10 04 17

Troubles midis : un incroyable témoignage !

 

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« Dès la première phrase, nous sommes avec Catherine Melchior Sana, nous quittons notre monde pour rejoindre le sien », telle est la première phrase de la préface. « Troubles midis » raconte quelques moments de la vie d'une « personnalité limite », soit quelqu'un qui est borderline.

Ce sont de larges pans de vie, des tranches découpées à vif dans l'âme. L'auteure parvient à faire passer des descriptions incroyables de la douleur intérieure. Ce trouble est vertigineux, inquiétant, tellement ressenti à la lecture.

L'avant-propos de Géraldyne Prévot-Gigant, psychothérapeute, éclaire fort bien le roman et donc tous ces problèmes que ressentent les personnes atteintes de ce trouble. Elle nous donne par exemple les symptômes qui sont visibles dans une relation de couple : les efforts pour éviter abandon réel ou imaginaire, l'alternance d'idéalisation et de dévalorisation, l'absence de sentiment solide d'identité, une impulsivité dans deux domaines au moins (dépenses, sexe, toxicomanie, conduites à risque, troubles alimentaires...), des menaces suicidaires et automutilations, une instabilité affective...

Mais une fois que le borderline aura suivi une psychothérapie et trouvé son équilibre, il aura toujours cette générosité dénuée d'égocentrisme et toutes ces caractéristiques : Sympathie, disponibilité, curiosité, ouverture d’esprit, créativité, intelligence, caractère fort, modestie...

 De mémoire, je retiens deux « moments » du livre : La vie est pareille à ce retour de pêche en mer, où l'on rejette les trop petits crabes qui en meurent. L'un d'eux sera sauvé par un enfant. Et aussi ce malaise devant l'envahissement de Sandrine, sans que la narratrice n'ose la contrecarrer.

Mais le style est, lui aussi, de la meilleure facture ! Voici, par exemple, le premier paragraphe du premier chapitre :

« C'était une partie d'elle. Elle ne savait ni pourquoi ni comment revenaient à son, esprit de vastes champs pourfendus par un chemin droit goudronné et, plus loin, ces arbres grandioses dessous lesquels un petit sentier de terre incrusté de cailloux plongeait dans l’ombre fraîche des branches lourdes de feuillages gras entremêlés. »

Et quelques bribes picorées dans « Troubles midis » :

« J'imagine combien les gens sont inaptes à se comprendre. Il suffit de regarder les informations télévisées pour en avoir la preuve. Guerres à gogo, internationales, nationales, de voisinage, de couples. »

« C'est l'insatiabilité de la « passoire » laissant écouler l'amour au fur et à mesure qu'il est offert. »

« Que dois-je faire ? - Apprendre – Apprendre? - Que tu existes en être de bien, qu'il y a un nom pour chaque émoi et que tout ce qui te trouble peut te rendre forte. »

Ce roman témoigne, décrit, donne à penser par l'émotion de l'histoire et la qualité de l'écriture mise à son service. On en sort enrichi et grandi.

 

Jacques MERCIER

 

« Troubles midis », roman, Catherine Melchior Sana, Ikor éditions décembre 2016, A5 14,8X21 cm 208 pp, 16,20 euros.

 

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Jacques Mercier, Romans, Société | Commentaires (0) |  Facebook | |

11 02 17

Décadence

 

décadence.jpgAyant adoré le premier volume Cosmos de la Brève Encyclopédie du monde, une fresque crépusculaire et violente sur notre civilisation, de Michel Onfray, j'attendais beaucoup du suivant Décadence.

Je vous recopie quelques phrases d'une fort belle analyse du sujet : « Un torrent qui emporte avec lui vingt siècles de civilisation judéo-chrétienne, une fresque crépusculaire qui démarre avec l'invention du christianisme et s'achève avec le transhumanisme. Évêques, princes, chevaliers: à le lire, tous usent du crime, du mensonge et de la manipulation pour écraser les plus humbles. Après 1789, «les tartuffes de la probité » (Beaumarchais) succèdent aux tartuffes de la religion. Le lecteur ; qu'il soit catholique, admirateur de Rousseau, de Robespierre ou de Mai 68, y trouvera mille et une raisons de fâcherie. Le réac s'accrochera à l'éloge des Chouans, l'anticlérical aux pages sur les croisades, le scientiste à l'inexistence de Jésus. Il regrettera parfois les facilités, les outrances, ces moments où la fougue créatrice mêle le règlement de comptes au récit, mais reconnaîtra que l'auteur tient sa monture au galop du début jusqu'à la fin, que la charge fiévreuse n'épargne personne. Il serait vain cependant de chercher les erreurs historiques, de déconstruire cette déconstruction. Décadence n'est ni un livre d'histoire ni un manifeste. C'est un roman intérieur. Une impression obsédante sourd de cette symphonie funèbre. »

Moi qui suis optimiste, qui essaie de l'être, je suis perplexe devant un tel constat, peut-être juste. Je note par exemple, à propos de notre éducation sentimentale : « Depuis son origine, l'Eglise a été bien plus vétilleuse sur l'interdiction de la sexualité libre que sur la prohibition de la guerre, bien que dans le Décalogue il existe un commandement qui interdise de tuer mais aucun qui défende de jouir librement de son corps. Mais le christianisme est moins soucieux d'imiter le Jésus de paix qui pardonne et aime ses ennemis que le Paul de guerre qui allume des bûchers et associe son nom à une arme. »

Certains citent Spinoza à propos de la philosophie de l'Histoire de Michel Onfray : « Ni rire, ni pleurer, mais comprendre ». Ce qui m'attire cependant en lui, ce sont les levées de boucliers qu'il suscite ; c'est qu'il doit toucher juste ! On le trouve trop philosophe pour être historien, trop littéraire pour être philosophe ! Aujourd'hui, il communique avec sa WebTV et écrit jusqu'à 25.000 signes par jour, vêtu de noir comme un moine.

Dans ce livre, Michel Onfray décrète la fin de la civilisation judéo-chrétienne. Il nous promet des solutions dans le troisième volume, que j'attends avec impatience.

 

Jacques MERCIER

 

« Décadence », Michel Onfray, Edition Flammarion 2017, 24 x 4,2 x 15,4 cm, 656 pages, 22,90 euros.

 

 

 

02 11 16

L'électrochoc entre la chanson française et le rock !

 

bigot je t'aime.jpgYves Bigot dans « Je t'aime moi non plus », le premier des deux volumes d'une histoire de la chanson française et du rock, nous propose un livre magistral. Tout y est : l'analyse de plus d'un demi-siècle de musique chez nous, les exemples, les interviews, les références. L'introduction seule mérite d'être lue par tous, mais surtout sans doute par ceux qui aiment et le rock et la chanson ! En voici quelques extraits :

« Ce generation gap, le premier connu de l'histoire de l'humanité, prise de pouvoir de la culture par la jeunesse du monde, forte d'une éducation sans pareille, d'une rare période de paix et de plein-emploi, de croissance euphorique, de mobilité sociale inédite, ne s'exprimera nulle part plus fortement que dans sa musique et va engendrer un schisme et une frustration. »

Bien sûr, tout ce qui concerne l'utilisation de la langue française et les raisons des difficultés à la chanter en rythme y est évoqué !

« Je mesure mieux encore à quel point le français, si riche, si précis, si précieux, si complet si parfait, si exigeant, si sexy dit-on, doit impérieusement être défendu, protégé, revendiqué, mais aussi parfois dé ringardisé. »

ou

« Les fréquences du français sont réduites, concentrées entre 1000 et 2000 hertz (soit le nombre de vibrations par seconde qui confèrent au son sa hauteur, du grave à l'aigu), ce qui noie facilement dans celles des instruments, alors que celles de l'anglais notamment lui permettent de passer plus facilement par-dessus celles des guitares électriques... »

Ou encore

« On ne saurait donc s('étonner de la sacralisation des auteurs-compositeurs-interprètes des années 50/60 qui prolongent la tradition poétique de la lignée Villon-Ronsard-Hugo-Rimbaud à peine retouchée music-hall fantaisiste et jazz par Trenet (puis Bécaud, Salvador et Nougaro)... »

Pour tomber sur cette si belle phrase :

« Le française, une langue qui raisonne plus qu'elle ne résonne. »

 

Je pourrais multiplier à l'infini les extraits, souvent drôles avec ce clin d’œil qui caractérise la personnalité brillante de l'auteur :

 

« Chaque groupe en tournée, tout au long des années 70, 80 et 90, parfois encore aujourd'hui, saura immédiatement qu'il est en France en entendant le public taper dans les mains à contretemps, quand ça n'est pas carrément à côté. »

Comme l'indique le titre, le premier des artistes analysé en détails est Serge Gainsbourg : « Pour les Britanniques, Gainsbourg est un Dylan français (pour sa virtuosité avec les mots), avec la personnalité d'un Miles Davis (pour sa distance cynique, narquoise, et son attitude cool suprême), vieux et déglingué à la Tom Waits. »

Vient ensuite Claude Nougaro :

« Nous n'avons pas toujours été si complices. Que du contraire, comme on dit à Bruxelles... »

Suivent Hugues Aufray, Nino Ferrer, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Dick Rivers, Sylvie Vartan, Salvatore Adamo (On s'aperçoit combien l'auteur a saisi l'essence même de la Belgique, dans ses différences et ses qualités), Arno, Jacques Dutronc, Françoise Hardy, Ronnie Bird, Claude François, Michel Berger (auquel Yves Bigot a déjà consacré un livre), Christophe, Joe Dassin, Mort Shuman, Antoine, etc.

 

Yves Bigot a vécu cette histoire en direct. Sa carrière est complète : radio, presse, télévision, maison de disques.

 

Jacques MERCIER


« Je t'aime moi non plus » (les amours de la chanson française et du rock), Yves Bigot, essai, (volume 1 – de Gainsbourg à Goldman) Ed Don Quichotte 2016, 436 pp, format 22,5X14 cm, Broché : 19,90 euros ; Kindle : 13,99 euros.

 

05 10 16

Un livre pour faire passer la routinite aigüe

51wodqsyaTL._SX338_BO1,204,203,200_.jpg"Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une", un titre qui dès le départ donne envie de se plonger dans ce roman de Raphaëlle Giordano. Et bien n'hésitez pas une seconde! 

Vous ferez ainsi la connaissance de Camille, presque la quarantaine, mariée, mère de famille avec un job passionnant... Mais la jeune femme qui a tout pour être heureuse, ne l'est pas. Elle souffre de "routinite aigüe". Elle fera la connaissance de Claude Dupontel. Cet homme, routinologue va clairement changer la vie de la presque quadragénaire. Il lui propose de lui venir en aide et ensemble, ils vont vivre des expériences hors du commun. 

Des rendez-vous inattendus, des défis plus originaux les uns que les autres... Camille va littéralement changer sa manière de vivre pour se faire du bien et enfin être heureuse. La jeune femme va repartir dans une vie meilleure à la conquête de ses rêves. Mais chut, il ne faut pas tout révéler!

A lire absolument, si vous êtes à la recherche de vous-mêmes, que vous vous posez des questions sur votre vie, votre famille, votre personnalité. Nul doute que vous profiterez des conseils donnés par le routinologue tout au long du bouquin. Après le récit, un petit vade-mecum vous est même proposé. A la fin de ce roman, on se remet en question, on fait le ménage dans sa vie et on élimine les personnes ou objets nuisibles! Un livre qui fait véritablement du bien au moral! Une première étape sur le chemin du bien-être. 

Question forme, la plume de l'auteure est agréable à lire, les chapitres sont courts et riches en citations. A lire, pour contrer ou anticiper la routine! 

Raphaëlle Giordano n'en est pas à son premier roman. Ecrivain, artiste, peintre, coach en créativité, elle est tombée dans la psychologie quand elle était petite. Elle en a fait sa grande spécialité. Ses premiers livres proposaient une approche sur le développement personnel.  

"Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une", Raphaëlle Giordano, éd. Eyrolles, 2015, 217 pages, 14,90 euros. 

Écrit par Gwendoline Fusillier dans Bien-être, Gwendoline Fusillier, Romans, Société, Vie pratique | Commentaires (0) |  Facebook | |

11 09 16

La confiance et la peur

_massin.jpgLe titre de ce superbe essai du docteur Christophe Massin, psychiatre, est Une vie de confiance ; mais le sous-titre est important : Dialogues sur la peur et autres folies.

Il s'agit d'un original dialogue avec un couple qui s'interrogent sur leurs blocages. L'idée est de passer de la peur à la confiance. On assiste donc à une expérience tout au long de ce livre qui a des résonances multiples en nous.

Voici quelques phrases extraites du livre et retirées de leur contexte, mais qui vous donneront le ton du livre.

« La peur animale apparaît en situation de danger réel et présent, avec une intensité adaptée.... La peur psychologique, elle, se déclenche à l'idée d'un danger qu'elle projette, ou alors elle amplifie considérablement la peur animale. »

« Ce qui compte, c'est de reconnaître les tiennes (ses peurs) et à quel registre elles appartiennent. En schématisant, elles touchent trois domaines, toi-même, ta relation avec les autres, ta relation avec la vie. »

« Souviens-toi que la méfiance est contagieuse. »

« Nous confondons souvent la vie et nos congénères, et notre méfiance envers la vie concerne en réalité l'espèce humaine. »

« Tu ne te tortures plus dans l'angoisse du futur, tu sais qu'en te détendant maintenant, tu te rends au mieux disponible pour le moment et pour celui qui va suivre. »

« Tu ne peux surpasser tes capacités intellectuelles ou physiques, mais tu peux être indéfiniment plus confiant, plus aimant ! »

Et cette extraordinaire phrase, qui devrait diriger toute notre vie :

« Prends le risque de te montrer, si tu veux être aimé pour ce que tu es. »

 

Jacques MERCIER

« Une vie de confiance », Dialogues sur la peur et autres folies, Essai, Dr Christophe Massin, Odile Jacob, 2016, 172 pp. 20,90 euros

 

 

17 08 16

Tendresse et nostalgie !

 

couve moun lakou.jpgC'est une merveilleuse remontée dans l'enfance, une description pittoresque et si vraie d'un village en Jamaïque. Mais c'est aussi un trajet pour s'en éloigner et vivre autrement : de la Jamaïque vers la Guadeloupe et vers la Floride. « Moun Lakou » est un roman coloré et passionnant à suivre. Le « lakou » est un logement misérable.

L'auteure, Marie Léticée, est professeur de littérature et de langue à l’université de la Floride Central (UCF) ou elle enseigne depuis 1988. Dr. Léticée a publié des articles dans Callaloo, Labrys Review et dans Secolas Annals. Elle a aussi reçu plusieurs bourses d’initiative et un prix de l’enseignement à UCF. De plus, elle a créé plusieurs nouveaux cours tels que : La poésie noire des Amériques, la littérature francophone, la littérature antillaise, la littérature créole et le français des affaires. Elle écrit sur plusieurs plans : le roman et l'écriture du roman, dans un style qui ne peut que nous accrocher et nous intéresser. On est dans l'humain, avec les odeurs, les décors, les conversations. Mais aussi la profondeur qui s'en dégage : « La vie, ma chère, n'est qu'une suite de maintenant » ou l'humour, comme ce passage sur les fêtes de Noël et les cantiques pour les « blancs » !

Justement, les dialogues et souvent les mots sont dans leur langue originale, parfois en anglais, parfois en créole. Elle raconte ainsi ceux qui avaient séjourné en France : « Ils nous revenaient tous enrobés de français de Fwans, ce qui leur donnait le droit de nous considérer comme des arriérés sans avenir, emprisonnés que nous étions dans les pattes de notre créole grosso modo. Ils me fascinaient. »

Par la magie de son talent, on comprend presque tout : « Dèmen, si pwèta Dié » ne doit pas être traduit.

Le roman de Marie Léticée est truffée de petites merveilles de phrases. Pour décrire la « cour Monbruno », l'endroit où elle vit son enfance, elle écrit : « Une véritable toile d'araignée où maintes vies se perdaient, englouties par les entrailles voraces de la misère. »

Mais je ne peux pas dire mieux que ce texte d'un lecteur : « Ce roman, un délicat voyge dans les souvenirs d'une île d'avant la modernisation. Le goût des plaisirs simples : des jeux en plein air, des plats préparés pour survivre, des relations directes avec autrui et surtout ses voisins. Bref, une régression qui n'érige pas le passé en élément parfait d'une époque ou d'une existence, mais plutôt comme déclencheur de sourires et de questions sur soi-même. »

Jacques MERCIER

« Moun Lakou », roman, Marie Léticée, édition Ibis Rouge www.ibisrouge.fr , 132 pp, 14X22cm, Photo Jean-Paul Leclercq, 15 euros

 

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Récits, Romans, Société | Commentaires (0) |  Facebook | |

27 06 16

On the road again!

La Beat Generation – La révolution hallucinée jpg.jpgSpécialiste de la « contre-culture » du XXe siècle, Alain Dister, né à Lyon le 25 décembre 1941 et mort le 2 juillet 2008, était un journaliste et photographe français.

Dès 1967, il a travaillé pour le magazine spécialisé Rock & Folk.

Son célèbre ouvrage Oh hippie, days! Carnets américains 1966-1969 paru en 2006 et qui rend compte de l'Amérique de la fin des années 1960 (la libération sexuelle, les drogues, la musique psychédélique, etc.), qu'il a lui-même vécue, tout comme son Ezy Rider : en voyage avec Jimi Hendrix (1995), resté fameux.

Il est aussi l’auteur de La Beat Generation – La révolution hallucinée, un essai remarquablement documenté et illustré paru en 1997 chez Gallimard dans la collection « Découvertes » et qui ressort ces jours-ci à l’occasion de l’exposition éponyme présentée au Centre Pompidou à Paris jusqu’au 15 octobre 2016.

En voici le pitch :

« La Beat Generation, mouvement symbolique de l'Amérique des années 1950 et 1960, est née de l'amitié entre quatre hommes : Jack Kerouac (1922-1969), Allen Ginsberg (1926-1997), Neal Cassady (1926-1968) et William S. Burroughs (1914-1997). Cette amitié tourne au manifeste.

En 1952, John Clellon Holmes officialise, dans un article du New York Times Magazine, et d'après une définition de Jack Kerouac, le terme beat : « Cela signifie être, d'une façon non dramatique, au pied de son propre mur ».

En 1957, Sur la route de Jack Kerouac devient le symbole de la liberté, de la contestation des valeurs bourgeoises et de la révolte face à la cupidité du monde. Un mouvement est né qui revendique ses engagements politiques et son refus de la course à l'argent.

 a Beat Generation sera à l'origine de la vague protestataire qui atteindra son apogée en 1968 lors du rassemblement de Woodstock, et elle posera les bases de la culture moderne des années 1970.

Alain Dister, qui a rencontré les protagonistes du mouvement, en retrace ici l'histoire. »

Et quelle histoire !

Bernard DELCORD

La Beat Generation – La révolution hallucinée par Alain Dister, Paris, Éditions Gallimard, collection « Découvertes Littérature », juin 2016, 112 pp. en quadrichromie au format 12,5 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 12,50 € (prix France)

Informations pratiques :

Centre Pompidou

Galerie 1

Place Georges Pompidou

F-75004 Paris

Téléphone : +33 (0)1 44 78 12 33

Prix : 14 €

Horaires d'ouverture :

– De 11 h à 21 h tous les jours sauf le mardi (fermeture des caisses à 20h, sortie des espaces d’exposition à partir de 20h45)

– Nocturnes les jeudis jusqu’à 23h (fermeture des caisses à 22h, sortie des espaces d’exposition à partir de 22h45)

Réservation de visites de groupe par téléphone au + 33 (0)1 44 78 12 57, de 9h30 à 13h du lundi au vendredi

19 11 15

Le bonheur, toujours le bonheur...

_bonheur lenoir.jpgFrédéric Lenoir nous parle du bonheur à travers les philosophes. Il s'en explique dans le prologue : « C'est un cheminement, plutôt, le plus vivant possible, ponctué d'interrogations et d'exemples concerts, dans lequel le lecteur croisera aussi bien l'analyse des psychologues que les derniers apports de la science. »

C'est un bonheur, sans jeu de mot, de parcourir ces pages écrites dans un langage clair, qui résume, explique, propose. Tout est bon à prendre, à écouter, pour se sentir mieux, pour toucher du bout de l'âme la vraie vie. Picorons quelques moments :

« Le bonheur épicurien se concrétise dans ce qu'il appelle l' « ataraxie » qui signifie « quiétude absolue de l'âme ». Cet état s'obtient par la suppression des craintes imaginaires et superstitieuses, par notre capacité à nous satisfaire de nos seuls besoins fondamentaux, et par la qualité de nos plaisirs – l’amitié étant sans doute le plus important. »

Les têtes de chapitres nous guident : Donner du sens à la vie ; Être heureux, c'est apprendre à choisir ; Tout être humain souhaite-t-il être heureux ? Etc. Bien sûr, il y a l'intérêt évident d'avoir les citations des philosophes – et elles sont aussi mises en exergue des chapitres :

Arthur Schopenhauer : « Les neuf dixièmes, au moins, de notre bonheur reposent exclusivement sur la santé. Un mendiant en bonne santé est plus heureux qu'un roi malade. »

Alain : « Il est impossible que l'on soit heureux si l'on ne veut pas l'être ; il faut donc vouloir son bonheur et le faire. »

Sénèque : « Pendant que l'on attend de vivre, la vie passe. »

Mais la science est elle aussi appelée à l'aide : « D'après le Pr Sonja Lyubomirsky (département psy de Californie) estime qu'à 50% les aptitudes au bonheur dépendent de la sensibilité de l'individu (déterminants génétiques), à 10% celles relevant de son cadre de vie et des conditions extérieures, à 40% celles qui sont tributaires de ses efforts personnels. »

Frédéric Lenoir nous parle de la contagion du bonheur : « L'une des clés de la sérénité consiste à ne plus se comparer, à se départir de l'esprit de rivalité, à chercher à surmonter toute jalousie. »

L'auteur dénonce la volonté des éducateurs de vouloir « remplir le crâne » des enfants en leur enseignant toutes sortes de connaissances, qui les aideront fort peu à vivre bien. Le vrai projet éducatif devrait consister à apprendre à l'enfant à développer son « jugement ». Car l'éducation doit apprendre à penser bien pour vivre mieux.

J'apprécie aussi que Tchouang-tseu et Montaigne ont un trait en commun : l'humour. Montaigne qui a choisi comme devise « Que sais-je ? »

Montaigne : « Il fallait s'enquérir qui est mieux savant, non qui est plus savant. Nous ne travaillons qu'à remplir la mémoire, et laissons l'entendement et la conscience vides. »

Tchouang-tseu : « Quiconque veut s'emparer du monde et s'en servir court à l'échec. »

 

Jacques MERCIER

Du Bonheur – Un voyage philosophique – Frédéric Lenoir – Le Livre de Poche – 240 pp – 6,60 euros.

06 11 15

L'homme réseau-nable

_réseau nable.jpgUn jeu de mot si approprié !

« L'homme réseau-nable » de Lionel Naccache n'est pas un livre à lire en une heure en diagonale, c'est un livre très intéressant et passionnant. Dans l'avant-propos, il définit l'ouvrage : « L'hypothèse centrale de ce livre est que la connaissance de l'architecture fonctionnelle des réseaux de neurones qui composent un cerveau peut nous aider à comprendre celle des réseaux interindividuels qui structurent les sociétés humaines. » 

Vous découvrirez la notion de « voyage immobile » avec entre autres cette uniformisation massive, que nous connaissons. Tous ces lieux qui sont identiques et nous l'impression de ne plus « voyager » : Le centre commercial, l'aéroport international, l'hôtel de l'homme d'affaires en voyage quelque part entre l'Asie du Sud-Est et l'Europe de l'Est, la salle du complexe de cinéma, le magasin Ikea d'Arhus au Danemark ou celui de Sendai au Japon, le café « branché » et connecté, la station balnéaire, celle de sports d'hiver... Sa théorie est que la crise d'épilepsie est un « voyage immobile » microcosmique ! Pour argumenter la thèse, il fait aussi appel aux mots : « « Convulsions de l'Histoire » : l’expression est devenue si banale aujourd'hui, que nous en oublions souvent le sens premier. « Convulsions », ou le symptôme le plus connu de l'épilepsie. »

Quelques chiffres aussi nous interpellent. L'auteur est neurologue, professeur de médecine à la Pitié-Salpêtrière, directeur d'une équipe de recherche à l'Institut du cerveau et de la moelle épinière. « Un neurone est en contact physique permanent avec environ 10.000 neurones. Si l'on considère qu'un cerveau humain compte environ 80 à 100 milliards de neurones, le nombre de points de circulation unidirectionnels de cette information nerveuse avoisine donc... les 10 exposant 11 x 10 exposant 4 divisés par 2, soit 5000 billiards de synapses ! »

Il faudrait évoquer la synchronisation des masses et des lieux habités « par l'établissement rapide et efficace de voies de circulation physique à grande échelle. Ces transformations incluent le développement important des lignes ferroviaires, ainsi que la massification du transport automobile qui ne devait plus être réservé aux seules élites. Dans l'Allemagne nazie, cette politique des transports trouvera son aboutissement le plus éloquent dans la marque-slogan Volkswagen, la « voiture du peuple ». Voitures du peuple qui propulsent les individus sur ces véritables faisceaux organisés que sont les autoroutes, dont les premières furent imaginées et conçues par le régime fasciste de Mussolini. »

Et de retracer notre évolution : « D'un point de vue évolutif, il ne fait aucun doute qu'une fois le cerveau devenu conscient, et donc riche d'un « format universel » de communication des contenus mentaux individuels, l'aventure sociale a dû connaître un envol sans précédent, un envol « pré-historique ». Puis ces sociétés ont fait leur entrée fracassante dans l'Histoire il y a environ six mille ans, avec l'invention des systèmes d'écriture et de lecture. Ces systèmes autorisent la transmission explicite de contenus mentaux et de postures cognitives à travers les générations. »

La réflexion d'Auguste Comte confirme joliment  : « Il y a plus de morts que de vivants, et ce sont les morts qui dirigent les vivants. »

J'en reste là, mais j'ajoute encore ce passage qui équilibre le côté « masse » et le côté « individu » : « Notre société a réussi à aménager une place pour la « raison de l'individu », aux côtés des places envahissantes de toutes ces autres raisons qui nous entourent depuis la nuit des temps : la raison du plus fort, la raison d’État, la raison de l'argent, la raison des intérêts collectifs, la raison de la nation, etc. Une place sans pareille pour la raison d'un bonhomme parmi des myriades. »

 

Jacques MERCIER

 

« L'homme Réseau-nable » (Du microcosme cérébral au macrocosme social), Lionel Naccache, Edition Odile Jacob, sciences, 150 pp. 22,90 euros.

 

 

08 09 15

Croire à l'au-delà ?

_charbonnier.jpgC'est un petit ouvrage intéressant qu'a écrit le docteur Jean-Jacques Charbonnier. Il s'intitule « Les 7 bonnes raisons de croire à l'au-delà. » Comme vous peut-être, cette question de la vie après la mort m'interpelle depuis longtemps, autant que le pourquoi et le comment de notre vie-même.

 

L'intérêt du livre est qu'il propose des faits scientifiques (mais la science explique et corrige au fur et à mesure de son progrès) et ensuite l'avis et les arguments des détracteurs. Cela nous permet aussi de tirer nos propres conclusions. Comme il  écrit : « Pour un croyant aucune preuve n'est nécessaire et pour un sceptique, aucune n'est suffisante. »

 

Dans la préface le docteur Olivier Chambon note : « Il est quand même plus facile de se détendre face à la vie si l'on sait que celle-ci continue après la mort du corps, et que l'on emporte dans l'au-delà que l'essentiel, à savoir notre conscience, nos connaissances, notre capacité à aimer, et nos liens d'amour. » Mon père m'a un jour dit quelque chose de semblable, en me parlant d'une sorte de jugement intérieur sur l'amour, la faculté d'aimer...

 

Un des chapitres concerne l'inspiration artistique et m'a évidemment intéressé. « Il me semble probable que beaucoup d'artistes talentueux trouvent leur inspiration par mediumnité ; dans cette hypothèse, l'information ne serait pas enfermée dans les neurones du sujet inspiré mais située au contraire à l'extérieur du cerveau. Un cerveau qui entrerait en connexion directe avec un champ d'informations dont la source serait localisée bien au-delà de nos petits neurones. » Et de dire plus loin : « Et si cette conscience source alimentée par l'ensemble de nos consciences était capable d'influencer le comportement des gens et d'agir sur la matière et les événements d'une vie ? » Mais aussi : « Et si cette conscience source était ce que les habitants de cette planète appellent Dieu ? »

 

Bref, de quoi réfléchir, alimenter nos idées, provoquer des lectures et des discussions. Cette phrase de Victor Hugo me plaît beaucoup : « De quel papillon cette vie terrestre est-elle donc la chenille ? »

 

Jacques MERCIER

 

« Les 7 bonnes raisons de croire à l'au-delà », Dr Jean-Jacques Charbonnier, J'ai lu, 2015. 220 pp. 7,10 euros.