26 01 14

L'été des lucioles, de Gilles Paris : tendre, sensible et lumineux!

CVT_Lete-des-lucioles_8133.jpeg« Ce monde, pour moi, est comme un énorme point d'interrogation. (…) Moi, j'ai envie de crier que j'ai besoin de tout comprendre. Et les dictionnaires qui trainent à la maison ne suffisent pas. » (P.106) Victor, du haut de ses neuf ans, est un petit garçon avide de connaissances, de découvertes sur le monde qui l'entoure. Un environnement très féminin, entre sa maman, libraire et blogueuse littéraire, Pilar, la compagne artiste peintre de cette dernière, et enfin Alicia, sa sœur ainée. « Je dois les protéger, car je suis le petit homme de la famille. » (P.61) Responsable, indiciblement touchant, notre petit homme pose sur l'existence un regard sensible, profond, dénué de préjugés. Le regard d'une âme pure.

Il a bien une esquisse de réponse sur la séparation de ses parents, mais tant d'interrogations restent encore en suspens, tant de mystères autour de lui demeurent à élucider. Pourquoi son papa reste t-il un éternel enfant? Pourquoi refuse t-il de les accompagner chaque été à Roquebrune? Pourquoi ses parents ne vivent-ils plus ensemble alors qu'ils éprouvent toujours des sentiments l'un pour l'autre?Pourquoi sa sœur collectionne t-elle les idylles comme des images Panini? Des « pourquoi » qui se succèdent dans une folle farandole.

Et cet été, lors des vacances à Rocquebrune, dans la résidence héritée de sa tante Félicitée, les points d'interrogation vont se bousculer. Pilar ne l'avait-elle pas averti en lui tirant les cartes? « Cet été tu devras te méfier de la mer et des orages » ? Se méfier, voilà qui est aux antipodes de l'état d'esprit de Victor, prompt à s'enflammer avec son copain Gaspard pour des balades sur des sentiers douaniers autrefois fréquentés par des pirates, pour les beaux yeux de la petite Justine, pour les mystérieux jumeaux Tom et Nathan ou pour les confidences de la bienveillante Baronne.

La prophétie de Pilar était pourtant exacte. La mer et les orages viendront troubler les vacances de Victor et de sa famille...

Avec L'été des lucioles, Gilles Paris nous offre un roman d'une sensibilité exquise, tendre au coeur, doux comme une caresse. Un conte initiatique empli de poésie.

Alors si vous avez envie de soleil, de vacances, de douceur, d'air marin, ne vous ruez pas dans votre agence de voyages mais dans votre librairie!!! Ce voyage au pays de l'enfance vous laissera des lucioles dans les yeux, le coeur et l'âme.

A lire absolument!!!

 

P.31 : Et si grandir, c'était essayer de rendre sa vie meilleure jour après jour?

P.106 : Les secrets, Victor, c'est comme les coquillages qui refusent de s'ouvrir, on ne sait jamais ce qu'il y a à l'intérieur.

 

Karine Fléjo

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09 01 13

Un roman qui vous veut du bien !

41M0HwcIrKL._SL500_AA300_.jpgQu'y a t-il de commun entre Mariette, professeur d'histoire-géo, Monsieur Mike, ex-militaire à la rue et la jeune Millie ? Burn-out, solitude, violence, tous trois sont à un carrefour de leur existence. Dans une impasse diraient les fatalistes. Mais ce serait mal connaître le formidable élan vital qui porte la plume de Valérie Tong-Cuong : "La fatalité n'était rien d'autre qu'un argument justifiant la lâcheté, le pessimisme d'humeur et l'absence de volonté." (P.16). C'est même quand il ne semble plus y avoir d'espoir qu'il ne faut désespérer de rien. Encore faut-il ne pas être seul avec sa détresse. De fait, un certain Jean, directeur d'une association caritative appelée L'atelier, se présente à eux tel un messie. A ces accidentés de la vie, il va proposer des béquilles psychologiques, financières, affectives. Une main tendue. Un lieu où " retrouver un sens à leur vie, une direction, le bonheur d'exister, la conscience d'être."


     Mais un miracle peut-il opérer au sein de cet atelier sans la participation active de ces êtres blessés? Pour avancer, ne doivent-ils pas auparavant affronter leurs démons, leurs doutes, les zones d'ombre de leur passé? Être et non plus par-être, ne plus se mentir ni mentir aux autres, pour... "ren-être"?

     Avec une plume d'une vibrante sensibilité, d'une puissance inouïe, Valérie Tong-Cuong nous démontre que "tout est possible lorsque l'intention est là. L'intention, c'est cette volonté extrême de vivre, au sens le plus fort du terme. Vivre en pleine conscience de chaque instant, de chaque élément qui nous entoure ou nous gouverne. Vivre en pleine confiance également, confiance en l'avenir, en l'autre, en la possibilité du bonheur."

     Un roman choral indiciblement lumineux, véritable hymne à la reconquête de notre vie!
    

     Ruez-vous dessus!!!

P.85 : Nous vous apprendrons à vous regarder telle que vous êtes vraiment, et non au travers des yeux des autres, ni des filtres que vous a imposés votre histoire. C'est ce qui nous tue, les filtres. Il faut les cerner et les anéantir.

L'atelier des miracles, de Valérie Tong-Cuong, éditions JC Lattès , janvier 2013, 17€.

Karine Fléjo

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12 07 12

Jubilatoire et profond !

 

     bon-retablissement-marie-sabine-roger.jpg Quand Jean-Pierre reprend conscience, il est en salle de réanimation. Diagnostic : polytraumatisé, « ce qui ne manque pas de panache ». A défaut d'avoir réussi dans sa vocation de méchant, il se sera au moins illustré par une sortie originale : un plongeon dans les eaux glacées de la Seine, percuté par un véhicule.

      Dès les toutes premières lignes, le ton est donné : le roman sera un cocktail d'humour, de rires, de tendresse, d'amour, de sensibilité, le tout mélangé dans un shaker de talent.

      De fait, on sirote ce roman avec délectation. Notre veuf, sans enfants, vieil ours ronchon et égoïste, voit sa vie métamorphosée par cette immobilisation forcée. L'occasion pour lui de revenir sur son passé, sur les êtres qui ont marqué son existence, mais l'opportunité aussi de rencontrer de nouvelles têtes. Du chirurgien à l'infirmière, en passant par une jeune mère de 14 ans, un étudiant prostitué, un policier orphelin, un copain adepte de kouign amann, les aides soignants, chacun entre dans sa vie et y laisse son empreinte. Des empreintes profondes, viscéralement humaines, qui peu à peu vont révéler un autre homme. Le Jean-Pierre acariâtre, méchant raté, fait place à un gentil réussi. Un être furieusement attachant. Un homme qui « met un mouchoir sur ses à priori et pose un garrot serré sur le flot de ses certitudes. » Un patient que l'on est impatient d'aimer.

      Marie-Sabine Roger nous offre ici un magnifique hymne à la vie. Avec une verve jubilatoire, des formules inédites aussi détonantes qu'étonnantes, l'auteur nous amène à revisiter nos certitudes, nos priorités, nos attentes. Un voyage enivrant au coeur de l'humain.

      Je pourrais vous parler encore longuement de ce roman que j'ai littéralement dévoré, des éclats de rire dans la voix, des larmes dans les yeux aussi parfois. Mais ce serait vous retenir devant votre écran, alors que vous n'avez plus une seule minute à perdre : filez dans la librairie la plus proche et offrez-vous ce petit bijou!!!

 

P. 104 : Chez ceux qui sont bornés, la bêtise est sans bornes.

P.133 : Pépé n'était qu'un acariâtre, un vieux râleur. Je suis pareil que lui, un constipé du coeur.

 

      Ce roman vient de se voir décerner le Prix des lecteurs de l'Express. Il va être adapté à l'écran par Jean Becker.

 

Bon rétablissement, de Marie-Sabine Roger. Editions La brune-Le Rouergue, mars 2012, 18.50€, 205 P.

Karine FLEJO

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22 04 12

Un Monde à la Page !

10003243SriLnka©R.Dominique_unesco_01.jpgCe lundi 23 avril, sous l’égide de l’UNESCO, il sera temps de fête la Journée Mondiale du Livre et du droit d’auteur. 24 heures entièrement consacrée à la célébration de notre objet fétiche à travers la planète entière ! On sait à quel point la lecture, l’écriture et l’éducation sont des clés essentielles pour assurer le développement social des jeunes... et des moins jeunes. L’UNESCO a donc décidé de fêter le livre, à travers le monde, depuis 1995. Vous pourrez trouver tous les détails de cette grande journée ICI, mais en attendant, l’équipe de Lire est Un Plaisir vous propose un véritable tour du monde littéraire avec un coup de projecteur sur leurs auteurs... venus d’ailleurs !

Entre un avion, un bateau et deux lectures de bio rock’n’roll, Brice Depasse nous confie : « Mes auteurs étrangers favoris : Philip Roth (Un homme, J’ai épousé un communiste), Umberto Eco (Le nom de la rose), Paul Auster (Brooklyn follies), Russell Banks (Trailer park, La réserve).Je sais, ce n’est pas original. ». Gwendoline Fusillier, qui passe une partie de ses journées à rattraper nos boulettes de mise en ligne prend tout de même le temps de lire « international ». La preuve : « Le premier qui me vient à l'esprit est sans doute: « Jamais sans ma Fille » de Betty Mahmoody, publié en 1987. Sinon dans un style plus léger j'aime beaucoup: Anna Sam: « Les tribulations d'une caissière » et « Conseil d'une amie à la clientèle » ou encore Sophie Kinsella avec sa série « Accro du shopping » et enfin Katarina Mazetti: « Le mec de la tombe d'à côté » et « Le caveau de la famille ». Quant à Jacques Mercier, lui qui a si bien incarné les quatre coins de notre Belgique dans Forts en Tête, il n’hésite pas à voyager entre les lignes : « J’adore Lawrence Durrell, surtout dans le "Quatuor d'Alexandrie", une tétralogie qui comporte : "Justine", "Mountolive", "Balthazar" et "Cléa". Il s'agit de la ville d'Alexandrie et de la même histoire vue par les protagonistes. J'ai peu rencontré d'atmosphère aussi fortes : peut-être chez F. S. Fitzgerald ? C'est dans "Justine" que l'auteur écrit : "Une ville devient un univers lorsqu'on aime un seul de ses habitants »... ». Quand à votre serviteur, c’est à travers les romans de Stephen King que, tout jeune, il a baigné dans la culture américaine... Avant de se forger un amour immodéré pour les thrillers au feu des brûlots incendiés par James Elroy, Ernest Hemingway ou encore Graham Masterton... Sans parler de Dona Leone et son oeuvre vénitienne !

Le monde entier célèbre le livre, durant toute une journée... Pour les 364 autres ? Lire est un Plaisir s’en charge !  

Chris Corthouts

10 01 12

La saveur du bonheur

images.jpg     « Il faut essayer d'être heureux, ne serait-ce que pour donner l'exemple » disait Prévert. Voilà qui pourrait être le credo de Jean-louis Fournier. Que le propos soit grave, douloureux comme dans le cas présent avec ce récit autobiographique Veuf, mais aussi dans Où on va papa ? ( Éditions Stock 2008), l'auteur réalise le tour de force de ne jamais verser dans le pathos. Mieux, la perte de sa compagne en novembre 2010, après 40 années de vie commune, est l'objet d'une ode à l'amour emplie d'humour, de dérision. La quatrième de couverture, qui est aussi la première phrase du récit donne à ce titre le ton : «  Je suis veuf. Sylvie est morte le 12 novembre. Cette année, on n'ira pas  faire les soldes ensemble. »

     Tandis qu'il évoque ces tranches de vie avec celle  qui n'est plus, des balades au bois de Vincennes, aux voyages en traction décapotée, en passant par les brillants documentaires qu'elle a réalisés, les souvenirs se raniment sous sa plume, redonnent consistance et chair à ce bonheur qui n'est plus. Et s'il est un poncif de dire que le bonheur se reconnaît au silence qu'il laisse quand il part, l'auteur se refuse à se laisser aller. La vie est, doit rester belle, malgré les épreuves qui la jalonnent. La vie est, doit rester belle, malgré la tentation, humaine, de baisser les bras face à d'inhumaines douleurs.

     Une écriture sans fioriture, simple, juste, limpide, élégante. Un style efficace. Si Jean-Louis Fournier dit volontiers de lui qu'il écrit comme il parle, qu'il « a de l'encre dans la bouche », il a indéniablement un rare talent : celui de faire sourire de ce qui d'ordinaire accable.
Un hymne à l'amour, à la vie, à l'amour de la vie.

     Extrait P. 30 : Elle croyait en moi, et grâce à elle, j'ai commencé à y croire. A l'époque, j'étais presque rien, maintenant, je suis presque quelque chose.

Veuf, de Jean-Louis Fournier, Éditions Stock, décembre 2011, 157 P., 15,50€.

Karine Fléjo

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08 01 12

Sensuel effeuillage...

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    Les découvertes est le récit d'une succession d'effeuillages, ceux auxquels le narrateur a procédé, de sa prime enfance à sa première relation amoureuse. Un récit tout entier tendu vers un seul et unique point de fuite : la découverte du corps féminin, de ses formes, de ses courbes, jusqu'à son intimité la plus grande. Un monde inconnu et mystérieux qui n'a de cesse de fasciner ce jeune garçon issu d'un milieu populaire catholique.

      Passionné de lecture, affamé de mots, de littérature, c'est à la faveur de cette boulimie qu'il découvrira dans un vieux dictionnaire une reproduction des Sabinesde David. Premiers émois pour cet autre qu'est le corps féminin. L'affiche du film Emmanuelle, la double page centrale d'un numéro de la revue Penthouse, un strip-tease dans une fête foraine, constitueront certaines des étapes qui jalonneront ce parcours vers l'âge adulte. Tel un chasseur à l'affût, il traque la moindre information, la plus infime image qui lui en dira davantage. Un désir croissant attisé par l'attente d'autant plus fébrile que finalement tardive, de ce jour où il approchera enfin l'univers charnel féminin.

      Une magnifique découverte du corps de la femme, de la sensualité, de la sexualité. Un déshabillage habillé de mots précieux, de phrases ciselées et un style parfaitement maitrisé que nous offre ici non sans humour Éric Laurrent.

 Ce roman s'est vu décerner le prix Wepler-Fondation La Poste 2011

 Les découvertes, de Éric Laurrent, Éditions de Minuit, septembre 2011, 174 P., 14€.

Karine Fléjo

 

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07 01 12

L'essence des sens

     Lunique-objet.jpg Quand sa femme Alix lui a proposé d'aller seule chez ses parents lors des fêtes de fin d'année, afin de le laisser se consacrer à l'écriture de son roman, Gilles a approuvé l'idée. Mais il y a ce que l'on imagine, ce que l'on projette... et la réalité.

     Et ici les divergences sont doubles. D'une part, Alix ne se rend pas chez ses parents. Sous couvert de bienveillance à l'endroit de son mari, elle va en réalité rejoindre Nino, son amant. 

     Quant à Gilles, le silence et la solitude qui l'entourent, loin d'être propices à l'imagination, le plongent dans la déprime et l'angoisse de la page blanche. Tiraillé entre la nécessité d'écrire pour des motifs financiers mais aussi d'estime et de reconnaissance, et cette appréhension qui rend son imagination stérile, rien n'avance. L'écrivain se heurte à des écrits vains.
     Et c'est contre toute attente chez Alix que va naître cet irrépressible besoin d'écrire, chez Alix que les mots vont naître. Un besoin vital pour mettre à plat le trouble qui l'anime, pour se rapprocher de Gilles tout en étant dans les bras de Nino. Jamais elle n'a passé plus de deux jours auprès de son amant et cette semaine tous les deux sera donc une forme de test. Un test angoissant. Car le désir que cet amour soit un nouveau départ dans sa vie est à la hauteur de sa peur de se bercer d'illusions. Ces journées auprès de son amant seront-ellesun feu d'artifice ou un pétard mouillé?
     Tandis que Gilles essaye d'écrire une histoire d'amour, Alix en vit une. Mais rien n'est simple pour personne. Le désir affole les sens comme une boussole à l'approche d'un champ magnétique. Chacun perd le nord.

     Avec « L'unique objet de mon désir », Frédéric Teillard ne nous offre pas un énième roman sur l'adultère. Il aborde avec brio différents thèmes : la question de l'amour et de la volatilité des sentiments, une réflexion poussée sur les tourments que connaît tout écrivain face à la génèse d'un récit, maintenant le suspens jusqu'à la vertigineuse chute finale. Un roman à deux voix, celle d'Alix et de Gilles, au style efficace, à l'écriture fluide et sensuelle, qui attise le désir de le lire.

Extrait P. 155 : « Je veux conserver cette ferveur, cette fougue, cette tension, te dire je t'aime et non je t'aimerai. Je ne vise pas l'amour à l'horizon, Nino, je tire l'amour à bout-touchant. Je veux pousser un cri de joie, pas murmurer une promesse de bonheur. »

L'unique objet de mon désir, de Frédéric Teillard, Editions Galaade, août 2011, 184 P., 15€.

Karine Fléjo

 

 

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