09 05 17

L'Opéra dans l'histoire... une petite merveille !

 

 

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« Ce livre s'adresse à tout mélomane et aux férus de grands « tubes ». Puisse-t-il enthousiasmer aussi les friands d'histoire culturelle ou d'histoires des mentalités, pour lesquels l'opéra reflétait la magnificence d'un prince. » écrit Bernard Wodon dans l'introduction de l'ouvrage : L'opéra dans l'histoire. D'autre part, Stefano Mazzonis di Pralafera, Directeur de l'Opéra Royal de Wallonie, note dans sa préface : « Par force de détails, précisions, anecdotes et autres curiosités, l'auteur invite le lecteur à découvrir les lieux magiques, où les sentiments des protagonistes sont traduits par les paroles et soutenus par la musique ».

Tous ces mots : friands, curiosités, magiques... ne peuvent qu'aiguiser notre appétit de connaissance.

Et puis, cela commence ainsi : « Les origines de l'opéra remontent à la Grèce antique. Tragédies ou comédies s'accompagnent de danses, de chœurs, de monologues, de duos récités et chantés.... » Et on embarque pour un merveilleux et passionnant voyage de quelques centaines de pages ! Une lecture musicale, qui plus est !

L'éditeur explique bien le propos : « Depuis 1600 en Europe, puis 200 ans plus tard en Amérique, l'opéra reflète les thèmes culturels et les différents aspects de la vie quotidienne. Neuf chapitres retracent chronologiquement cette histoire de l'opéra des origines à nos jours ; contexte historique, style lyrique, décor de théâtre et biographie des compositeurs regroupés par écoles jalonnent ce florilège des principales œuvres du répertoire. Cet outil indispensable en résume les arguments, clarifie les principaux termes musicaux et s'attarde parfois plus longuement sur les grands succès. »

Le livre s'adresse à tout mélomane, enseignant, étudiant, musicologue, ainsi qu'aux professionnels du spectacle, interprètes, programmateurs musicaux et décorateurs sonores.

Un mot de l'auteur : Bernard Wodon, Docteur en Philosophie et Lettres a déjà publié une Histoire de la musique chez Larousse et Mille ans de rayonnement artistique liégeois. Comme j'aime qu'il dédie son libre à sa maman qui a renoncé à sa carrière de cantatrice pour se dévouer pour ses enfants, tout en les sensibilisant aux grands succès du répertoire.

 

 

Jacques MERCIER

 

 

L'opéra dans l'histoire, Bernard Wodon, Les éditions de la province de Liège, 20017, 544 pp, 24 euros.

 

03 12 13

Comment devenir Belge ?

dal verlant belge.jpgDieu, que j'ai ri ! Comme c'est bon de se redécouvrir tels que nous sommes et tels que les autres nous voient ; les Français en particulier ! Le livre est fort bien construit, à la manière d'un guide ou d'un manuel d'histoire scolaire, avec des récapitulatifs et des questionnaires géniaux à la fin de chaque chapitre. "Comment devenir Belge" ! On y voit la patte de Gilles Verlant, qui hélas nous a quittés entretemps et à qui l'auteur, Gilles Dal, dédie l'ouvrage. Gilles fit partie de ma dernière équipe du Jeu des Dictionnaires, brillant par ses billets sur les poncifs, les mots convenus, etc. Il est ici dans son élément ! La préface est de Philippe Geluck qui ne croit plus trop à l'avenir de la Belgique et écrit : "Nous lirons cet ouvrage comme l'orchestre du Titanic  continuait à jouer pendant le naufrage, pour la beauté du geste" !!! Tout serait à souligner, mais cela prendrait beaucoup de temps, car tout est génial et savoureux ! Vraiment au hasard, cet extrait du chapitre "Sachez quoi dire et comment vous comporter en toute circonstance" : "Il y a plusieurs manières de se suicider, en Belgique. Tenter de rouler à vélo sur les pistes cyclables, par exemple. Ou respecter les limitations de vitesse sur la bande de gauche de l'autoroute" ! Gilles Dal n'évite pas, car c'est complet, mais passe rapidement sur les habituels chapitres : qui est Belge ou pas (Devos, Hallyday...) ou sur les recettes traditionnelles, pour s'attacher à ce qui est notre façon de fonctionner. Cela prend, écrit ainsi noir sur blanc, et dans l'accumulation, des proportions délirantes ! On passe du Sénat à la sauce andalouse, du Te Deum au bilinguisme des noms de rue, des chants patriotiques aux problèmes politiques et linguistiques (qui feraient finalement le ciment du pays !). N'hésitez pas offrir ce manuel drôle et qui deviendra indispensable pour répondre aux questions sur nous ! Car s'il y a quelques années le Belge était encore un ringard, il est "devenu aujourd'hui non seulement "tendance" aux yeux des contribuables français, mais il incarne la classe ultime." Tout ce qui est belge suscite désormais le plus vif intérêt !

 

Jacques MERCIER

"Comment devenir Belge - en dix leçons" par Gilles Dal, préface de Philippe Geluck. Edition Michel Lafon, 294 pages. (Couverture avec passeport belge à découper - de Johan de Moor. Illustrations intérieures de Frédéric Jannin) 14,95 euros (Ah ! ce 95 !)

27 11 13

Magnifiques histoires des Mayas

la femme sans tête.jpgNicole Genaille est une spécialiste des cultes isiaques. Elle se consacre aujourd'hui à l'étude de la langue et de la civilisation Mayas. Elle nous propose dans la traduction française de l'espagnol, avec des annotations et une postface plus qu'intéressantes "La Femme sans tête et autres histoires mayas" ! L'auteur, José Natividad Ic Xec est né dans le sud du Yucatàn, journaliste, il dirige depuis janvier 2012 le projet éditorial el Chilam Balam, dans lequel il donne voix aux Mayas d'hier et d'aujourd'hui ! Dans son prologue l'auteur écrit : "Un aïeul à la maison est une richesse inestimable. Les familles devraient converser davantage avec les anciens car ils gardent des trésors dans leur mémoire, et ils les partageraient volontiers si on leur en donnait l'opportunité". Quel bonheur rare de pouvoir nous promener dans ces histoires, où justement l'auteur s'implique et illustre les propos de photos. Les titres sont évocateurs : "Une belle femme-serpent", "Le mystère des vipères", "Le taureau noir de Tabi", etc. Bien sûr "La femme sans tête" qui ouvre le recueil. Quelques lignes pour vous donner le ton de l'ouvrage : "Midi est une heure dangereuse parce que c'est le moment où se lèvent les vents mauvais, l'heure à laquelle le paysan rentre du champ après s'être imprégné d'énergies inconnues durant son séjour dans les bois." Ou dans "La véracité des songes" : "Ce sont là quelques-unes des scènes les plus inquiétantes de mes mauvais rêves. Tôt ou tard, disent les Anciens, le contenu des rêves se révèle à nous dans sa plénitude, avec un côté amer et un autre doux, et quand nous nous en rendons compte, nous sommes déjà en train de le vivre>. C'est alors que nous nous exclamons : "Cela m'est déjà arrivé ! Je le savais déjà !" A la fin d'une postface passionnante, Nicole Genaille conclut en souhaitant que grâce à la publication de ces textes, José éveille aussi d'autres âmes, étrangères, à sympathiser avec un monde trop souvent vu à travers le filtre de l'archéologie et du tourisme, un monde bien vivant encore dans les campagne du Mayab. "Si j'y cherchais une comparaison à faire avec la vie littéraire française, mes pensées iraient spontanément vers George Sand : le jardin enchanté français paraît bien enfoui dans le passé."

 

Jacques MERCIER

"La femme sans tête et autres histoires mayas" par José Natividad Ic Xec, traduction, annotation et postface de Micole Genaille. Editions Rue d'Ulm. 146 pp. 33 illustrations, 14X18 cm. 15 euros.

14 02 13

Les chercheurs d'éternité !

 

120928 Chercheurs d'éternité  - communiqué de presse - Copie.pdf - Adobe Reader.JPGUne incroyable épopée d'aujourd'hui nous est racontée de l'intérieur et nous ne pouvons qu'être enthousiasmés par ce livre. Il s'agit dans "Les chercheurs d'éternité" de Johan-Frédérik Hel Guedj de nous livrer de A à Z la construction et l'installation de la première station polaire zéro Émission en Antarctique. L'auteur nous donne le récit de cette incroyable aventure menée sous la direction d'Alain Hubert. Nous vivons les premiers survols en biplan du lieu jusqu'à l'inauguration rocambolesque de la station. Alain Hubert écrit dans la sa préface à propos de "Princess Élisabeth" : "Son existence est celle d'un éclaireur : elle ouvre des voies nouvelles, elle déchiffre un territoire encore largement vierge et, en auscultant l"Inlandsis, le continent antarctique, elle décrypte l'avenir de la planète, ses chances et ses dangers." La présentation personnelle de l'auteur, au début du récit, donne tout de suite le ton de l'ouvrage passionnant et qui ne manque pas d'humour : "Je fuis le froid. J'étudie à l'air stable des bibliothèques. Je gagne ma croûte à la chaleur des fourneaux." C'est comme une énigme du sphinx ! L'auteur va s'insérer dans l'histoire comme cuisinier et comme un descendant du baron Gaston de Gerlache de Gomery, qui conduisit l'expédition de la base Roi Baudouin en 1957 ! Cela nous vaut la découverte d'un testament et de ses codicilles, dignes d'une histoire de Tintin. Il y a bien sûr une énigme, une histoire de chiens retrouvés morts... L'auteur tient une sorte de journal de bord et lit parfois en parallèle, précisément, les archives de 1957. On découvre des personnalités pittoresques à bord du cargo, tel le "Révérend" qui aime philosopher et dit : "La connaissance vient à celui qui ne cherche pas à comprendre." On est à l'intérieur de l'aventure, réellement. Nous vibrons à la lecture de "66 degrés 33 minutes 44 secondes : Nous avons franchi le cercle polaire" ! On est émus par le discours de bienvenue d'Alain Hubert, couvert d'un bonnet vert à pompon et qui rappelle les règles sur place : "Ici, c'est le socle du monde. Je vous invite à respecter trois règles : veillez sur vous-même, veillez sur les autres et ne faites jamais rien seul" ! On vit donc le voyage, la construction, l'installation. Avec tout ce qu'on peut imaginer, et bien plus ! "Quand le vent souffle, c'est le vacarme. Le vent est un boxeur aux mille poings qui frappe sur la toile tendue et possède un jeu de jambes et une allonge d'enfer." Bien sûr on découvre au détour d'une des merveilleuses pages la signification du titre : "Quand le soleil est à la même hauteur sur l'horizon, on ne sait plus s'il est midi ou minuit. Dès lors, il n'y a plus d'heure. Dès lors, au Pôle, on ne cherche plus l'éternité, on l'a trouvée !" Enfin, après tant de péripéties, prosaïques parfois, en février 2008 : "La carène s'habille. Le ventre voûté se pare de reflets. Les courbes s'allongent et s'affinent" et en mars : "L'échafaudage démonté, elle étire ses jambes blanches. un jeu de miroir entre le ventre en inox, la neige et les montagnes. Un vaisseau spatial en sustentation quelques mètres au-dessus des rochers d'une planète"... Et puis aussi une escalade magnifique, un retour à Bruxelles, un coup de théâtre dans le testament... J'aime cette description de notre grand aventurier maître d’œuvre : "Mister Alain Hubert n'est pas puritain, il est réservé. Il n'est pas contre la fête, il est contre l'excès. Le seul qu'il connaisse, c'est l'excès d'effort". Suivez ce récit extra-ordinaire de ces chercheurs d'éternité, vous y trouverez ce supplément d'âme qui manque tellement au quotidien de nos vies enfouies dans le bruit et la vitesse !

 

Jacques MERCIER

 

"Les chercheurs d'éternité" par Johan-Frédérik Hel Guedj, Genèse Édition, 288 pp, Format 15X23 cm, 24,50 euros.

 

 

08 02 13

Tout, tout, tout sur les parfums...

parfum marmet_0001.jpgPascal Marmet nous offre un livre complet : un roman, une histoire, de la presque vraie vie, de l'information... Tout, tout, vous saurez tout sur les parfums ! On lit ce "Roman du Parfum" de plusieurs manières simultanées, c'est fantastique ! L'auteur explique dans l'introduction le fonctionnement de son livre, l'explication de l'intervention en fil rouge de l'acteur Tony Curtis (et nous vivons avec lui une histoire plus authentique que la vraie vie sans aucun doute, tant est grand le talent de l'auteur !) et de la narratrice, "nez" chez les grands parfumeurs, la belle Sabrina. Les premières pages dans l'aéroport avec Sabrina qui "sent" vraiment les moindres parfums, odeurs, qu'elle croise sont magistrales et nous forcent à avancer au plus vite dans la connaissance du sujet. J'aime quand elle raconte son amour de la lecture, page 17 : "Lire fut ma câlinothérapie, mon espace de soin, la cathédrale où j'édifiais mon être, le palais de mots qui tapissait mon mur intérieur". J'aime aussi ce qui déclencha son don : "La première fois où je pris conscience du royaume des odeurs, ce fut sous un tilleul." Et d'expliciter quelques lignes plus loin : "Quand l'orage d'un gris anthracite a menacé, le ciel s'est plombé. C'est alors que des seaux d'eau ont traversé le ciel. Au milieu de cette approximative nuit, l'arbre a irradié comme s'il avait emprisonné du soleil dans ses feuilles. Une cascade d'effluves et de bienfaits s'est répandue sur mon front. Je buvais cette odeur, m'en empreignais jusqu'à l'ivresse, je m'y noyais". On suit toute l'histoire des parfums, on apprend ou réapprend toute l'histoire de la création des grands parfums. Qui sait que c'est Ibn Sina, l'inventeur des essences essentielles ? Que Giovanni Maria Farina est l'inventeur de l'eau de Cologne ? etc. L'humour n'est pas absent, comme de faire faire dire "je n'en ai rien à cirer" à un cireur de chaussures de Broadway ! La philosophie non plus n'est pas absente : "Je crois aussi qu'il faut rester un débutant éternel et ne pas se prendre pour Dieu", lit-on. Ou ceci : "L'audace est toute l'histoire de ma vie parce qu'on ne découvre pas de terre nouvelle sans consentir à perdre de vue les rivages de nos certitudes." Et puis cette formidable mine de renseignements sur l'aventure du parfum. Par exemple : "Lorsque Poppée décède, Néron l'incendiaire fit brûler le stock annuel de cannelle importée de Ceylan juste pour noyer son chagrin dans cet arôme"... Ou ceci à propos d'Estée Lauder : "Un jour, par colère, elle a cassé la bouteille du parfum dans un magasin. Pendant plusieurs jours, les clientes ont réclamé ce parfum et il a fait sa fortune" ! C'est à un merveilleux voyage que vous invite Pascal Marmet, respirez bien !

 

Jacques MERCIER

 

"Le Roman du Parfum", Pascal Marmet, Editions du Rocher, 266 pages. 20,20 euros.

Écrit par Jacques Mercier dans Histoire, Jacques Mercier, Patrimoine, Romans, Société | Commentaires (1) |  Facebook | |

05 02 13

Stefan & Lotte

url (47).jpgClairement planifié, le suicide conjoint de Stefan et Lotte Zweig, le 22 février 1942,  a bouleversé,  au-delà de l'entourage proche,  ce Brésil qui fut leur terre d'accueil et les innombrables lecteurs de l'écrivain de génie.

La publication de lettres que le couple écrivit, à deux plumes, principalement à Manfred Altmann, frère de Lotte et son épouse Hannah, de 1940 à 1942, révèle les états d'esprit successifs de gratitude et d'abattement qui étaient leurs.

Conscient  et coupable de la vie privilégiée qu'il connaissait au Brésil, loin de la guerre que se livrait l'Europe  et de ses repressions antisémites,  le célèbre écrivain, "épistolier invétéré", se tourmentait continuellement pour ses proches restés en Europe.   

L'isolement que s'imposa le couple, le retrait progressif des mondanités et de l'accès à la culture, les violentes crises d'asthme de Lotte, la morosité inattendue de l'hiver brésilien, la perspective "terrifiante" du soixantième  anniversaire de Stefan,  les nouvelles désastreuses concernant le conflit armé, leur impuissance à aider leurs proches,  l'aliénation ressentie.....eurent raison de leur dernière confiance en la vie.

Du Brésil et de Petropolis qui fut leur dernière demeure, mais aussi d'Argentine et de New York où le couple séjourna de janvier à août 41, les lettres révèlent le quotidien du couple, leur altruisme, l'élégance généreuse et courtoise de Stefan Zweig et le tempérament de Lotte si injustement occulté par la postérité.

Le recueil se referme sur les lettres du 21 février et l'hommage que leur rendit leur voisin et ami, le Docteur Ernest Feder.

Un témoignage poignant.

AE

 Stefan et Lotte Zweig - Lettres d'Amérique - New York, Argentine, Brésil 1940-1942, Edition établie et préfacée par Darién J; Davis et Olivier Marshall - traduit de l'anglais par Adrienne Boutang et Baptiste Touverey, Grasset, novembre 2012, 306 pp, 22 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Patrimoine | Commentaires (0) |  Facebook | |

05 01 13

Promenades au coeur de Namur

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 C'est une promenade au coeur de Namur que je - et surtout Fabien De Roose, vous propose pour clore en beauté ces vacances de Noël 

Après Bruxelles ( 1 et 2) et Liège vue(s) par les peintres (Ed Racine 2010 - 2011),  le fondateur de l'asbl Dédale, guide passionné, organisateur de nombreuses promenades picturales à travers France et Belgique, propose cinq parcours pédestres, autour de la cathédrale Saint-Aubain, dans la vieille ville,  aux fils de la Sambre dont Namur consacre le "chant du cygne", de la Meuse et de la belle vallée mosane jusqu'à Profondeville...

Pétries de répères historiques, les présentations d'oeuvres sont assorties de photos actuelles prises selon l'exact angle de vue du tableau. Cela rend le propos particulièrement intéressant, invitant les autochtones à considérer leur ville d'un regard neuf, les visiteurs à en admirer les vestiges du passé. Quelques anecdotes pimentent les propos qui le rendent particulièrement savoureux. Les noms d'Albert Dandoy, "peintre le plus prolifique du XXe siècle", Eugène Colignon, Jean Legrand, Franz Kegeljan, Félicien Rops... bien connus des natifs de la ville, résonnent désormais comme les révélateurs d'un magnifique patrimoine.

Apolline Elter

Namur vue par les peintres, Promenades au coeur de la ville, Fabien De Roose, beau livre, Editions Racine, décembre 2012, 152 pp, 24,95 € 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Beaux Livres, Patrimoine | Commentaires (1) |  Facebook | |

19 05 12

Une monographie..monumentale

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Notre blog est en liesse de célébrer, en ce week-end ascensionnel, la naissance - attendue - de la monographie magistrale que Michèle Goslar consacre à l'architecte - belge -  de génie, Victor Horta.

Publication conjointe du célèbre Fonds Mercator et de la Fondation Pierre Lahaut, l'ouvrage, prestigieux, magnifiquement illustré des plans et réalisations de Victor Horta révèle, d'un texte dense, alerte et vivant, le curriculum vitae exhaustif du "père spirituel de la nouvelle architecture",  fruit de treize années d'un travail  rigoureux, courageux, passionné, signé Michèle Goslar.

Nous  sommes tout simplement ...abasourdis, émus d'une telle œuvre.

" Il fallait le génie de Horta pour créer le Palais de tous les arts dont la Belgique rêvait depuis des lustres. Il fallait son génie pour le réaliser sur un terrain ingrat, tout en tenant compte des servitudes  imposées par l'urbanisme et la Ville. Il le fallait encore pour y intégrer les rêves de tous et créer, sur un seul étage apparent, les 8000 m² et les quarante salles d'exposition souhaitées. Il le fallait enfin pour accepter que la monumentalité, qui ne pouvait s'exprimer à l'extérieur, soit cantonnée à l'intérieur, sans en souffrir"

Quintessence d'un art mis au service de ses commanditaires, le Palais des Beaux-Arts  (Rue Ravenstein - Bruxelles) consacre la reconnaissance publique d'un artiste souvent décrié de ses contemporains, injustement traité par les arcanes du pouvoir. Il est l'une des quelque 160 œuvres que Victor Horta compte à son actif,  maisons, villas  et hôtels privés, galeries marchandes et grands magasins, musées,  socles et monuments funéraires, pavillons, ....consciencieusement répertoriées par Michèle Goslar et remis dans la perspective de leur édification.  Car, et c'est un atout majeur de l'ouvrage, l'auteur présente chaque réalisation, dans le contexte de la vie de Victor Horta, et développe sa dévolution, de sa construction à nos jours.

Perfectionniste à outrance, bourreau du travail et de journées actives de 18 à 20 heures..., l'"Archi-Sec", doit à son entrée en Loge quelques-unes de ses plus prestigieuses commandes: les hôtels Hallet (voir sur ce blog  nos chronique et visite récentes ), Autrique, Tassel....témoignent du souci qu'avait Horta de s'adapter au style de vie de ses commanditaires pourvu qu'on lui laissât carte blanche de temps - il était lent, refaisant jusqu'à 10 fois ses plans - et d'argent...

Trahisons, deuils, triomphes de sa vie privée et de son parcours professionnel revêtent sous la plume de Michèle Goslar un tour ..passionnant. Et l'on vient à bout de ce volume riche  - de quatre kilos  - d'illustrations et d'un texte serré, magnifiquement couché sur du papier glacé, plus pénétré que jamais par une juste admiration.

Les têtes de chapitres sont synthétiques et éloquentes, qui permettent une sélection de lecture et un retour régulier aux textes qu'elles chapeautent.

Un ouvrage....monumental.

AE

Victor Horta. 1861-1947. L'Homme- l'Architecte - L'Art nouveau, Michèle Goslar, monographie, Fondation Pierre Lahaut, Fonds Mercator, beau-livre,  mai 2012,  566 pp, 150 €

Billet de ferveur

AE: Michèle Goslar, vous dédiez l'ouvrage à Michel Gilbert, propriétaire de plusieurs maisons Horta (les Hôtels Vincq, Winssinger et Hallet et jusqu'il y a peu, la Villa Carpentier) et célébrez l'authenticité de son souci de restauration. Il accomplit là un travail inestimable:

Michèle Goslar: Au départ, je comptais dédier le livre à Jean Delhaye, architecte lui-même et disciple de Horta, qui a œuvré toute sa vie pour sauver des réalisations de l’architecte gantois. Mais, j’ai douloureusement constaté, durant mon enquête, que plusieurs immeubles acquis pour les sauver avaient été complètement saccagés à l’intérieur car Jean Delhaye était persuadé qu’ils ne pourraient résister au temps qu’en les transformant en immeubles de bureaux ou d’appartements. Ce fut le cas notamment des hôtels Dubois (avenue Brugmann) et Deprez (rue Boduognat)… A l’inverse, Michel Gilbert, qui a aussi acquis quatre hôtels de Horta, les a restaurés, parfois seul (hôtel Vinck), parfois avec l’aide de l’IRPA, mais toujours en restituant l’état le plus proche de l’origine. Ce travail et cette dépense méritaient que je les honore.

AE: avez-vous eu des contacts avec les petits-enfants Laruelle ou tout autre membre de la famille Horta pour rédiger sa biographie?

Michèle Goslar: J’ai, en effet, contacté Christian Laruelle, arrière-petit-fils de Victor Horta, pour obtenir des renseignements sur sa grand-mère, Simone Horta, et la famille. Mais il m’a dit ne pouvoir m’aider d’aucune sorte…

AE: La correspondance de Victor Horta, dont vous citez des bribes, a-t-elle été un moyen commode de cerner sa vérité?

Michèle Goslar: Mes sources essentielles ont été les Mémoires de Horta, mais aussi et surtout les archives (Travaux publics, archives juridiques, archives institutionnelles (CPAS, Cedom (Loge), Musée Horta…etc) et, bien sûr, la visite des immeubles construits par Horta et les discussions avec leurs propriétaires. Je n’ai, malheureusement pas eu accès aux archives Wittamer… La correspondance avec Ilse Conrat Twardowski est la seule où Horta, considérant un peu sa correspondante comme une confidente, confie ses sentiments et dévoile son amertume, notamment à l’égard de son pays. Je l’ai retranscrite et elle est désormais consultable au Musée Horta.

AE: De son origine sociale - il est issu d'un milieu d'artisans - à sa mort assez solitaire, bien des points  et sans doute un génie commun rapprochent Victor Horta d'Antoni Gaudi, le célèbre architecte barcelonais, de 9 ans son aîné. Seriez-vous tentée de creuser un jour la comparaison?

Michèle Goslar: J’ai beaucoup d’admiration pour l’œuvre de Gaudi. J’ai eu l’occasion de voir la Sagrada Famillia que la ville de Barcelone continue à édifier et je rends hommage à un pays, l’Espagne, qui n’a rien détruit de ses architectes Art Nouveau. Mais le génie de Gaudi, baroque à souhait, me parle moins que celui de Horta : ses œuvres présentent un côté « organique » très dérangeant là où Horta est rationnel et élégant, léger et tout en harmonie et finesse. Comme le style de Hankar peut être lourd ou  celui de Van de Velde mièvre… Seul le style de Horta me touche dans toutes ses manières et jusqu’à sa dernière réalisation.

AE: Passer treize années aux côtés d'un génie, à scruter sa vie, ses réalisations, les atteintes bonnes ou pernicieuses qu'on lui a portées,  ce n'est pas anodin, cela vous forge une vie. Victor Horta fait partie de votre vie, désormais:

Michèle Goslar: Tout comme Marguerite Yourcenar, à qui j’ai consacré ma première biographie, Horta fait désormais partie de moi. C’est après coup que j’ai pu constater leurs nombreux points communs : même acharnement dans le travail, même mépris des modes, mêmes déceptions dans le domaine affectif… Horta me touche encore plus car il n’a pas joui, comme Yourcenar, de la reconnaissance unanime de son talent et a connu le saccage de son œuvre de son vivant. Le doute qu’il exprimait sur la valeur de son architecture et sa certitude qu’elle disparaîtrait complètement un jour ont motivé le ton de mon livre, comme si je pouvais le convaincre de la réussite totale de son labeur. Qui sait si l’âme existe ?

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies, Patrimoine | Commentaires (0) |  Facebook | |

25 02 12

Rosa...Sand

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" (...) fut-elle seulement un peintre animalier ou un peintre de paysages mettant en scène des animaux? Le problème est plus complexe  qu'il n'y paraît au premier regard, comme toujours chez cette femme qui ne ressemble à aucune autre ou presque."

Biographie magistrale de Rosa Bonheur (1822- 1899) peintre des Labourage nivernais et  Marché aux chevaux,  l'ouvrage de Gonzague Saint Bris trace l'extraordinaire force rebelle et tranquille qui permit à cette femme  hors normes d'acquérir et de conserver une indépendance à tout crin, une totale émancipation et de se distinguer de la plupart de ses contemporaines.

Mondialement connue de son vivant, particulièrement appréciée des milieux anglo-saxons, cette  adepte de la pensée saint-simonienne, acharnée du travail,  frénétique de la Nature, chimiste des couleurs - qu'elle fabriquait elle-même, "toujours très perspicace dans la gestion de sa carrière"  adopta, à l'instar de George Sand, l'allure vestimentaire masculine et vécut de longues années de discrète idylle avec son amie Nathalie Micas, puis, à la mort de celle-ci, avec l'Américaine, Anna Klumpke, qu'elle institua légataire universelle.

Spécialiste de la célèbre épistolière de Nohant (chère à notre blog...) Gonzague Saint-Bris traque les multiples traits qui rapprochent Rosa Bonheur d'une George Sand, de dix-huit ans son aînée, dans la fraternité d'un génie paysagiste commun. Une George  dont Rosa lira avec..bonheur les œuvres et qu'elle qualifiera de "sœur de plume'

"Et pourtant, à aucun moment, ne semble-t-il, ces deux femmes ne vont se rencontrer"

Mais telle la demeure de Nohant, le château de By garde intacte l'âme de son occupante:

"Si Rosa Bonheur - tous ses contemporains en témoignent - passe pour une femme exceptionnelle, exceptionnelle est aussi la conservation, pratiquement intacte, de son atelier de By, qui nous permet, plus d'un siècle après sa mort, de pénétrer dans son intimité, comme les privilégiés, admis à son époque, dans ce véritable sanctuaire de la nature et qu'elle recevait avec une hauteur courtoise, à la manière de ces princesses habituées dès l'enfance, à recevoir les hommages publics, même si, dans son cas, ceux-ci étaient dus à son génie et non à sa naissance."

Une lecture recommandée

Apolline Elter

Rosa Bonheur - Liberté est son nom, Gonzague Saint-Bris, biographie, Robert Laffont, février 2012, 250 pp + 8 pages de reproductions, 20 €

 Billet de faveur

AE – Gonzague Saint-Bris, vous déplorez le « rendez-vous manqué » de George Sand et de Rosa Bonheur. Devriez-vous  organiser une rencontre entre les deux châtelaines, choisiriez-vous le cadre de Nohant ou de By ?

Gonzague Saint-Bris :  Evidemment Rosa aurait certainement trouvé son bonheur à Nohant. De même Sand, qui partageait les mêmes passions, aurait sans doute trouvé son compte au château de By.

 Mais il est des rendez-vous manqués du passé que l'avenir peut réparer ou  que le présent peut même mettre en scène. Ayant écrit d'abord sur George Sand, la dame de Nohant et ensuite sur Rosa Bonheur, la dame de Thomery, je suis en mesure de vous inviter à assister à leurs retrouvailles virtuelles dans un lieu merveilleux, inspirant, enthousiasmant et exotique à Paris où l'on grignotte au bar avec bonheur : LE ROSA BONHEUR, une guinguette de tradition au 2 allée de la Cascade au bord du parc des Buttes Chaumont.

 agenda.jpgLe soir de la Journée de la Femme, le 8 mars 2012 à partir de 18h00, sera donné au ROSA BONHEUR (01 42 00 00 45) une LECTURE-SIGNATURE-DEDICACE en l'honneur de la sortie de mon livre : Rosa Bonheur, Liberté est son nom (éd. Robert Laffont) . Venez tous à cette fête de l'esprit où vous pourrez assouvir toutes vos gourmandises et fêter à la fois la Femme, George, Rosa et les autres...

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Arts, Biographies, Patrimoine | Commentaires (0) |  Facebook | |

29 09 11

Embarquement immédiat

le_tour_du_monde_en_80_livres_01.jpg" Ce livre est un simple exercice d'admiration, et un coup de chapeau à quelques-unes des figures  qui m'ont donné le goût du voyage, le goût de la curiosité et du respect pour ceux qui me sont différents, ..."

 

Editeur de livres de voyages - il a fondé les éditions Magellan & Cie en 1999 - Marc Wiltz nourrit ses périples à la source de la Littérature. Cette littérature qui porte en elle un gage d'éternité.  Il nous propose un plan de route de vingt-deux escales, structurées autour de thèmes précis - le bonheur de la marche, le regard de l'enfance, la mer,  l'errance, l'attente, le vagabondage, la solitude des îles...-   et de quelque 80 auteurs et oeuvres majeures, écrites ou traduites en français.

 

"Quelques lignes suffisent parfois pour faire sentir immédiatement la communauté de vues entre le lecteur et les pages qu'il a sous les yeux, ..."

 

Visités sous un éclairage neuf, vif, direct et séduisant, les Petit Prince, Don Quichotte,  Bible, Sept piliers de la sagesse, Cent ans de solitude, Voyages de Gulliver, ....et Possibilité d'une île, suscitent l'envie d'un embarquement immédiat.

 

Apolline Elter

Le Tour du Monde en 80 livres, Marc Wiltz, essai, Magellan & Cie, sept. 2011, 264 pp, 19,5€