16 01 10

Home sweet Home

jadeDélivrant sa grand-mère, victime d'un malaise, de l'inéluctable perspective de la maison de repos, Jade l'emmène vivre à Paris, partager sa vie de fraîche célibataire.
Une cohabitation incongrue s'instaure entre deux femmes, Jeanne et Jade, que séparent 50 années, la Savoie et les moeurs citadines, mais que lie une tendresse sans faille. Un scénario à la Ensemble c'est tout - mais oui, souvenez-vous, Paulette, Franck et Camille - qui va rapidement centrer le propos sur une passion bicéphale: la lecture et l'écriture.
Découvrant en "Mamoune" une lectrice aussi passionnée que pudique - pour Jeanne, lire,  c'est trahir ses origines sociales - Jade lui confiera bientôt la lecture critique de son manuscrit.
Et elle-même, Jade quelle lectrice avait-elle été? Elle était obligée de se le demander tant elle percevait que lire et écrire se tenaient dans les lignes d'une seule main. Etait-ce Mamoune qui dévorant des livres en secret l'avait poussée à écrire à travers ce lien silencieux tissé entre une petite fille et sa grand-mère?
Un roman à deux voix, celles d'un narrateur externe et de "Mamoune" qui se conclut d'un épilogue ...bouleversant. Douloureux. Désolant.
Une fin qui ne vous laissera indemne.
Apolline ELTER

La grand-mère de Jade, roman, Actes Sud, janvier 2009, 392pp, 21 €

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26 08 09

La musique des mots (34) : Woodstock & Adirondacks

BANKSEpargnons le suspense. La réserve est le meilleur Russell Banks à ce jour, un des géants de la littérature américaine contemporaine avec Philippe Roth, Tom Woolfe, Paul Auster, Jim Harrison. Le livre d'un auteur transcendé par l'âge, la connaissance et l'expérience. Ce roman avec sa nature forte, son cadre historique marquant, ses nombreux personnages à l'âme en forme de point d'interrogation va vous transporter. Art littéraire à l'état pur. La réserve est une joie parfaite. Que peut donner la rencontre entre une fille de riche, jeune et déjà divorcée, petite-fille du fondateur d'une réserve en pleine nature sauvage, refuge de quelques nantis new-yorkais et un artiste fortuné et célèbre ? Un drame.Mais pas uniquement parce que l'homme est marié et père de deux garçons. Pas uniquement parce que, enfant du pays et de cette nature sauvage, ledit peintre déteste les citadins et leurs travers. Pas uniquement parce que, communiste, il rêve de partir exercer ses talents d'aviateur au service de la république espagnole. 1936.Jordan Groves, artiste et communiste. Alicia Groves, autrichienne, mère de deux enfants, femme trompée, disons niée. Hubert St Germain, veuf, guide dans les Adirondacks et amant d'Alicia. Le Dr Cole et sa femme, le couple historique de la Réserve : grande fortune, grands problèmes familiaux. Vanessa Cole, leur fille et pas le moindre de ces problèmes. Russell Kendall, le directeur de la réserve et de son club house. Le Hindenburg, fierté de la flotte civile nazie, ville flottante qui traverse l'Atlantique, reliant Francfort à New-York. Enfin, la grande dépression économique des années 30 qui n'épargne personne dans les villes et les campagne. Quel casting !
Dans la réserve, vous allez prendre un bol d'air frais, d'Histoire et d'histoires, de passions d'hommes et de femmes, de ces histoires singulières, de ces malheurs que nos vies toujours insatisfaites n'en finissent pas de provoquer. Le bonheur ne serait-il pas, en définitive, de ne rien demander ni à la vie, ni à la Nature ?
Monumental.

  La musique des mots - La réserve & Woodstock

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18 01 09

L'exilée de St Germain

VISDEI_AlexandraUne table, le midi, aux Deux Magots, bd St Germain, boulevard des écrivains. Je retrouve la dramaturge roumaine, l'adorable et géniale Anca Visdei. Nous parlons de L'exil d'Alexandra l'adaptation romanesque de Toujours ensemble, la pièce de théâtre qui a fait son succès à New-York, Tokyo et en Avignon.
J'ai écrit tout le bien que je pensais de cette belle oeuvre (cliquez sur la couverture), cet échange de lettres entre deux soeurs que séparent le rideau de fer, les kilomètres et bientôt des décennies. Un document-fiction remarquable, drôle et émouvant sur la Roumanie de Ceaucescu et l'exil.
Brice Depasse

  ANCA VISDEI - Brice Depasse 1

Paris nov 0804Photo : Alain Trellu

L'exil d'Alexandra, Anca Visdei, Actes Sud, mai 2008, 20€.

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28 12 08

Sur la route

OUTERSIl y a quelques mois, lors de la parution du Voyage de Luca, Apolline Elter écrivait dans ces colonnes à quel point elle avait trouvé ce livre merveilleux. A la faveur d'une rencontre lors de la sortie des Madeleines de nos auteurs, je me suis aussi plongé dans le récit de la grande boucle autour des Etats-Unis, Mexique et Canada d'un jeune couple et de leur fils, Luca, âgé d'à peine deux ans. Trente mille kilomètres en sept mois à travers les déserts et les villes, le long des océans. L'insouciance et l'inconscience qui permet à la jeunesse de vivre un présent simple mais fou à en fabriquer des souvenirs d'aventures. Kerouac, London, Stevenson, Conrad ont précédé Luca et ses parents dans la mythologie des écrivains voyageurs. Ils passeront à la postérité que le nombre des lecteurs de ce récit leur donnera. Je voudrais vous tendre ce témoin, un petit livre de trois cents pages à la couverture rose. Et une porte sur l'immensité, la meilleure façon de ne pas mourir vivant.
Ailleurs existe.
Brice Depasse

Le voyage de Luca, Jean-Luc Outers, Actes Sud, Un endroit où aller, Janvier 2008, 301p, 19€80

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30 07 08

Micro-joailleries pour amateurs de littérature

clementCela fait plus d'un an que ces Grains de beautés me tentent, résistent et survivent au harcèlement des maisons d'édition, à la coulée continue des nouveautés, aux salles d'attente peuplées d'auteurs à interviewer.
Aujourd'hui décision de saisir ce livre sur la table de nuit de Nicky. Et ...
Veni, legi, vici. Joie. L'attente est à la hauteur des espérances. Vive la littérature. Nouvel univers. Territoires vierges comme ces îles des mers de Chine vers lesquelles navigue Zérène, peintre miniaturiste itinérant du XVIII° siècle, parti à la pêche aux merveilles qu'il doit rapporter à la Marquise des Ailleurs, mécène dont l'amour est le prix de l'aventure.
Ecrites dans la langue précieuse du siècle des Lumières et des Libertés, les lettres de Zérène, élève de François Boucher, Arthur Gordon Pym de l'érotisme, demeureront mon plus beau souvenir de vacances 2008.

  FREDERIC CLEMENT - Brice Depasse 1
  FREDERIC CLEMENT - Brice Depasse 2

Grains de beautés (et autres minuties d'un collectionneur de mouches), Frédéric Clément, Actes Sud, mars 2007, 101p, 16€.

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18 07 08

On ne peut pas plaire à tout le monde

LARSSONLes hommes qui n'aimaient pas les femmes, du journaliste-écrivain suédois Stieg Larsson, est un roman dans lequel on n'arrête presque jamais de faire du café, et d'en boire (le café suédois est très léger, paraît-il, mais quand même). Alors, on fait pareil en le lisant, à certains moments pour se tenir éveillé et surnager dans une foultitude de détails techniques (informatiques, financiers).
Mais l'important n'est pas là, il est dans les personnages principaux, réussis: Mikaël Blomqvist, journaliste ; Erika Berger, patronne de presse (ces deux-là couchent ensemble et s'aiment beaucoup) ; Lisbeth Salander, enquêtrice hors pair (qui couche avec Blomqvist et qui l'aime mais l'aime-t-il?).
Beaucoup d'humanité dans ce premier tome de la trilogie Millénium, ce qui explique peut-être tous ces millions de lecteurs.
Dans le tome 2, Stieg Larsson reprend ses personnages et... ne sait visiblement pas toujours où les emmener.
Moins réussi que le premier tome mais tout aussi mal écrit (et/ou mal traduit?), ce roman-ci semble gonflé, tiré en longueur, noyant l'humanité de ses protagonistes dans trop de discours techniques (dans le tome précédent, Larsson se contentait de diluer), d'explications par le menu d'enquêtes dont on finit par ne plus savoir que faire, ni rien avoir à en faire.
Pourtant, page 269, soit quatre cents pages avant la fin, on trouve ceci, qui aurait dû davantage inspirer l'auteur: "Les dossiers sont une chose. Les êtres humains, une autre." Trop de dossiers ici.
Heureusement, le plus humain des personnages de la série ne pourra, malgré de nombreuses tentatives de quelques méchants, être transformé en dossier : l'irréductible Lisbeth Salander est unique. Mais comment fait-elle donc pour (sur)vivre?
Johan Rinchart

«Millenium : le coffret de la trilogie », de Stieg Larsson, Actes Sud, Collection Actes Noirs, 1936p, novembre 2007, 68€00

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10 06 08

Variables populaires

BOFANE

Par Vincent Engel (visitez son site).

Tandis que Maxim Shattam et d’autres construisent des récits de complots où les maîtres contrôlent absolument tout, jusque au hasard, Bofane, entre parabole et récit d’actualité, dresse le portrait des impondérables de la politique, même celle qu’exercent des apprentis dictateurs. Manipulateurs manipulés, arroseurs arrosés, les personnages de ce roman nous racontent l’histoire récente du Congo, en quête obstinée de la démocratie, en guerre contre la faim, les inégalités et les magouilles du pouvoir.
Peut-on construire une communication et un projet politique à partir d’un manuel scolaire de mathématiques ? C’est ce que pense Célio, manipulé par Tshilombo, une éminence grise aux mains rouges, avant de retourner l’équation contre lui. C’est que, dans les variables de Célio, il y a l’amour et la fraternité – des inconnues dans les dérives politiciennes de Tshilombo et des parasites qu’il cultive autour de lui.
Un roman intelligent et drôle sur des pratiques politiques qui ne sont pas l’apanage des Congolais.

Mathématiques congolaises, In Koli Jean Bofane, Arles : Actes Sud, 2008. 318 p. 23 €

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04 06 08

Un monument de la musique

ROUSSEAUPlus connu comme philosophe que comme musicien, Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) fut pourtant tout à la fois un compositeur honorable (d’un opéra-comique, entre autres, Le devin du village, en 1752), un polémiste redoutable (Jean-Philippe Rameau en sut quelque chose qui vit sa théorie harmonique chargée furieusement par un Rousseau défendant la mélodie avec une ardeur peu commune) et un théoricien éminent du quatrième art dans l’échelle de Hegel : il rédigea les articles consacrés à la musique dans l’Encyclopédie de Diderot publiée entre 1751 et 1772, articles qu’il reprit, corrigea et enrichit dans son Dictionnaire de musique paru en 1767. Un fameux bouquin, en vérité, écrit à la romantique, c’est-à-dire avec « passion consumante », élan, intransigeance et intrépidité, mauvaise foi même parfois, mais aussi à la lumière de la Raison et du savoir des Anciens (son exposé de la musique grecque antique est véritablement stupéfiant…). Tout y est donc passé au peigne fin : l’histoire des instruments, la physique de leur fonctionnement et la façon d’en jouer, l’origine du solfège et la comparaison des systèmes (celui de Tartini étant porté au pinacle, pour faire bisquer Rameau), la théorie de l’imitation, l’orchestre et sa direction, les danses et la manière de s’y prendre, les musiques française et italienne… Les Éditions Actes Sud ont eu l’excellente idée d’en ressortir, préparée et présentée par le musicologue québécois Claude Dauphin, une édition en fac-similé de celle parue chez la veuve Duchesne à Paris en 1768, augmentée de nombreuses planches de l’Encyclopédie, consacrées pour la plupart à la lutherie. De quoi ravir, assurément, aussi bien les amateurs de musique classique que les historiens d’art, voire tous ceux qui pratiquent un instrument, fussent-ils gratteurs de guitare ou joueurs de pipeau !
Bernard Delcord

Jean-Jacques ROUSSEAU, Dictionnaire de musique, Arles Actes Sud, coll. « Thesaurus », 2008, 684 pp., 26 €

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02 06 08

Toujours ensemble ?

VISDEIL'exil d'Alexandra est l'adaptation romanesque par l'auteure de Toujours ensemble, la pièce de théâtre qui a fait le succès d'Anca Visdei de New-York à Tokyo.
Alexandra va passer les fêtes de la fin d'année 1973 en Suisse, le pays où elle vient de demander l'asile politique. Elle écrit à sa soeur cadette, restée en Roumanie, un pays qui s'apprête à vivre deux terribles décennies sous le régime de Ceaucescu.
La solitude d'Alexandra et la misère de son pays natal qu'elle a fui la mort dans l'âme, c'est ce que Anca Visdei propose de vivre à ses lecteurs au travers des lettres de deux soeurs que lient l'amour familial et la passion du théâtre. Alexandra est auteure; elle découvrira cet occident tant espéré mais qui ignore tout de sa chance d'être libre. Iona est comédienne; elle découvrira que s'il faut plus de courage pour rester dans ce pays que pour le quitter, la vie ne s'arrête pas pour autant.
Un texte puissant, authentique qui contient tous les éléments de la vie avec ses drames, ses bonheurs, ses larmes et ses rires. L'épisode de la chute du dictateur vu à travers les yeux d'Alexandra devant sa télé mais aussi ceux de Iona et de sa grand-mère dans les rues de Bucarest vaut son pesant de Milan Kundera ou de Philip Roth.
Un endroit où aller, un livre à lire et à vivre.
Brice Depasse

L'exil d'Alexandra, Anca Visdei, Actes Sud, mai 2008, 20€.

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Toujours ensemble, au Festival d'Avignon, L'Albatros théâtre, du 10 juillet au 2 août.

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24 05 08

Hubert Nyssen chez Point Virgule

NYSSENC'est à la Librairie Point-Virgule de Namur (Belgique) qu'Hubert Nyssen effectua, ce jeudi 22 mai, la dernière présentation officielle de son roman, Les Déchirements. Un honneur pour la petite ville que célébrèrent les lecteurs en prenant d'assaut la librairie et tous les sièges disponibles.
Le débat fut animé par Régis Delcourt (Point Virgule), témoignant d'une lecture approfondie du roman, des thèmes et quête qui le parcourent et d'une mise en perspective de la riche production littéraire de l'auteur.
Prolixe et passionnant quand il évoque les métiers d'écrivain et d'éditeur, deux de ses "casquettes" Hubert Nyssen enchanta également les auditeurs par la lecture de passages choisis des "Déchirements", sortes de mises en abyme du travail de l'écrivain.
Et de définir le métier d'éditeur comme celui d'un passeur, d'un conseiller qui doit favoriser l'attrait du texte. Pour cela, "Un éditeur doit mettre l'auteur en situation de percevoir la différence entre ce qu'il a écrit et ce qu'il croit avoir écrit. Il doit le mettre en situation "de se lire lui-même."
Interrogé sur son site web et la publication d'un journal quotidien, Hubert Nyssen en compara la pratique à celle des gammes pour les joueurs de piano. Avec cette spécificité que là où les autres journaux qui paraissent sur Internet se concentrent sur des faits et des opinions, les relations quotidiennes d'Hubert Nyssen accordent une importance majeure aux détails et décors qui campent l'atmosphère. La quintessence des billets parus en 2007 fera l'objet d'un ouvrage prévu pour la rentrée littéraire, L'année des déchirements.
Après une allusion pudique à l'âge et au foisonnement de projets qui habitent en lui, Hubert Nyssen conclut la présentation par la devise de Jean Cuttat, faite sienne : "J'ai passé l'âge d'être vieux".
Une soirée magistrale.
Apolline Elter

NYSSEN
Photo : Alain Trellu

Les déchirements, Hubert Nyssen, Actes Sud, coll. "Un endroit où aller, février 2008, 306 p., 20€

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