22 12 16

An american dream

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C'est un beau roman, c'est une belle histoire...

Bien davantage

Un roman émouvant, frais, entraînant, poignant .. qui voit le rêve de Jende Jonga, un Camerounais trentenaire, de sa femme Neni, leur demande conjointe d'asile en territoire américain, heurter le refus larvé d'autorités passablement débordées.

Nous sommes en 2007.

Le couple est courageux. Jende est chauffeur de Clark Edwards , un richissime homme d'affaires de Manhattan qui va sombrer avec la faillite de Lehman Brothers  Neni, enceinte de leur deuxième enfant, étudie d'arrache-yeux afin de devenir pharmacienne...  Ils ont confié leur sort à Boubacar, un avocat, prétendu spécialiste des obtentions d'asile...

"L'Amérique donnait à tous, Noirs ou Blancs, les mêmes chances de devenir ce qu'ils voulaient devenir." 

L'attente se vit au rythme du service de la famille Edwards, Clark, Cindy et leurs fils Vince et Mighty, de la découverte émerveillée de l'univers de luxe dans lequel ils gravitent. Le rêve américain qu'ils incarnent laisse pourtant percer un malaise grandissant dans leurs relations familiales.

Un mal-être dont les Jonga feront les frais.

Portée par le prisme d'un regard étranger, neuf et pur sur la société new yorkaise, un rythme, un parler finement exotique,  le roman évite l'écueil des poncifs. Il  confronte les mentalités, rapproche subtilement les êtres de bonne foi, promeut la dignité humaine

Une leçon de vie

Apolline Elter

Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue, roman traduit de l'anglais (Cameroun) par Sarah Tardy, août 2016, 300 pp

  

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10 12 16

Un lion nommé Personne

133178_couverture_Hres_0 (1) - Copie.jpg"Si les lions parlaient, nous ne pourrions pas les comprendre. Ou du moins pas davantage que nous ne comprenons les hommes."
 
L'année se clôt - enfin presque - sur un très beau récit. Sorte de conte centré sur la vie d'un lion, le dénommé " Personne", sa relation avec les hommes, les âmes belles, l'histoire emporte le lecteur du Sénégal, pays de sa naissance,en 1786,  à Versailles où il  (dé)périt, dix ans plus tard, privé de ses amis humains et surtout d'Hercule, le chien, son fidèle compagnon.
 
 L'écriture est magistrale, soignée dans son expression, dans sa culture du mot juste, le rythme est harmonieusement cadencé, les descriptions, parfaitement agencées. Le jury du Prix Wepler-Fondation de la Poste ne s'est pas fourvoyé qui lui a décerné son prix 2016.
 
Si Personne vit à une époque où il ne  fait pas bon être roi - fût-ce des seuls animaux - l'auteur n'évoque guère la Révolution française que par ses conséquences - la disette - en subtil filigrane d'une narration avant tout centrée sur le respect des êtres que la Nature sépare ou leur funeste maltraitance.
 
Un roman fabuleux
 
Apolline Elter
Histoire du Lion Personne, Stéphane Audeguy, roman, Ed Seuil, août 2016, 224 pp

 

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24 11 16

Un roman d'alluvions

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Ampleur, maîtrise, infinité du temps... caractérisent ce roman-fleuve distingué par le prix Femina 2016. S'il pêche par sa longueur, les méandres de descriptions et de listes ludiques, sortes d'alluvions à la Yann Moix-  pour poursuivre notre métaphore fluviale - le texte révèle néanmoins une écriture accomplie, dotée d'une vraie tension narrative, ce n'est pas moindre exploit.

 Enfant sauvage, sorte de résurgence du célèbre héros de  François Truffaut, le "garçon"  se trouve seul au monde après le décès de sa mère.

Nous sommes en 1908, l'enfant a quatorze ans.

"(..) la mère était seule sur terre à connaître son existence et la mère est morte"

Roman initiatique, qui observe cliniquement, artistiquement, longuement- vous l'aurez compris- l'accès au monde, à la civilisation de l'enfant, définitivement mutique, le récit prend le lecteur à témoin de ses expériences progressives de l'amour, de la guerre, du bagne, tandis que le siècle débutant -  focus majeur sur les années 1908-1918 -  vibre d'innombrables événements.  Et de l'englober - le lecteur, si vous me suivez -  dans son travail d'écriture, sa poétique particulière en une  amène complicité

L'auteur prend le temps, le vôtre, le sien,  celui de l'intégration provisoire  du "garçon" à la communauté d'un hameau, celui  du merveilleux, pur amour que lui voue Emma, celui de l'apocalypse d'une guerre barbare et de l' envoi au bagne de Cayenne, suite à une rixe absurde...

 " Voilà, l'essentiel est dit.

Bien qu'il lui reste vingt années à vivre, celles-ci ne formeront en définitive que l'unique et dernière strophe,délayée, de sa chanson d'automne."

Et pour nous, la découverte d'un écrivain. Un vrai.

Le garçon, Markus Malte, roman, Ed. Zulma, août 2016, 544 pp

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20 10 16

Sortie de route

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Il ne va guère nous éclairer sur le sens du roman, Luc Lang, avec un titre tient de la Genèse et un contenu, de l'ordre du bilan. Qu'importe, c'est un très beau roman...

Terrassé par la nouvelle de l'accident automobile de Camille, son épouse, Thomas tente de faire front, pour lui, pour ses jeunes enfants, Elsa et Anton.  Il veut comprendre les circonstances d'une sortie de route par trop surprenante.. Camille a-t-elle été victime d'un sabotage? 

Scrutant avec minutie les moindres détails des événements, pensées  et états d'âme de Thomas, Luc Lang livre un récit d'introspection : Thomas va revoir non seulement le film de sa vie conjugale et d'une relation avec Camille qui se délitait mais aussi celui de son enfance et du tabou qui a entravé la relation familiale. Pour ce faire, l'écrivain alterne avec brio le langage soigné des descriptions - justes et belles - et la vivacité dépouillée, crue des dialogues.  Il donne au lecteur le sentiment d'épouser la respiration même du protagoniste, sa  quête existentielle.

 Une puissance, une tension narratives  qui relèvent de l'exploit pour un texte si long.

Une lecture recommandée

Apolline Elter

 

Au commencement du septième jour, Luc Lang, roman, Ed. Stock, août 3016, 540 pp

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16 10 16

Pèlerinage

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 " Son père est mort il y a cinquante ans jour pour jour, le 1er juillet 1962. Elle a voulu ce pèlerinage dans le théâtre de la maladie, et aussi du plus grand amour; mais du sanatorium d'Aincourt, il ne reste rien."

D'emblée, tout est dit: Mathilde Blanc revient sur les traces de son enfance et des séjours de ses parents dans un sanatorium du Val-d'Oise, aujourd'hui désaffecté.

" (...) et tandis qu'elle s'éloigne, rejoint à petits pas le pavillon (...), je voudrais dire son histoire d'amour déchirante, singulière, aux confins de la maladie et du plus grand amour."

 Amour filial - la petite Mathilde est subjuguée par le charisme de son père, Paul, frustrée par son manque d'attention   - amour conjugal qui unit le couple de ses parents jusqu'en  sa maladie conjointe, le roman est hommage du temps. Du temps  qui passe mais n'efface les blessures enfantines: l'annonce de la maladie paternelle, ses noms barbares, "pleurésie", "bacille de Koch",... la mise en quarantaine de la famille et sa paupérisation corollaire, le placement en famille d'accueil, ... sont tant d'obstacles au bonheur simple et joyeux que Mathilde a connu dans sa prime enfance, du temps où "Paulot"ravissait les clients de son café, "Le Balto" du jeu de son harmonica Honhner.

Les  souvenirs, les scènes s'enchaînent soutenus d'une écriture de belle et musicale facture.

Une lecture d'atmosphère recommandée

Apolline Elter

 Un paquebot dans les arbres, Valentine Goby, roman, Actes Sud, août 2016, 268 pp

 

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13 10 16

Un épicier épicurien

téléchargement (20).jpg " Si elle regarde en elle, c'est le grand n'importe quoi, le désordre complet, une chambre magmatique."

Star, riche, fiancée au multi-titré Alfonso de Talavera de Santa Cristina de Arjona, Grand d'Espagne, Cécile Renan a tout pour être heureuse, selon l'expression consacrée.

Vous devinez d'emblée la faille: elle ne l'est pas.

Pourquoi? 

Quelques pertes de mémoire viennent perturber le quotidien de son existence parisienne,  quelque malaise aussi.... Dépêché par le Samu, un médecin iranien débarque chez elle, mais quand Cécile se réveille, le lendemain, elle n'est plus sûre de la réalité des faits...

Qu'à cela ne tienne, elle décide de le retrouver et va quérir l'aide de Kamal, philanthrope épicier iranien. Las  pas de trace du médecin

Qu'à cela ne tienne, Kamal s'en va trouver Arash et le charge d'ingurgiter séance tenante La médecine pour les nuls.

Loufoque, passablement incongru, cet aimable conte urbain - un peu trop long, un peu trop bavard à mon sens -  confronte les mentalités parisienne et iranienne, en ce compris que les Persans ont peut-être un accès original au bonheur...

C'est tout celui qu'on souhaite au lecteur

Les simples prétextes du bonheur, Nahal Tajadod, roman, Ed. JC Lattès, août 2016, 400 pp 

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12 10 16

Transportant

téléchargement.jpg Le cheval hennit, s'arrête, il s'impatiente. Il est nerveux, mais Sibylle le pousse à continuer. Il faut continuer, continue, continue, lui murmure-t-elle, comme si elle avait trouvé en elle assez de force pour en donner aux autres, (...)"

Sibylle est quadragénaire, divorcée, velléitaire. Elle est largement passée à côté de ses desseins, ceux de son destin et élève plutôt mal Samuel, un ado, en perte de repères, lui aussi. Ce dernier commet une bêtise et  Sibylle comprend l'urgence de se ressaisir, de reprendre les rênes d'une vie qui périclite, d'un dialogue avec son fils, largement passé à la trappe. 

 Elle l'emmène partant, au Kirghizistan, chevaucher montures, plaines et montagnes - au mépris des dangers - et  regagner ces repères, lacunaires pour tous deux. Car c'est de quête identitaire qu'il agit: Sibylle et Samuel doivent d'abord résoudre leur propre rapport à eux-mêmes avant de pouvoir nouer une (nouvelle) relation. Il en va d'un rite conjoint d'initiation.

Porté par une plume sobre, subtile et factuelle,  le récit est .. transportant. Facteur d'un nouvel élan de vie.

Apolline Elter

 Continuer,  Laurent Mauvignier, roman, Ed.de Minuit, août 2016 ,  240 pp

[NDLR: Merci à Françoise Lalande, qui lors de l'anti-rentrée littéraire du 15 septembre, au Cercle Chapel - compte rendu sur ce blog - recommanda chaleureusement cette belle lecture ]

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08 10 16

Romain, François,Osman, Marion, et les leurs..

L'insouciance.docx.jpg

 

 

S'il est un titre qui ne laisse présager le contenu, c'est bien celui du dixième roman de Karine Tuil.

Faut-il comprendre que l'insouciance, cette "forme de légèreté", ce produit de l'enfance, se désintègre sitôt que l'identité est mise à mal?

Puissante, forte et dense, malgré ses 528 pages, cette fiction si réaliste, si réelle évoque, à travers le destin des trois protagonistes, Romain Roller, François Vély et  Osman Diboula, trois hommes que tout sépare - âge, race, milieu social et religion -  l'effroyable perte des repères identitaires.

 Revenu de  "l'enfer afghan" - le mot est faible tant est dantesque la description de la barbarie qui régit le conflit afghan, Romain Roller ne parvient pas à réintégrer sa vie de famille, les retrouvailles avec Agnès, son épouse et leur tout jeune Tommy.  A la culpabilité d'avoir laissé périr ses hommes, ses amis s'ajoute une paranoïa du danger imminent, des angoisses qui le mènent, un temps à un internement psychiatrique. Seule pourrait le sauver, la liaison passionnelle qu'il entreprend  avec Marion Decker, une journaliste, écrivain, lors du séjour de décompression organisé pour les combattants dans un hôtel étoile de Chypre.

 De son côté Marion Decker a saisi d'une même attraction fatale François Vély,  puissant homme d'affaires, cynique, arrogant, imbu de  son éducation, sa toute-puissance et d'une fortune colossale.  Une passion qui va provoquer le suicide, par défenestration, de son épouse, l'éclatement de sa famille et, bientôt, de tout son édifice de vie.

 "Il était né comme ça, éduqué dans le camp des privilégiés, un camp où l'échec n'était pas une option possible. Ce qui avait longtemps déjoué les codes sociaux', c'était la prégnance du désir; sans ce magnétisme érotique, il ne l'aurait même pas regardée, allons, une fille issue d'un  milieu simple,  une fille qui n'était pas formatée comme lui, qui n'avait pas fréquenté les mêmes écoles, foulé les mêmes impasses préservées, une de celles qui exhibaient une franchise décomplexée, l'impulsivité des gens que l'éducation n'a pas corsetés, (...)

 Quant à Osman,  emblème de l'intégration raciale réussie au sein de l'Elysée, il va connaître le déchantement  de la subite perte des faveurs présidentielles, le désert socio-professionnel et conjugal corollaire.

 Analyse socio-politique corrosive, le roman décrit, avec une rare acuité - on peut compter sur Karine Tuil - les méfaits de la vassalité, version XXIe siècle, dans la sphère de la vie privée, de l'âme, de  l'identité .

 Un roman fort. Très fort.

 Apolline Elter

 L'insouciance, Karine Tuil, roman, Ed. Gallimard, août 2016, 528 pp

 

Billet de faveur

AE : Au premier plan de la fiction trois personnages, Romain, François et Osman voient leurs couples exploser et leurs repères identitaires se briser. Se dégage peu à  peu  un être empreint d’humanité, de bienveillance et de sagesse : Paul Vély, le père de François. Il a pourtant lui aussi connu l’enfer, celui de l’univers concentrationnaire :

Karine Tuil : Paul vely incarne la figure du "sage", il a de l'expérience, une certaine distance critique. C'est un ancien résistant, un juif qui a échoué à se réinventer. Il n'y a chez lui, aucun ressentiment, il a cette confiance et cette constance qui lui permettent d'affronter les épreuves de la vie. Sans doute l'un de mes personnages préférés car il a une densité psychologique et un destin romanesque particuliers....  

 

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06 10 16

Une rentrée littéraire très pop

RL DERNIER PECHEUR.jpgDepuis trois semaines, la presse nous abreuve du nombre de livres qui sort à la rentrée littéraire.

Stop ! On s’en fout qu’il y ait plus ou moins 600 nouveaux romans français en librairie cet automne. Ce qui nous intéresse, c'est : "est-ce qu’il y a des livres qui valent la peine de mettre un billet de vingt balles sur le comptoir ?"

La suite en podcast :


podcast

Dans cette séquence : Bronson (Arnaud Sagnard), Le dernier des nôtres (Adélaïde de Clermont-Tonnerre), Les pêcheurs d'étoiles (Jean-Paul Delfino) et Jim Morrison et le diable boîteux (Michel Embareck).

06 10 16

Roman d'amour, vous dites?

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" Je vous crois folle. Quitter mon fils ne peut être le fait d'une personne jouissant de toutes ses facultés."

Noémie vient de quitter Geoffrey - je n'ai pas dit "Jauffret" -  son compagnon, "d'autant plus odieux qu'il est architecte",  de trente ans son aîné. Elle entreprend avec Jeanne, mère de Geoffrey, une correspondance au goût étrange, corrosive et cruelle à souhait. 

" Cette lettre ne vous est pas vraiment destinée. Son écriture fut pour moi une simple excursion dans la haine de vous, une occasion de purger ma vésicule d'un peu de sa bile."

Jeanne, on le voit, n'est pas en reste, qui va bientôt changer de cap, pour ourdir avec Noémie le plan d'une vengeance...cannibale à l'égard de son fils.

D'une facture épistolaire, inventive  et corrosive, le roman a tout pour plaire à votre chroniqueuse préférée. Sauf qu'elle s'est perdue dans les méandres d'une logique affective pour le moins décousue. Propos mielleux et fielleux s'enchaînent en un tempo aussi allègre que déconcertant. La prétérition règne en maître :  " Je ne t'écris plus, je n t'écris pas. Cette lettre n'est pas une lettre, c'est une déposition." 

Il paraît que c'est un roman d'amour...

Cannibales, Régis Jauffret, roman, Ed. Seuil, août 2016, 188 pp

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