21 04 12

Tourments, tourmentes, crises et tempêtes

9782246790105.jpg" Au bout du compte, les Français auront apprécié chez lui l'énergie, le mouvement, l'imagination, l'authenticité. Mais ils auront appris à se défier, voire à exécrer son impulsivité, sa logique de défi permanent, sa véhémence, et son inaptitude à maîtriser toujours cette majesté du verbe et du comportement qui sied à un monarque républicain."

Magnifique, remarquable  Catherine Nay, qui de sa plume journalistique, précise et percutante, trace le bilan fouillé d'un quinquennat présidentiel haut en couleurs, riche en actions et ...réactions. Et le portrait, tout en finesse et contrastes, d'une personnalité fougueuse à qui rien ne fut, n'est et ne sera jamais pardonné.

De la soirée au Fouquet's malencontreusement orchestrée par Cécilia à l'homme nouveau, quelque peu apaisé apparu à l'aube de 2010 et au candidat à l'élection présidentielle 2012, Catherine Nay analyse, avec force détails,  la sarkologie d'un règne à l'aube d'un possible renouvellement. Une entrée en scène ratée avec fracas - le prêt du yacht de son ami Bolloré, les vacances américaines tentées pour sauver son couple d'une dérive inéluctable alimenteront à l'envi les indignations les plus ancrées - un deuil conjugal supporté avec panache, un remariage aussi fulgurant ...qu'apaisant, le tandem  paradoxal et fonctionnel formé avec François Fillon, l'influence de la nouvelle Première Dame sur son rythme de vie, l'admirable présidence de l'Union  de  " celui qui a offert à la diplomatie européenne "une visibilité inégalée"", le couple forcé formé avec Angela Merkel,  le travail "herculéen" de la Réforme des Retraites.. sont tant de jalons d'une hyper-présidence pratiquée tel un "judo politique" par un être plus à l'aise en temps de crise que dans les circonstances de la vie ordinaire.

Doté d'une hypersensibilité, d'une force de travail , de compassion et d'un courage avéré, "Nicolas Sarkozy est toujours écartelé entre son statut de chef d'Etat, qui requiert hauteur et retenue, et son tempérament qui le porte à l'action et à l'engagement partisan."

Les prochaines semaines démontreront si, dans le chef des électeurs, la reconnaissance pour le travail accompli l'emportera sur l'agacement né d'une certaine...impétuosité.

Une lecture hautement recommandée.

Apolline Elter

L'Impétueux. Tourments, tourmentes, crises et tempêtes, Catherine Nay, essai, Grasset, mars 2012, 684 pp, 22 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Portraits | Commentaires (0) |  Facebook | |

08 10 11

Le Rastignac d'Oléron

3903-4067.jpg

" C'est ainsi que dans une chambre d'hôpital naît ce qui deviendra l'une des plus belles histoires de la couture française. Qui aurait pu imaginer que le jeune affranchi de La Rochelle et un créateur de génie à la santé fragile formeraient un couple devenu légendaire."


"Jeune affranchi de La Rochelle", "Rastignac d'Oléron, d'Yves Saint Laurent, le célèbre compagnon,  Pierre Bergé cultive un certain hermétisme. Pour preuve, il n'a pas cautionné la publication de cette biographie  - brillante - que lui consacre  la journaliste Béatrice Peyrani.

 

 Qu'à cela ne tienne, la vie de l'autodidacte de génie se révèle en tous points passionnante: "Monté" à Paris, sans bac, le natif d'Oléron rencontre, à l'aube des ses vingt ans, le peintre, Bernard Buffet.  Epris, les jeunes gens s'en iront vivre huit années en Provence qui verront l'art de Bernard Buffet et sa montée en cotation, décuplée par l'énergie d'une relation fusionnelle. Car c'est le trait majeur qui jaillit du portrait de Pierre Bergé: pygmalion inspiré, il offre le tapis rouge de la notoriété et... de la fortune, à ceux dont il "manage"' le destin.  La rencontre avec Yves Saint Laurent scellera la constitution d'un empire majeur de la mode.

 

" Si Yves, tel un général, se lance dans la grande bataille de la mode, Pierre, en Mazarin de l'ombre, entend déjà hisser la maison Yves Saint Laurent au firmament des étoiles de la haute couture."

 

Une relation qui durera quarante années, ponctuées de bonheur, de crises et de ruptures jusqu'à la séparation fatale que constitueront le décès d'Yves Saint Laurent et la vente, en 2009, de la collection Bergé- Saint Laurent.

 

Ami de Giono, de Jean Cocteau, de François Mitterand, Pierre Bergé se serait volontiers vu écrivain; la vie le guidera en d'autres sphères qui le propulsera  à l'inauguration et aux commandes de l'Opéra Bastille, du Globe et du journal Le Monde, dont il est le récent copropriétaire.

 

Rarement homme de l'ombre aura été si solaire.

 

Apolline Elter

Pierre Bergé. Le faiseur d'étoiles. Béatrice Peyrani, essai, éd. Pygmalion, sept.2011382 pp, 22 €

 

Billet de faveur

AE: Béatrice Peyrani, c'était un exercice particulièrement périlleux d'écrire la biographie d'un personnage vivant, sans sa caution. Cela incite ceux qui l'ont approché à une prudente réserve lorsque vous les interrogez. Pensez-vous que dans le chef de Pierre Bergé, cette mise à distance est indifférence, faute de temps ou coquetterie?

 

Béatrice Peyrani: Pierre Bergé n’est pas homme à se retourner sur son passé. Cette enquête qui m’a permis pendant plus de deux ans d’interroger prés d’une centaine de personnes- jusqu’à d’anciens camarades de lycée à La Rochelle - me l’a démontré, rien ne compte plus pour Bergé que le présent et le futur. A bientôt 81ans, le faiseur d’étoiles n’est pas prêt à gaspiller une minute de son temps pour la nostalgie. Comme à l’aube de ses 18 ans, il semble toujours impatient de se lancer dans de nouvelles entreprises et a visiblement fait sien le conseil de son ami Cocteau, "Il ne s’agit pas d’être admiré, mais d’être incontournable". Incontournable, le coactionnaire du journal Le Monde l’est évidemment dans une France de nouveau en pleine campagne électorale.

 

AE: Avez-vous eu un écho, une réaction de  Pierre Bergé depuis la parution de l'ouvrage?

 

Béatrice Peyrani: A ce jour pas encore. Mais je sais que plusieurs de ses proches sont en train de le lire.

 

AE : Pouviez-vous trouver meilleure enseigne pour publier la biographie de Pierre Bergé qu’un éditeur répondant au nom de .. « Pygmalion » ?

 

Béatrice Peyrani: « Pygmalion », un nom rêvé bien sûr et idéal pour la biographie d’un faiseur d’étoiles !

 


Écrit par Apolline Elter dans Biographies, Portraits | Commentaires (0) |  Facebook | |

16 04 11

Avec ceux qui "font" les auteurs !

nadeau.jpgMaurice Nadeau nous raconte de l'intérieur, en journaliste et en écrivain, la jungle des éditions littéraires. C'est évidemment passionnant pour ceux qui aiment lire et écrire. Intitulés "Grâces leur soient rendues", les derniers mots de sa préface, ces "mémoires littéraires" parcourent en effet un grand pan de l'histoire de la littérature. L'auteur qui fut le plus souvent au service des autres, s'excuse : "Ecrire, j'en ai l'habitude : des centaines, des milliers d'articles, quelques ouvrages de hasard. C'est là qu'est le hic : journaliste, pas vraiment écrivain. Le surfing." Maurice Nadeau fut journaliste et directeur littéraire. Il a découvert entre autres Roland Barthes, Georges Bataille, Samuel Beckett, Tahar Ben Jelloun, Hector Bianciotti, Jorge Luis Borgès. Dans des chapitres de quelques pages, il raconte fort bien l'amitié (Miller, par exemple), les arcanes du métier, les jalousies, les rancoeurs, les pièges; mais aussi Julliard, Gallimard, Denoël, les éditions qui décident de la vie des auteurs. Il s'attarde avec bonheur et précision sur André Breton et le surréalisme ; sur le "nouveau roman", sur les revues littéraire, sur les jurys, sur les correspondances. Non seulement c'est une mine précieuse de renseignements sur la traversée du siècle, comme on l'indique, mais c'est écrit d'une plume juste et claire, qui convient parfaitement au propos. Quelques extraits ? Voici un passage d'un article paru dans Combat" en 1949: "C'est que, pour Breton, la valeur d'un poème se mesure à d'autres critères que le bonheur d'expression, la qualité du chant, le pouvoir des suggestions. Compte davantage à ses yeux la possibilité que possède ou non ce poème de nous ouvrir une porte sur l'inconnu." Ou dans le chapitre consacré à Maurice Blanchot. Il découvre par hasard un texte de lui qui dit :"Le signe de son importance, c'est que l'écrivain n'ait rien à dire..." Et d'écrire : "Voilà qui renverse mes convictions. J'ai toujours pensé qu'écrire c'est "exprimer", et plus encore "s'exprimer", révéler au lecteur éventuel la vision que l'écrivain se fait du monde, des autres et, pourquoi pas, de lui-même. Maurice Blanchot voit le romancier dans un état très particulier qu'il dit être "l'angoisse"..." Des réflexions comme celles-là remplissent le livre et non seulement donnent à lire, mais à réfléchir sur le monde de l'édition et de ceux qui en font partie !


Jacques MERCIER

 

"Grâces leur soient rendues", mémoires littéraires, Maurice Nadeau. Ed. Albin Michel. 482 pages. 24 euros.

07 11 08

Michael Crichton 1942 – 2008

CRICHTONEtrange sensation. Oui, étrange sensation que de voir apparaître l’avis de décès d’un auteur que l’on a vu « naître » au monde la littérature et du cinéma. Effet de miroir évident qui renvoie à sa propre mortalité et au temps qui passe. Né en 1942, Michael Crichton devient auteur, dans un premier temps, par nécessité. Certains étudiants servent des bières jusqu’à pas d’heure ou distribuent des journaux, lui se met à écrire des thrillers sous le nom de John Lange. Dès 1966, ce « petit boulot » lui permet non seulement de payer ses études de médecine mais aussi de développer cette prose efficace qui sera sa marque de fabrique… autant que le bâton avec lequel les amateurs de hard-science et les critiques « sérieux » n’arrêterons pas de le frapper.
C’est en 1990 que le « phénomène » Crichton va soudain prendre son envol. Après un passage par les couloirs des plus grands studios pour lesquels il réalise de solide séries « b » comme Mondwest, Morts Suspectes ou encore Looker, il revient à l’écriture avec « Congo ». Mais cette histoire de diamants aux qualités exceptionnelles, de cité perdue et de gorilles intelligents n’est qu’un galop d’essai. Dans la coulisse, le manuscrit de son roman suivant, Jurassic Park, est entre les mains d’un certain Steven Spielberg. Le reste fait partie de l’histoire du cinéma autant que de la littérature. L’idée de ressusciter les dinosaures grâce au génie génétique paraît « crédible » aux yeux des lecteurs. Dans la foulée, les avancées de l’animation digitale vont rendre les monstres du jurassique totalement réalistes sur grand écran. Une véritable dinomania s’en suit et Hollywood, jamais en reste, se jette sur tous les romans de Crichton avec l’espoir de réitérer le succès de Spielberg.
JURASSICMais le romancier se garde bien, pour sa part, de débiter son idée en tranchettes et d’aligner les mauvaises déclinaisons de son roman phare. Ce qui intéresse surtout Crichton, une constante de son écriture et son approche du cinéma, c’est d’interpeller le lecteur sur le présent et le futur, sur les technologies, mais aussi les faits de société. Avec Harcèlement, ou Soleil Levant, il utilise la technologie comme un simple outil pour aborder des sujets aussi divers que la misogynie ou le racisme.
Ces dernières années, il s’était retrouvé au cœur d’une mini-polémique avec Etat d’Urgence, son roman consacré au réchauffement planétaire. Défenseur de la cause des « sceptiques », Crichton semblait convaincu que vouloir mesurer les effets du changement climatique à l’échelle de la civilisation était un péché d’orgueil… Tout comme croire que l’homme pouvait avoir une influence réelle sur un système aussi complexe et aussi ancien que notre bonne vieille planète bleue. Il voyait plutôt dans l’éco-économie, un nouveau moyen trouvé par certains pour dégager de plantureux bénéfices. Dans une mise en scène typiquement américaine, Crichton avait même fini par « témoigner en tant qu’expert » devant une commission gouvernementale… sans avoir, de près ou de loin, suivi des études de climatologues ! Imaginons, sous nos latitudes, Amélie Nothomb témoignant dans une commission d’enquête sur le harcèlement au travail, suite à l’écriture de Stupeur et Tremblement !
CRICHTON_UrgenceQuoi qu’il en soit, Crichton laisse derrière lui une carrière riche, constituée de romans d’une efficacité jamais mise en question (et dotés d’un extraordinaire sens de la vulgarisation), de films plutôt en avance sur leur temps – même si en tant que metteur en scène Crichton n’a jamais vraiment eu les moyens de ses ambitions – sans compter Urgences, série télévisée grâce à laquelle plus personne, ou presque, ne peut entrer dans un hôpital sans se mettre à marmonner des extraits de dialogues pleins de jargons autrefois incompréhensibles.
Chris Corthouts

Écrit par Brice dans Portraits | Commentaires (2) |  Facebook | |

26 04 08

Ecriture & chansons

CABRELOn a toujours ressenti chez Francis Cabrel une démarche différente dans son approche de faiseur de chansons. Il y a un an, lors de la parution de sa collection Cabrel essentiel, j'avais déjà hésité à diffuser son interview dans ces colonnes. A l'écoute des textes de son nouvel album, Des roses et des orties, le doute n'a plus sa place. Cabrel m'a d'ailleurs confié qu'après sa tournée, il se mettrait à l'écriture d'un roman (cliquez sur la pochette du disque pour écouter).

  FRANCIS CABREL - Brice Depasse 1

  FRANCIS CABREL - Brice Depasse 2

  FRANCIS CABREL - Brice Depasse 3

  FRANCIS CABREL - Brice Depasse 4

  FRANCIS CABREL - Brice Depasse 5

  FRANCIS CABREL - Brice Depasse 6

  FRANCIS CABREL - Brice Depasse 7

  FRANCIS CABREL - Brice Depasse 8

  FRANCIS CABREL - Brice Depasse 9

  FRANCIS CABREL - Brice Depasse 10

  FRANCIS CABREL - Brice Depasse 11

  FRANCIS CABREL - Brice Depasse 12

  FRANCIS CABREL - Brice Depasse 13

  FRANCIS CABREL - Brice Depasse 14

  FRANCIS CABREL - Brice Depasse 15

Écrit par Brice dans Portraits | Commentaires (0) |  Facebook | |

10 06 07

Didier van Cauwelaert : la légèreté de l'être

D VancauweleartTroisième invité des "Auteurs se déplument", Didier van Cauwelaert, tel un prince s'est montré charmant. Je dirais de lui qu'il est délicat et attentioné. Il m'a fait beaucoup rire (surtout le passage des chaussettes dans la bulle du "Prisonier", voir la vidéo). Pour peu il nous faisait le remake du "chevalier qui cherchait ses chaussettes" de Christian Oster. Mais l'auteur d' "Un aller simple" les a retrouvées pour aller conquérir sa princesse. Rassurez-vous, ce n'est pas moi. Par contre, je lui ai parlé de grenouilles et de petits pois que nous avons partagés lors d'un déjeûner à l'Amigo. Un moment magique, comme ce prince, fils d'un roi belge par le simple coup de sa plume.
Merci, Didier de m'avoir fait rêver toute cette journée !
Nicky Depasse

Écrit par Brice dans Portraits | Commentaires (0) |  Facebook | |

10 06 07

Le petit Prince à Bruxelles


Images et réalisation : Nicky Depasse
Montage : Christophe Delire
Musique : "Two fugitives in the night" par Malia (Sony/BMG)

Écrit par Brice dans Portraits | Commentaires (0) |  Facebook | |

10 06 07

Premier thème : déplumage d'un roman

VAN CAUWELAERT FéeNous revisitons "L'éducation d'une fée".
"Je crois qu'on peut réactiver les fées" Didier van Cauwelaert.
"La bonne grâce est le vrai don des fées. Sans elles on ne peut rien. Avec elles on peut tout." Charles Perrault.

DIDIER VAN CAUWELAERT - Nicky Depasse 1


20042007_5115004_eds

Écrit par Brice dans Portraits | Commentaires (0) |  Facebook | |

10 06 07

Deuxième thème : le Bruxelles secret

20042007_5115015_eds"J'ai inventé la Belgique avant de la connaître".
Didier van Cauwelaert se sent chez lui à Bruxelles ainsi que partout en Belgique. Pas seulement à cause de sa famille paternelle à qui il doit de porter ce nom mais parce que, fils caché du roi Baudouin, il vécut une enfance exilée sur la côte d’Azur, protégé des tueurs de la reine Fabiola par un tonitruant père adoptif, René van Cauwelaert, avocat au barreau de Nice, et meilleur ami du souverain belge.

DIDIER VAN CAUWELAERT - Nicky Depasse 2


200407_5007014_gum (1) copier

Écrit par Brice dans Portraits | Commentaires (0) |  Facebook | |

10 06 07

Troisième thème : L'inspiration et l'écriture

200407_5007079_gum"L'inspiration ne vient pas. Elle est en moi. Elle ne se définit pas, c'est tout sauf quelque chose d'extérieur. L'inspiration, c'est une question de nature et de travail."

DIDIER VAN CAUWELAERT - Nicky Depasse 3


20042007_5115009_eds

Écrit par Brice dans Portraits | Commentaires (0) |  Facebook | |