27 02 17

Polémique au bahut…

FUn sale livre.jpgrank Andriat est né en 1958 à Bruxelles. Après des études de philologie romane à l’ULB ‚ cet écrivain prolixe [1] exerce depuis 1980 le métier de professeur de français.

Il a publié récemment chez Mijade à Namur un roman jeunesse – mais pas que… – intitulé Un sale livre qui nous a fait forte impression.

En voici le pitch :

« La prof de français, Karine Latour, propose à ses élèves un roman qui provoque le débat. Justine le trouve génial, mais il choque son père. Tristan, grand lecteur, émet des réserves à son propos, mais la belle Amalia l’adore. Le sujet est dur, le ton très réaliste : les réfugiés syriens ne sont pas les bienvenus pour tout le monde. Rien, Nadir est décidément un sale livre dont aucun lecteur ne sort indemne. Jusqu’à ce que son auteure vienne au collège pour témoigner de son terrible parcours. Jusqu’à ce que la fiction rejoigne la réalité et rencontre l’amour. »

L’originalité de l’ouvrage tient au fait inédit que, sur une construction classique, celle du roman dans le roman, le récit décrit avec précision la réception de cette fiction interne par ses lecteurs [2].

Un joli coup de maître !

Bernard DELCORD

Un sale livre par Frank Andriat, Namur, Éditions Mijade, septembre 201§, 143 pp. en noir et blanc au format 15,3 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 7 €

 

[1] http://www.andriat.fr/bibliographie-complete/

[2] Outre ceux déjà cités, il y a aussi la documentaliste, une autre professeure, la classe tout entière, le principal du collège…

27 02 17

"Rosa", un très grand livre !

marcel sel rosa.pngUn grand livre ! Un de ceux qu'on attend – souvent trop longtemps - quand on aime lire et écrire ! « Rosa » de Marcel Sel est la révélation d'un nouveau et talentueux romancier. On connaissait déjà l'essayiste ou blogueur (Blog de Sel), voici le narrateur, le scrutateur de l'âme humaine et des sociétés où elle évolue. Chez cet habitué des réseaux sociaux, nous trouvons évidemment des phrases courtes, efficaces, justes et belles.

Le premier chapitre est tout de suite étourdissant avec l'enfance, l'émotion, la déception, la mémoire, tout ce qui peut nous entraîner dans la lecture. Mais le livre a comme originalité d'alterner l'histoire et son écriture. L'auteur envoie des pages à son père en échange d'argent (8 pages à 30 euros = 240, par exemple).

Parlons des mots et même des néologismes : « Je suis un adultescent », écrit-il ou « à cause de mon abruxellation », mot inventé par Juan d'Oultremont. J'aime aussi « corbeiller », soit jeter à la corbeille : « Il ne pourrait plus jeter mon travail, le corbeiller ! »

Et ces phrases qui ne peuvent que nous toucher, si on s'essaie à l'écriture : « Je pose la précieuse feuille sur le buvard de son bureau. Je prends une bouffée de l'odeur d'encre Waterman. Même fermé, le pot diffuse un parfum fort, profond, intelligent. »

« Ça fait quatre jours que j'ai commencé l'histoire de Rosa. Et déjà, j'ai besoin d'elle – de l'histoire. Et de Rosa, aussi. En marchant, j'imagine les scènes que je dois écrire. Je les fais respirer avant de les coucher sur le papier. Je les promène, elles prennent l'air. Après toutes ces années passées dans mes carnets à boudins, elles étouffaient. »

C'est un livre qui navigue entre la Belgique et l'Italie. A propos de notre pays, ces notations magnifiques : « Quand il pleut, je m'enivre de sa fonte qui a l'air de pleurer, oui, de fondre en larmes, tout comme les piétons, les voitures, les camions, qui plient sous l'averse. Quand le ciel est flamand, qu'il descend au plus bas, à nous toucher presque, pour imposer son plafond sombre et menaçant, mon pont se détache du canal avec un air de défi. » ou « Il a plu un peu. J'habite un pays qui pleurniche. »

A propos de l'Italie : « Vu des collines alentour, c'est un amas de pierres muettes. De toits de tuiles mates. Des maisons qui se grimpent dessus. » ou «Venise ronronnait en fin d'après-midi. »

Parmi les sujets, la peinture et les musées tiennent une grande place : Picasso, Degas, Spilliaert. Là, il découvre une jeune femme en robe bleue qui est assise dans le Musée d'Art ancien, rue Royale à Bruxelles : « Elle me tourne le dos. Il a l'air d'onduler. Ou alors, c'est son dos qui est une ondulation. « Elle se lève, l'eau se déplie », me dis-je. Je souris : La jeune femme qui dort peut-être encore et dont j'étudie le dos a la souplesse de ce vers d'Eluard. » Plus loin : « Elle s'étire. Ses bras touchent l'infini. »

A propos de l'amour, du premier baiser et du reste, on lit et on redécouvre grâce à la pudeur, à la sensualité et et à l'élégance des descriptions. Ne ratez pas la page 180 !

 Comme le premier chapitre, celui des « galettes » recèle aussi des pages magnifiques ! On est dans le livre, on ne le lit plus, on le vit !

Il faudrait encore parler de tant de choses : de Mussolini, de l'horreur de la fin de la guerre en Italie, des Oustachi, de l'exportation des Juifs, bien entendu qui sous-tend le livre tout entier.

Un mot encore, extrait de l'épilogue, et qui explique si bien nos errances : « Avant, je marchais dans ma ville en regrettant de ne pas être ailleurs. Désormais, je prends mon temps. J'écoute l'écho des pierres. Je regarde les vieilles maisons, je leur demande de me raconter leur histoire. »

Un très grand livre !

 

Jacques MERCIER

 

« Rosa », Marcel Sel, OnLit édition, 2017, 12X19 cm, 300 pages, 19,50 euros.

 

 

 

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15 02 17

La vie avant soi…

Rosa.jpgAlbert Palombieri, Le Père, un industriel fortuné, intime au Fils – il n’appelle jamais Maurice par son prénom – qui, à trente ans, sorte de Tanguy vaguement poète, vit encore à ses dépens, d’écrire un roman qu’il lui paiera 30 euros la page.

On ne discute pas les ordres du Père.

Mais Le Fils les lui fera payer très cher, dans les deux sens du verbe, en écrivant non pas un roman, mais l’histoire de Rosa Molinari, la mère d’Albert qui en ignore tout et que Maurice alias Momo[1] est seul à connaître, à lui racontée quinze ans auparavant par son défunt grand-père.

Et cette histoire est aussi hallucinante qu’hallucinée, qui mène le lecteur en Italie, dans les Balkans et à Auschwitz, car cette femme, sa grand-mère, fut fasciste, puis résistante, puis déportée, l’occasion pour Marcel Sel[2], dans Rosa à paraître le 1er mars 2017 chez Onlit Éditions à Bruxelles, de brosser une vasque fresque de ce que fut la tragédie – largement méconnue chez nous – des Juifs et de la Résistance sous Mussolini ainsi qu’en Croatie et en Bosnie-Herzégovine sous la botte de l’Oustacha.

Saluons ici les qualités littéraires de l’ouvrage, tant sur le plan de la construction du récit que sur ceux des ressorts dramatiques palpitants et de la qualité du langage, tout à la fois impeccable et, çà et là, remarquablement créative.

À sa lecture, nous avons pensé, mutatis mutandis, au Docteur Jivago de Boris Pasternak.

Pas moins…

Bernard DELCORD

Rosa par Marcel Sel, Bruxelles, Onlit Éditions, mars 2017, 303 pp. en noir et blanc au format 12,2 x 19,5 cm sous couverture brochée et jaquette en couleurs et à rabats, 19,50 €

[1] Remarquons au passage la référence, par les prénoms des protagonistes, à La vie devant soi d’Émile Ajar/Romain Gary.

[2] Né à Bruxelles en 1960, Marcel Sel est chroniqueur (il a fait paraître ou publie encore des textes dans Elle Belgique, La Libre, Le Soir, Marianne Belgique et son successeur, M… Belgique, ProChoix, Télépro, La Revue Nouvelle, la revue du Centre Communautaire Laïc Juif, sur le site de la RTBF…), essayiste et blogeur –son « Blog de Sel » (blog.marcelsel.com) –  est considéré comme l'un de plus influents en Belgique.

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13 02 17

Un hapax littéraire…

L'Homme caramel.jpgCurieux, impressionnant – et passionnant – roman que L’Homme-caramel de Pascal Vrebos réédité à Waterloo chez Avant-propos dans une version revue et augmentée [1], dont l’auteur imagine qu’il a paru en 6988 après que le manuscrit a été retrouvé dans une mallette blindée sur une plage de ce qui fut le Pérou.

On y suit, commenté par les hommes du futur pour les hommes du futur [2], le récit tantôt en « je » tantôt en « il » d’un narrateur belge appelé Marc Morelle, prix Nobel de la paix 1998 (il en fut le récipiendaire un an avant « l’apocalypse bio-nucléo-chimique de 1999 » qui raya notre civilisation de la carte), publiciste globe-trotter, écrivain friqué, amant des actrices Isabelle Adjani et Diane Keaton, tout à la fois halluciné et désespéré.

L’occasion pour l’auteur de brosser à travers son double (Morelle-Vrebos, même sauce caramel !), un portrait de notre temps à faire frémir les grands contempteurs littéraires que furent ou que sont Diogène, saint Jean, Frédéric Nietzsche, James Joyce, Louis-Ferdinand Céline, Lucien Rebatet, Boris Vian, Antoine Volodine et Chuck Palahniuk.

Car il y a l’essence de tous ces auteurs dans ce roman, excusez du peu !

Et toute notre époque s’y retrouve submergée par un tsunami de passions irrépressibles, de cynisme affolé, de mœurs débridées, de violence glacée… et d’humour décalé.

Le tout dans un style inclassable, mais efficace, mêlant à des considérations terre-à-terre des moments d’anthologie qui désarçonnent le lecteur pour le remettre aussitôt en selle.

Un magnifique pavé dans la mare… et dans la tronche de l’insipide politiquement correct !

Bernard DELCORD

L'Homme-caramel par Pascal Vrebos, nouvelle édition revue et augmentée, préface de Jacques De Decker, Waterloo, Éditions Avant-propos, janvier 2017, 413 pp. en noir et blanc au format 15 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 23 €

 

[1] La version princeps avait paru aux défuntes Éditions Le Cri à Bruxelles en 1995.

[2] L’ouvrage est émaillé de notes infra-paginales censées avoir été rédigées à la fin du sixième millénaire pour expliquer aux lecteurs d’alors ce que fut notre « civilisation », un grand exercice d’ironie et de détachement…

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02 02 17

Brusque retour aux sources…

Outre-Mère.jpgNouvelliste très talentueuse [1], Dominique Costermans a fait paraître à Avin chez Luce Wilquin son premier roman, Outre-Mère qui est tout à la fois le récit de la véritable histoire de Charles Morgenstern (nom d’emprunt), un Juif bruxellois enrôlé volontairement dans l’armée allemande et devenu par la suite indicateur très actif de la Gestapo [2], et celui, sans pathos, de la découverte progressive des faits par sa petite-fille Lucie, malgré le tabou régnant dans la parentèle depuis deux générations.

Un texte fort, remarquablement rédigé, autour des secrets de famille, en l’occurrence particulièrement indicibles et monstrueux, mais aussi de la notion d’identité – ici, la découverte de sa judéité par la narratrice, masquée jusque-là « pour la bonne cause » – au-delà du silence et de la honte maternelle…

Une brillante réussite !

Bernard DELCORD

Outre-Mère par Dominique Costermans, Avin, Éditions Luce Wilquin, janvier 2017, 172 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 17 €

 

[1] On lui doit une demi-douzaine de recueils, C’est moderne.com, Y a pas photo, Nous dormirons ensemble, Je ne sais pas dire non, Des provisions de bonheur (chez Luce Wilquin) et Petites coupures (chez Quadrature à Louvain-la-Neuve), dont nous ne saurions trop vous recommander la lecture.

[2] L’auteure se fonde sur des dossiers judiciaires authentiques.

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29 01 17

Bataille pour un château-fort…

Vengeance.jpg« Un château médiéval, un parc boisé, trois propriétaires, une indivision...

Louis d'Érezée vit seul avec sa mère agonisante dans cette forteresse familiale, mais son frère Maximilien et sa sœur Colienne, tenus à l'écart de sa gestion, en exigent la vente. Ils s'affrontent avec dureté, persuadés chacun que leur avenir dépend de l'issue du combat.

L’aîné s'accroche à une vision digne de l'Ancien Régime, les deux autres ne cherchent qu'à vivre avec leur temps. Ce conflit violent, lié aux particularités de letur éducation singulière, mobilise toute leur énergie. En pure perte, comme dans la majorité des conflits. »

Tel est le texte de la quatrième de couverture du passionnant roman Vengeance rédigé et publié par le marquis Charles de Trazegnies né à Bruxelles en 1946 [1].

On s’en voudrait de déflorer le scénario de cet excellent livre et ses multiples rebondissements, mais on ne peut s’empêcher d’établir un lien avec la longue bataille juridique que mena l’auteur, entre 1997 et 2008, contre son frère et sa sœur pour obtenir la sortie d’indivision et la mise en vente de la forteresse médiévale de Corroy-le-Château, finalement acquise par l’artiste Wim Delvoye [2].

Charles de Trazegnies ne dit d’ailleurs pas vraiment le contraire dans son avertissement : « Bien qu’il décrive une réalité – c’est nous qui soulignons –, ce roman est une œuvre de fiction peuplée de personnages imaginaires ».

Des fantômes fort agressifs…

Bernard DELCORD

Vengeance par Charles de Trazegnies, Bruxelles, Éditions Le Roseau vert [3], mai 2016, 314 pp. en noir et blanc au format 15 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs, 25 €

 

[1] Il a longtemps exercé la profession d'éditeur (plus de 120 livres publiés, dont certains “best sellers” en Belgique) et de traducteur (une vingtaine de livres traduits du néerlandais et de l'anglais). Il est par ailleurs l'auteur de poèmes, de récits et de nombreux contes imaginaires.

[2] http://www.lavenir.net/cnt/112576 &

http://archives.lesoir.be/wim-delvoye-se-paye-corroy_t-20080923-00J2QY.html

[3] Rue de la Tulipe, 2 à 1050 Bruxelles.

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29 01 17

Fiction nucléaire…

Le cauhemar du Président.jpgLe premier roman du Belge Denis Ralet, Le cauchemar du Président, paru à Bruxelles aux Éditions Telarcom, décrit avec force détail et d’une plume alerte l’univers post-apocalyptique qui pourrait résulter d’une explosion nucléaire dans un futur proche.

En voici le pitch :

« Né en 1963, Charles Chabrolles est élu Président de la République française en 2022. Peu après, une explosion nucléaire en Antarctique place les hommes politiques et les consommateurs devant leurs responsabilités.

Le Président Chabrolles est alors confronté à des troubles climatiques, sécuritaires et économiques et, en 2027, l’Elysée est brièvement prise d’assaut.

En 2046, depuis sa retraite à Banon dans les Alpes de Haute-Provence, le Président Chabrolles observe la vie de ses contemporains à partir de 2027 : politique, éducation, économie, loisirs, violence, migrants…

Sur un ton parfois cynique ou désabusé, il décrit les dérives d’un monde en quête d’équilibre.

Ses dernières paroles, en 2047, furent “Honte à ma génération” ».

Avis aux amateurs du genre !

Bernard DELCORD

Le cauchemar du Président par Denis Ralet, Bruxelles, Éditions Telarcom, diffusion Éditions Weyrich, novembre 2016, 240 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,50 €

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21 01 17

« Un coup de dés jamais n'abolira le hasard. » (Stéphane Mallarmé)

Le hasard a un goût de cake au chocolat.jpgAprès l’excellent Monsieur a la migraine publié chez Luce Wilquin en 2015 et centré sur le plaisir sexuel féminin, Valérie Cohen (°Bruxelles, 1968), qui est sans nul doute une des écrivaines belges les plus subtiles de ce début de siècle, a fait paraître chez le même éditeur un nouveau roman particulièrement succulent, intitulé Le hasard a un goût de cake au chocolat, dans lequel elle traite en touches pointillistes la question du hasard et de sa nécessité.

En voici le pitch :

« Le hasard existe-t-il ? Les coïncidences peuvent-elles avoir un sens ?

Impossible, vous dirait Roxanne. La charmante jeune femme vit aux côtés d'un compagnon peu loquace, d'une mère angoissée et d'une inséparable sœur. Lorsqu'elle reconnaît, sur un marché aux puces, une photographie de son arrière grand-oncle, ses certitudes sont ébranlées. Cette improbable rencontre la bouleverse.

Persuadée que les signes du destin guident ses pas, sa tante Adèle mettra tout en œuvre pour en convaincre sa protégée. Entre simples coïncidences et clins d'œil de l'existence, le quotidien tranquille de la jeune femme vacille... »

On admirera tout particulièrement le style de l’auteure, empreint de grâce et de simplicité, pour décrire des événements du quotidien avec une touche de fantaisie.

La lire est un plaisir !

Bernard DELCORD

Le hasard a un goût de cake au chocolat par Valérie Cohen, Avin, Éditions Luce Wilquin, janvier 2017, 138 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 15 €

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28 12 16

Le merveilleux imaginaire de Jean-Luc Fonck

fonck.jpgLorsque j'ai lu le premier manuscrit de Jean-Luc Fonck, j'ai pensé au Boris Vian de « L'écume des jours », aujourd'hui je dois vous avouer que Jean-Luc a créé son propre univers personnel et terriblement attachant. C'est non seulement celui de l'imaginaire, mais de ce fameux imaginaire « belge », qui eut une école très riche il y a quelques décennies.

« Les hommes préfèrent les grottes » est une énigme policière - un prétexte - qui se déroule dans les grottes de Han. (C'est le principe de cette collection de courts romans qui se situent chez nous).

Voici quelques exemples de ce que peut être le style de Jean-Luc.

Dès le début, le voilà discutant avec vous et moi, ses lecteurs : « ... mais ça, c'est une autre histoire que je vous raconterai un autre jour dans une autre vie dans un autre livre dans un autre monde. Voilà. C'est ça que je voulais dire. »

Et puis, cette manière de jouer avec le véhicule/livre. Le troisième chapitre est intitulé « Chapitre étroit » et son court texte est une étroite bande de lecture au milieu de la page. Superbe ! Même idée au « Chapitre neuf » qui commence de cette manière : « Aaaah...enfin...un chapitre neuf... ça me fait plaisir... y en a marre de ces vieux chapitres »

Les digressions de Jean-Luc (comme dans la chanson, comme à la radio, comme sur scène) sont dingues : « J'essaie de la faire revenir... Sans succès. Mais je m'en doutais... Je n'ai jamais su rien faire revenir... même pas les oignons... Un jour, j'ai réussi à faire revenir un souvenir... Ca m'a procuré un immense plaisir... Immense, mais de courte durée. Je me suis très vite rendu compte que si j'avais réussi à le faire revenir, c'est finalement parce qu'il n'était jamais parti. »

Quant à la belgitude, que l'auteur s'entend si bien à utiliser. Que dire de cette flle qui a un oeil droit couleur d'une Leffe brune et le gauche couleur Rochefort 10°... Ou plus loin, l'apparition (en enfer) d'une Flamande : « Wablief ? Mijnheer ? »

La poésie, la philosophie, tout s'y trouve : « Ceci dit, si la surprise avait des limites, rien que ça, ce serait déjà surprenant. »

Lire du Fonck, c'est la certitude de passer un moment délicieux, composé de multiples facettes, de surprises dans l'action, dans la réflexion, dans le style. Et le suspense est total !

 

Jacques Mercier

 

« Les hommes préfèrent les grottes », Jean-Luc Fonck, Ed Luc Pire, Roman de gare, 12/18,5 cm, 144 pages, 10 euros

 

 

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28 11 16

Les oubliés du dimanche

_valérie Perrin.jpgSi vous ne l'avez pas lu encore, précipitez-vous et offrez-vous (ou à quelqu'un que vous appréciez) ce roman mélancolique et drôle, d'une écriture, brillante, poétique et qui touche. Valérie Perrin, photographe, offre avec « Les oubliés du dimanche » (titre magnifique, qui définit ces personnes âgées sans visites dans une maison de retraite) son premier roman.

Le livre nous raconte Justine, vingt et un ans, qui se lie d'amitié avec une pensionnaire, Hélène. Un mystérieux « corbeau » sème le trouble dans la maison de retraite et dévoile un terrible secret. Dans une interview, Valérie Perrin raconte : « Un premier roman, c’est comme une première histoire d’amour. C’est très personnel. J’ai abordé des sujets qui me tenaient à cœur. J’ai toujours adoré les vieux. Enfant, je tapais à leurs portes pour qu’ils me racontent des histoires. Je n’ai jamais considéré la vieillesse comme une maladie, au contraire, je l’ai toujours vue comme un trésor. Et puis, à travers Justine, je parle aussi beaucoup de la jeunesse - et surtout, à travers mes personnages, je ne parle que d’amour. Tout cela, en fait, ce n’est qu’un prétexte pour parler d’amour. De livres, de musique et de bistrots. Ah, et d’une mouette, aussi. »

L'auteure pense que chacun de nous est relié à un oiseau. J'adore cette idée ! L'oiseau qui revient jusque dans les baisers : « Mon amour, la première fois que je t'ai embrassée j'ai senti un battement d'ailes contre ma bouche. J'ai d'abord cru qu'un oiseau se débattait sous tes lèvres, que ton baiser ne voulait pas du mien. »

Pour vous donner encore une idée du style magnifique de Valérie Perrin : « Hélène m'a raconté toute sa vie. Tout mais en puzzle. Comme si elle m'avait fait cadeau du plus bel objet de sa maison, mais qu'elle l'avait cassé en mille morceaux avant, sans le faire exprès ».

Remercions enfin Valérie pour le choix de la citation mise en exergue « Être vieux, c'est être jeune depuis plus longtemps que les autres », car elle est de Philippe Geluck !

 

Jacques MERCIER

 

« Les oubliés du dimanche », Valé­rie Per­rin, roman, Albin Michel, 2015, 379 p. – 21.90 € (Bientôt en Poche)

 

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