24 05 17

Le jazz

 

_le jazz.jpgLe Jazz” est le premier ouvrage d’une toute nouvelle collection proposée par les Editions Ikor. Il est écrit par un jazzman : Stéphane Mercier

Ce livre s’adresse à tout public. En effet, l’apparition du jazz est présentée dans son contexte politique et social. Les parallèles sont tirés entre l’évolution du jazz et les événements marquants de notre société démocratique et capitaliste: l’immigration, la ségrégation, la prohibition, la Seconde Guerre mondiale, les grandes inventions et les révolutions ont influencé cet idiome en perpétuel changement. La grande Histoire est contée à travers les petites histoires de ces personnalités attachantes.

Aujourd’hui, le jazz est plus que jamais parmi nous, car cette musique créative et interactive se veut porteuse de messages de justice, d’égalité, de tolérance et d’anti-conformisme.

L’auteur vous invite donc à entrer dans la fabuleuse histoire du jazz, qui est d’une certaine manière notre histoire à tous…

Passionné d’histoire du jazz depuis les années 80, le saxophoniste Stéphane Mercier étudie au Jazz Studio d’Anvers, au Conservatoire Royal de Bruxelles et au Berklee College of Music.

Les sept années passées ensuite à New York lui donnent l’occasion de croiser certains acteurs de première main comme Herbie Hancock, Wynton Marsalis, Horace Silver, Tommy Flanagan ou George Benson. Il entend des histoires de proches de Duke Ellington et de Charlie Parker, comme celles de l’éminent professeur Herb Pomeroy.

Rentré en Europe, Toots Thielemans l’aide à rencontrer Quincy Jones, lançant une série d’interviews, dont celle de Kenny Garrett, saxophoniste ayant cotoyé les derniers grands orchestres et leaders de la grande époque.

En 2013, il monte un spectacle sur l’histoire du jazz : “La Boîte de Jazz” attire 27 000 spectateurs en un an et demi, soit 270 représentations à guichets fermés.

C'est un petit livre « tout simple », pas cher et très bien écrit et vraiment agréable à parcourir (vous pouvez l'emporter partout). C'est aussi une mine de renseignements : disques, livres, anecdotes sur le jazz si vous voulez prolonger la lecture ou l'étoffer. Le début d'une belle collection et une belle carte de visite pour son auteur.

Jacques Mercier

« Le Jazz », Stéphane Mercier, Ikor Editions, collection "c'est tout simple" sous la direction de Marc Bailly, 110 pp, 12cmX17cm, 9,99 euros. www.ikoreditions.com

 

 

19 10 16

Si ce n'est lui

product_9782070793655_195x320.jpg" Bien des années ont passé et je ne sais pas ce qu'Anton est devenu. Mais c'est bien la dernière personne pour laquelle il y a à s'inquiéter: Dieu ne l'abandonnera pas et, chose plus rare, les hommes non plus."

Anton, c'est "Un homme qu'on oublie pas", brève relation que l'écrivain viennois présente comme une "histoire vécue", rencontre d'avec un homme pétri de bonté désintéressée.

Etait-ce lui?  seconde nouvelle de ce Folio 2 €, profile un drame effroyable, de ceux dont Stefan Zweig a le secret, dont il fait monter la tension narrative, infaillible, implacable, saisissant le lecteur d'une oppression croissante et dérangeante.

Nanti de nouveaux voisins, le couple de la narratrice - d'aimables retraités - observe avec sidération la personnalité plutôt envahissante de Limpley. 

 " Jamais, avant de connaître Limpley, jamais nous autres vieilles gens n'avions imaginé que des qualités aussi positives que la générosité, la gentillesse, la franchise et la chaleur des sentiments puissent vous pousser au désespoir par leur démesure intempestive."

C'est dire..

On croit lire Les Catilinaires (Amélie Nothomb, roman, Ed. Albin Michel, 1995) 

Sidéré à son tour, le lecteur sent poindre le drame - il ne va pas tarder à se manifester, conséquence de la double irruption dans le jeune couple d'un chien, Ponto et d'un bébé..

Betsy,la narratrice, prend le lecteur à témoin de son soupçon: "Personnellement, je suis quasiment certaine que c'est lui l'assassin, mais il me manque la preuve ultime, la preuve inébranlable."

Etait-ce lui ? précédé d'Un homme qu'on n'oublie pas, Stefan Zweig, nouvelles traduites de l'allemand (Autriche) par Laure Bernardi et Isabelle Kalinowski, extraites de Roman, nouvelles et récits, tome II, Ed. de la Pléiade, Folio 2 €, n° 6184,  juillet 2016, 96 pp

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Poche | Commentaires (0) |  Facebook | |

30 06 16

Un apprenti-pilote sur le Mississipi

 

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"Quand j'étais enfant, mes camarades et moi n'avions, dans notre village" de la rive ouest du  Mississippi, qu'un rêve proprement inaltérable: être marinier sur un bateau à vapeur. Nous avions des ambitions éphémères d'une autre nature, mais elles n'étaient qu'éphémères."

Ains'Incipit le texte fraîchement publié auprès des éditions Folio 2 €, extrait des chapitres IV à XI de La vie sur le Mississippi, de Mark Twain, illustre auteur des Aventures de Tom Sawyer

Une lecture de vacances au doux parfum de votre enfance

A quoi rêvent les garçons. Un apprenti i pilote sur le Mississippi, Mark Twain, texte traduit de l'américain et annoté par Philippe Jaworski, Ed. Gallimard, coll.Folio 2 €, mai 2016, 100 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Poche | Commentaires (0) |  Facebook | |

08 10 15

Quand, enfants, nous récitions...

recitation.jpgOui, ce livre est l'écho parfait des cahiers de notre enfance, où l'on trouvait de belles poésies à réciter en classe ! La « Madeleine » des amoureux de la langue française... Ces « 100 récitations d'hier pour aujourd'hui » nous proposent des textes simples et beaux, avec des auteurs renouvelés. Bien entendu : Hugo, Baudelaire, Apollinaire, Verlaine, de La Fontaine, mais aussi Pierre Gamarra, Alain Bosquet, Charles Trenet, Maurice Carême, Lucienne Desnoues. Un excellent choix d'Albine Novarino-Pothier, qui a classé ces poèmes de manière à s'en servir utilement en classe : La rentrée, les vacances, l'été... mais aussi « Ombres et fêlures » ou « Le monde des grands » !

L'édition soignée est aussi agrémentée d'une quinzaine de dessins d'enfants originaux magnifiques.

Albine Novarino nous rappelle dans la préface la phrase de Saint-Exupéry : « Tous les grandes personnes ont d'abord été des enfants, mais très peu d'entre elles s'en souviennent ». Si vous l'aviez perdu, le souvenir de votre enfance vous reviendra au fil des pages avec émotion.

Elle rappelle aussi que « Quand on est petit, on s'inscrit dans le temps qu'il fait et dans celui qui vient. Très tôt, globalement, tout s'organise en années scolaires ».

Comme octobre est mon mois préféré et que Louis Mercier, (à chaque fois une courte bio est ajoutée) poète né dans la Loire en 1870, est sans doute un de mes lointains cousins, voici quelques vers extraits de « En octobre » :

 

L'air est fait d'un cristal fluide qu'on croit voir.

L'horizon délicat tremble dans les buées,

Et dès l'après-midi l'on sent déjà le soir.

 

Sorti récemment dans la même collection « Le goût des mots », dirigée avec grand talent par Philippe Delerm pour « Points » : « Sky my boss » de Jean-Loup Chifflet pour apprendre un anglais basique savoureux. Ah, les mots « déçus de rencontrer notre respect alors qu'ils voudraient notre amitié » dit joliment Philippe Delerm.

 

Jacques MERCIER

 

« 100 récitations d'hier pour aujourd'hui », Collectif sous la direction d'Albine Novarino-Pothier. Edition Points, collection « Le goût des mots », 192 pages. 10 euros.

15 09 15

Les Tweets sont des chats !

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Avec ce joli titre : « Les tweets sont des chats », Bernard Pivot propose aujourd'hui en version poche ce recueil original pour un vrai littéraire. Il s'en explique d'emblée dans l'avant-propos : « On se doute que je ne suis pas favorable à la tricherie qui consiste à abréger les mots et à se ficher de l'orthographe. »

Il définit ce lieu d'échange : « Twitter ou les brèves d'un gigantesque comptoir. » Et il se justifie : « Pourquoi les vieux s'interdiraient-ils d'utiliser avec fantaisie ou gravité les plus géniales inventions des nouvelles générations ? »

Enfin, l'Académicien Goncourt propose un choix de ce qu'il a écrit durant les mois précédents.

 Le titre se trouve expliqué : « J'aime les tweets parce qu'ils partent en silence, circulent en silence et arrivent en silence. Les tweets sont des chats. »

Voici un florilège qui vous donnera l'envie de tout découvrir, et peut-être aussi, de le suivre aujourd'hui sur ce réseau social :

« Les tweets sont utiles et précieux parce qu'ils sont la petite monnaie de la communication. »

« J'ai cru assez longtemps que c'était le même verbe qui permettait d'épeler les mots et les pommes de terre. »

« La littérature ne répond pas aux questions de ses lecteurs, elle les suscite. »

« Les écrivains sont de vieux écoliers qui n'auront jamais fini d'apprendre à écrire. »

« Les bons photographes ont un oeil ; les bons romanciers ont un regard. »

« La vraie réussite, c'est d'être jalousé pour ses qualités et admiré pour ses défauts. »

« Il me semble que, du temps de mes grands-parents, le monde entier, à commencer par eux, étaient en noir et blanc. »

« A quoi reconnaît-on que l'on est mort ? A ce que cette question ne nous vient pas à l'idée. »

« Est-ce une preuve de l'existence de Dieu que l'on en cherche des preuves toute sa vie sans les trouver ? »

Même en 140 signes, on a l'occasion de placer de cpourtes citations :

« Ecrire est la seule vérification que j'aie de moi-même » Françoise Sagan.

« Elle embrassait comme si elle avait soif » Alessandro Baricco.

 

Et enfin cette merveilleuse dernière pour la route !

« Des astronomes ont-ils découvert la bonne étoile sous laquelle ils sont nés ? »

Un vrai bonheur dans le rythme rapide mais maîtrisé de notre époque !

 

Jacques MERCIER

« Les tweets sont des chats », Bernard Pivot, Ed. Livre de Poche 2015. 160pp. 5 euros.

 

12 04 15

Joël Dicker dans Café de Flore

, Nicky DepasseAlors que son magistral La vérité sur l'affaire Harry Québert a largement dépassé les deux millions d'exemplaires, les éditions de Fallois sortent en version poche Les derniers jours de nos pères, le premier roman de Joël Dicker.

L'occasion de parler de ce premier livre mais aussi de faire le point avec ce jeune auteur d'à peine trente ans et pourtant déjà un des plus grands.

Cette interview a été diffusée en mars dernier dans Café de Flore, l'émission de Nicky Depasse sur Radio Judaïca.

Les derniers jours de nos pères, Joël Dicker, Editions de Fallois, poche, 2015, 8€20.

 


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Joel Dicker, Les derniers jours de nos peres, poche

22 01 15

Montesquieu d'une grande actualité !

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Qui est Montesquieu ?

Charles-Louis de Secondat (1689 – 1755) fut conseiller au parlement de Bordeaux. Un oncle lui cède nom « de Montesquieu » et ses biens. Il fait partie de la Justice. En 1721 on publie anonymement ses « Lettres persanes » ensuite « De l'esprit des Lois » en 1748 . Il entre à l'Académie française. Il entreprend des voyages et des enquêtes sur le terrain. Il écrit le chapitre « Essai sur le Goût » pour Encyclopédie de Diderot.

 

« Pensées », est un recueil posthume publié en 1899-1900. Il écrit pour mieux comprendre l'humanité et éviter de juger nos semblables dans leur diversité. C'est une invitation à la tolérance et à la solidarité. 

 

Quelques phrases, picorées, dans le chapitre : Plaisirs et bonheur

 

« Le bonheur consiste plus dans une disposition générale de l'esprit et du coeur, qui s'ouvre au bonheur que la nature de l'homme peut prêter que dans la multiplicité de certains moments dans la vie. Il consiste plus dans une certaine capacité de recevoir ces moments heureux. »

 

« Si on ne voulait être qu'heureux, cela serait bientôt fait. Mais on veut être plus heureux que les autres, et cela est presque toujours difficile, parce que nous croyons les autres plus heureux qu'ils ne sont. »

 

« J'ai ouï dire au cardinal Imperiali : « Il n'y a point d'homme que la Fortune ne vienne visiter une fois en sa vie. Mais, lorsqu'elle ne le trouve pas prêt à le recevoir, elle entre par la porte et passe par la fenêtre. »

 

« J'ai toujours vu que, pour réussir parfaitement bien dans le monde, il fallait avoir l'air fou et être sage. »

 

« C'est un malheur qu'il y a trop peu d'intervalle entre le temps où l'on est trop jeune, et le temps où l'on est trop vieux. »

 

Et dans le chapitre : Curiosité

 

« Aimer à lire, c'est faire un échange des heures d'ennui que l'on doit avoir en sa vie, contre des heures délicieuses. »

 

« Il faut avoir beaucoup étudié pour savoir peu. »

 

Enfin dans celui consacré au Vice et à la Vertu :

 

« Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être un si grand génie : il ne faut pas être au-dessus des hommes ; il faut être avec eux. »

 

« Je n'estime pas les hommes parce qu'ils n'ont pas de défauts, mais parce qu'ils se sont corrigés des défauts qu'ils avaient. »

 

Le génie des philosophes est d'être encore et toujours d'une grande actualité pour la compréhension des hommes !

 

Jacques Mercier

 

Plaisirs et bonheur (et autres pensées), Montesquieu. Editions Folio Sagesses Gallimard, 2014. 96 pp. 2 euros

Écrit par Jacques Mercier dans Classiques, Jacques Mercier, Philosophie, Poche | Commentaires (0) |  Facebook | |

19 03 14

Un récit émouvant !

_salmi ,pocket (2).jpgComme Nadia Salmi est honorée par une version en "Pocket" de son récit : "Des étoiles sombres dans le ciel", je vous redonne ci-dessous la critique faite ici au moment de la sortie de la première édition.

C'est le premier livre de Nadia Salmi et il est magnifique ! C'est un roman, car on romance toujours un peu, les souvenirs se déforment, on ne se souvient pas de tout, mais c'est avant tout un récit poignant et qui nous bouscule avec un talent rare. La mission de Nadia Salmi, qui se découvre parmi les 400.000 Français, petite-fille d'un soldat allemand, est de crier son amour, sa compréhension à sa mère ! Après avoir lu en avant-première le manuscrit, je ne peux que vous retranscrire des extraits de la lettre que j'ai envoyée à Nadia Salmi, croisée au hasard d'une interview (elle travaille pour le moment à la RTBF).

Comme te traduire l'émotion que je ressens à la fin de la lecture de "Des étoiles sombres dans le ciel" ? Je suis touché, troublé, ému. C'est magnifiquement rendu. L'histoire multiple, compliquée, terrible est là, sous nos yeux, et avance peu à peu, au rythme des découvertes, des pleurs, mais avec une volonté, une force qui sont si belles. Tu as les mots justes et forts. Des trouvailles tout au long du récit : "Au moment où le stupide petit oiseau est sorti", par exemple. Ou encore le sommeil que Thérèse ne trouve pas avec "un mouton, deux brebis, trois agneaux..."; le jeu des 7 erreurs dans la lettre, la berceuse en ch'ti, ou "chaque jour que Satan fait", ou à la fin les défauts d'Hitler étalés sur la feuille... Et cette originalité page 132 des courts extraits d'avant.
J'aime cette reconstruction, ces lettres, ces photos décrites; avec la documentation, la recherche. Les réflexions qui accompagnent : "Il faudrait pouvoir parler librement, écouter les témoignages des survivants avant qu'ils ne meurent", que nous pouvons appliquer à toutes les situations, même moins tragiques.
Quelques détails encore : la journée érotique et sensuelle sans mots crus. Quelle description !
La tribu, les réponses au questionnaire de Proust.
Le rejet de Noël, l'attirance vers les personnages orphelins.
Le courriel arrivé en Mauritanie.
Bref, tu as compris que je trouvais ton livre remarquable et digne cent fois d'être édité et partagé avec un grand public.
 
Nadia Salmi est une nouvelle écrivaine, n'en doutons pas ! Je ne peux que vous engager à partager sa création. Vous ne verrez plus le monde, l'humanité, de la même façon. Et c'est ça la qualité d'un livre : sa lecture nous change !
 
Jacques MERCIER
 
Des étoiles sombres dans le ciel, récit, Nadia Salmi, Editions Pocket. 250 pages 8 euros.

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Poche, Récits | Commentaires (0) |  Facebook | |

20 06 13

Zone de guerre

 

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On préfèrerait que ce fût un roman; c'est un récit, dramatique, celui  des tremblement de terre et tsunami qui dévastèrent le Japon,  le 11 mars 2011, faisant exploser plusieurs réacteurs de la centrale nucléaire de Fuskushima, infestant de radiations toxiques, un immense périmètre alentour. 

'Pour qui a vu Fukushima à ce moment-là, il est évident que c'est une zone de guerre"

Présent à Tokyo, au moment de la catastrophe, Michaël Ferrier, décrit les séismes, l'enchaînement des événements et leurs conséquences désastreuses avec force détails. Il affine sa perception des faits des témoignages de nombreuses victimes, fustigeant la désinformation orchestrée par des autorités, dépassées par les événements.

"Travaillez, braves gens! Rentrez dans le rang. Laissez-nous faire, on s'occupe de tout. Et puis le soir, rentrez chez vous. Confinez-vous, pour ne pas dire cons finis...in fine"

Un récit saisissant.

AE

Fukushima. Récit d'un désastre, Michaël Ferrier, Gallimard, 2012 Folio, mai 2013, 309 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Poche | Commentaires (0) |  Facebook | |

13 12 12

Soyons heureux et joyeux !

 

bonheur misrahi.jpgC'est un livre court, mais à la fois touffu et clair. L'auteur est un philosophe actuel qui prône le bonheur ! Rien que pour cela on doit le saluer. Mais il nous apporte bien plus encore : une explication intelligente de cet optimisme qui guide certains d'entre nous et qui est justifié. Il commence par faire référence à Spinoza : « Le désir est, pour Spinoza, l'essence de l'homme, et il est désir de la joie. Seul le désir de la joie peut motiver le travail de la raison. » Robert Misrahi pose encore quelques constats : « L'histoire est créée, non pas les dogmes et les idéologies figées, mais par les utopies rêvées et mises en œuvre par les individus. » ou « Il n'y a pas en l'esprit humain d'autre réalité fondamentale que le désir : il est l'origine et la source en même temps que le but et le terme. Il est la vie et le mouvement, mais aussi le terme et la destination. » Le philosophe décrit alors le mouvement de la création dans lequel se trouve notre bonheur. Il englobe beaucoup de choses rencontrées dans notre vie quotidienne : « C'est ce libre mouvement créateur de sens, poursuivant une joie sensible, qu'on peut observer aussi bien dans la recherche d'un emploi que dans la préparation d'un voyage, dans la fabrication culinaire que dans la création des jardins, dans l'amour d'un autre que dans la composition musicale. » Pour ma part, au fil des pages, j'y découvre des idées rencontrées dans la lecture d'autres philosophes et qui semblent rassemblées ici dans une vue cohérente de notre vie. La notion que nous sommes à la fois la vie et le temps. La notion que notre existence est tissée d'états d'âme et d'instants fulgurants de bonheur, qui s'intègrent dans notre personnalité, l'enrichissent, la transforment. Robert Misrahi l'explique clairement : « C'est ainsi que les « instants parfaits », les moments bouleversants de grande exaltation (tels le choc esthétique d'un paysage solaire fulgurant et rouge sous les tropiques, ou le ravissement fugitif d'un marché coloré dans un village, ou l'adéquation soudaine d'une rencontre), loin d'être des moments nostalgiques nécessairement appelés à disparaître, sont bien plutôt les nourritures affectives et esthétiques qui fondent et qui tissent notre personnalité, nourritures spirituelles qui elles-mêmes ne livrent leurs vertus que sur la base d'une personnalité et d'une culture qui en sont les conditions de possibilité. » L'auteur insiste sur la joie de découvrir par la philosophie le sens de la vie, mais aussi sur l'essentielle nécessité d'aimer. Car ainsi on s'ouvre à des plaisirs neufs qui enrichissent l'existence. Bref, un petit manuel du mieux vivre ! Par les temps de crise, de pessimisme, c'est une lecture vraiment enthousiasmante !

 

Jacques MERCIER

 

« Le Bonheur » Essai sur la joie, par Robert Misrahi. Éditions Cécile Defaut 2012. 146 pp. Format poche. 14 euros.