19 05 12

Une monographie..monumentale

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Notre blog est en liesse de célébrer, en ce week-end ascensionnel, la naissance - attendue - de la monographie magistrale que Michèle Goslar consacre à l'architecte - belge -  de génie, Victor Horta.

Publication conjointe du célèbre Fonds Mercator et de la Fondation Pierre Lahaut, l'ouvrage, prestigieux, magnifiquement illustré des plans et réalisations de Victor Horta révèle, d'un texte dense, alerte et vivant, le curriculum vitae exhaustif du "père spirituel de la nouvelle architecture",  fruit de treize années d'un travail  rigoureux, courageux, passionné, signé Michèle Goslar.

Nous  sommes tout simplement ...abasourdis, émus d'une telle œuvre.

" Il fallait le génie de Horta pour créer le Palais de tous les arts dont la Belgique rêvait depuis des lustres. Il fallait son génie pour le réaliser sur un terrain ingrat, tout en tenant compte des servitudes  imposées par l'urbanisme et la Ville. Il le fallait encore pour y intégrer les rêves de tous et créer, sur un seul étage apparent, les 8000 m² et les quarante salles d'exposition souhaitées. Il le fallait enfin pour accepter que la monumentalité, qui ne pouvait s'exprimer à l'extérieur, soit cantonnée à l'intérieur, sans en souffrir"

Quintessence d'un art mis au service de ses commanditaires, le Palais des Beaux-Arts  (Rue Ravenstein - Bruxelles) consacre la reconnaissance publique d'un artiste souvent décrié de ses contemporains, injustement traité par les arcanes du pouvoir. Il est l'une des quelque 160 œuvres que Victor Horta compte à son actif,  maisons, villas  et hôtels privés, galeries marchandes et grands magasins, musées,  socles et monuments funéraires, pavillons, ....consciencieusement répertoriées par Michèle Goslar et remis dans la perspective de leur édification.  Car, et c'est un atout majeur de l'ouvrage, l'auteur présente chaque réalisation, dans le contexte de la vie de Victor Horta, et développe sa dévolution, de sa construction à nos jours.

Perfectionniste à outrance, bourreau du travail et de journées actives de 18 à 20 heures..., l'"Archi-Sec", doit à son entrée en Loge quelques-unes de ses plus prestigieuses commandes: les hôtels Hallet (voir sur ce blog  nos chronique et visite récentes ), Autrique, Tassel....témoignent du souci qu'avait Horta de s'adapter au style de vie de ses commanditaires pourvu qu'on lui laissât carte blanche de temps - il était lent, refaisant jusqu'à 10 fois ses plans - et d'argent...

Trahisons, deuils, triomphes de sa vie privée et de son parcours professionnel revêtent sous la plume de Michèle Goslar un tour ..passionnant. Et l'on vient à bout de ce volume riche  - de quatre kilos  - d'illustrations et d'un texte serré, magnifiquement couché sur du papier glacé, plus pénétré que jamais par une juste admiration.

Les têtes de chapitres sont synthétiques et éloquentes, qui permettent une sélection de lecture et un retour régulier aux textes qu'elles chapeautent.

Un ouvrage....monumental.

AE

Victor Horta. 1861-1947. L'Homme- l'Architecte - L'Art nouveau, Michèle Goslar, monographie, Fondation Pierre Lahaut, Fonds Mercator, beau-livre,  mai 2012,  566 pp, 150 €

Billet de ferveur

AE: Michèle Goslar, vous dédiez l'ouvrage à Michel Gilbert, propriétaire de plusieurs maisons Horta (les Hôtels Vincq, Winssinger et Hallet et jusqu'il y a peu, la Villa Carpentier) et célébrez l'authenticité de son souci de restauration. Il accomplit là un travail inestimable:

Michèle Goslar: Au départ, je comptais dédier le livre à Jean Delhaye, architecte lui-même et disciple de Horta, qui a œuvré toute sa vie pour sauver des réalisations de l’architecte gantois. Mais, j’ai douloureusement constaté, durant mon enquête, que plusieurs immeubles acquis pour les sauver avaient été complètement saccagés à l’intérieur car Jean Delhaye était persuadé qu’ils ne pourraient résister au temps qu’en les transformant en immeubles de bureaux ou d’appartements. Ce fut le cas notamment des hôtels Dubois (avenue Brugmann) et Deprez (rue Boduognat)… A l’inverse, Michel Gilbert, qui a aussi acquis quatre hôtels de Horta, les a restaurés, parfois seul (hôtel Vinck), parfois avec l’aide de l’IRPA, mais toujours en restituant l’état le plus proche de l’origine. Ce travail et cette dépense méritaient que je les honore.

AE: avez-vous eu des contacts avec les petits-enfants Laruelle ou tout autre membre de la famille Horta pour rédiger sa biographie?

Michèle Goslar: J’ai, en effet, contacté Christian Laruelle, arrière-petit-fils de Victor Horta, pour obtenir des renseignements sur sa grand-mère, Simone Horta, et la famille. Mais il m’a dit ne pouvoir m’aider d’aucune sorte…

AE: La correspondance de Victor Horta, dont vous citez des bribes, a-t-elle été un moyen commode de cerner sa vérité?

Michèle Goslar: Mes sources essentielles ont été les Mémoires de Horta, mais aussi et surtout les archives (Travaux publics, archives juridiques, archives institutionnelles (CPAS, Cedom (Loge), Musée Horta…etc) et, bien sûr, la visite des immeubles construits par Horta et les discussions avec leurs propriétaires. Je n’ai, malheureusement pas eu accès aux archives Wittamer… La correspondance avec Ilse Conrat Twardowski est la seule où Horta, considérant un peu sa correspondante comme une confidente, confie ses sentiments et dévoile son amertume, notamment à l’égard de son pays. Je l’ai retranscrite et elle est désormais consultable au Musée Horta.

AE: De son origine sociale - il est issu d'un milieu d'artisans - à sa mort assez solitaire, bien des points  et sans doute un génie commun rapprochent Victor Horta d'Antoni Gaudi, le célèbre architecte barcelonais, de 9 ans son aîné. Seriez-vous tentée de creuser un jour la comparaison?

Michèle Goslar: J’ai beaucoup d’admiration pour l’œuvre de Gaudi. J’ai eu l’occasion de voir la Sagrada Famillia que la ville de Barcelone continue à édifier et je rends hommage à un pays, l’Espagne, qui n’a rien détruit de ses architectes Art Nouveau. Mais le génie de Gaudi, baroque à souhait, me parle moins que celui de Horta : ses œuvres présentent un côté « organique » très dérangeant là où Horta est rationnel et élégant, léger et tout en harmonie et finesse. Comme le style de Hankar peut être lourd ou  celui de Van de Velde mièvre… Seul le style de Horta me touche dans toutes ses manières et jusqu’à sa dernière réalisation.

AE: Passer treize années aux côtés d'un génie, à scruter sa vie, ses réalisations, les atteintes bonnes ou pernicieuses qu'on lui a portées,  ce n'est pas anodin, cela vous forge une vie. Victor Horta fait partie de votre vie, désormais:

Michèle Goslar: Tout comme Marguerite Yourcenar, à qui j’ai consacré ma première biographie, Horta fait désormais partie de moi. C’est après coup que j’ai pu constater leurs nombreux points communs : même acharnement dans le travail, même mépris des modes, mêmes déceptions dans le domaine affectif… Horta me touche encore plus car il n’a pas joui, comme Yourcenar, de la reconnaissance unanime de son talent et a connu le saccage de son œuvre de son vivant. Le doute qu’il exprimait sur la valeur de son architecture et sa certitude qu’elle disparaîtrait complètement un jour ont motivé le ton de mon livre, comme si je pouvais le convaincre de la réussite totale de son labeur. Qui sait si l’âme existe ?

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies, Patrimoine | Commentaires (0) |  Facebook | |

25 02 12

Rosa...Sand

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" (...) fut-elle seulement un peintre animalier ou un peintre de paysages mettant en scène des animaux? Le problème est plus complexe  qu'il n'y paraît au premier regard, comme toujours chez cette femme qui ne ressemble à aucune autre ou presque."

Biographie magistrale de Rosa Bonheur (1822- 1899) peintre des Labourage nivernais et  Marché aux chevaux,  l'ouvrage de Gonzague Saint Bris trace l'extraordinaire force rebelle et tranquille qui permit à cette femme  hors normes d'acquérir et de conserver une indépendance à tout crin, une totale émancipation et de se distinguer de la plupart de ses contemporaines.

Mondialement connue de son vivant, particulièrement appréciée des milieux anglo-saxons, cette  adepte de la pensée saint-simonienne, acharnée du travail,  frénétique de la Nature, chimiste des couleurs - qu'elle fabriquait elle-même, "toujours très perspicace dans la gestion de sa carrière"  adopta, à l'instar de George Sand, l'allure vestimentaire masculine et vécut de longues années de discrète idylle avec son amie Nathalie Micas, puis, à la mort de celle-ci, avec l'Américaine, Anna Klumpke, qu'elle institua légataire universelle.

Spécialiste de la célèbre épistolière de Nohant (chère à notre blog...) Gonzague Saint-Bris traque les multiples traits qui rapprochent Rosa Bonheur d'une George Sand, de dix-huit ans son aînée, dans la fraternité d'un génie paysagiste commun. Une George  dont Rosa lira avec..bonheur les œuvres et qu'elle qualifiera de "sœur de plume'

"Et pourtant, à aucun moment, ne semble-t-il, ces deux femmes ne vont se rencontrer"

Mais telle la demeure de Nohant, le château de By garde intacte l'âme de son occupante:

"Si Rosa Bonheur - tous ses contemporains en témoignent - passe pour une femme exceptionnelle, exceptionnelle est aussi la conservation, pratiquement intacte, de son atelier de By, qui nous permet, plus d'un siècle après sa mort, de pénétrer dans son intimité, comme les privilégiés, admis à son époque, dans ce véritable sanctuaire de la nature et qu'elle recevait avec une hauteur courtoise, à la manière de ces princesses habituées dès l'enfance, à recevoir les hommages publics, même si, dans son cas, ceux-ci étaient dus à son génie et non à sa naissance."

Une lecture recommandée

Apolline Elter

Rosa Bonheur - Liberté est son nom, Gonzague Saint-Bris, biographie, Robert Laffont, février 2012, 250 pp + 8 pages de reproductions, 20 €

 Billet de faveur

AE – Gonzague Saint-Bris, vous déplorez le « rendez-vous manqué » de George Sand et de Rosa Bonheur. Devriez-vous  organiser une rencontre entre les deux châtelaines, choisiriez-vous le cadre de Nohant ou de By ?

Gonzague Saint-Bris :  Evidemment Rosa aurait certainement trouvé son bonheur à Nohant. De même Sand, qui partageait les mêmes passions, aurait sans doute trouvé son compte au château de By.

 Mais il est des rendez-vous manqués du passé que l'avenir peut réparer ou  que le présent peut même mettre en scène. Ayant écrit d'abord sur George Sand, la dame de Nohant et ensuite sur Rosa Bonheur, la dame de Thomery, je suis en mesure de vous inviter à assister à leurs retrouvailles virtuelles dans un lieu merveilleux, inspirant, enthousiasmant et exotique à Paris où l'on grignotte au bar avec bonheur : LE ROSA BONHEUR, une guinguette de tradition au 2 allée de la Cascade au bord du parc des Buttes Chaumont.

 agenda.jpgLe soir de la Journée de la Femme, le 8 mars 2012 à partir de 18h00, sera donné au ROSA BONHEUR (01 42 00 00 45) une LECTURE-SIGNATURE-DEDICACE en l'honneur de la sortie de mon livre : Rosa Bonheur, Liberté est son nom (éd. Robert Laffont) . Venez tous à cette fête de l'esprit où vous pourrez assouvir toutes vos gourmandises et fêter à la fois la Femme, George, Rosa et les autres...

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Arts, Biographies, Patrimoine | Commentaires (0) |  Facebook | |

29 09 11

Embarquement immédiat

le_tour_du_monde_en_80_livres_01.jpg" Ce livre est un simple exercice d'admiration, et un coup de chapeau à quelques-unes des figures  qui m'ont donné le goût du voyage, le goût de la curiosité et du respect pour ceux qui me sont différents, ..."

 

Editeur de livres de voyages - il a fondé les éditions Magellan & Cie en 1999 - Marc Wiltz nourrit ses périples à la source de la Littérature. Cette littérature qui porte en elle un gage d'éternité.  Il nous propose un plan de route de vingt-deux escales, structurées autour de thèmes précis - le bonheur de la marche, le regard de l'enfance, la mer,  l'errance, l'attente, le vagabondage, la solitude des îles...-   et de quelque 80 auteurs et oeuvres majeures, écrites ou traduites en français.

 

"Quelques lignes suffisent parfois pour faire sentir immédiatement la communauté de vues entre le lecteur et les pages qu'il a sous les yeux, ..."

 

Visités sous un éclairage neuf, vif, direct et séduisant, les Petit Prince, Don Quichotte,  Bible, Sept piliers de la sagesse, Cent ans de solitude, Voyages de Gulliver, ....et Possibilité d'une île, suscitent l'envie d'un embarquement immédiat.

 

Apolline Elter

Le Tour du Monde en 80 livres, Marc Wiltz, essai, Magellan & Cie, sept. 2011, 264 pp, 19,5€