11 08 17

Quoi de neuf ? André Gide

gide folio.jpgUne lecture de fin d'été ? Le « Journal » d'André Gide. Il s'agit de la pièce maîtresse de son oeuvre. Il abordait (ici une anthologie de Peter Schnyder) entre 1899 et 1949 des sujets transgressifs sur la sexualité, la religion, la morale.

En voici quelques extraits pour vous en donner une petite idée. Pour ma part, j'ai de nombreuses pages remplies de ses phrases. Un grand bonheur de lecture et de réflexion ! (Je l'ai lu en numérique!)

 

Un extraordinaire, un insatiable besoin d’aimer et d’être aimé, je crois que c’est cela qui a dominé ma vie, qui m’a poussé à écrire

Il faut de l’esprit pour bien parler, de l’intelligence suffit pour bien écouter.

Les trois quarts de la vie se passent à préparer le bonheur ; mais il ne faut pas croire que pour cela le dernier quart se passe à en jouir.

On ne crée rien sans une patience divine.

Que m’importent les dons, chez qui ne sait pas les mûrir ?

Comme il est tard déjà ! dans la journée et dans ma vie…

Quand je cesserai de m’indigner, j’aurai commencé ma vieillesse.

Résumons : pour être poète, il faut croire à son génie ; pour devenir artiste, il faut le mettre en doute. L’homme vraiment fort est celui chez qui ceci augmente cela.

Plus un humoriste est intelligent, moins il a besoin de déformer la réalité pour la rendre signifiante.

Je préfère l’amitié, l’estime et l’admiration d’un honnête homme, à celle de cent journalistes.

Me répéter chaque matin que le plus important reste à dire, et qu’il est grand temps.

Je ne crois pas que la mort soit particulièrement difficile à ceux-là qui précisément auront le plus aimé la vie. Au contraire.

Je laisserai mes livres choisir patiemment leurs lecteurs ; le petit nombre d’aujourd’hui fera l’opinion de demain.

On a dit que je cours après ma jeunesse. Il est vrai. Et pas seulement après la mienne.

« Avoir raison »… Qui donc y tient encore !… Quelques sots.

Le plus grand bonheur, après que d’aimer, c’est de confesser son amour.

Quel petit nombre d’heures, d’instants, chaque jour, sont vraiment occupés à vivre ! Pour quelques triomphantes oasis, quels immenses déserts à traverser !

Non s’efforcer vers le plaisir mais trouver son plaisir dans l’effort même, c’est le secret de mon bonheur.

Conquérir sa joie vaut mieux que de s’abandonner à la tristesse.

Un esprit incapable de révolte et d’indignation est un esprit sans valeur.

Aucun progrès de l’humanité n’est possible, que celle-ci ne secoue le joug de l’autorité et de la tradition.

Ceux qui n’ont jamais été malades sont incapables de vraie sympathie pour une quantité de misères.

Ah ! l’heureux temps où je n’étais pas écouté ! Et que l’on parle bien, tant qu’on parle dans le désert ! Certes, c’est bien pour être entendu que je parlais ; mais entendu pas tout de suite.

Si les autres écrivaient moins, j’aurais plus de plaisir à écrire.

Je crois qu’il est plus difficile encore d’être juste envers soi-même qu’envers autrui.

N’assoiffez pas qui vous voulez retenir de boire.

Le monde ne sera sauvé, s’il peut l’être, que par des insoumis. Sans eux, c’en serait fait de notre civilisation, de notre culture, de ce que nous aimions et qui donnait à notre présence sur terre une justification secrète. Ils sont, ces insoumis, le « sel de la terre » et les responsables de Dieu.

 

Jacques MERCIER

 

« Le Journal » André Gide, Gallimard, Folio, 464 pp, 9,30 euros.

 

 

 

09 08 17

« Un gros crachat de 664 pages produit d’un cacographe maniaque, nabot impulsif et malsain. » (Charles Maurras à propos des Décombres)

Le dossier Rebatet.jpgFils d’un notaire de province républicain et d’une mère très catholique, le Français Lucien Rebatet (1903-1972), un critique musical et cinématographique, écrivain et journaliste fasciste, athée, anticommuniste, collaborationniste et antisémite extrêmement virulent (1), est l’auteur d’un livre maudit qui fut le best-seller de l’Occupation : Les Décombres, ouvrage qui lui a valu, entre autres raisons, d’être condamné à mort en 1946.
 
En 2015, ce texte est ressorti dans son intégralité pour la première fois depuis 1942 dans Le dossier Rebatet – Les Décombres – L’Inédit de Clairvaux, une publication critique établie et annotée par l’historienne Bénédicte Vergez-Chaignon (2) accompagnée d’une préface de Pascal Ory (3) et du journal de prison de Rebatet (L’Inédit de Clairvaux, un plaidoyer pro domo, bien entendu, mais qui constitue aussi un intéressant témoignage sur le système répressif et carcéral français de l’époque…), à Paris, aux Éditions Robert Laffont, dans la collection « Bouquins », après avoir reparu en 1976 chez Jean-Jacques Pauvert, amputé de ses chapitres les plus délirants, notamment celui intitulé « Le ghetto ».
 
Pour la première fois aussi, alors que l’ouvrage est en libre accès sur le Net, il est accompagné d’un appareil critique important, qui permet de le lire en connaissance de cause, de le resituer dans le climat de l’époque, avec ses outrances, ses haines et ses préjugés dont Rebatet fut l’un des plus véhéments porte-parole.
 
Ce livre, empreint d’un antisémitisme viscéral et obsessionnel, apparaît aujourd’hui comme un document historique édifiant sur l’état d’esprit, les phobies et les dérives de toute une génération d’intellectuels se réclamant du fascisme.
 
L’auteur n’étant pas dénué de talent d’écriture, comme l’a prouvé son roman Les Deux Étendards, publié par la NRF en 1951 à l’instigation de Jean Paulhan, et son Histoire de la musique (1969), Les Décombres constituent également une œuvre littéraire à part entière, reconnue comme telle, y compris par nombre de ses détracteurs les plus résolus.
 
Pascal Ory, qui a soutenu dès l’origine l’idée d’une réédition intégrale, mais encadrée et commentée, fournit dans une préface très éclairante les explications qui la justifient.
 
Bernard DELCORD
 
Le dossier Rebatet – Les Décombres – L’Inédit de Clairvaux, édition établie et annotée par Bénédicte Vergez-Chaignon, préface de Pascal Ory, Paris, Éditions Robert Laffont, collection « Bouquins », octobre 2015, 1152 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 30 € (prix France)
 
 
(1) En avril 1929, Lucien Rebatet est engagé comme critique musical au journal nationaliste et monarchiste L'Action française dirigé par Charles Maurras, dans lequel il écrit sous le pseudonyme de François Vinneuil. Le 30 avril 1932, il devient journaliste à Je suis partout. Mobilisé en janvier 1940, est libéré le 15 juillet 1940, il rejoint Vichy où il travaille à la radio. De retour à Paris, après un passage au journal Le Cri du peuple de Jacques Doriot, il revient à Je suis partout qui devient, à partir de 1941, le principal journal collaborationniste et antisémite français sous l'occupation nazie. En juillet 1944, avec Louis-Ferdinand Céline, Rebatet se réfugie à Sigmaringen en Allemagne avant d’être arrêté Feldkirch le 8 mai 1945 et d’être jugé à Paris le 18 novembre 1946. Grâce à une pétition d'écrivains comprenant notamment les noms de Camus, Mauriac, Paulhan, Martin du Gard, Bernanos, Aymé et Anouilh, le président de la République Vincent Auriol le gracie le 12 avril 1947, et sa condamnation à mort est commuée en peine de travaux forcés à perpétuité, à la prison de Clairvaux. Libéré le 16 juillet 1952 et d'abord assigné à résidence, Lucien Rebatet revient à Paris en 1954, où il reprend son activité de journaliste, travaillant pour l’hebdomadaire d’extrême droite Rivarol à partir de 1958. Lors de l'élection présidentielle de 1965, Rebatet soutient François Mitterrand et, en 1967, il glorifie la guerre israélienne contre les États arabes : « La cause d’Israël est là-bas celle de tous les Occidentaux. On m’eût bien étonné si l’on m’eût prophétisé en 1939 que je ferais un jour des vœux pour la victoire d’une armée sioniste. Mais c’est la solution que je trouve raisonnable aujourd’hui. » (in Michaël Bloch, L'extrême-droite française face à la question israélienne, mémoire IEP Aix en Provence, p. 33).
(Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucien_Rebatet et https://fr.wikipedia.org/wiki/Je_suis_partout)
 
(2) Bénédicte Vergez-Chaignon est docteure en histoire. Elle est l'auteur de plusieurs livres sur la Résistance, Vichy et l'épuration et elle a publié une biographie du maréchal Pétain (chez Perrin en 2014).
 
(3) Pascal Ory est professeur d'histoire contemporaine à la Sorbonne et l'auteur d'ouvrages sur la collaboration qui font autorité. Il a dirigé le Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France, paru dans  la collection « Bouquins ».

18 01 17

« Tout à fait dignes du panier de Madame de Sévigné... » (Georges Brassens)

Lettres choisies de Madame de Sévigné.jpgMarie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, plus connue sous le nom de Madame de Sévigné, est une épistolière française, née le 5 février 1626 à Paris et morte le 17 avril 1696 au château de Grignan (Drôme).

Orpheline de père à l'âge d’un an, celui-ci ayant été tué au siège de La Rochelle, elle perd aussi sa mère, Marie de Coulanges (1603-1633), six ans plus tard.

Elle vit néanmoins une jeunesse choyée et heureuse, d’abord chez son grand-père, Philippe de Coulanges, puis, après sa mort en 1636, chez le fils aîné de celui-ci, Philippe de Coulanges.

Le 4 août 1644, elle épouse Henri de Sévigné (1623-1651), mais devient veuve à vingt-cinq ans, le 5 février 1651, quand son époux est tué lors d’un duel.

Le couple a deux enfants :

– Françoise-Marguerite (1646-1705) qui épousera en 1669 François Adhémar de Monteil de Grignan, nommé lieutenant-général de Provence l’année suivante ; la nouvelle comtesse de Grignan le rejoint une année plus tard. Le couple résidera au château de Grignan pendant presque quarante ans.

– Charles (1648-1713), qui restera sans postérité.

La correspondance de Madame de Sévigné avec sa fille s’effectua à peu près pendant vingt-cinq ans au rythme de deux ou trois lettres par semaine. S’y ajoutèrent de nombreuses missives à sa famille et à ses amis [1].

Madame de Sévigné est devenue un grand écrivain presque sans le vouloir et sans le savoir. Ses lettres sont nées de sa conversation, vive, enjouée, dont elle a su conserver, à l'intention de ses correspondants, le badinage, l’intelligence et la spontanéité.

Nouvellement sélectionnées et commentées par Nathalie Freidel, des Lettres choisies de Madame de Sévigné ont été publiées récemment chez Gallimard à Paris dans la collection « Folio classique »

Écoutons ce qu’en dit l’éditrice :

« De même que deux vers de Racine suffisent à reconnaître la main du maître, deux lignes de Sévigné signalent immédiatement le style, le savoir-faire, la langue inimitables de l'épistolière.

Encline au libertinage intellectuel, réfractaire à l'endoctrinement, Madame de Sévigné est le pur produit de la société du loisir lettré. (…)

Par le détour du pastiche, de l'ironie et de l'humour, elle dresse un portrait de soi parmi les plus vivants, les plus audacieux et les plus émouvants de son siècle. Mais les lettres consacrées aux opérations militaires, à la révolte de la Bretagne, à l'exil des rois d'Angleterre ainsi que l'intérêt porté à la politique familiale des Grignan en Provence dévoilent aussi un engagement sur un terrain où les femmes étaient loin d'être les bienvenues.

Par son rayonnement – de la vie mondaine à la sphère politique en passant par l'intime – et son ton unique, Madame de Sévigné fait souffler un vent de liberté dans le classicisme français. »

Avec quel style et quel panache !

Bernard DELCORD

Lettres choisies de Madame de Sévigné, édition et annotations par Nathalie Freidel, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio classique », novembre 2016, 744 pp. en noir et blanc au format 10,8 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 9,80 € (prix France)

 

[1] Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Madame_de_S%C3%A9vign%C3%A9

11 11 16

Un moment de grand bonheur !

 

Jean teulé.jpgJean Teulé nous offre vraiment «comme une respiration» dans notre vie quotidienne, dans notre vie intérieure, dans nos lectures, dans notre attitude envers les médias... Ces trente textes (et photos ou dessins parfois) sont trente moments de grand bonheur.

C'est d'autant plus fort que le style efficace et si personnel de l'auteur se déploie avec la même liberté que l'on connaissait dans ses ouvrages précédents. L'imagination (et sans aucun doute beaucoup de sa propre existence) de Jean Teulé s'est mise au service du côté souriant de la vie. Et c'est magnifique !

Dès le premier texte « Cui cui », nous avons le thème général : une maison « qui n'est pas bleue », comme celle de Le Forestier à San Francisco, où il ne pense pas au bruit du monde. Cela se termine par : « Nom de Dieu de nom de Dieu, quelle maison ! Autant dire qu'elle n'est pas à vendre. »

Ce sont des faits divers qui se passent dans le train, dans un terrain vague, à la plage, dans le métro, dans un avion... qui ont comme protagonistes des jeunes, des vieux... nous les humains, quoi ! On y évoque « Petite fleur » de Sidney Bechet, la calligraphie, la messe trop longue, une palombe tombée du nid, un viaduc, la langue des Rolling Stones.

Les sujets concernent le langage, la solitude, la beauté, les apparences, les rapports avec ses proches, la bêtise, la nature, la vieillesse... et la poésie, comme dans le 13e texte intitulé « Voyager avec toi ». La phrase complète est « Voyager avec toi, c'est déjà être arrivé ! »


Croyez-moi, vous ne regretterez pas cette lecture, c'est réellement un grand moment de bonheur ! Est-ce si fréquent en ce bas-monde ? Merci, Jean !



Jacques MERCIER

« Comme une respiration », Jean Teulé, 160 pp, édition Julliard. 13,3X20,7cm. Broché : 20,7 euros, Kindle : 13,3 euros.

 

 

15 08 16

Riquet à la houppe, le nouveau roman d'Amélie Nothomb

 

 

amelie-riquet-houppe.jpgVoici le 25e roman d'Amélie Nothomb : « Riquet à la houppe » ; et voici donc 25 ans que nous nous connaissons ! Entre autres, en étant chaque année une invitée exceptionnelle du « Jeu des Dictionnaires ». On connaît mon enthousiasme pour ses écrits, mais j'ajoute que je n'ai jamais été déçu par eux. Cette re-création du conte de Charles Perrault (paru en 1697!) se joue sur le thème de la laideur et de la beauté ; un thème qui apparaît si souvent dans les romans d'Amélie.

« Le très laid suscite parfois un peu de compassion ; le très beau irrite sans pitié. La clef du succès réside dans la vague joliesse qui ne dérange personne. »

« Elle savait d'expérience combien le monde haïssait la beauté et ne demandait qu'à la traduire en sottise. »

Et de citer Barbey d'Aurevilly : « Le profil est l'écueil de la beauté ou son attestation la plus éclatante.»

 

Il s'agit de l'histoire parallèle de deux enfants, un laid : Déodat et une beauté : Trémière.

 

Et bien sûr voici les caractéristiques habituelles des romans de Nothomb : Le choix des prénoms tout d'abord.

« La mère de Rose s'appelait Passerose, autre nom de la rose trémière. »

« Pour qui aime, découvrir que l'aimée porte un prénom admirable équivaut à un adoubement. »

 

On découvre aussi quelques mots inusités, que l'auteure parsème toujours dans ses livres :

« Sardanapalesque », digne de Sardanapale par le caractère luxueux et débauché.

« Des chausse-trapes » (avec un seul p, comme se doit de l'écrire toute bonne académicienne !)

« Le tadorne de Belon », le plus grand des canards en France.

Et le retour des gossettes, de l'enfançon et de la déréliction, ce sentiment de solitude et d'abandon, que l'on retrouve souvent sous sa plume.

En passant, on saura tout sur les roses, sur l'arrivée du langage dans le cerveau (« Toute intelligence est aussi faculté d'adaptation. »), sur sa lecture récente de tous les volumes de la Comédie humaine de Balzac, sur l'amitié («L'amitié n'apparaît pas pour combler un appétit. Elle surgit quand on rencontre l'être qui rend possible cette relation sublime. »)...

 

J'aime aussi ses réflexions sur les oiseaux :

« Pourquoi inventer la figure de l'ange alors que l'oiseau existe ? »

« Il y aurait une thèse à écrire sur le besoin qu'a éprouvé le français de ridiculiser ces animaux splendides. (Dinde – en anglais turkey ; canard – en japonais kamo ; grue, en japonais tsuru) »

« De tous les animaux sauvages, l'oiseau était le seul que l'on côtoyait au quotidien, chaque jour de l'année. »

 

J'aime aussi son avis éclairé sur la télévision :

« (Devant le téléviseur) Il suffisait de se laisser emporter par ce tapis volant de lumière et de son, on était embarqué dans un monde peuplé de personnages fabuleux, dont les péripéties étaient racontées à une vitesse supersonique, avec des onomatopées étranges et des refrains au goût de bonbon. Au nom de quoi le privait-on de cet enchantement ? »

« Et il n'exclut pas que l'omniprésence de la télévision ait joué un rôle dans cette affaire. Non que les programmes soient forcément en cause. C'était comme si l'appareil lui-même avait capturé la volonté d'Axel. »

 

Enfin, cette phrase, pour clore ces quelques lignes destinées à vous inciter à la lecture de ce nouveau roman :

« Il détestait se sentir orphelin de livres, comme si aucun bouquin n'avait voulu de lui : il demeurait persuadé que c'était les ouvrages qui adoptaient leurs lecteurs et non le contraire. »

 

Jacques MERCIER

 

« Riquet à la houppe », Roman, Amélie Nothomb, Albin Michel, 190 pp, 16,90 euros.

 

 

20 04 16

Vins de garde

 

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Je ne vous apprends rien: la course à la nouveauté éditoriale est édifiante.

Essoufflante

J'en suis la preuve vivante.

Alors oui, mille fois oui, il est bon de se pencher sur les "classiques", sur ces ouvrages  - et leurs auteurs- qui ont franchi le cap de la mode, des années , tels de bons vins de garde.

Collectif de critiques signées de nos confrères de La Libre Belgique, Eric de Bellefroid, Guy Duplat, Jacques Franck, Francis Matthys et Monique Verdussen, sous l'orchestration de Geneviève Simon, l'ouvrage vous propose un voyage à la rencontre de Louis Aragon, Honoré de Balzac, Fédor Dostoïevski,  Alexandre Dumas,  Marguerite Duras,  Nathaniel  Hawthorne, Molière, Oscar Wilde, ... et de textes majeurs de leurs plumes, à picorer au gré de vos envies, dissertations et centres d'intérêt.

Ainsi la correspondance des frères Van Gogh, Théo et Vincent - quelque 660 lettres d'un échange long de dix-huit ans - retient-elle toute notre attention

L'article est signé Geneviève Simon

Gageons que nous y reviendrons.

Apolline Elter

Lire et relire les classiques, collectif sous la direction de Geneviève Simon, Ed. Avant-Propos, février 2016, , 224 pp

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

28 11 15

Vu de Belgique…

Anthologie du surréalisme belge.jpgBijou scintillant de la littérature francophone de notre pays dans ce qu’elle a de plus créatif, l’Anthologie du surréalisme belge établie par Paul Aron et Jean-Pierre Bertrand et parue aux Éditions Espace Nord à Bruxelles rassemble des textes d’auteurs et d’artistes qui ont marqué la production française du XXe siècle – comme Paul Nougé, E.L.T. Mesens, Marcel Mariën, Louis Scutenaire et Achille Chavée –, voire mondiale, avec Christian Dotremont, le groupe du Daily-Bul ou René Magritte.

On y découvre une vision du monde qui, au-delà des clivages idéologiques, des débats houleux et des pratiques de la pensée divergente, en raison de son caractère essentiellement décalé et parce qu’elle se fonde sur les détournements de l’ordre préconisé ou établi si chers à nos compatriotes, rétablit les vérités cachées et ouvre sur les visions a priori insaisissables de l’avenir, parfois avec un humour des plus décapants.

On y apprend aussi que les seconds couteaux du mouvement (André Souris, Camille Goemans, Irine, Marcel Lecomte, Fernand Dumont, Marcel Havrenne, Tom Gutt et bien d’autres…) furent des bretteurs hors pair, se jouant de la langue et des images avec une aisance admirable.

Les spadassins de la modernité !

Bernard DELCORD

Anthologie du surréalisme belge établie par Paul Aron et Jean-Pierre Bertrand, Bruxelles, Éditions Espace Nord, novembre 2015, 348 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 €.

24 11 15

Soyons "ZEN" !

_zen.jpgLe premier roman de Maxence Fermine fut un énorme succès : « Neige ». Paru en 1999, le roman fut traduit en 17 langues. Ce roman initiatique raconte l'histoire de Yuko, un jeune japonais qui compose des haïkus. Depuis lors, Maxence Ferine a écrit une petite vingtaine d'ouvrages, dont « L'apiculteur », « Opium », « La petite marchande de rêves » etc. Il vit en Savoie et se consacre à l'écriture.

Vous qui êtes troublé par le monde tel qu'on nous le présente dans les médias, vous qui êtes assourdis par le brouhaha des moyens de communications, « Zen » un livre qui va vous faire du bien ! Un beau livre, simple, clair, magnifique, tant dans le fond que dans la forme. La mise en page des phrases est magnifique, tout comme le style de l'auteur, entre poésie et récit. Une seule illustration au centre du roman en souligne sa beauté.

Voici un exemple : l'entièreté du chapitre 8 :  

« Être attentif à une branche prise dans le vent du matin. Observer le mouvement de la brume et des nuages. Vivre les lieux. Respirer les parfums de la nature. Saisir l'instant.

Puis s'enfermer dans son atelier. Et reproduire en un trait unique les nuances de la réalité.

Travail solitaire.

Souffle divin.

Comme tous les artistes sur cette terre, changer le monde de façon invisible.

Et cependant évidente. »

C'est l'histoire de Kuro, calligraphiste, et de Yuna, son élève. J'ai un peu de mal à extraire de l'ensemble quelques phrases qui donnent le ton.

« Matin de mai chaud et ensoleillé. Le chant des oiseaux dans les arbres. Musique harmonieuse. Dans le jardin zen, le champ de gravier forme des vagues d'écume. Mer blanche. »

« La musique la plus difficile à créer, mais certainement la plus belle, est celle du silence. »

« Yuna, elle, attend que la toile du silence se déchire d'elle-même. »

Voilà un bon livre, voilà ce qu'on attend aussi de la littérature et de ses écrivains. Merci !

 

Jacques MERCIER

 

« Zen », roman, Maxence Fermine, édition Michel Lafon, 138 pp. 14, 95 euros

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Littérature générale, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

22 08 15

Un bonheur annuel : Amélie Nothomb !

Couve nothomb.jpg

 

Depuis le premier roman, je suis un fan d'Amélie Nothomb. J'ai eu maintes fois l'occasion de la rencontrer (entre autres comme invitée au Jeu des Dictionnaires, qu'elle adorait aussi!) et d'échanger des idées, des lettres, des mots et l'enrichissement de notre relation ne faiblit pas.

Comme pour les albums de Philippe Geluck, j'attends le moment, la sortie, l'édition nouvelle et jamais je ne suis déçu. Mieux, à chaque fois je suis heureusement surpris !

Cette année, sur le modèle peut-être du « crime de l'Orient-Express » d'Agatha Christie ou du « crime de Monsieur Lange » de Jean Renoir, voici « Le crime du comte Neville ».

Le début du roman ne laisse en rien prévoir l'étonnante révélation de la deuxième page. C'est donc déjà un commencement d'histoire formidable.

Tout ce qu'on aime chez Amélie se retrouve bien entendu : le choix original des prénoms comme Oreste, Electre, Rosalba ou Aucassin... Et cette héroïne du livre qui s'appelle « Sérieuse » !

Tout de suite, nous sommes plongés dans un « univers » : celui d'une fillette de 12 ans ; mais aussi dans un monde que l'auteure connaît, celui de la noblesse, des châteaux, des invitations. On cite le château de Pont d'Oye.

Je ne vous dis rien de l'histoire ni de la fin géniale, mais voici quelques extraits, que je picore (comme je dis dans « Mémo » avec Nicky Depasse sur Radio Judaïca) :

 

« Pourquoi avoir inventé l'enfer alors qu'il existe l'insomnie ? »

« Cet édifice insensé de complexité qui constituait le paraître »

« La seule excuse de Dieu, c'est qu'il n'existe pas. »

 

J'ai adoré l'allusion aux cinq sens, avec le mot tendance « ressenti » !

C'est court, excellent, savoureux et profond – comme un chocolat belge ?

 

Jacques MERCIER

 

« Le crime du comte Neville », roman, Amélie Nothomb, Edition Albin Michel, 138 pp. 15 euros.

 

03 08 15

Belgitude pur jus !

La Constellation du chien.jpgÉpoux à la ville de la célèbre écrivaine belge Jacqueline Harpman (1929-2012), l’architecte et poète post-surréaliste Pierre Puttemans (1933-2013) a participé au mouvement d’avant-garde bruxellois Phantomas (lui-même issu de Cobra) et on lui doit notamment les recueils Le Monomotapa (2010), Basse-cour (2011) et Facéties (2013). En architecture, il a construit ou restauré des bibliothèques (notamment celles de Nivelles et des Riches-Claires), des théâtres (le Poche et le Théâtre- Poème), un opéra (La Monnaie), ou encore le Centre de Traumatologie et de Réadaptation de l’hôpital Brugmann.

Les Éditions Espace Nord ont sorti récemment un recueil à l’humour subversif intitulé La Constellation du chien qui rassemble des textes, des poèmes et des fragments de son œuvre débridée, dont certains font penser à Chavée, à Scutenaire ou à Verheggen :

– Une larme à double tranchant.

– Il n’est pire sourd que celui qui n’entend rien.

– On coupa le cou du soleil avant de lui dire adieu.

– Le calembour est la viande de l’esprit.

– Il n’y a pas de fumeux sans fée.

– Peste, dit l’étranger.

– L’ennui naquit un jour d’un uniforme mité.

Un carnaval drolatique !

Bernard DELCORD

La Constellation du chien et autres textes par Pierre Puttemans, postface de Laurent Demoulin, notice biographique par Marianne Puttemans, Bruxelles, Éditions Espace Nord, juin 2015, 176 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 7,50 €. Existe en format électronique ePub (6,99 €)