Dans la première partie, l'auteur nous donne un choix de « moments » : Quelques phrases picorées en 1984 :

« Nous sortons d'un univers qui valait ce qu'il valait. Plein de privilèges, d'injustices et d'inégalités, il vivait au moins dans l'impatience de l'avenir et dans l'espérance de l'amélioration. C'est ce qu'on appelait le progrès. »

« Les vieilles vertus d'autrefois – le respect pour les anciens, la tradition, la famillle, l'exaltation du travail, la patrie – sont tombées au rang de sarcasmes, de matières à plaisanterie, de lubies malfaisantes. »

« La vie est merveilleuse ; il faut tout trouver en toi-même : la justice, le bonheur, la simplicité, la grandeur. Et alors, peut-être, tu reconstruiras le monde. »

Quelques autres éblouissements écrits dans Le Figaro :

En 1993 :

« Ce n'est pas leur origine, c'est leur seul comportement qui met une différence entre les hommes. »

En 2000 :

« Il est trop facile de ne tolérer que les idées et les mots sur lesquels on est tous d'accord. »

En 2002 :

(Après que Jospin soit battu par Le Pen) « La première des leçons est, une fois de plus, le caractère intuile ou néfaste des sondages. Relayés sans relâche par les médias qui partagent leurs responsabilités, ils donnent des informations toujours exactes, mais qui ne répondent jamais à la réalité. »

Dans la deuxième partie intitulée « L'histoire que nous vivons », voici encore un extrait d'article publié en 2011 :

« Il semble que notre monde moderne soit devenu non seulement, comme nous l'a appris Edgar Morin, d'une compléxité toujours croissante, mais aussi d'une imprévisibilkité assez surprenante. »

Une incroyable traversée de notre temps effectuée en compagnie d'un très grand écrivain-éditorialiste !

 

Jacques MERCIER

 

« Dieu, les affaires et nous », chronique, Jean d'Ormesson, préface de Jacques Julliard, Edition Robert Laffont, 2015, 668 pages, 24 euros.

 

 

04 02 15

Dieu et le néant !

_d'ormesson esperance.jpg

 

Voici une analyse qui corrobore celle que vient de publier Apolline !

Cela fait quelques années et quelques livres que Jean d'Ormesson explore les pensées de fin de vie, donc celles de la mort et du sens de la vie.

 

Nous avons ainsi de superbes pages, car son écriture devient de plus en plus claire, simple et belle, à propos des questions qui nous taraudent tous : que faisons-nous ici-bas (et d'ailleurs cet « ici-bas » est déjà une prise de position) et cette tranche de temps et d'espace de quelques dizaines d'années est-elle unique, débouche-t-elle sur d'autres vies, ici ou ailleurs, sur une autre forme de notre être ? Dans « Comme un chant d'espérance », Jean d'Ormesson nous parle de Dieu.

 

« Je crois en Dieu parce que le jour se lève tous les matins, parce qu'il y a une histoire et parce que je me fais une idée de Dieu dont je me demande d'où elle pourrait bien venir s'il n'y avait pas de Dieu »

 

Mais pourquoi ?

 

« Une idée comme une autre, et peut-être moins absurde que les autres : Dieu nous a donné la vie pour que nous en profitions. Pour que nous soyons heureux. Pour que nous nous supportions et que nous nous aimions les uns les autres. Et pour que nous chantions les louanges de l'Eternel dans les interstices de la pensée et du mal. »

 

Il nous donne – et c'est peut-être le passage le plus important à retenir du livre – la traduction d'un texte affiché dans une église de Baltimore, ville anglaise du Maryland, au 17e siècle. Ce texte nous donne des règles bases de la vie heureuse, comme ceci : « Jouissez de vos projets aussi bien que de vos accomplissements » !

 

Enfin, pour clore cette lecture qui nous laisse plein « d'espérance » :

 

« Il n'y a pas de vide, parce que, hors de l'espace et du temps, le vide est plein de Dieu. Et le néant n'existe pas parce qu'il se confond avec Dieu. »

 

Jacques MERCIER

« Comme un chant d'espérance », Roman, Jean d'Ormesson, Ed Héloïse d'Ormesson, 128 pp. 16 euros.

 

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Jean d'Ormesson, Philosophie, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

03 02 15

Optimisme

Comme un chant d'espérance, de Jean Ormesson (d'), lu par Daniel Nicodème

 

A ceux qui lui reprochent de publier son énième dernier ouvrage, de répéter ses propos, Jean d'Ormesson rétorque que tel Mauriac, il ne se voit guère produire autre chose que de l'Ormesson...

« Je chanterai maintenant la beauté de ce monde qui est notre tout fragile, passager, fluctuant et qui est notre seul trésor pour nous autres, pauvres hommes, aveuglés par l’orgueil, condamnés à l’éphémère, emportés dans le temps et dans ce présent éternel qui finira bien, un jour ou l’autre, par s’écrouler à jamais dans le néant de Dieu et dans sa gloire cachée. »

 

Résolument optimiste, admiratif de cet univers dans lequel gravite l'homme dont il préfère imputer l'existence au mystère qu'au hasard, Jean d'Ormesson nous invite à une humilité frappée de gaieté

Un propos abyssal  -  l'écrivain nous emmène aux origines de la Création - et pétillant

A l'image de son auteur

Je vous invite à en écouter la version orale et la lecture qu'en opère le comédien, Daniel Nicodème.  Une lecture idoine dont les intonations évoquent de façon manifeste, celles de l'écrivain.

 

Comme un chant d'espérance, Jean d'Ormesson, roman, Ed. Héloïse d'Ormesson, 2014

Version orale: Audiolib, janvier 2015, lu par Daniel Nicodème, suivi d'un entretien avec l'auteur, 2 h 14.

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Audio Livres, Jean d'Ormesson | Commentaires (0) |  Facebook | |

22 09 11

Convers(at)ion

9782350871745.jpgImaginez l'(amène) conversation qu'ont pu mener Bonaparte, alors premier Consul et Jean-Jacques Régis de Cambacérès,  son deuxième Consul, une soirée de l'hiver 1803-1804, tandis que se profile, dans le chef du premier, la perpective de l'Empire.

 

 Ou plutôt, n'imaginez pas, Jean d'Ormesson l'a fait pour vous et avec quel brio. ...

 

 "Napoléon perce sous Bonaparte" : Le Consul avoue à son fidèle allié, son ambition pour la France - qu'il estime avoir sauvé de la ruine- et pour lui-même:

 

" Bonaparte:

Il ne restait plus rien debout après vingt ans de médiocrité et dix ans de désordre. Je voulais faire de grandes choses, et qui durent. Je rêvais d'une chevalerie républicaine pour récompenser le mérite méprisé par nos rois, traîné dans le sang par les jacobins: j'ai créé la légion d'honneur. Je réclamais un recueil de lois digne de Moïse, de Solon, de Justinien: j'ai imposé le Code civil, rédigé, grâce à vous, dans un style capable de faire pâlir d'envie les poètes et les romanciers..."

" Je veux rétablir une monarchie qui soit républicaine. Et ma République à moi est romaine, militaire, guerrière, conquérante. Mon modèle n'est pas Versailles, mon modèle est Rome. Et mon modèle n'est pas les Bourbons, mon modèle est César"

 

S'il a librement inventé les complaisantes répliques de Cambacérès, l'Académicien attribue au Premier Consul des phrases et pensées réellement formulées, puisées dans les archives de l'époque. Voilà qui  rend la démarche intéressante et promeut le lecteur, spectateur d'un moment-clef de l'histoire de France.

 

"Napoléon n'est le fils que de ses propres oeuvres. Il s'engendre lui-même. Il est un mythe vivant, une légende qui se crée, un dieu en train de surgir. Il est cette chose si rare à la source de toute grandeur dans la politique, dans l'art, dans la littérature, dans la science: une ambition au moment même où elle se change en histoire, un rêve sur le point de devenir réalité."

 

Apolline Elter

La Conversation, Jean d'Ormesson, dialogue (théâtral), Editions Héloïse d'Ormesson, septembre 2011, 122 pp, 15 €

27 10 10

Étrange, étrange…

C'est une chose étrange à la fin que le monde.gif« Longtemps, je me suis promené dans le monde, mains dans les poches, le nez en l'air. Et le monde était beau. »

 

Avec un vers de Louis Aragon pour titre de sa réflexion, Jean d'Ormesson nous propose ni plus ni moins que le Roman de l'Humanité. Du mur de Planck à la question non tranchée de l'éternité, le philosophe, académicien, agnostique mais confiant, aborde les questions qui taraudent l'Homme depuis la nuit des temps : genèse de l'Univers, théories et croyances associées, sens de la vie et de la mort.

 

« Ce livre-ci est une sorte de café du Commerce de la cosmologie et de l'histoire du monde. »

 

Recul, sagesse, ouverture d'esprit, doutes saupoudrés d'un humour discret et surtout d'une érudition colossale délient le « fil du labyrinthe » entendez celui de l'Histoire et alimentent les « rêves du Vieux », entendez Dieu le Père:

 

« La science d'aujourd'hui détruit l'ignorance d'hier et elle fera figure d'ignorance au regard de la science de demain. Dans le cœur  des hommes il y a un élan vers autre chose qu'un savoir qui ne suffira jamais à expliquer un monde dont la clé secrète est ailleurs. (…) Dieu existe-t-il ? Dieu seul le sait. »

 

S'il n'élude en rien le mystère abyssal du néant –qui nous précède et (pour)suit– Jean d'Ormesson apporte une touche plutôt optimiste au regard limpide qu'il porte sur l'Humanité.

 

Apolline ELTER

 

C'est une chose étrange à la fin que le monde par Jean d'Ormesson, Paris, Robert Laffont, août 2010, 316 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 21,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 21 € (prix France)

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19 12 09

Livre de bord N°50 : Spécial Jean d'Ormesson



Saveur-du-temps
Présentation : Nicky & Brice Depasse
Enregistré à l'hôtel Amigo, Bruxelles
Images : Xavier van Vaerenbergh
Montage : Guillaume Hennebicq
Entretien : Lorant Deutsch
Destinations : Saveur du Temps, L'enfant qui attendait un train de Jean d'Ormesson (Héloïse d'Ormesson) et aussi Histoire du Juif errant et Au plaisir de Dieu (Folio), Le club des incorrigibles optimistes de Jean-Michel Guenassia (Albin Michel), L'univers farfelu d'André Malraux par Marie-Josèphe Guers (Le Chêne), Quitte Rome ou meurs de Romain Sardou (XO) Femmes de Philippe Sollers (Folio), Métronome de Lorant Deutsch (Michel Lafon), Tchou tchou ! de Naokata Mase (Le Sorbier), Venise de Miroslav Saseck (Casterman), Mon grand-père d'Agnès Ryckel (Alice Jeunesse), L'incroyable catalogue de Noël (Syros), Dix feuilles volantes (L'école des loisirs) et Ma première crèche de Noël (Larousse).

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17 11 08

Le triomphe de d'Ormesson

dormessonSi C'était bien, Voyez comme on danse et Une fête en larmes ont été pour Jean d'Ormesson des récits et romans de bilan, Qu'ai-je donc fait ? revient avec plus de détails sur un passé que ses lecteurs croient connaître tant l'écrivain a mêlé son histoire (ses histoires) à la fiction. Ses amours (bonheurs et regrets), ses ennemis, ses maîtres, sa famille, Au plaisir de Dieu.
Mais les clés ne sont pas uniquement littéraires et biographiques. D'Ormesson ne peut pas envisager son existence autrement que dans l'ensemble de l'Histoire, de l'Humanité, pire ou mieux, de l'Univers dans lequel on n'est finalement et seulement rien.
Mais ce rien n'est rien à côté de ce que nous aurons été au cours de cette vie. Ce que, en définitive, rien ni personne ne pourra nous enlever : nous aurons vécu.
Merci, Jean.
Brice & Nicky

  JEAN d'ORMESSON - Nicky Depasse 1
  JEAN d'ORMESSON - Nicky Depasse 2

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17 11 08

Entretien avec un sourire

dormessonDans ce cinquième entretien entre Brice et Jean d'Ormesson, il est question de postérité, vedettariat, Au plaisir de Dieu, Laurent Gerra, Venise, Sollers, Chateaubriand, Rome, littérature érotique, Hitler et Staline.

  JEAN d'ORMESSON - Brice Depasse

Qu'ai-je donc fait ?, Jean d'Ormesson, Robert Laffont, octobre 2008, 378p., 21€00 env.

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