12 05 11

Requiem sanglant

 

Le Requiem des Abysses.gifPour oublier le criminel qui a terrorisé Paris lors de l’Exposition universelle de 1900 et se remettre de leurs aventures, l’écrivain Guy de Timée et Faustine, la belle catin, se sont réfugiés au château d’Elseneur dans le Vexin. Mais là, dans une ferme isolée, une famille est assassinée selon une mise en scène macabre, alors que l’ombre d’une créature étrange rode dans les champs environnants…

Guy, dans sa soif de comprendre le Mal, de le définir dans ses romans, replonge dans ses vieux démons, endossant à nouveau ce rôle de criminologue, qui le conduit peu à peu, comme un profiler avant la lettre, à dresser le portrait du monstre. Pendant ce temps, à Paris, les momies se réveillent, les médiums périssent étrangement et les rumeurs les plus folles se répandent dans les cercles occultes…

 

Dans Leviatemps, paru en octobre dernier, Maxime Chattam avait dépeint avec véracité et sens du détail le Paris de l’exposition universelle de 1900. Une reconstitution historique et sociale qui reléguait, hélas, les ressorts dramatiques dans la coulisse… Au point de donner au roman des allures de carte postale soignée… mais un rien figée.

Dans Le Requiem des Abysses, retour donc de Guy de Timée et sa gente compagne, cette fois dans un environnement champêtre. Mais l’atmosphère bucolique tourne rapidement au vinaigre lorsqu’un assassin sanguinaire s’attaque sauvagement aux familles isolées.

Mise en scène sanglante, enquête minutieuse, étude du comportement et fascination du personnage principal pour les abysses du Mal… Il ne fait aucun doute que l’on est en plein univers « chattamiste ».

Et cette fois, le décor ne prend pas le pas sur la narration ! Au contraire, puisque l’atmosphère toute particulière de cette campagne française du tout début du 19siècle s’avère un écrin de choix pour une histoire haletante, tissée de rebondissements et de scènes anthologiques : une traque organisée au cœur d’un champ de maïs et la visite d’une cave tapissée d’une collection « particulière » sont parmi ces moments forts, où Maxime Chattam conjugue son talent de plus en plus affirmé d’écrivain, avec des images fortes et inoubliables.

Pour le coup, on en oublierait presque de parler du troisième acte du roman, qui se déroule à nouveau dans le labyrinthe extraordinaire de l’exposition de 1900… Et où se dévoile l’identité du véritable horloger responsable de la mécanique infernale initiée dans Leviatemps.

En cela, ce Requiem est bien le second volume d’une histoire complète qui s’étend sur près de 900 pages. Et dans les derniers chapitres se bouscule avec bonheur une réflexion sur la création, les obsessions, la morale, la justice… Et l’étonnante redondance des sursauts de notre civilisation moderne.

Fasciné par l’homme et ses failles, Chattam nous conduit, une fois de plus, au-delà du simple thriller et initie le débat sur la condition humaine, ses forces et ses faiblesses.

Pas mal du tout pour un auteur qui est défini, comme quelques autres dans les médias traditionnels, comme un « simple » faiseur de best-sellers. Comme tous les bons romans populaires, les œuvres de Maxime Chattam sont des reflets de notre civilisation.

 

Dr Corthouts

 

Le Requiem des Abysses par Maxime Chattam, Paris, Éditions Albin Michel, mai 2011, 454 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 22 € (prix France)

18 04 11

Sombre génétique

 

Gataca.gifUne jeune scientifique, spécialiste de l évolution des espèces, retrouvée morte, attaquée par un primate.

Onze hommes derrière les barreaux. Leurs points communs : tous ont commis des crimes barbares et tous sont... gauchers.

Enfin, la découverte d une famille de Néandertaliens assassinée par un Cro-Magnon.

Quel est le rapport entre ces affaires et des crimes éloignés de 30 000 ans ?

 

Je sais que Johnny Halliday n’en n’est plus là, mais il semble bien que Franck Thilliez soit en passe de reprendre le flambeau… Hein ? Non, je vous rassure – ou pas – le sauvage du Nord, Franckie Le Bistouri, n’a pas pour objectif de remplir le stade de France… Mais simplement de nous confirmer ce que son talent d’auteur, depuis huit romans déjà, martèle « noir c’est noir et il n’y a plus d’espoir » ! Ou presque. Au petit jeu des comparaisons, Franck navigue dans les eaux sombres d’une Mo Hayder, ou d’un Michael Marshall. Personnages sombres et torturés, maladies mentales, ambiances poisseuses, sentiments à vif… Et au final l’impression terrible que personne, mais vraiment personne, n’est à l’abri dans l’univers de Gataca. Mais s’il ne s’agissait que de noirceur d’âme, de douleurs policières ou encore de tortures psychologiques… Informaticien de formation, Thilliez adore baigner son intrigue dans un bouillonnement scientifique étudié aux petits oignons. Ce qui fait de ses romans des excursions totales, où le lecteur se déchire les tripes sur les récifs acérés du récit et se nourrit également l’esprit des théories les plus fascinantes. Une véritable montagne russe qui laisse, une fois Gataca refermé, une envie d’en savoir plus, de se jeter sur son moteur de recherche préféré pour savoir « si tout cela est vrai ». Et une envie aussi de poursuivre l’aventure aux côtés des deux personnages principaux, Franck Sharko et Lucie Hennebelle, magnifique couple de limiers écorchés vif qui méritent enfin un peu de répit… Un répit de courte durée puisqu’après un huis clos en octobre prochain, Thilliez la Terreur du Nord retrouvera son duo en 2012. Point besoin de dire que l’on s’en réjouit d’avance !

 

Dr CORTHOUTS

 

Gataca par Franck Thilliez, Paris, Éditions Fleuve Noir, avril 2011, 508 pp. en noir et blanc au format 14 x 22,5 cm sous couverture brochées en couleurs, 20,90 € (prix France)

13 04 11

Killer Apps !

 

L'appel de l'ange.gifVous savez, lecteurs et lectrices vénérés, ce qui me gave par-dessus tout ? La paresse de la critique. Non, mais, je m’explique. Pour préparer cette petite chronique, je me fends d’une simple recherche sur Google. « L’appel de L’Ange, critique, Musso ». Histoire de voir ce que les autres en disent, yes ? No. Parce que mis à part les chiffres de vente, les comparaisons dépassées avec Marc Levy et les considérations plus ou moins esthétiques concernant la couverture de cet opus 2011 de l’œuvre de Guillaume Musso, j’ai toutes les difficultés du monde à découvrir, sous l’avalanche de poncifs et de raccourcis, une once de réflexion sur le texte. Et avec près de 400 pages au compteur, il y aurait à dire non ? Apparemment, cela n’intéresse pas trop… Comme si le succès, insolent j’en conviens – à voir les jeunes demoiselles se pâmer dans les allées du Salon du Livre de Paris, je propose à Guillaume de signer un accord promo avec Axe, l’effet semble garanti – devait définitivement éclipser le travail de l’écrivain. Eh bien, désolé, mais chaque année, moi, les mots, les phrases, les chapitres, du « nouveau Musso » je les lis avec attention… et avec énormément de plaisir.

Je ne vous cache pas que lorsque les premières infos ont filtré à propos de cet Appel de l’Ange, je me suis surpris à frétiller du cortex. De la bouche même de l’auteur, il s’apprêtait à quitter les rivages de la pure comédie romantique aux accents fantastiques, pour tailler la route vers les contrées du thriller. Un peu moins Serendipity et un peu plus Die Hard, cet Appel de L’Ange ? Hop hop hop, pas trop vite. Il est question ici d’une évolution… pas d’un bouleversement.

Dans sa première partie, l’aventure prend des atours classiques : un ancien chef superstar, cousin éloigné de Jamie Oliver, échange accidentellement son portable avec une jeune fleuriste, ancien agent de la police de Manchester. Technophiles distraits l’un comme l’autre, ils conservent une bonne partie de leur vie dans les entrailles de leur Smartphone. Poussés par la curiosité, sentiment humain s’il en est, ils vont fureter dans leur passé respectif. Et tomber sur un os…

Il fallait oser. Débuter cet Appel de l’Ange comme une comédie romantique – avec personnages secondaires attachants, décors de rêve, prémisses cousues de fil blanc – et soudain changer de braquet lorsqu’un des protagonistes se prend une balle dans la tête. Enfin… Fallait oser… Guillaume Musso devait oser, plus exactement. Et il ose avec intelligence, le bougre ! Lisez les cent premiers feuillets de ce roman et vous ne douterez pas une seconde de vous trouver en terrain connu. Conquis même. Et puis soudain, la brisure. Le choc. Les références qui se durcissent, les personnages qui se mettent à souffrir dans leur chair… Et les nuages qui s’accumulent, au fur et à mesure que le passé des deux héros enserre le présent dans ses tentacules poisseux.

Ce n’est pas encore Usual Suspect ou Les Affranchis, mais on sent Guillaume Musso tenté par l’idée d’entrer de plain-pied dans un univers sombre, de tisser le destin de personnages peu recommandables, voire totalement infréquentables. Ce qui le retient ? Sans doute son indécrottable optimisme, cet amour de l’être humain qui habite chacun de ses romans. Aussi tourmenté que soit le ciel chez Guillaume Musso, on devine que le soleil se cache quelque part, juste derrière l’averse. Et c’est sans doute pour cela que les lecteurs sont chaque jour plus nombreux à l’adorer… Même lorsqu’il massacre sans pitié une meute de chiens enragés !

 

Dr CORTHOUTS

 

L’Appel de L’Ange par Guillaume Musso, Paris, Éditions XO, mars 2011, 391 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 20,90 € (prix France)

08 03 11

L’apocalypse selon Saint-Stephen

Dôme tome 1.gifLe Dôme : personne n’y entre, personne n’en sort. À la fin de l’automne, la petite ville de Chester Mill, dans le Maine, est inexplicablement et brutalement isolée du reste du monde par un champ de force invisible. Personne ne comprend ce qu’est ce dôme transparent, d’où il vient et quand –ou si– il partira. L’armée semble impuissante à ouvrir un passage tandis que les ressources à l’intérieur de Chester Mill se raréfient. Big Jim Rennie, un politicien pourri jusqu’à l’os, voit tout de suite le bénéfice qu’il peut tirer de la situation, lui qui a toujours rêvé de mettre la ville sous sa coupe. Un nouvel ordre social régi par la terreur s’installe et la résistance s’organise autour de Dale Barbara, vétéran de l’Irak et chef cuistot fraîchement débarqué en ville…

 

Il y a longtemps que j’attendais cela. Le retour en force de Stephen King le conteur. L’auteur de terreur. L’écrivain populaire à l’imagination débordante. Depuis quelque temps déjà, la magie semblait presque envolée. Oh, certes, la plume était encore alerte et les sorties régulières… Surtout pour un homme qui s’était déclaré « à la retraite », avant d’enchaîner les projets plus rapidement que la majorité des auteurs en activité. Mais tout de même. La plupart de ses romans parus au 21e siècle avaient un petit goût de trop peu, des fragrances d’autofiction à peine déguisée (L’Histoire de Lisey, ou Duma Key) voire des relents de fond de tiroir vite dépoussiéré (Blaze, ou Roadmaster). Cellulaire était sans doute l’exception… Et il s’agissait déjà d’une vision de fin du monde ! Avec Dôme, magnum opus réparti sur deux tomes pour sa traduction française, le maître de Bangor fait rugir tous les cylindres et déboule sur le ring, les poings en avant, la rage au ventre et le sourire en coin. Violent, drôle, philosophe, canaille, sans retenue, tous ces qualificatifs peuvent s’accoler sans mal aux aventures de Chester Mill, petite ville typique coincée sous un Dôme à l’origine particulière. Tel un entomologiste fou, Stephen King manipule ses personnages, prend un malin plaisir à nous renvoyer l’image à peine déformée de la société américaine (que la mondialisation rend de plus en plus proche de notre civilisation « européenne ») et tricote un roman à la fois populaire, censé, fouillé et passionnant. Et sur plus de onze cents pages. On peut parler de chef Dôme tome 2.gifd’œuvre.

 

Dr Corthouts

 

Dôme par Stephen King, roman en 2 tomes, Paris, Éditions Albin Michel, mars 2011, 630 et 565 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 22,00 chacun (prix France)

08 02 11

Le polar de papa

La soupière chinoise.jpgLorsque le cadavre de Jean-Paul Mignard, jeune et fringant président du Parti Chrétien Historique, est retrouvé dans les bureaux de la rue du Temple, le petit monde judiciaire et politique belge entre en ébullition. Un bouillon d’autant plus brûlant que les négociations pour la formation d’un gouvernement s’éternisent, alors que Wallons et Flamands se regardent comme des bêtes curieuses, venues de planètes décidément différentes…

 

Cinq petites lignes de résumé et vous avez compris dans quel univers Philippe Moureaux situe son premier polar : celui des romans à clés, des fictions politiques à tendance référentielle, des récréations littéraires où le jeu consiste autant à tenter de débusquer l’assassin… que de deviner qui se cache derrière les divers personnages caricaturés par l’auteur.

 

Sur un rythme plutôt pédestre, on traverse donc la Belgique du nord au sud, alors que se dénouent les fils d’une intrigue où surgissent, plus ou moins grimés, tous les acteurs de notre quotidien médiatique et politique : jeunes politiciens aux dents longues, aristocrates désœuvrés, flics désabusés, juges d’instructions poussés aux fesses par la presse, extrémistes flamands déguisés en flèches politiques, souverain en colère… La liste est longue et ressemble à s’y méprendre à une compilation des manchettes de la presse depuis les élections de juin dernier.

 

Mais au-delà de ce systématique théâtre de marionnettes, Philippe Moureaux nous dévoile-t-il une âme d’auteur de polar ? Pas vraiment… L’intrigue est trop classique et le développement trop factuel pour que vibre la fibre sombre des véritables amateurs de cirés humides et de rigoles sanglantes. Par contre, l’écriture est ciselée, l’ambiance délicieusement surannée et les dialogues particulièrement travaillés… à mille lieues des staccatos à l’emporte-pièce influencés par le modernisme des médias audio-visuels. Dans l’état, La soupière chinoise parait un peu suspendue dans le temps, avec son intrigue au décor ultra-actuel et son style qui élude l’évolution du roman noir depuis Simenon. Étrange et fascinante anomalie temporelle et littéraire… Reflet de notre Belgique, elle-aussi suspendue entre deux époques ?

 

Dr Corthouts

 

PS : Au passage, soulignons la qualité de la couverture du livre, épurée mais efficace.

 

La soupière chinoise par Philippe Moureaux, Bruxelles, Éditions Luc Pire, février 2011, 219 pp. en noir et blanc au format 14 x 21,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 24 €

04 10 10

Tour de force

Léviatemps.gifParis, 1900. Guy de Timée, romancier à succès, vit pourtant dans les combles grinçants d’une maison close. Du jour au lendemain, il a tout plaqué. Femme, enfant, amis, réussite, il n’a plus supporté la pression, celle de réussir par tous les moyens, celle d’écrire ce qu’on attend de lui. Il a décidé de se lancer dans un roman policier qui plonge dans les bas-fonds de la civilisation, de ce Paris que le monde entier admire. Il veut être confronté au sang et à la violence. À la mort, qu’il appelle de tout son être. Elle va surgir au milieu de la nuit en la personne de Milaine, jeune prostituée du lupanar, assassinée dans des circonstances particulièrement étranges. Et si elle n’était pas la première ? Qui rode dans les rues de la capitale, dans l’ombre de l’Exposition Universelle ? Quel est le sombre dessein de ce tueur de femme, qui ne laissera bientôt derrière lui que des costumes de peau ?


Tour de force. Ce sont les premiers mots qui me sont venus à l’esprit, alors que j’avançais dans le nouveau roman de Maxime Chattam. Pour le coup, j’ai même osé, dans un coin de mon esprit, le parallèle avec Stanley Kubrick. On retrouve dans ce Léviatemps un tel souci du détail, un telle précision dans la description des ambiances, une telle justesse dans l’utilisation de la langue que les échos du perfectionnisme de l’auteur de Barry Lindon ou de 2001 résonnent entre les lignes de cette aventure littéraire. Autre média, certes… Mais communauté d’approche. Il faut dire que Maxime en parle depuis longtemps de cette histoire enracinée au cœur de l’exposition universelle, à la charnière d’un siècle qui meurt et d’une nouvelle ère qui s’ouvre pleine de promesse… Et, on le sait maintenant, pleine d’horreurs innommables et de dérives stupéfiantes de la nature humaine. Il en parle et il l’a peaufiné, son roman, jusqu’aux jaunes boulons de la tour Eiffel, jusqu’à la moindre ampoule de cette porte monumentale qui trônait alors sur la place de la Concorde. Vraiment, on s’y croirait…

Mais, qui bene amat, bene castigat, non ? Après avoir fait mon malin avec les cinq seuls mots de latin que je connais, et depuis les années que je suis le sieur Chattam dans chacune de ses évolutions, il me pardonnera ma légère objection : celle qui porte sur le récit en lui-même. Articulé, de façon peut-être trop évidente, sur la formule de l’enquête à rebondissement, l’aventure menée par Guy de Timée, (reflet inversé de l’auteur, pressé d’enfin aborder le monde du polar glauque après de trop nombreux romans « populaires et classiques ») emprunte des chemins balisés… Et mène à un final un rien précipité, presque brouillon, où les motivations de l’assassin ont du mal à s’éclaircir. Fasciné par son décor, l’auteur de la trilogie du mal a-t-il oublié quelque peu la mécanique du récit ? Et surtout l’évolution de ses personnages ? Peut-être… En l’état, Léviatemps reste malgré tout un roman fascinant, qui risque de surprendre plus d’un lecteur-fan de Joshua Brolin. L’éclat d’une époque qui ressemble étrangement à la nôtre, et nouvelle plongée troublante dans la psyché du Mal à visage humain. Avec deux cents pages de plus (oui, oui, c’est bien moi, l’amateur de thriller survitaminé allergique aux scènes trop longues qui rédige ces lignes) Maxime Chattam nous aurait servi un « magnum opus » à ranger aux côtés de L’Aliéniste, ou de From Hell. Mais, peut-être la « suite » de Léviatemps, prévue pour le printemps, achèvera-elle un travail déjà bien engagé ?

 

Dr CORTHOUTS

 

Léviatemps par Maxime Chattam, Paris, Éditions Albin Michel, septembre 2009, 443 pp. en noir et blanc au format 15 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 22 € (prix France) 

16 09 10

Croix Gammées

Les Orphelins du Mal.gifQuatre mains droites momifiées dans une mallette. Voilà ce qu'a reçu Vidkun Venner, riche collectionneur norvégien fasciné par l'art nazi. Pour découvrir qui a pu lui envoyer ce macabre colis, il fait appel à Anaïs, une jeune journaliste parisienne. Très vite, leur enquête les mène vers les Lebensborn, véritables haras humains où les scientifiques SS faisaient naître de petits aryens pour réaliser leur rêve dément d'une race pure. Une race qui n'a pas dit son dernier mot. Et continue, orpheline, à faire couler le sang et les larmes...

L'imagerie de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que l'horreur indicible née au cours du régime nazi continue d'alimenter les auteurs de thrillers. Il faut avouer que cette période particulière de l'histoire, où se mêlèrent les crimes les plus atroces, les exploits les plus héroïques et les événements les plus mystérieux, est propice à toute les interprétations. De la métaphore sur le mal ultime, aux délires mystiques (supposés ?) des dignitaires du régime dément d'Adolf Hitler, le terrain est fertile pour qui sait traiter la chose avec un minimum de tact. La subtilité n'est certes pas la qualité première de l'écriture de Nicolas d'Estienne d'Orves, qui conjure toute une série de figures historiques pour leur faire jouer un rôle de figuration au sein d'une histoire plus proche du « pulp » américain que des errances historiques d'un Jonathan Littell. L'auteur a toutefois fait ses devoirs et potassé sa documentation. À un point tel qu'on lui reprocherait parfois d'allonger un peu la sauce, afin de s'assurer que toutes ses recherches servent bien à alimenter l'un ou l'autre chapitre. Une impression d'autant plus paradoxale que les derniers chapitres déboulent pied au plancher, jetant au visage du lecteur une conclusion un rien précipitée. Bref, l'aventure est plaisante, mais aurait sans doute bénéficié d'un « montage » plus serré. Si vous avez le temps au coin du feu, lecture conseillée malgré tout.

Dr Corthouts

 

Les Orphelins du Mal par Nicolas d'Estienne d'Orves, Paris, Éditions Pocket, collection « Thriller », novembre 2009, 747 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 8,10 € (prix France)

16 09 10

Yo Ho Ho, une bouteille de rhum !

Pirates.gif1665, la Jamaïque est une petite colonie britannique perdue au milieu des possessions de l'Empire espagnol. Port Royal, capitale de l'île, n'est pas un endroit où s'établir si l'on veut vivre centenaire : c'est un véritable coupe-gorge où se bousculent aventuriers, loups de mer, filles de mauvaise vie et autres repris de justice. Du point de vue du capitaine Edward Hunter, cependant, la vie sur l'île est riche de promesses. Il faut juste s'y entendre un peu en matière de piraterie...

La rumeur circule justement qu'un navire chargé d'or est à quai dans le port voisin de Matanceros. Gouvernée par le sanguinaire Cazalla, l'un des chefs militaires favoris du roi d'Espagne, l'île est réputée imprenable. Qu'à cela ne tienne ! Hunter met rapidement sur pied une équipe pour s'emparer du galion. Une femme pirate, fine gâchette dotée de la meilleure vue des Caraïbes, un ancien esclave, muet doué d'une force herculéenne, un vieillard paranoïaque expert en explosifs, et le plus remarquable barreur du Nouveau Monde seront ses compagnons de voyage...

En rupture de Pirates des Caraïbes ? Navré de savoir qu'il va encore falloir attendre deux ans avant de revoir Johnny Depp faire le pitre sur le pont d'un navire abordé par des zombies chercheurs de trésor ? Ne partez pas, le Dr Corthouts a le remède ! Tout aussi zombifié, puisqu'il nous a quittés il y a presque deux ans, Michael Crichton nous fait parvenir cet opus depuis l'au-delà, avec l'aide précieuse de son éditeur... et d'un agent qui n'allait pas prendre le risque de laisser pourrir un manuscrit « terminé » de l'auteur de Jurrasic Park au fond d'un tiroir.

Lecteur subtil, tu as remarqué les guillemets que je me suis empressé d'ajouter au mot « terminé ». Lecteur distrait, retourne quelques lignes en arrière, tu verras que c'est vrai, je t'attends. Voilà. Car de fait, si ce « Pirates » a toutes les allures d'une histoire complète, sa lecture ressemble tout de même à s'y méprendre à un relevé presque exhaustif des clichés de la piraterie : Port Royal ? Présent ! Donzelles aux amours légères ? Présentes ! Pirate au grand cœur ? Présent ! Kraken ? Présent !

Vous avez compris l'idée. Dans l'état, « Pirates » ressemble davantage à une sorte de plan particulièrement détaillé (revu et corrigé par un auteur fantôme ? Nul ne le sait et nul ne le saura jamais...), aux prémices d'un livre que Crichton mûrissait tranquillement dans un coin de sa cervelle en ébullition. Ainsi, certaines pistes ne mènent nulle part, certaines péripéties se réduisent à quelques paragraphes... Et dans l'ensemble l'aventure se lit vite. Trop vite même au regard de l'atmosphère, parfaitement rendue, d'une époque où les frontières entre le bien et le mal étaient délicieusement brouillées. En l'état, « Pirates » est néanmoins une lecture divertissante, témoignage intéressant du travail d'un auteur trop tôt disparu.

Dr CORTHOUTS


Pirates de Michael Crichton, Paris, Éditions Michel Lafon, collection « Best-sellers », juin 2010, 301 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 20,00 € (prix France)

04 01 09

Le Laboratoire du Dr Corthouts 4

COOKEntrez dans le podcast où le premier degré appartient au crétacé.

  LABO du Dr CORTHOUTS 4

MATHESONEtat critique, Robin Cook, Albin Michel, septembre 2008, 480p., 21€90.

It's Superman! , Tom De Haven, Ballantine Books, 432p., 10€75

Tout Richard Matheson, chez J'ai Lu, env 6€00.

DEHAVEN

20 12 08

Le Laboratoire du Dr Corthouts 3

CHATTAM_MondeAvec toutes les excuses de la direction pour ce retard, voici le troisième numéro de la review podcast du Dr Corthouts, Saison 1.Tremblez !

  Le LABO du Dr CORTHOUTS N°3

THILLIEZLe diable l'emporte, Sebastian Faulks, Flammarion, 2008, 351p., 18€00.

La mémoire fantôme, Franck Thilliez, Pocket, octobre 2008, 441p., 6€80.

Autre-Monde, Tome 1 : L'Alliance des Trois, Maxime Chattam, Albin Michel, novembre 2008, 496p., 20€00.

FAULKS