11 11 16

Un moment de grand bonheur !

 

Jean teulé.jpgJean Teulé nous offre vraiment «comme une respiration» dans notre vie quotidienne, dans notre vie intérieure, dans nos lectures, dans notre attitude envers les médias... Ces trente textes (et photos ou dessins parfois) sont trente moments de grand bonheur.

C'est d'autant plus fort que le style efficace et si personnel de l'auteur se déploie avec la même liberté que l'on connaissait dans ses ouvrages précédents. L'imagination (et sans aucun doute beaucoup de sa propre existence) de Jean Teulé s'est mise au service du côté souriant de la vie. Et c'est magnifique !

Dès le premier texte « Cui cui », nous avons le thème général : une maison « qui n'est pas bleue », comme celle de Le Forestier à San Francisco, où il ne pense pas au bruit du monde. Cela se termine par : « Nom de Dieu de nom de Dieu, quelle maison ! Autant dire qu'elle n'est pas à vendre. »

Ce sont des faits divers qui se passent dans le train, dans un terrain vague, à la plage, dans le métro, dans un avion... qui ont comme protagonistes des jeunes, des vieux... nous les humains, quoi ! On y évoque « Petite fleur » de Sidney Bechet, la calligraphie, la messe trop longue, une palombe tombée du nid, un viaduc, la langue des Rolling Stones.

Les sujets concernent le langage, la solitude, la beauté, les apparences, les rapports avec ses proches, la bêtise, la nature, la vieillesse... et la poésie, comme dans le 13e texte intitulé « Voyager avec toi ». La phrase complète est « Voyager avec toi, c'est déjà être arrivé ! »


Croyez-moi, vous ne regretterez pas cette lecture, c'est réellement un grand moment de bonheur ! Est-ce si fréquent en ce bas-monde ? Merci, Jean !



Jacques MERCIER

« Comme une respiration », Jean Teulé, 160 pp, édition Julliard. 13,3X20,7cm. Broché : 20,7 euros, Kindle : 13,3 euros.

 

 

05 10 16

Chroniques d'un avocat...

walgraffe.gif"Voici le trou, voici l'échelle: descendez", est le premier livre de René Walgraffe. Avocat dans la région couvinoise, l'homme de loi arrive tout doucement au terme de sa carrière... 

Il a décidé à travers ce livre, de faire une sorte de bilan. Au travers de 17 nouvelles, il revient sur des affaires qui ont marqué sa carrière d'avocat mais aussi de curateur. Volontairement des noms ont été changés, des situations ont été romancées, des dossiers ont été mélangés. Mais nul doute que certains se reconnaitront. Des situations cocasses, des dossiers durs comme les affaires de moeurs, des trahisons, des faillites, toutes sortes de sujets sont évoqués. Du moins nanti, au criminel en passant par le politique, de la victime au coupable, il a défendu toutes les classes de la société. 

Au fil de ces petites histoires, on est littéralement plongé dans la vie quotidienne de l'avocat couvinois. Avec son franc-parlé, il n'a pas peur parfois de dépeindre un portrait peu élogieux de certains confrères. "Les confrères qui pratiquent l'alpinisme ensemble m'ont toujours paru faire preuve de beaucoup d'inconscience, à moins d'être le premier de cordée, et encore", écrira-t-il. René Walgraffe amène également à réfléchir sur le fonctionnement de la justice belge actuelle. 

Le ton humoristique, parfois cru, caustique, croustillant mais humain pousse le lecteur à ne pas refermer le bouquin de sitôt. A lire sans modération!  

"Voici le trou, voici l'échelle: descendez", René Walgraffe, éd. Amalthée, 2016, 192 pages, 13,30euros

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Gwendoline Fusillier, Humour, Nouvelles | Commentaires (0) |  Facebook | |

16 06 16

D'Anvers à Lisbonne

  • 55_GP1_C1_b2729d4e-f73a-40bc-995a-eec37c198ebd_grande.png
  • Un titre qui fleure bon les vacances à venir...cette route empruntée par les gens du Nord ...qui ont dans le coeur ce soleil qu'ils n'ont pas dehors
  • Seul, au volant de sa voiture,  par "une nuit d'automne, froide et claire, "le narrateur voit défiler tant les paysages, réverbères et lumières de la longue route qui le mène d'Anvers à Lisbonne, que ses souvenirs et projets de vie
  • "Et si son destin à lui, c'était de se tuer tout seul sur une autoroute, en chemin vers son rêve? "
  • Et de songer à Katherine, son amour de jeunesse, qu'il retrouverait bien, après ces décennies, d'égrener  kilomètres, poids lourds et aires de stationnement à l'écoute de La Fantaisie de Schumann dont les expansions puis les subites contractions lui pressent des larmes dans les yeux, qui lui coulent sur les joues et qu'il ne sèche pas, trop heureux de se savoir sensible."

Une sorte de nouvelle - le texte ne compte qu'une trentaine de pages - poétique chronoscopie d'un long voyage solitaire

Autoroute du Soleil, Grégoire Polet, nouvelle, Onlit éditions, mai 2016,  35 pp (disponible en versions papier et numérique) 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Nouvelles | Commentaires (0) |  Facebook | |

12 05 16

De désirables nouvelles

_sandron nouvelles.jpgEmmanuèle Sandron possède un style personnel et terriblement attachant. Elle a aussi le talent d'écrire des nouvelles originales, ce qui n'est pas si courant ! Peut-être que son activité de traductrice littéraire l'a mise en contact avec des auteurs importants dans ce secteur ? On se nourrit de ses admirations. Dans « Je ne te mangerai pas tout de suite », elle propose sept récits plus insolites les uns que les autres ; et je vous en laisse la surprise.

Le premier texte est intitulé « Je m'interdis » et tout en énumérant ce qu'elle s'interdit (cela commence par la mousse au chocolat!), elle révèle en positif tout ce qu'elle est, dans le réel et dans le fantasme.

Le deuxième texte est le cheminement de la pensée, mais dans quel décor !

Ensuite, l'idée de « tomber » quand le personnage de Sarane s'en va est magnifique. Un grand moment, toujours ponctué par la pensée de celle qui raconte.

L'écriture d'Emmanuèle Sandron nous enveloppe, nous envoûte comme une sorte d'incantation littéraire. C'est idéal pour découvrir les thèmes du recueil : le désir, la transgression, la volupté, l'interdit...

 

Jacques MERCIER

 

Je ne te mangerai pas tout de suite, Nouvelles, Edition Luce Wilquin, 126 pages, 12 euros.

 

 

 

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Jacques Mercier, Nouvelles | Commentaires (0) |  Facebook | |

22 02 16

Inhumains, trop inhumains...

Le vampire de Clichy.jpgAinsi que nous l’avons attesté dans M… Belgique, notre compatriote Véronique Janzyk excelle dans les histoires courtes, comme le montrait son recueil de nouvelles intitulé Les fées penchées, paru chez Onlit Books à Bruxelles en 2014.

Elle est récemment revenue sur le devant de la scène littéraire avec un nouvel opus très réussi, Le vampire de Clichy, publié chez le même éditeur, une succession de short stories qui versent cette fois dans le fantastique, avec une approche très personnalisée :

« La dernière nuit de l'an dernier, j'ai été mordue à la gorge par un vampire. Les mois qui ont suivi ont été émaillés de rencontres particulières. Les objets eux-mêmes semblaient dotés de vie. J'ai tenté d'en rendre compte ici. Je me dois d'ajouter que le vampire appartenait à une lignée dont je compris plus tard qu'elle n'attendait pas le coup fatal porté avec un pieu. Les vampires de sa trempe devançaient la mort. Ce ne sont pas, malheureusement, les moins cruels. »

Depuis cette morsure, la narratrice multiplie les rencontres de personnages étranges, dont certains sont morts ou croient l'être : un bouquiniste, un directeur de festival littéraire, un acteur, une personne déprimée par l’affaire Dutroux, une femme qui change de voix, une strip-teaseuse, un homme qui se filme, un type qui regarde un film porno, un autre qui réalise qu’il a 44 ans, l’utilisatrice d’un GSM « tombé du camion », un couple d’esthètes, un gars qui va à la foire, une cycliste dans un tunnel et bien d’autres encore…

Une galerie des glaçants…

Bernard DELCORD

Le vampire de Clichy par Véronique Janzyk, Bruxelles, Éditions Onlit Books, octobre 2015, 141 pp. en noir et blanc au format 12 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 €

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Nouvelles | Commentaires (0) |  Facebook | |

14 12 15

Les sensuels fantasmes...

_hoex.jpgC'est un de ces bonheurs de lecture qui nous arrivent de temps à autre, surtout quand c'est – non pas le hasard ! - la chance qui préside à la rencontre. Nicky Depasse recevait Corinne Hoex dans son émission matinale sur Radio Judaïca, alors que cette fois-là je donnais en direct mon « Mémo » hebdomadaire (C'est-à-dire mes phrases picorées dans un livre que j'apprécie). Je ne connaissais Corinne Hoex que par certains recueils de poèmes, toujours si bien soulignés par des illustrations choisies, mais je ne l'avais jamais croisée et surtout je n'avais pas encore lu son dernier ouvrage Valets de nuit  !

Ce sont plus de trente rêves, des fantasmes, mais le mot n'est pas approprié, c'est mieux que cela, c'est plus élégant, moins agressif. C'est poétique, comme l'est depuis longtemps, notre tradition de l'imaginaire poétique belge. Tout est possible, c'est ainsi que nous pouvons vivre sans être étouffé par la petitesse du pays. Ces récits cours sont imaginés avec un horloger, un fourreur, un géographe, un pompiste, etc. Le sculpteur propose une fin géniale, je vous conseille ce texte pour l'humour. Mais tous sont intéressants et jouissifs. « Le vigile » par exemple.

Chaque texte est précédé d'une citation adéquate et c'est une entrée en matière délicieuse. Le style est simple, clair, évident et appelle à la suite de la lecture.

« Hypocrisie » de Félicien Rops a été choisi pour la couverture. Quel merveilleux choix ! Ces fesses de femme qu'entoure un loup de carnaval. Laissons-vous emporter par ces histoires, par ces mondes étranges, qui sont bien féminins dans leur univers, mais qui nous touchent tant aussi ! J'ai parlé de « bonheur » et de « jouissif », on est dans le propos !

 

Jacques MERCIER

 

Valets de nuit, nouvelles, Corinne Hoex Collection « Traverses », édition Impressions Nouvelles. 160 pages. 14 euros.

 

 

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Érotisme, Jacques Mercier, Nouvelles | Commentaires (0) |  Facebook | |

23 11 15

« On rêve d’un rêve. » (Frédéric Beigbeder)

Valets de nuit.jpgD’une rare élégance, les 33 courtes nouvelles érotiques de Corinne Hoex rassemblées dans le recueil Valets de nuit paru aux Impressions nouvelles à Bruxelles confirment, une fois de plus, le talent époustouflant de l’une de nos plus brillantes auteures qui y manie l’allusion subtile dans une langue finement ciselée, tout en délicatesse de syntaxe et de vocabulaire.

Par le rêve, elle se fait nuage flirtant avec un aviateur, fontaine abreuvant un terrassier, statue sous les ciseaux d’un sculpteur, plat mitonné par un cuisinier, sable sous le râteau d’un plagiste, chatte persane et son toiletteur, mouche dans une pâtisserie, sainte entre les mains d’un aumônier, lettre dans le sac d’un facteur, forêt amoureuse d’un chasseur, belle endormie surprise par un voleur de clef des songes…

Une joyeuse débauche de corps de métier !

Bernard DELCORD

Valets de nuit par Corinne Hoex, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, collection « Traverses », novembre 2015, 156 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 14 €.

03 11 15

Mini vacheries…

Petites méchancetés sans grandes conséquences.jpgAprès des études de bibliothécaire-documentaliste, Marc Menu, qui est né à Bruxelles en 1961, a travaillé pendant vingt ans dans une école de cinéma.

Il a fait paraître chez Quadrature à Louvain-la-Neuve un recueil de nouvelles fort justement intitulé Petites méchancetés sans grandes conséquences, de courts textes grinçants dans lesquels, par touches minuscules, il jette un regard angoissant et désenchanté sur les réalités du quotidien contemporain.

Exemple :

Maman

« Le petit Grégory attend sa maman à l’accueil du magasin…

Elle arrive en courant, toute essoufflée, se penche, prend l’enfant dans ses bras, le serre très fort. Il redouble de pleurs. Elle échange un sourire attendri avec l’hôtesse et les caissières.

       – Il a eu une grosse peur, le pauvre chéri, murmure-t-elle. C’est fini maintenant, maman est là !

Et elle s’éloigne, en essayant vainement de le réconforter.

Dans une ou deux minutes, quand la vraie maman viendra récupérer son enfant à l’accueil, elle sera déjà loin. »

Terrific, isn’t it?

Bernard DELCORD

Petites méchancetés sans grandes conséquences par Marc Menu, Louvain-la-Neuve, Éditions Quadrature, octobre 2015, 82 pp. en noir et blanc au format 18 x 10 cm sous couverture brochée en couleurs, 10 €

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Nouvelles | Commentaires (0) |  Facebook | |

19 10 15

Dur, dur, le métier de vivre…

Les blondes à forte poitrine.jpgAprès Le manège des amertumes paru en 2013 chez le même éditeur, à savoir les Éditions Quadrature à Louvain-la-Neuve, la jeune auteure belge (elle est originaire du Borinage) Isabelle Baldacchino a remis le couvert cette année avec un nouveau recueil de nouvelles intitulé Les blondes à forte poitrine, des textes incisifs, crus et rugueux se colletant avec la vie ordinaire des gens sans histoire pour en faire ressortir l’absurdité étriquée.

Car, c’est bien connu et en dépit de ce qu’en disent les philosophes et les théologiens, « le monde est divisé en deux catégories : les hommes à lunettes et les blondes à forte poitrine »… Un monde dont on aimerait qu’il s’arrête pour pouvoir en descendre…

Échantillon :

« On s’est trouvé très vite, elle et moi. Une perruque triste derrière sa vitrine, c’était moi, accrochée à une tête de velours sans regard ni sourire. Elle est arrivée, elle m’a prise, y a pas à discuter cent sept ans.

Après… Je me souviens plus très bien tellement on a de souvenirs. J’ai oublié les rues, j’ai oublié les noms. Mais les visages, bon dieu, les yeux terribles de la misère, je les ai tous là quelque part. On se laisse attraper par les solitudes.

Elle aurait dû être plus prudente parfois, mais c’est plus fort qu’elle, les autres, c’est sa vie. Elle crève sans les autres. “Vous l’avez vu celui-là avec sa gueule tranchée ? Il est pour moi, il est pour moi”. Les pas finis, les mal aimés, c’est toujours pour elle. Elle les fait grimper au premier. Elle ne dit pas “Qu’est-ce que tu veux ?”. Elle sait. Un peu chamane, un peu curé, ma blonde.

Je voudrais te dire un truc sur elle, pour te montrer qu’elle a la tête haute. Tu sais, cette maladie qui frappe nos femmes, toujours la même ? Elle se l’est tapée aussi. On dit pas ça : se taper une maladie. Pourtant je peux te garantir que ça fait mal, au cœur et au corps. Le cancer…

Y a tout qui bascule. Ta blonde, elle peut plus soulever une tasse, attacher son soutien-gorge, changer les draps. Et toi, tu peux rien faire, qu’à attendre que ça passe, à prier qu’elle y passe pas, qu’elle en crève pas, parce que, si elle crève, tu crèves aussi. Tu ne seras plus qu’une vieille perruque oubliée au fond d’une caisse. »

Le chant de la vie comme elle ne va pas, en somme…

Bernard DELCORD

Les blondes à forte poitrine par Isabelle Baldacchino, Louvain-la-Neuve, Éditions Quadrature, avril 2015, 116 pp. en noir et blanc au format 13,4 x 21,3 cm sous couverture brochée en couleurs, 15 €

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Nouvelles | Commentaires (0) |  Facebook | |

07 07 15

D'anciens contes japonais...

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"L'histoire du tonnelier tombé amoureux" suivi de "Histoire de Gengobei" sont des contes de Ihara Saikaku, qui vécut de 1642 à 1693 et remporta un grand succès populaire de son vivant. Né à Osaka, il est l'inventeur du conte réaliste en prose japonais. Après avoir publié des haïkus, il écrit des tableaux de mœurs, comme "Vie d'un ami de la volupté", qui se situe dans les lupanars de son temps.

Nous découvrons ici deux histoires d'amour réalistes et rocambolesques qui se passent dans le Japon féodal de la fin du 17e siècle. Elles sont extraites de « Cinq amoureuses » (1686), où les femmes de spont temps condamnées à la fidélité ou à une mort ignominieuse.

Les personnages se soucient de la réussite de leurs amours plus que des interdits d'une société rigide... toutes les ruses sont bonnes pour y parvenir. De plus, on a quelques illustrations de Yoshida Hambei, un célèbre peinte de gravures.

Deux phrases pour vous mettre en appétit de lecture :

 

« La vie humaine est bornée, mais la passion amoureuse, inépuisable. »

 

"Il n'existe en ce monde ni fantômes ni veuves fidèles."

 

Toutes ses histoires ont des fins malheureuses sauf une, où l'auteur laisse entendre que le servage de la femme prendra fin un jour.

Jacques MERCIER

"Histoire du tonnelier tombé amoureux", Ihara Saikaku, Edition Gallimard, collection Folio 2 euros ! 100p.

 

 

 

 

 

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