03 07 17

Sic transit gloria mundi…

Le Roman d'Héliopolis.jpgDescendante de Boghos Nubar Pacha [1], Amélie d'Arschot Schoonhoven [2] est historienne et conférencière, notamment à la Villa Empain.

Elle a fait paraître chez Avant-Propos à Waterloo Le Roman d'Héliopolis, un ouvrage dans lequel elle retrace l’histoire de la ville égyptienne qui fut érigée à partir de 1905 et jusqu’en 1912 sur une grande parcelle de désert au nord-ouest du Caire par le baron [3] et industriel belge Édouard Louis Joseph Empain (1852-1929) et son associé Boghos Nubar Pacha, une cité ultramoderne avec ses bâtiments inspirés de diverses architectures du monde entier, son système de distribution d’eau, sa ligne de chemin de fer, ses routes, ses plantations et son réseau de tramways électriques.

Héliopolis, qui fut au départ peuplée d'étrangers et de coptes (Égyptiens chrétiens) puis par les classes moyennes du Caire, est aujourd’hui un quartier de la capitale égyptienne dont la surpopulation a conduit à la disparition des nombreux jardins.

Fondé sur les archives familiales de l’auteure et brillamment rédigé, ce roman historique retraçant une formidable saga urbaine s’avère en tout point passionnant !

Bernard DELCORD

Le Roman d'Héliopolis par Amélie d’Arschot Schoonhoven, Waterloo, Éditions Avant-Propos, juin 2017, 204 pp. en noir et blanc au format 15,2 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 20,00 €

 

[1] Fils de Nubar Pacha (1825-1899), régent d'Égypte, Boghos Nubar Pacha (1851-1930) a épousé Marie Dadian en 1879. Leur fille Eva Zarouhi se maria en 1907 avec le comte Guillaume d'Arschot-Schoonhoven (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Boghos_Nubar_Pacha).

[2] Elle est administrateur de l'Association Royale des Demeures Historiques de Belgique.

[3] Général et aide de camp du roi des Belges, il a été anobli par Léopold II en 1907.

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30 06 17

La voix du Destin !

couverture-destins.jpeg« Celui qui a dit que le destin n’existe pas est un menteur. Car
il existe bel et bien et il est écrivain. Mais le pire dans tout
cela, c’est qu’il trouve son inspiration dans les trois milliards
de dossiers que composent nos existences. Alors vous pensez
bien qu’il ne se gêne pas pour raconter nos vies avec la suave
cruauté du chat devant la souris.
Ce livre, c’est un déferlement de secrets, un jeu de massacre
dont la partie ne se gagne qu’à grands coups d’incertitudes,
un labyrinthe où se croisent les âges, les gens et les époques.
Ouvrez-le et découvrez les destins perdus de Josiane, de
Maddox, de Janis, de René, de Lou et de bien d’autres encore. »

 

Cette présentation par l'éditeur du livre de Nancy Vilbajo « Le bureau des destins perdus » est parfaite. Le livre fut de plus « coup de coeur » des libraires lors de l'événement « Auteurs à la page ». Cette Binchoise n'est pas à son coup d'essai, mais elle nous surprend de livre en livre pour sa totale maîtrise de ce qu'on appelle « L'imaginaire belge » (à l'époque j'eus l'honneur d'être directeur littéraire d'une collection qui présentait cette mouvance : de Thomas Owen et Jean Ray jusqu'à Alain Dartelevelle, Jean-Baptiste Baronian et Jacques Crickillon. Les illustrations de François Bouton soulignent encore cette filiation.

Les séquences sont courtes, les dialogues nombreux et vivants, le suspense toujours présent. Un livre tel qu'on les aime !

Et ce Destin qui prend voix !

« Je suis toi, ta petite voix rien qu’à toi. Je suis ton enfance, je suis ta jeunesse, celle du temps où ton destin était encore un rêve. »

 

Pour vous donner le ton d'un des destins :

« Je me mis à donner des coups de pieds dans les cartables, à lancer les plumiers à l’autre bout de la pièce. Mais chaque objet revenait aussitôt à sa place comme si un doigt invisible avait appuyé sur le bouton «rewind» d’un vieux magnéto. Et vu que cela ne suffisait pas, les lettres tracées au tableau tombaient en poussière. Une à une, sournoises, mesquines et méchantes. »

 

Mais aussi :

« La pourpre d’un été finissant donnait à Calador une allure apocalyptique, un soir parfait pour la fin du monde. Et d’ailleurs, c’était bien la seule consolation du condamné, il aurait détesté mourir en hiver. »

 

Nancy Vilbajo est une de nos grandes écrivaines, qui s'affirme de texte en texte. Découvrez-la !

 

Jacques MERCIER

 

« Le bureau des destins perdus », Nancy Vilbajo, Edition Chat Ailé, 2017, de 18 à 22 euros. www.chaitaile.com

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19 06 17

« Comment c'est la Chine ? C'est plein de Chinois. » (Pierre Perret)

Hong Kong blues.jpgAvocat spécialiste du droit d’auteur et chroniqueur au journal Le Soir, l’écrivain belge Alain Berenboom à qui l’on doit, entre autres ouvrages, Monsieur Optimiste (Genèse Édition, 2013) dont nous avons chanté les louanges dans ces colonnes, nous est revenu cette année chez le même éditeur avec un roman foisonnant et caustique intitulé Hong Kong blues qui, nous n’en doutons pas, connaîtra un grand succès cet été auprès des vacanciers – et des autres lecteurs – en quête de littérature bien écrite, de dépaysement original et de scénarios à rebondissements bien ficelés.

En voici le pitch :

« Marcus Deschanel est un type séduisant. Journaliste dans une gazette du nord de la France, il se croit irrésistible. Pourtant, tout prend l’eau dans sa vie. Sa compagne l’a quitté, son dernier roman est un flop magistral et son bébé, la petite Gabrielle, l’horripile. Sur un coup de tête, Marcus décide de quitter la France. Il se voit déjà écrivain-voyageur. Mais, à Hong Kong, sa vie bascule.

À peine débarqué dans l’ancienne colonie britannique, il se retrouve mêlé à l’assassinat d’une manucure dans une discothèque. Son passeport a été retrouvé dans le sac de la jeune femme à côté de son cadavre.

Fauché, sans papier, Marcus est pris au piège dans le chaudron moite et grouillant de Hong Kong. Il n’a pas de repères, ne connaît personne et n’a plus d’argent. Auprès de qui trouver du secours ? Son avocat “Appelez-moi-Mike” n’a pas l’air de prendre son dossier au sérieux. Le consul général ne veut surtout être mêlé à son affaire. Et le commissaire Teng est prêt à le jeter en prison 

Deux personnages vont l’aider, mais à quel prix ? Pedro, un improbable plombier-bistrotier. Et une séduisante policière chinoise. »

En filigrane de ce roman un peu baltringue se dessine une ville-État qui a le blues, un paradis fiscal et financier, vitrine de la mondialisation, qui se lézarde sous les coups de boutoir des mafias, de la Chine communiste et de la « révolution des parapluies » menée par une jeunesse en quête de démocratie à l’occidentale.

Un texte palpitant !

Bernard DELCORD

Hong Kong blues par Alain Berenboom, Bruxelles-Paris, Genèse Édition, avril 2017, 317 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 21,2 cm sous couverture brochée en couleurs, 23,50 €. Existe en format e-book (14,99 €)

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11 06 17

Grand entretien avec Astrid Chaffringeon

Astrid ChaffringeonA l'occasion de la sortie de son premier roman, Nicky Depasse rencontre Astrid Chaffringeon, une Française de Bruxelles qu'on sait passionnée d'art et d'art de vivre.

Cet entretien a été diffusé dans Café de Flore sur Radio Judaïca les 7 et 11 juin.


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Cueillir ses rires comme des bourgeons, Astrid Chaffringeon, Avant-Propos, mai 2017, 166 pp, 20€

31 05 17

Le dernier des Marc Lévy

La dernière des Stanfield, Marc Lévy, 2017, interview, podcast

Marc Lévy a trouvé grâce à la liberté qu'il s'accorde, une maturité qui donne de la profondeur à ses personnages, du relief aux actions et aux toiles de fond de ses drames.

Avec La dernière des Stanfield le rideau s'ouvre ainsi sur une saga avec ses personnages, ses lieux et ses époques multiples : un homme et une femme enquête sur le passé sombre de leurs parents.

C'est beau, c'est réussi.

Maintenant que c'est dit, je vous invite à l'écouter. Longuement, librement.

Nicky Depasse

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La dernière des Stanfield, Marc Lévy, Robert Laffont - Versilio, mai 2017, 480p., 21€90.

01 05 17

Destin de femme...

L'effacement (Folio).jpgVéritable coup de poing asséné à l'estomac par une jolie main artistement gantée de velours noir comme son scénario, L'Effacement de Pascale Dewambrechies paru à Dax en 2014 aux Éditions Passiflore et qui vient de sortir en version de poche chez Gallimard à Paris dans la collection « Folio » est l'un de ces romans qui ne laisse ni indifférent ni indemne.

En voici l'intrigue :

« Durant les années 1950, dans un petit village pyrénéen, Gilda Maurel subit sa destinée d'institutrice. Les jours s'écoulent et se ressemblent. Pourtant, l'arrivée de Luis, âgé de 20 ans, lui offrira la passion, l'ardeur, un souffle de vie encore inconnus. Mais elle a 36 ans. Elle vit cette passion hors-la-loi et sans issue comme une intolérable torture psychologique. Quand elle laisse partir Luis sans lui révéler qu'elle est enceinte, Gilda laisse s'envoler tout espoir de bonheur et donne naissance à Louise, leur enfant. Celle-ci ramène inlassablement sa mère dans le passé et la plonge dans une profonde mélancolie. Dans son journal, Gilda livre sa solitude, ses angoisses, son incapacité à se ressaisir et ce combat qu'elle mène contre elle-même sans jamais le gagner. Cette vie devenue vide dont elle veut s'éloigner. S'effacer. »

Composé de nombreux chapitres très brefs qui sont autant de petites touches pointillistes, cet ouvrage frise la perfection formelle, celle des dentelles de Bruxelles ou de Bruges, pour tisser un récit poignant et lucide, de la condition si souvent faite aux femmes par leur famille, leur éducation, leur surmoi ainsi que leur environnement social, historique et professionnel.

De la belle ouvrage !

Bernard DELCORD

L'Effacement par Pascale Dewambrechies, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio », avril 2017, 219 pp. en noir et blanc au format 11 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 6,60 € (prix France)

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10 04 17

Troubles midis : un incroyable témoignage !

 

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« Dès la première phrase, nous sommes avec Catherine Melchior Sana, nous quittons notre monde pour rejoindre le sien », telle est la première phrase de la préface. « Troubles midis » raconte quelques moments de la vie d'une « personnalité limite », soit quelqu'un qui est borderline.

Ce sont de larges pans de vie, des tranches découpées à vif dans l'âme. L'auteure parvient à faire passer des descriptions incroyables de la douleur intérieure. Ce trouble est vertigineux, inquiétant, tellement ressenti à la lecture.

L'avant-propos de Géraldyne Prévot-Gigant, psychothérapeute, éclaire fort bien le roman et donc tous ces problèmes que ressentent les personnes atteintes de ce trouble. Elle nous donne par exemple les symptômes qui sont visibles dans une relation de couple : les efforts pour éviter abandon réel ou imaginaire, l'alternance d'idéalisation et de dévalorisation, l'absence de sentiment solide d'identité, une impulsivité dans deux domaines au moins (dépenses, sexe, toxicomanie, conduites à risque, troubles alimentaires...), des menaces suicidaires et automutilations, une instabilité affective...

Mais une fois que le borderline aura suivi une psychothérapie et trouvé son équilibre, il aura toujours cette générosité dénuée d'égocentrisme et toutes ces caractéristiques : Sympathie, disponibilité, curiosité, ouverture d’esprit, créativité, intelligence, caractère fort, modestie...

 De mémoire, je retiens deux « moments » du livre : La vie est pareille à ce retour de pêche en mer, où l'on rejette les trop petits crabes qui en meurent. L'un d'eux sera sauvé par un enfant. Et aussi ce malaise devant l'envahissement de Sandrine, sans que la narratrice n'ose la contrecarrer.

Mais le style est, lui aussi, de la meilleure facture ! Voici, par exemple, le premier paragraphe du premier chapitre :

« C'était une partie d'elle. Elle ne savait ni pourquoi ni comment revenaient à son, esprit de vastes champs pourfendus par un chemin droit goudronné et, plus loin, ces arbres grandioses dessous lesquels un petit sentier de terre incrusté de cailloux plongeait dans l’ombre fraîche des branches lourdes de feuillages gras entremêlés. »

Et quelques bribes picorées dans « Troubles midis » :

« J'imagine combien les gens sont inaptes à se comprendre. Il suffit de regarder les informations télévisées pour en avoir la preuve. Guerres à gogo, internationales, nationales, de voisinage, de couples. »

« C'est l'insatiabilité de la « passoire » laissant écouler l'amour au fur et à mesure qu'il est offert. »

« Que dois-je faire ? - Apprendre – Apprendre? - Que tu existes en être de bien, qu'il y a un nom pour chaque émoi et que tout ce qui te trouble peut te rendre forte. »

Ce roman témoigne, décrit, donne à penser par l'émotion de l'histoire et la qualité de l'écriture mise à son service. On en sort enrichi et grandi.

 

Jacques MERCIER

 

« Troubles midis », roman, Catherine Melchior Sana, Ikor éditions décembre 2016, A5 14,8X21 cm 208 pp, 16,20 euros.

 

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07 04 17

« La haine est fille de la crainte. » (Tertullien)

Le Grand Menu.jpgAuteure de textes majeurs comme Ma robe n'est pas froissée, Décidément je t'assassine, Décollations, Le Ravissement des femmes et, en poésie, Celles d'avant, Juin, Les Mots arrachés, Rouge au bord du fleuve, la poétesse et romancière belge Corinne Hoex (°1946) a commencé sa carrière des lettres avec Le Grand Menu, son premier roman, paru en 2001 aux Éditions de l’Olivier à Paris puis réédité à Bruxelles en 2010 aux Impressions nouvelles et en 2017 dans la collection « Espace Nord », un formidable livre coup de poing qui ouvrait la voie à une œuvre orientée vers l'exploration aiguë, pénétrante, des liens de famille et de l'abus de pouvoir.

En voici le synopsis :

Un univers fermé. Une grande maison bourgeoise aux portes closes. À l’intérieur, tout est impeccable, les cuivres sont polis, les meubles sont cirés. L’air est irrespirable. Une petite fille est là, docile et sage. Elle observe la maison et les deux adultes qui l’habitent. Papa est le meilleur. Maman est la plus forte. Ils occupent toute la place et décident de tout : l’hygiène, les repas, l’habillement, l’éducation, et l’amour.

La petite fille est sous leur emprise absolue. Elle souffre de ne jamais leur convenir. Alors, elle raconte ce qu’elle voit. L’huître qui a mal comme un œil quand sa mère l’extrait de la coquille. La tendresse de son père pour une araignée qu’il pourrait écraser du doigt. Et la complicité érotique de ses parents au moment du dessert.

Les repas sont pour elle des moments douloureux, interminables, où elle se trouve forcée d’avaler ce qu’on lui impose, au sens propre comme au sens figuré (d’où le nom du roman : le Grand Menu). Son malaise, contenu toute la journée, s’amplifie le soir dans le noir de sa chambre : la nuit, c’est un frottement, une bête qui rampe : le bruit de sa pantoufle sur le parquet ciré.

Avec rigueur et retenue, sans analyse ni commentaire, mais en un constat incisif, d’une justesse absolue, Corinne Hoex nous décrit ce monde inquiétant, nous rendant témoins de la tragédie muette que vit sa narratrice. [1]

Qui est bien entendu elle-même…

Bernard DELCORD

Le Grand Menu par Corinne Hoex, postface de Nathalie Gillain, Bruxelles, Éditions Espace Nord, mars 2017, 155 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 8,50 €.

 

[1] Source : http://espace-livres-creation.be/livre/le-grand-menu/

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27 02 17

Polémique au bahut…

FUn sale livre.jpgrank Andriat est né en 1958 à Bruxelles. Après des études de philologie romane à l’ULB ‚ cet écrivain prolixe [1] exerce depuis 1980 le métier de professeur de français.

Il a publié récemment chez Mijade à Namur un roman jeunesse – mais pas que… – intitulé Un sale livre qui nous a fait forte impression.

En voici le pitch :

« La prof de français, Karine Latour, propose à ses élèves un roman qui provoque le débat. Justine le trouve génial, mais il choque son père. Tristan, grand lecteur, émet des réserves à son propos, mais la belle Amalia l’adore. Le sujet est dur, le ton très réaliste : les réfugiés syriens ne sont pas les bienvenus pour tout le monde. Rien, Nadir est décidément un sale livre dont aucun lecteur ne sort indemne. Jusqu’à ce que son auteure vienne au collège pour témoigner de son terrible parcours. Jusqu’à ce que la fiction rejoigne la réalité et rencontre l’amour. »

L’originalité de l’ouvrage tient au fait inédit que, sur une construction classique, celle du roman dans le roman, le récit décrit avec précision la réception de cette fiction interne par ses lecteurs [2].

Un joli coup de maître !

Bernard DELCORD

Un sale livre par Frank Andriat, Namur, Éditions Mijade, septembre 201§, 143 pp. en noir et blanc au format 15,3 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 7 €

 

[1] http://www.andriat.fr/bibliographie-complete/

[2] Outre ceux déjà cités, il y a aussi la documentaliste, une autre professeure, la classe tout entière, le principal du collège…

27 02 17

"Rosa", un très grand livre !

marcel sel rosa.pngUn grand livre ! Un de ceux qu'on attend – souvent trop longtemps - quand on aime lire et écrire ! « Rosa » de Marcel Sel est la révélation d'un nouveau et talentueux romancier. On connaissait déjà l'essayiste ou blogueur (Blog de Sel), voici le narrateur, le scrutateur de l'âme humaine et des sociétés où elle évolue. Chez cet habitué des réseaux sociaux, nous trouvons évidemment des phrases courtes, efficaces, justes et belles.

Le premier chapitre est tout de suite étourdissant avec l'enfance, l'émotion, la déception, la mémoire, tout ce qui peut nous entraîner dans la lecture. Mais le livre a comme originalité d'alterner l'histoire et son écriture. L'auteur envoie des pages à son père en échange d'argent (8 pages à 30 euros = 240, par exemple).

Parlons des mots et même des néologismes : « Je suis un adultescent », écrit-il ou « à cause de mon abruxellation », mot inventé par Juan d'Oultremont. J'aime aussi « corbeiller », soit jeter à la corbeille : « Il ne pourrait plus jeter mon travail, le corbeiller ! »

Et ces phrases qui ne peuvent que nous toucher, si on s'essaie à l'écriture : « Je pose la précieuse feuille sur le buvard de son bureau. Je prends une bouffée de l'odeur d'encre Waterman. Même fermé, le pot diffuse un parfum fort, profond, intelligent. »

« Ça fait quatre jours que j'ai commencé l'histoire de Rosa. Et déjà, j'ai besoin d'elle – de l'histoire. Et de Rosa, aussi. En marchant, j'imagine les scènes que je dois écrire. Je les fais respirer avant de les coucher sur le papier. Je les promène, elles prennent l'air. Après toutes ces années passées dans mes carnets à boudins, elles étouffaient. »

C'est un livre qui navigue entre la Belgique et l'Italie. A propos de notre pays, ces notations magnifiques : « Quand il pleut, je m'enivre de sa fonte qui a l'air de pleurer, oui, de fondre en larmes, tout comme les piétons, les voitures, les camions, qui plient sous l'averse. Quand le ciel est flamand, qu'il descend au plus bas, à nous toucher presque, pour imposer son plafond sombre et menaçant, mon pont se détache du canal avec un air de défi. » ou « Il a plu un peu. J'habite un pays qui pleurniche. »

A propos de l'Italie : « Vu des collines alentour, c'est un amas de pierres muettes. De toits de tuiles mates. Des maisons qui se grimpent dessus. » ou «Venise ronronnait en fin d'après-midi. »

Parmi les sujets, la peinture et les musées tiennent une grande place : Picasso, Degas, Spilliaert. Là, il découvre une jeune femme en robe bleue qui est assise dans le Musée d'Art ancien, rue Royale à Bruxelles : « Elle me tourne le dos. Il a l'air d'onduler. Ou alors, c'est son dos qui est une ondulation. « Elle se lève, l'eau se déplie », me dis-je. Je souris : La jeune femme qui dort peut-être encore et dont j'étudie le dos a la souplesse de ce vers d'Eluard. » Plus loin : « Elle s'étire. Ses bras touchent l'infini. »

A propos de l'amour, du premier baiser et du reste, on lit et on redécouvre grâce à la pudeur, à la sensualité et et à l'élégance des descriptions. Ne ratez pas la page 180 !

 Comme le premier chapitre, celui des « galettes » recèle aussi des pages magnifiques ! On est dans le livre, on ne le lit plus, on le vit !

Il faudrait encore parler de tant de choses : de Mussolini, de l'horreur de la fin de la guerre en Italie, des Oustachi, de l'exportation des Juifs, bien entendu qui sous-tend le livre tout entier.

Un mot encore, extrait de l'épilogue, et qui explique si bien nos errances : « Avant, je marchais dans ma ville en regrettant de ne pas être ailleurs. Désormais, je prends mon temps. J'écoute l'écho des pierres. Je regarde les vieilles maisons, je leur demande de me raconter leur histoire. »

Un très grand livre !

 

Jacques MERCIER

 

« Rosa », Marcel Sel, OnLit édition, 2017, 12X19 cm, 300 pages, 19,50 euros.

 

 

 

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