10 05 18

Quand la bêtise crasse s'invite à la fête…

Les braves gens ne courent pas les rues.jpgFervente catholique ayant vécu au cœur de la Bible Belt fondamentaliste protestante sudiste, la femme de lettres et nouvelliste Mary Flannery O'Connor, née le 25 mars 1925 à Savannah en Géorgie et décédée à 39 ans le 3 août 1964 des suites d’un lupus érythémateux disséminé [1] à Milledgeville dans le même État, est une importante voix de la littérature américaine.

Elle est l'auteure de deux romans, de trente-deux nouvelles, ainsi que de nombreux textes courts (des commentaires d’ouvrages sur des thèmes théologiques et éthiques).

Ses Histoires Complètes ont remporté le National Book Award dans la catégorie fiction aux États-Unis en 1972, à titre posthume, huit ans après son décès.

Son style, qualifié de Southern Gothic, intimement lié à sa région, révèle à coups de caricatures cinglantes, de personnages aussi cocasses que détestables, de scènes tragiques, parfois glaçantes, souvent cruelles, toujours exquises, ce qu'il y a de pire dans le genre humain.

Ses écrits à l’humour sardonique se déroulent d’habitude dans le Sud et tournent autour de personnages truffés de défauts moraux, les questions liées à la race y apparaissant souvent dans l’arrière-plan de l’histoire.

En 1955, elle fit paraître Les braves gens ne courent pas les rues (désormais disponible dans sa traduction française par Henri Morisset en regard de la version anglaise dans une publication de poche parue aux Éditions Gallimard, dans la collection « Folio bilingue »), un recueil de quatre nouvelles [2] mettant en avant des éléments perturbants, bien qu’elle n’aimât pas être décrite comme étant une femme cynique.

« J’en ai assez des critiques qui cataloguent Les Braves gens ne courent pas les rues de brutal et sarcastique », écrivit-elle. « Les histoires sont dures parce qu’il n’y a rien de plus dur ou de moins sentimental que le réalisme chrétien… » [3]

Et que les écrits de Flannery O’Connor !

Bernard DELCORD

Les braves gens ne courent pas les rues et autres nouvelles – A Good Man Is Hard To Find and Other Short Stories par Flannery O’Connor, traduction de l’anglais par Henri Morisset, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio bilingue », février 2018, 233 pp. en noir et blanc au format 10,8 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 8,30 € (prix France)

 

[1] C est une maladie systémique auto-immune chronique.

[2] Les braves gens ne courent pas les rues, Un cercle dans le feu, Tardive rencontre avec l’ennemi, Braves gens de la campagne.

[3] Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Flannery_O%27Connor

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05 03 18

Intuition

 

_thomassetie.jpgAvec une belle persévérance, Monique Thomassettie poursuit un prolifique travail d'écriture : nouvelles, textes, poèmes, journal. Ce livre Intuition est entièrement réalisé par elle-même, comme elle le signale : « Forme et fond ; inspiration / travail (écriture, peinture, dessin) ; structure ou archiecteure ; ainsi que la couverture. Et la composition / mise en page. Et l'insertion des images. Comme dans tous mes livres parus chez M.E.O. Et à Monéveil. La couverture présente est une huile de 19921 titrée « Villes promises ».

Ce tome VII contient de la poésie Ma lucide candeur ou Les Ajours de ma nuit, un Journal et l'Arc-en-ciel de mes orages, de courts textes.

Voici quelques mots trouvés dans le livre, dans les endroits poétiques) :

Les vrais poètes ne sont pas « voleurs de feu »

Le feu est en eux

 

En date du 7 juillet 2017 :

Au fond marin de mes yeux

revient un paysage

imaginaire, mais inspiré de mes voyages.

 

En septembre et titré « Musique » ces sublimes vers :

Toute enfance

est une éternité

inachevée.

 

Je vous laisse découvrir tout ce livre touffu, riche, varié, profond, poétique et sincère.

 

Jacques MERCIER

 

Inutition (Tome VII), Monique Thomassettie, 256 pp, 15cmX21cm, Edition Monéveilo, monique.thomassettie@belgacom.net (20 euros?)

 

 

 

 

 

09 02 18

Entretiens avec l’ange…

Des matins lumineux.jpgQuatrième petit ouvrage de la sympathique collection « Opuscule » publiée par les Éditions Lamiroy à Bruxelles, la nouvelle fort originale et habilement menée par Jacques Mercier intitulée Des matins lumineux met en scène un animateur de radio intérimaire qui converse avec ses auditeurs dans une émission appelée 5 à 7 le matin.

Entre paroles de chansons françaises et dialogues récurrents avec une auditrice ponctuelle, il ira de surprise en émois avant de partir à sa recherche.

Et de la trouver…

Bernard DELCORD

Des matins lumineux par Jacques Mercier, Bruxelles, Éditions Lamiroy, collection « Opuscule », septembre 2017, 33 pp. en noir et blanc au format 10 x 14 cm sous couverture brochée en couleurs, 4 €

09 01 18

Nuit d’orage…

Le Domaine des Oiseaux.jpgDix-neuvième petit volume de la sympathique collection « Opuscule » publiée par les Éditions Lamiroy à Bruxelles, la nouvelle hitchcockienne de Pierre Graas intitulée Le Domaine des Oiseaux, rondement menée, ravira les amateurs du genre tant elle combine avec ingéniosité, dans un scénario habile, les ingrédients chers au maître du suspense : un vieux manoir à l’abandon, un personnage bizarre et solitaire, des oiseaux nombreux et divers, un orage terrible, des arbres ployant sous le vent, la pluie qui bat, des voix mystérieuses, des bruits étranges, des lueurs d’épouvante et une fin inattendue.

À sa lecture, vous aurez donc le bonjour d’Alfred !

Bernard DELCORD

Le Domaine des Oiseaux par Pierre Graas, Bruxelles, Éditions Lamiroy, collection « Opuscule », janvier 2018, 43 pp. en noir et blanc au format 10 x 14 cm sous couverture brochée en couleurs, 4 €

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11 12 17

Sans avoir l’air d’y toucher…

En love mineur.jpgParues aux Éditions Quadrature à Bruxelles, les 17 nouvelles rassemblées dans En love mineur, le nouveau recueil de Dominique Costermans, par ailleurs auteure de l’inoubliable Outre-Mère [1], constituent un véritable régal de variations subtiles sur le thème de l’amour abordé en fines touches allusives par des zeugmes, des répétitions, des pirouettes, des flash-backs… brillantes facettes de ces petits bijoux littéraires qui entraînent le lecteur un peu partout – à Bruxelles, en Italie, au Portugal, en Grèce, dans les Alpes, à Charleroi… – sur une jolie carte de Tendre où les plages, les villes, les villages, les routes, les rues et les chemins, mais aussi les lasagnes aux artichauts et les confitures de citron mènent à l’émoi.

D’exquises esquisses, comme disait Serge Gainsbourg…

Bernard DELCORD

En love mineur par Dominique Costermans, Bruxelles, Éditions Quadrature, décembre 2017, 116 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 15 €

[1] Un roman publié en janvier 2017 chez Luce Wilquin à Avin.

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26 11 17

Une révélation : Adeline Dieudonné !


adeline couve opuscule.jpgAlors qu'il est question dans ce magnifique petit roman de rafales de kalachnikov, la lecture du livre « Seule dans le noir » peut se comparer à une rafale de phrases, de mots, de sensations. On la prend en plein cœur et on en sort tout étourdi, heureux d'être en vie. C'est rapide, terrible et efficace.

J'avais lu Bonobo Moussaka, le premier texte de théâtre de Adeline Dieudonné (dont Eric De Staercke explique dans la préface du livre paru chez Lamiroy* : « Le héros de cette histoire, c'est notre petite voix intérieure, une voix qui s'exprime sans concessions, sans entraves sans inhibition car elle est tout intérieure et que seul le lecteur peut l'entendre ») et j'avais été frappé par cette réflexion : « Elle se dit qu'elle est probablement un peu trop sentimentale. Ça vous perd toujours d'être sentimentale... »

On suit ici l'événement terrifiant qui arrive à Julianne, de l'intérieur, avec sa perception des choses. Tout ce qui vient à l'esprit dans un moment critique nous est livré :

« Elle se forçait à regarder au moins une émission didactique par semaine. Cela lui semblait le minimum vital pour ne pas sombrer complètement neuneu. Déjà qu'elle avait renoncé à lire. Trop silencieux. La télé lui donnait l'illusion d'une présence. »

J'ai adoré deux passages essentiels. Vous découvrirez le second en lisant le petit roman, - car ils sont écrits en parallèle, comme deux serre-livres - mais voici le premier, une merveille d'écriture et d'inspiration :

« Sa façon de voir le monde comme un jardin, avec des ronces, des orties, des jours de pluie et quelques lapins morts, c'est vrai, mais aussi avec de la lumière, une brise chaude au parfum de cannelle, des pivoines qui sentent le printemps, un petit ruisseau qui fait son bruit de petit ruisseau, un gazon doux sous les pieds nus, des fruits sucrés qu'on trouve un peu partout si on prend la peine de les chercher. »

J'aime aussi ces pensées que seule peut avoir une nouvelle génération qui découvre la réalité de l'existence :

« A peu de choses près, notre civilisation tient sur le respect des actes de propriété. Et des déclarations TVA. »

Un joyau de plus dans cette extraordinaire collection hebdomadaire d'Eric Lamiroy !

 

Jacques MERCIER

 

Seule dans le noir, Opuscule, Adeline Dieudonné, 36 pp. 4 euros, Édition Eric Lamiroy.

*chez www.lamiroy.be : 10 euros

 

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19 11 17

Voyages au cœur de l’humain…

Ici et ailleurs.jpgAprès Obscurité et Le temps de l’errance, Jean-François Foulon publie cette fois Ici et ailleurs, toujours aux Éditions Chloé des Lys à Barry, un recueil passionnant de longues nouvelles divisé en trois segments.

« Afrique » croise six regards sur un même fait dramatique, l'assassinat en République Démocratique du Congo de Fabienne Habary, une jeune femme médecin travaillant pour Médecins Sans Frontières.

« Amérique » va de l'Argentine à la Bolivie, en passant par le bassin de l'Amazone, pour aborder les problèmes sociaux et la lutte des peuples contre l’exploitation.

 « Europe » aborde des thèmes comme la maladie, le chômage, la solitude et la perte des illusions.

Un ouvrage engagé contre les dérives de notre temps, où la chasse au profit prend le pas sur l’humain et bride ses aspirations à une vie digne, au bonheur et à la liberté.

Et un appel au retour de la fraternité humaine, cette vertu en pleine obsolescence, hélas…

Bernard DELCORD

Ici et ailleurs par Jean-François Foulon, Barry, Éditions Chloé des Lys, mai 2017, 293 pp. en noir et blanc au format 15 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 13 €

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29 10 17

Un supermarché nommé désir ! (Magnifique !)

_dekoker.jpgDe cette charmante chroniqueuse, Charlotte Dekoker, que l'on peut entendre chez Walid sur la Première RTBF, je ne connaissais que « Bière qui roule n'amasse pas mousse », qui m'intéressait par l'exploration humoristique de quelques expressions. Cette fois, c'est dans la collection Opuscules d'Eric Lamiroy que je découvre la romancière et « Un supermarché nommé désir ». Une révélation !

Nous allons du supermarché du parking jusque dans les rayons ; et sur deux plans : mini, une séquence de l'enfance, maxi, un bribe de l'histoire d'aujourd'hui. On est emportés par ce suspens qui ne s'arrête qu'à la toute dernière ligne. Entre-temps, le sens de l'observation aigu, les détails qui expliquent et situent, tout nous appelle au coeur du double récit. C'est pleinement réussi !

Pour vous, je recopie quelques extraits :

Texte Maxi :

« C'est rassurant, un homme qui ne va pas trop vite. Je te dépasse pour que tu puisses me voir. Et pour imaginer que tu me regardes. L'instant s'étire. J'ai des fourmis dans la colonne vertébrale. »

Texte Mini :

« C'est magnifique. Encore plus beau que le jardin de papy. La brillance des poivrons m'épate. Ah, si les feux rouges avaient d'aussi belles couleurs, je suis certaine que tu t'y arrêterais plus souvent. »

Et toujours, ce qui caractérise déjà Charlotte Dekoker : une manière d'effronterie délicieuse...

« Tu as arrêté le chariot. J'ai été obligée de te regarder dans les yeux. Tu n'as rien dit. Tu t'es simplement offert à mon regard, avec ce sourire oblique, et c'est comme si tu avais mis ta main dans ma culotte ».

Ou ces deux notations superbes :

« Alcools. Probablement le seul rayon qui porte le nom d'un livre. »

Et enfin :

« -Mais pourquoi pas. Boire du gin tonic me donne l'impression d'être une écrivaine alcoolique.

-Une écrivaine, quoi. »

Décidément, la collection Opuscules nous apporte chaque semaine sa pépite de littérature.

 

Jacques MERCIER

 

« Un supermarché nommé désir », Charlotte Dekoker, Roman, Opuscules, Edition Eric Lamiroy, 10cmX14cm, 50 pp. 4 euros, www.Lamiroy.be

 

 

 

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23 09 17

Dans la bibliothèque d'Eric-Emmanuel Schmitt ...

eric emmanel, schmitt, vengeance du pardon, albin michelVous ne trouverez pas son dernier livre, La vengeance du pardon, ni aucun autre d’ailleurs. Ils sont tous rangés dans son bureau, à Uccle, dans toutes leurs traductions. Pourquoi ? Parce que je ne peux pas vivre avec mes livres. Je fais les miens, je suis heureux qu’on les lise mais je vis avec les livres des autres.

Ecoutez notre entretien dans son intégralité (diffusé dans Café de Flore sur Judaïca et publié en images dans le numéro de novembre du Elle Belgique) :


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La vengeance du pardon, Eric Emmanuel Schmitt, Albin Michel, août 2017, 336 pages, 21€50 env.

Eric Emmanuel Schmitt, Nicky Depasse, comme au cinéma, Populaire

Photo et Artwork, tirée de ma série "Comme au cinéma" : Nicolas Draps

 

 

19 09 17

Le talent d'Isabelle Wéry !

03_Fumer_des_Gitanes_HD_bord_noir.jpgLe talent d'Isabelle Wéry : celui de nous plonger efficacement et avec un tel bonheur dans l'histoire qu'elle nous raconte. C'est une voix qui nous berce, nous bouscule, nous charme et nous étonne. "Fumer des Gitanes" est le troisième numéro de la collection Opuscules, qui nous plaît dans sa diversité et sa régularité (sortie tous les vendredis), mais aussi par le format court et pourtant semblable à un roman. La quatrième de couverture est toujours une belle accroche, qui n'en dévoile pas trop, mais nous donne envie de poursuivre :

Imagine... Tu gardes le manoir de tes amis. Une baraque inouïe. Avec parc immense et piscine. C'est l'été flamboyant. Et ce soir, tu invites une femme, belle comme une italienne. Tu espères bien l'impressionner. Tu t'es ruiné en viande rouge maturée, en vins fous. Ce soir, tu le sens, tu emballes sec. Un paquet de Gitanes traîne dans le petit salon...

On y trouve de superbes pages sur la rencontre amoureuse, on s'en serait douté (lire ses textes pour le théâtre (La Mort du Cochon, Mademoiselle Ari Nue...) ou son second roman :  Marilyn Désossée (Editions Maelström) qui a été finaliste du Prix Victor Rossel et a reçu l'European Union Prize for Literature en 2013. 

J'adore aussi les détails vrais comme la mort de Simone Veil ou le passage de Julien Doré chez Ruquier. 

A savourer en attendant le métro, dans les encombrements ou dans son lit avant de s'endormir. Le plaisir est le même.

 

Jacques MERCIER

 

Fumer des gitanes, Isabelle Wéry, Edition Eric Lamiroy, collection Opsucules N°3, 36 pp, 10X14cm, Prix : 4€ ( + 1€ en envoi postal)www.lamiroy.net 

 

 

 

 

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