26 11 11
Le petit livre vert…
L'article ci-dessous a paru dans la newsletter de novembre 2011 des guides gastronomiques belges DELTA avant d'avoir été mis en ligne sur leur site (www.deltaweb.be) :
« Le jardin est l'image du paradis sur terre, un univers où l'homme peut jouer à être Dieu. Il laboure, sème, coupe et taille – ce que relève La Fontaine. C'est aussi là qu'il voit mourir ce qu'il a lui-même planté. Et puisque le jardin est à taille humaine, c'est en le brodant qu'on parle le mieux du fil de la vie. À l'ombre des arbres, l'on y voit passer avec philosophie le rythme des saisons et le chemin des âges... Voici en cent poèmes l'espoir du printemps et des amours naissants, la maturité de l'été, saison de volupté et de mûrissement des fruits, qui glisse doucement vers l'automne mélancolique où les fleurs fanent, où les grilles rouillent sous la pluie, où seules les pommes arrachent un sourire à quelques facétieux comme Géo Norge. L'hiver plus silencieux "prépare en secret le printemps", selon Théophile Gautier, avant que tout recommence. Le jardin, c'est tout cela à la fois, et nul autre sujet ne peut prétendre être aussi proche de nous » écrit Isabelle Ebert-Cau pour présenter le beau recueil de vers qu’elle a réunis sous le titre Le jardin en cent poèmes, paru récemment aux Éditions Omnibus à Paris.
Elle y propose, mois par mois, des poèmes sur la nature d’auteurs aussi divers que Guillaume Apollinaire, Maurice Carême, Jean-Pierre Claris de Florian, Jean-Baptiste Clément, Clod’Aria, Jean Cocteau, François Coppée, Anna de Noailles, Henri de Régnier, Pierre de Ronsard, Lanza del Vasto, Marceline Desbordes-Valmore, Théophile Gautier, Rosemonde Gérard, Victor Hugo, Francis Jammes, Omar Khayyam, Tristan Klingsor, Stéphane Mallarmé, Pierre Menanteau, Jean Moréas, Vincent Muselli, Jules Renard, Arthur Rimbaud, Edmond Rostand, Charles Rouvin, Georges Schéhadé, Jules Supervielle, Émile Verhaeren et Paul Verlaine, célébrant chacun à sa façon la nature, ses produits et ses bienfaits.
Un almanach subtil et bien troussé !
Bernard DELCORD
Le jardin en cent poèmes, textes réunis et présentés par Isabelle Ebert-Cau, Paris, Éditions Omnibus, septembre 2011, 216 pp. en quadrichromie au format 19,5 x 25,5 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 29 € (prix France)
Pour vous, nous avons recopié dans cette anthologie botanique les quelques lignes suivantes :
Salades
(Pierre de Ronsard)
Lave ta main, blanche, gaillarde et nette,
Trace mes pas, apporte une serviette,
Allons cueillir la salade, et faison
Part à nos ans des fruits de la saison.
D'un vague pied, d'une vue écartée,
Deçà delà jetée et rejetée
Or’ sur la rive, ores sur un fossé,
Or’ sur un champ en paresse laissé
Du laboureur, qui de lui-même apporte
Sans cultiver herbes de toute sorte,
Je m'en irai solitaire à l'écart.
Tu t'en iras, Jamyn, d'une autre part
Chercher soigneux la boursette touffue,
La pâquerette à la feuille menue,
La pimprenelle heureuse pour le sang
Et pour la rate, et pour le mal de flanc ;
Je cueillerai, compagne de la mousse,
La réponsette à la racine douce,
Et le bouton des nouveaux groseliers,
Qui le Printemps annoncent les premiers.
Puis, en lisant l'ingénieux Ovide
En ces beaux vers où d'amour il est guide,
Regagnerons le logis pas à pas.
Là recoursant jusqu'au coude nos bras,
Nous laverons nos herbes à main pleine
Au cours sacré de ma belle fontaine,
La blanchirons de sel en mainte part,
L'arroserons de vinaigre rosart,
L'engraisserons de l'huile de Provence ;
L'huile qui vient aux oliviers de France
Rompt l'estomac, et ne vaut du tout rien.
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28 09 11
« Fuis du plus loin la pointe assassine, L'esprit cruel et le rire impur » (Paul Verlaine)
Membre de l’Académie royale de Langue et de littérature françaises de Belgique (il y siège depuis octobre 2002 au fauteuil 28 dans lequel il a succédé à Thomas Owen), l’écrivain, essayiste et biographe (de Baudelaire en 2006, de Verlaine en 2008 et de Rimbaud en 2009, chez Gallimard) Jean-Baptiste Baronian vient de faire paraître aux Éditions Omnibus à Paris un splendide recueil magnifiquement illustré par ses soins consacré à Cent poèmes de Paul Verlaine.
Il y présente un choix exemplaire de l’œuvre du poète maudit en regard de documents iconographiques (des photographies, des manuscrits et des peintures de toute beauté) éclairant les textes et leur auteur d’une lumière quasiment surnaturelle.
Décrivant son propos dans une préface et des encarts d’une grande tenue littéraire, Jean-Baptiste Baronian dresse un portrait original du poète des Fêtes galantes, de La Bonne Chanson, de Sagesse et de Parallèlement. Écoutons-le :
« Verlaine est un poète à part.
Il n'est pas un parnassien, il n'est pas un symboliste, il n'est pas un décadent, il n'est pas un émule de Victor Hugo ni un émule d'Alfred de Musset, il n'est pas davantage un disciple de Gérard de Nerval ni un disciple de Charles Baudelaire, et il n'est pas non plus le double assagi d'Arthur Rimbaud. Non, il est lui-même, prodigieusement et totalement lui-même, et il est à lui seul tous ceux qui l'ont influencé et tous ceux qu'il a surpassés grâce à son génie poétique.
La cadence de ses vers, leur métrique, leur musique, leur harmonie, leur incandescence n'ont aucun équivalent, quand bien même, sur certains points de détail, elles donneraient quelquefois l'impression d'avoir été empruntées ici ou là, de constituer d'habiles démarquages.
Le cas est unique, exceptionnel, dans toute l'histoire de la littérature de langue française : avec des riens, avoir écrit des poèmes d'une luminosité éblouissante, d'une perfection inouïe.
Et avec ces riens, ces "éclats de chair", être parvenu à transcender les âges, les écoles, les genres, les engouements et les modes.
Voilà Verlaine. Voilà son vrai visage.
Et le voilà à cent reprises dans les pages de cet album.
Textes et images à l'appui. »
Un ouvrage éblouissant, magique, surprenant, captivant, émouvant, mémorable… et indispensable !
Bernard DELCORD
Cent poèmes de Paul Verlaine, édition établie, présentée et illustrée par Jean-Baptiste Baronian, Paris, Éditions Omnibus, septembre 2011, 216 pp. en quadrichromie au format 19 x 25,5 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 29,50 € (prix France)
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24 08 11
Le nouveau Christophe Marmorat : "exaltant" !
Le sixième tome de la série "Ancrage" de Christophe Marmorat est exaltant, enthousiasmant, enrichissant... "La direction des risques" (vivre au féminin masculin) est une de ces lectures qui vous change, vous rend heureux ! Le livre mêle au fond beaucoup de genres : le journal, le dialogue, la nouvelle, les poèmes, le "blog" pour utiliser un terme à la mode... Avec toujours cette musique qui accompagne, qui souligne, qui explique la création de l'auteur. Son procédé consiste, comme vous le savez sans doute, à écouter en boucle un fond sonore qui produit une écriture minimaliste et fluide. Comme il l'écrit dans "A propos de l'écriture musicale" (en écoutant "A song of you" des Carpenters, dont il est question au début du livre) : "Je n'invente rien, je n'imagine rien, non. Je me contente de décrire, de reproduire ce que je vois et ressens (...) Le tempo est une des clés de cette écoute éveillée." On se laisse porter par le rythme de Marmorat, par le fil de ses pensées et nous traversons des paysages magnifiques et des descriptions superbes ("Maintenant il pleut très fort. J'adore ce temps qui nous rend les jours de soleil plus délicieux qu'ils devraient nous paraître, normalement.") : l'égo ("A ceux qui me disent que c'est égocentrique, nombriliste, je réponds qu'avez-vous à apporter de riche aux autres si vous êtes pauvres de vous-mêmes ?", la mort, l'instant esthétique, le discernement (grâce aux Jésuites), l'écriture elle-même ("J'ai observé un phénomène étrange depuis que j'écris et publie mes livres : Je n'ai plus d'âge dans la vie. Je n'ai plus que deux bornes : L'instant et l'infini.")... Et puis nous revient son admiration pour Elodie Frégé ( Mais oui !) et de la poésie aussi, comme ceci : "Mais, / Tu as une longue chevelure brune, / Et des yeux de la même couleur que ces larmes / Qui tapissent le Jardin du Luxembourg à l'automne." Enfin, ce qui semble l'évidence du livre "Vivre au féminin masculin", la part féminine qu'il se découvre : "Le masculin et le féminin existent en grammaire et en médecine." Et n'exisent que là, insiste l'auteur en quête de son identité. Mais le texte est encore riche d'autres réflexions sur des peintres, de textes sur des femmes, du chamanisme, de l'âme et de l'esprit... J'utilise l'adjectif "riche", car en effet on s'en sort enrichi de cette très belle lecture ! Exaltant, oui ! Vraiment ! Et enfin cet "autoportrait" superbe : "Un sourire, De l'enfance. / Un enthousiasme Adolescent. / Des mots Adultes." Qui fait mieux ?
Jacques MERCIER
La Direction des risques, vivre au féminin masculin, une écriture musicale de Christophe Marmorat, édition Ancrage 2011. cmarmorat@yahoo.fr 278 pages. 20 Euros.
Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Littérature générale, Poésie, Récits | Commentaires (1) |
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03 08 11
« Qu’est-ce que la poésie ? Une pensée dans une image. » (Goethe)
Dans Une anthologie historique de la poésie française qu’il a donnée naguère aux Éditions des Presses universitaires de France à Paris, l’ancien ministre français Xavier Darcos, qui est tout à la fois agrégé, docteur en études latines, docteur d’État ès-lettres, inspecteur général de l’Éducation nationale et prof de fac mais aussi auteur d’études littéraires remarquées (nous avons dit déjà tout le bien que nous pensions de sa biographie magistrale de Prosper Mérimée) se penche sur les caractéristiques propres de la poésie française, depuis la fin du Moyen Âge jusqu'à la période actuelle.
Adoptant l’approche diachronique pour produire une étude raisonnée de l’histoire des écoles poétiques qui, dit-il, « sont autant de points de tension, théorisant des vues extrêmes avant de se déliter, puis de laisser la place à d'autres inventeurs de formes se réclamant également de la novation et de l'audace », l’auteur éclaire habilement son propos par un florilège commenté et annoté de textes majeurs ou moins connus, tous pertinents.
On y retrouve donc notamment la signature de Guillaume d’Aquitaine, de Rutebeuf, de Christine de Pisan, de Villon, de Maurice Scève, de du Bellay, de Ronsard, de La Fontaine, de Corneille, de Racine, de Chénier, de Lamartine, de Musset, de Vigny, de Nerval, d’Hugo, de Heredia, de Baudelaire, de Verlaine, de Rimbaud, de Mallarmé, de Charles Péguy, de Claudel, d’Apollinaire, de Valéry, d’Eluard, d’Aragon, de Reverdy, de Saint-John Perse, de Prévert, de Ponge, de Vian, de Char, d’Yves Bonnefoy, de Césaire, de Damas ou de Senghor, mais aussi d’Arnaut Daniel, de Marc Papillon de Lasphrise, d’Honorat de Racan, de l’abbé Jacques Delille, d’Alexis-Félix Arvers, d’Arthur Cravan, de Catherine Pozzi, de Jacques Réda, de Georges-Louis Godeau, de Jean-Michel Espitallier ou encore de l’excellent chroniqueur musical Alain Duault.
Sans oublier les Suisses Blaise Cendrars et Philippe Jaccottet ainsi que quelques grandes pointures belges : Max Elskamp, Maurice Maeterlinck, Émile Verhaeren, Henri Michaux et l’ami Jean-Pierre Verheggen.
Que du beau linge, en somme…
Bernard DELCORD
Une anthologie historique de la poésie française par Xavier Darcos, Paris, Éditions des Presses universitaires de France, janvier 2011, 568 pp. en noir et blanc au format 15 x 21,7 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 29 € (prix France)
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22 04 11
« Poète, vos papiers ! » (Léo ferré)
Avec le talent et la verve qui lui sont coutumiers, Jean-Pierre Verheggen (qui s’auto-définit comme « persona non gaga » quoique né en 1942) revient une nouvelle fois sur le devant de la scène littéraire avec un bouillonnant – et hilarant – Poète bin qu’oui, poète bin qu’non ? paru chez Gallimard à Paris, dans lequel il dresse à sa manière une sorte de typologie des poètes : les champêtres et les rodomonts, les kamikazes et les pêcheurs à la ligne, les anthropophages et les SurDouai, les Peuls et les Auvergnats, les alcoolos et les Chevaliers des Arts et des Lettres, les mycologues et les belgo-belges, les inconnus et les pas grand-chose, sans oublier les ambigus et ambidextres à la fois ni les poétesses griffées…
Il s’intéresse aussi à leur langage, parfois fait de mots abscons et technico-bluffeurs comme accidentogène, burn out, buvabilité, dînatoire, dressing, impacter, sécuritaire, procrastination, locaphage ou locavore… qu’il revisite avec beaucoup de drôlerie.
Et il partage avec eux (mais à sa manière toute personnelle) les vertiges face au manque d’inspiration, l’hésitation devant la page blanche, les protestations devant la vieillesse qui vient, avec son cortège de bobos plus ou moins graves et qui mènent pourtant droit au cimetière.
Mais rassurez-vous : l’auteur, entre autres, de Ridiculum vitae précédé d’Artaud Rimbur, d’On n’est pas sérieux quand on a 117 ans, de Du même auteur chez le même éditeur, de L’Idiot du Vieil-Âge et de Sodome et Grammaire sait comme pas deux faire tourner la camarde en bourrique…
Pour le plus grand bonheur du lecteur ébaubi...
Bernard DELCORD
Poète bin qu’oui, poète bin qu’non ? par Jean-Pierre Verheggen, Paris, Éditions Gallimard, mars 2011, 135 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 15 € (prix France)
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21 03 11
Nous aussi !
En 2009, Jean-Pierre Verheggen a occupé – et ce fut mémorable –la Chaire de poétique à l’Université catholique de Louvain-la-Neuve, pour prononcer devant un public estudiantin tout à la fois médusé et ravi, quatre conférences au ton inimitable, un feu d’artifice de jeux de mots et d’inventions verbales, de drôleries en tout genre et de créativité totale.
Car il est vrai que, derrière son côté farce, l’auteur de Ninietzsche Peau d’Chien, de Divan le Terrible, d’Artaud Rimbur, de Debord, les mous, de On n’est pas sérieux quand on a 117 ans, le triomphateur de L’Oral et Hardi, cache aussi un narrateur sensible (Gisella) doublé d’un poète (surréaliste à la belge) incomparable.
La preuve en est administrée dans le texte des dites conférences, rassemblé dans un savoureux J’aime beaucoup ma poésie paru aux Éditions Lansman à Morlanwelz, qui livre quelques-unes des recettes (g)astronomiques de ce magicien du verbe haut (« Des gros mots ? Oui, mais des gros mots sapiens ») dans un épastrouillant Dico Dico rassemblant les mots-clefs de sa créativité : A comme Anagramme, B comme Belges, C comme Calembours ou Contrepets et comme Charabia, D comme Détournements, E comme Éloge de la démesure, F comme Fiction, Folie, Folies-Belgères, Frontière linguistique et Flamand, G comme Gourmandise et Grand enfant, H comme Haddock, Héros fatigués et Hiroshima, I comme Idiotie, J comme Jarry, Jeu de Mots, Judas et Judo, K comme Kaki, L comme Litanie, M comme Maman, Mort et Mots, N comme Niveau de langue, O comme Opéra bouche, Opéra-Gouffre et Oualon, P comme Parler creux, Perec et Peur, Q comme Quinzaine du Bon Langage, R comme Rabelaiseries, Rappeurs Camemberts et Slameurs Pompiers, S comme Sexe, T comme Tintin ici et là, U comme Usage (bon), V comme Vaneigem, W comme Wallon, X comme classé X, Y comme Y a pas et Z comme Zoophile, autant de termes qu’il détourne du droit chemin pour le plus grand plaisir du lecteur qui se retrouve immanquablement sur le Q.
C'est que notre homme, mine de rien, connaît ses classiques ! Avant d’en devenir un lui-même… et un grand !
Bernard DELCORD
J’aime beaucoup ma poésie par Jean-Pierre Verheggen, Morlanwelz, Éditions Lansman, 90 pp. en noir et blanc au format 11,5 x 20,5 cm sous couverture brochée en bichromie, 13 €
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04 03 11
Un festin de mots !
De cette poésie qu'elle définit comme sa « langue maternelle », Colette Nys-Mazure nous convie à un festin de textes issus de son anthologie personnelle : « Je me nourris de poèmes familiers ou étrangers et je leur rends grâce ».
Et l'écrivain, poète, essayiste, romancière, nouvelliste... d'introduire chacun des convives, avec cette grâce des mots simples, justes et vrais qui sont sa signature, et de tisser la nappe d'une tablée chaleureuse qui conjugue la chanson de… toile au présent poétique le plus actuel.
Hommage à des écrivains, poètes de toutes époques mais aussi de toutes nations –française, belge, marocaine, haïtienne, chinoise, anglaise, égyptienne, turque–, la « saison » que nous offre Colette Nys-Mazure honore aussi la mémoire d'artistes récemment disparus : Andrée Chedid, Serge Wellens et Pierre Étienne.
« Ces pages de poésie se voudraient viatiques pour les sédentaires comme pour les nomades qui peuvent toujours emporter un recueil en poche ou dans la mémoire. Elles proposent une flambée ordinaire. Puisse cette série susciter chez les plus jeunes comme chez les aînés l'envie de mordre à même la chair du poème. »
Que vous souhaiter de meilleur qu'une excellente dégustation ?
Apolline ELTER
L'Eau à la bouche. Poésie, ma saison par Colette Nys-Mazure, Paris, Éditions Desclée de Brouwer, collection « Littérature ouverte », février 2011, 150 pp. en noir et blanc au format 11 x 21 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 14 €
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28 02 11
Voici 25 plaisirs littéraires !
Ces "25 minitrips en wagon-lit décapotable" sont 25 plaisirs littéraires magnifiques ! Leur édition est déjà une chose étrange et belle puisqu'au départ ces textes variés ont été publiés sur le site www.onlit.org. C'est un cadeau littéraire aux habituels lecteurs des nouvelles technologies. Leur caractéristique première est d'être courts, mais aussi d'aborder tous les genres en toute liberté ! Mon bonheur de lire a été renouvelé d'un auteur à l'autre, sans fléchissement et c'est déjà fantastique ! A ne pas manquer non plus la présentation en quelques lignes de chaque écrivain(e), insolite, drôle, inventive ! Essayons de survoler le tout : On commence par l'hyperdoué Nicolas Ancion et ses phrases amples qui donnent à voir et à sentir, à ressentir. Félicia Atkinson écrit dans son poème "les girafes au long cou recherchent les feuilles hautes, les feuilles hautes sont assoiffées de lumière (que cherche alors la lumière)..." Alain Bertrand, qui vit à Bastogne, évoque le ski et l'imaginaire. Pierre Borion aime la liberté de l'écriture et dans "Insomnie" il rêve de remplacer le pape ! "Les Françaises ont quelque chose de français qui les rend belles" écrit Frédéric Bourgeois, ce Namurois féru de photos. Lucielle Calmel juxtapose dans "Sud Ouest". Et puis toutes ces affirmations de Corentin Candi : "Corentin Candi ne choisit jamais la bonne fille, à la caisse." ou "Corentin Candi croit à la vie avant la mort." Laurent d'Ursel nous livre un cri, en une phrase de deux pages ! Le Liégeois Serge Delaive propose un joli poème sur l'amour déçu. D'une grande originalité le texte numéroté de Cedric Francis dans la tête d'un coureur cycliste qui pense à "la soeur de Lucien" ! "Je ne suis pas timide mais j'évite de prononcer des mots inutiles" déclare Corentin Jacobs dans sa contribution. Et plus loin : "Une femme est une mouche : pour l'attraper, pas d'hésitation n'est possible sinon elle s'envole !" J'ai adoré (comme beaucoup) le premier roman d'Edgar Kosma ("Eternels instants", analysé ici-même), j'ai aussi apprécié cette présentation par les sens de ses quelques personnages ! J'aime le ton, le vocabulaire de Lario Lacerda. Nous entrons dans le monde culinaire avec beaucoup d'humour et le "chef au chapeau" de Pierre-Brice Lebrun. Dans les "Appauvrismes" de Benoït Leclerc, je retiens "Lis-toi Entre les lignes Tourne sur toi-même Tu feras un singulier livre". Merveilleux texte de Karel Logist, le poète du Fram : cette fille en chemisier sur les affiches et la fin drôle, une vraie chute ! Avec Lucie Lux, nous entrons dans l'érotisme. Des sensations qu'on partage de l'intérieur avec la fille qui s'exhibe ! Sujet culinaire, documenté, avec la recette et les lieux, pour Jacques Raket et les "frivolités de la reine" (nos "choesels") ! Avant le texte halluciné et les musiques citées pour le lire, je ne résiste pas à vous lire dans la notice biographique cette épitaphe "Ci-gît mille édits, / Oh ! / Notre regrettée femme de méninges, / Née d'une maquerelle et d'un séraphin, / Elle vient de jeter l'encre" Et les premières lettres donnent "conne" ! Georges Richardot nous récite des "Il a fait" splendides. Laurence Soetens nous emmène dans le monde de Face Book, de Google et des pseudos. David Spailer allie littérature et polaroïds. J'aime aussi beaucoup "Room 14" de Vincent Tholomé, et sa façon prenante de tisser son texte, monologue, avec des points... Enfin restent Luc Vandermaelen et l'Ardèche, ainsi que Andy Vérol et cet amour terrifiant, brutal et la prison... Quelles heures heureuses j'ai passées à la lecture de ce recueil, que je ne peux que vous recommander chaleureusement !
Jacques MERCIER
25 minitrips en wagon-lit décapotable, collectif, Ed. La Renaissance du Livre, collection Grand Miroir, 200 pp, site: www.onlit.org Prix : 16 euros.
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21 02 11
Matraquage poétique
Le texte ci-dessous a été mis en ligne le 20/02/2011 sur le site du magazine satirique belge SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :
Parue chez Cadastre8Zéro Éditeur, une petite maison dynamique sise en Picardie, la traduction française de divers textes en arabe du poète marocain Mohammed Bennis (né à Fès en 1948), rassemblés sous le titre de Feuille de la splendeur, s’avère remarquable à bien des égards.
D’abord parce que l’objet livresque est beau : une couverture joliment ornée, du papier de qualité et une typographie impeccable relevant de la gageure : la moitié du livre est en arabe, la traduction française figure en vis-à-vis et elle respecte scrupuleusement la présentation du texte d’origine.
Ensuite parce que son contenu est somptueux : un chant d’amour de la terre natale, une évocation multiple de la vie qui va, avec ses bonheurs épars dans l’océan du temps qui passe et de la modernité qui efface la mémoire, les racines et la culture, mais pas l’espérance des lendemains ensoleillés.
Enfin parce que sa réalisation est splendide, elle aussi : elle a réuni, autour du traducteur Bernard Noël, des élèves français issus de l’immigration arabophone qui l’ont épaulé dans son travail de version, ce qui leur a permis de valoriser un savoir bien souvent ignoré ou malmené en Europe, tout en découvrant les ressorts de la poésie et en acquérant la fierté nécessaire à leur intégration dans la société française.
La poésie plutôt que les CRS, en quelque sorte… Une bonne idée, non ?[1]
PÉTRONE
Feuille de la splendeur par Mohammed Bennis, Abbeville, Cadastre8Zéro Éditeur, collection « Donc », octobre 2010, 199 pp. en noir et blanc au format 14 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 12 € (prix France)
[1] Un ouvrage hispanophone a également paru dans les mêmes conditions, avec le même projet et chez le même éditeur : il réunit, sous le titre Racines d’ombres, des textes élégants de la poétesse espagnole Olvido Garcia Valdes née à Santianes de Pravia en 1950.
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26 11 10
Au fil des musiques : les mots !
Voici donc le quatrième tome de la série, déjà évoquée ici, de recueils "Ancrage", où Christophe Marmorat lie si intimement musique et texte. C'est un nouvel enchantement ! Un livre complet où se mélangent poésie, musique, philosophie, réflexion, description, émotion. Tout d'abord l'auteur s'explique sur le choc de la chanson "Les rideaux" d'Elodie Frégé. J'aime aussi que cela commence par un retour à l'enfance "sensation douce, puis chaude". Oh, cette surimpression de mots différents collés sur ceux de "Autumn Leaves" (version chantée par Eva Cassidy) : une merveille ! Ses souvenirs égrenés et toujours la musique, une création née, dit-il, de la lecture de Proust et de Bergson. Comme j'aurais aimé écrire un aussi incroyable début de texte que "Je suis né vieux et dans une certaine solitude"... Dans ses "tentatives philosophiques", il évoque la beauté des corps et des âmes. Il parle aussi de la guerre, puis nous vient "La fille du froid", et sa photo en noir et blanc "une lourde capeline entoure ses épaules". La Fille du Froid va accoucher d'Ange, se retrouve sur scène, plonge dans la mer... et toujours la qualité de l'écriture : "tu seras la couturière des sourires glacés". Ensuite il y aura des textes pour des figures féminines : Aurèle ("Aurèle Louve, à pas de loup"), Lucie, Isabelle, Julie, Béa.. et même des instants érotiques avant un dernier conseil (provisoire puisque nous attendons les trois derniers volumes) : "Vivez pour ce moment où vos yeux se poseront sur la grâce" !
Jacques MERCIER
La Fille du Froid, suivi de "Poèmes pour Aurèle" par Christophe Marmorat, 228 pages, édition par l'auteur, coll. Ancrage. 18 euros. cmarmorat@yahoo.fr - Libris Agora Louise.
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