26 06 10

L'imagination de Didier Van Cauwelaert n'a pas de bride

les-temoins-de-la-mariee-didier-van-cauwelaert1Ce n'est pas un scoop.
Mais elle a aussi une vision. Et là, cela devient diantrement intéressant.
Campons l'argument de son dernier roman: Marc Hessler, photographe célèbre, très cher et grand séducteur se tue dans un accident de voiture lors même qu'il vient d'annoncer à ses meilleurs amis qu'il va se marier. Yun, sa fiancée débarque le lendemain, de Shanghai. Faut-il la préserver ou lui asséner d'emblée la vérité ?
Et c'est à partir de cette tragédie initiale que Didier Van Cauwelaert va bâtir son roman, cristallisant autour de la personne énigmatique et sublime de Yun, les états d'âmes de chacun des protagonistes, Bany, Marlène, Lucas et Jean-Claude et expurgeant leur amitié de la dépendance financière qu'elle avait instaurée vis-à-vis de Marc. 
Un roman qui offre, à nouveau, la possibilité d'une lecture plurielle : Yun, sorte de poupée à la plastique incroyable,  serait-elle  la sauvegarde d'une amitié qui s'englue dans la dépendance financière ? Serait-elle, par une sorte de vase (urne funéraire) communiquant, sinon une réincarnation Marc, la porte-parole de ses dernières volontés ?
L'imagination féconde de l'auteur stimulerait-elle celle de ses lecteurs?
Apolline ELTER

Les témoins de la mariée, Didier Van Cauwelaert, roman, Albin Michel, mai 2010,255 pp,
19 € 

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01 06 10

Spécial Livre de Bord ERIC-EMMANUEL SCHMITT

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30 05 10

Trop vite !

SERVAN SCHREIBERUne seule image illustre bien le propos : En Asie speedée, le bouton le plus usé dans l'ascenseur est celui de la fermeture des portes ! L'envie de vitesse nous est arrivée au XIXe siècle. Elle procure une double satisfaction : au cerveau qui surpasse le corps et à l'homme qui bat l'animal ! Elle s'applique dans les transports et dans la communication. La vitesse est un puissant dérivatif contagieux. C'est elle qui a donné naissance au « court-termisme », analysé de maîtresse façon par Jean-Louis Schreiber. Cet essayiste et journaliste nous avait déjà proposé « L'Art du temps » et « Le Nouvel Art du temps » qui tentaient de nous délivrer du carcan du temps. (Personnellement, j'ai écrit pendant des années un édito dans la Libre, intitulé « Entretemps », où j'essayais de proposer des failles hors du temps : le silence, la musique, etc. ) L'auteur explique : « La recherche du chemin le plus court, la primauté de l'urgence sur l'importance, la pression sur les résultats sont toutes filles de la vitesse. Ensemble, elles ont engendré une situation de court-termisme généralisé dont nous ne sommes même plus toujours conscients » Et de passer en revue les sphères où le court-termisme sévit en faisant tant de dégâts : La politique ( ah ! Ces « procédures d'urgence » ! Car ce qui n'est pas urgent risque l'oubli), la finance avec cette citation de l'économiste André Orléan : « Il faut convaincre à chaque chanson, comme un chanteur de variétés » et plus tragique : « Gérer les firmes en fonction de leur valeur en Bourse était une stupidité », une déclaration d'un des gourous de la classe patronale américaine, l'entreprise et le nouveau mot magique « low cost », la consommation et le duo Internet et téléphone portable. Intéressant aussi le regard porté sur nos rythmes de vie : Assouvir nos désirs au plus vite, c'est retomber en enfance, ne plus se projeter dans l'avenir. Je découvre ainsi avec stupéfaction que la moyenne mondiale de l'accouplement humain est aujourd'hui de 4,2 minutes ! Le dernier chapitre est consacré à l'environnement, qui justement ne peut tabler que sur le long terme pour que notre planète survive. La conclusion est pourtant optimiste : nous pouvons changer les choses. « Les grands changements se sont produits lorsqu'une proportion suffisante d'un ensemble humain était convaincue de leur nécessité » ! Remettons donc tous un peu plus de long terme dans notre vie... Et prenons le temps de lire ce livre vraiment intéressant !
Jacques MERCIER

 Trop vite ! ou  Pourquoi nous sommes prisonniers du court terme , Jean-Louis Servan-Schreiber. Éditions Albin Michel. 2010. 200 pp. 15 euros.

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13 05 10

La vie n'est plus jamais triste

PANCOLMéfions-nous de la dictature des meilleures ventes proclamait Jean d'Ormesson sur notre plateau en décembre dernier. Comme le charbon de la pub, l'auteur du Juif errant a mille fois raison. Elle me saoule cette presse, principalement audiovisuelle qui ne parle que des chiffres de vente des Levy, Musso quand ils les reçoivent. La reconnaissance du public, c'est bien, c'est essentiel pour l'auteur mais au-delà, il n'y a pas de quoi en faire le sujet principal de l'interview. Et à ce titre, Katherine Pancol va avoir bien du souci. Après les 900.000 livres vendus l'an dernier (sans actualité), voilà que l'auteure des Tortues et des Crocodiles pulvérise les records de démarrage sur les chapeaux de roues avec 350.000 exemplaires écoulés en trois semaines.
Il y a pourtant tant de choses à en dire, sans déflorer l'histoire et gâcher le plaisir que vous aurez à lire ce troisième volet qui pourrait bien ne pas être le dernier :

  CATHERINE PANCOL - Brice Depasse 1
  CATHERINE PANCOL - Brice Depasse 2

Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi, Katherine Pancol, Albin Michel, avril 2010, 851p., 23€90.

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06 05 10

Midlife express

HALBERSTADTA dix-neuf ans, dans cette voiture qui sentait le moisi et les vacances, elle sut qu'elle venait de foutre sa vie en l'air.
Parce qu'elle a convoyé une livraison douteuse, Laure, 19 ans, voit sa vie s'écrouler: écrouée en prison pour un terme de six ans, elle devra la liberté - partielle - à la complicité tendre et audacieuse de Denis Corda, son grand-père. Usurpant l'identité d'une enfant disparue, elle n'aura de cesse de racheter sa faute en honorant la mémoire  de celle-ci, des effets d'une conduite exemplaire. Mais, échappe-t-on vraiment à la culpabilité latente d'une peine non accomplie et à la solitude traquée d'un ...écart de conduite ?
Apolline Elter

Un écart de conduite, Michèle Halberstadt, roman, Albin Michel, avril 2010, 140 pp, 12€50

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02 05 10

Le Retour du Roi… Chattam !

CHATTAM3Tobias disparu dans les entrailles du Raupéroden, Matt et Ambre retournent à Eden, la cité des Pans, pour avertir le conseil de la ville de l'imminence d'une invasion des Cyniks, fomentée par la reine Malronce. Les Pans n'ont plus le choix, ils doivent se préparer à combattre, notamment en développant leur Altération, ce pouvoirsurnaturel octroyé par le Cataclysme.
Avec L'Alliance des Trois, on découvrait un nouveau monde, avec Malronce son exploration. Le Coeur de la Terre montre les jeunes héros dans l'apprentissage de la vie en commun, de la politique, de la guerre et du rapport, nécessaire et salutaire, à la nature. Ainsi que la résolution des énigmes comme la vraie nature du Raupéroden et de la reine Malronce.
Dans l’interview qu’il nous a accordée, Maxime Chattam n’hésite pas à parler de « d’écriture récréative » lorsqu’il évoque Autre Monde et son univers au confins de la fantasy, de l’aventure et du « roman de survie » façon « Sa Majesté des Mouches ». Mais ce n’est pas pour autant quel’auteur de sombre récit, éminent membre de la Ligue de l’Imaginaire et fier représentant de la nouvelle vague du thriller français, prend son histoire par-dessus la jambe. Perfectionniste dans l’âme, même lorsqu’il s’agit d’aborder un univers moins réaliste que celui des salles d’autopsies et des esprits schizophrène, Maxime Chattam mène son AutreMonde avec la précision d’un orfèvre du récit. Car le risque est bien là lorsqu’on aborde l’imaginaire « en roue libre », celui de se perdre dans le labyrinthe des inventions, dans la description étouffante d’un univers, dans la croissance incontrôlée d’un canevas où personnages et intrigues se perdent dans un trop plein de créations. Heureusement, ici, rien de tout cela. Miroir de la mécanique implacable des thrillersde l’auteur, la structure d’Autre Monde possède la force linéaire de l’évidence. Celle des récits initiatiques classiques, des grandes aventures populaires. Et vienne s’y greffer des personnages aux rôles clairement définis, ainsi qu’une cascade de références qui feront sourire les « initiés » et donneront aux autres l’impression de découvrir un univers à la fois différent et… familier.
Pour ce final, cette première conclusion (on sait maintenant que quatre autres tomes s’ajouteront à l’aventure des Pans face aux Cyniks), Maxime Chattam convoque l’ombre du Retour du Roi, du Retour du Jedi, ou encore celle d’Aliens. Dans le bruit, la fureur et l’affrontement, enfants et adultes qui ont survécu à la Tempête, foncent bille en tête, l’un vers l’autre, pour une inévitable bataille à grande échelle, seule capable, dirait-on, de résoudre ce conflit né d’une haine irrationnelle, teintée de croyance religieuse, qui oppose adultes et enfants.
Et sous des dehors de pur divertissement, sans lourdeur, avec un art consommé de la métaphore, Maxime Chattam nous livre la vision d’un monde, en échos à ce qu’il avait déjà développé, de façon plus « adulte » dans « La Théorie Gaïa ».
Une trilogie populaire, bien écrite, qui délivre sans prêcher, une vraie réflexion sur l’humain. Pas mal pour une œuvre « récréative ».
Dr Corthouts

  MAXIME CHATTAM - Chris Corthouts 1
  MAXIME CHATTAM - Chris Corthouts 2

Autre Monde 3 : Le Cœur de la Terre, Maxime Chattam, Albin Michel, avril 2010, 468p., 20€00.

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26 03 10

Concerto en quatre mouvements

9782226195913Jamais deux sans trois. Après Odette Toulemonde et La rêveuse d'Ostende, Eric-Emmanuel Schmitt nous propose quatre nouvelles nouvelles sur un même thème. Une mante religieuse, un marin au long cours, un jeune virtuose, meurtrier par orgueil et un couple présidentiel affichant un amour de façade partagent l'affiche (après tout, Schmitt est aussi cinéaste) de ce concerto à la mémoire d'un ange (Schmitt n'apprécie pas exclusivement Mozart, il a gardé une petite place pour Berg).
Une nouvelle fois, l'alchimie opère instantanément et sur toute la longueur (la réussite est totale quand, à l'instar d'une oeuvre, il n'y a aucun(e) mouvement (nouvelle) faible). On peut parler de flamboyance dans l'art de Schmitt lorsque se produit l'étincelle, la même qui a allumé le feu de La part de l'autre, L'évangile de Pilate, Les variations énigmatiques ou encore les deux premiers romans novellisateurs précités.
J'étais présent à la première de ce concerto à la mémoire d'un ange. La salle a fini debout.
Brice Depasse

  ERIC-EMMANUEL SCHMITT - Brice Depasse 1
  ERIC EMMANUEL SCHMITT - Brice Depasse 2

Concerto à la mémoire d'un ange, Eric-Emmanuel Schmitt, Albin Michel, mars 2010, 229p., 18€00.

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23 02 10

Cassandre de Paris

werberPauvre Cassandre. La plus belle des filles de Priam ne s’est jamais mariée. Fille du roi de Troie, elle en prédit la chute et personne ne l’écoute. Plus elle donne des précisions, notamment sur le cheval, moins on l’écoute, plus on la croit folle.
Dans un Paris futuriste, mégacité polluée et surpeuplée, Cassandre voit l’avenir du monde qui court à sa perte. Et vous l’avez deviné, personne ne l’écoute.
Bernard Werber emmène sa deuxième génération de lecteurs, en compagnie de Cassandre, dans le milieu des laissés pour compte d ‘un avenir proche, au milieu des cités-détritus, au pied du mur de la pollution que nous bâtissons, que nous continuons à élever chaque jour. Cette Cassandre sera-t-elle écoutée ? Y a-t-il un espoir ? Que propose dans son nouveau roman notre Bernard Werber, toujours plus inquiet face à la sur-pollution, la super-population, l’individualisme, l’ultra-noFuture et le terrorisme organisé ?


Le miroir de Cassandre, Bernard Werber, Albin Michel, octobre 2009, 631p., 22€90.


Interview Bernard Werber - Brice Depasse
envoyé par BriceDepasse. - Futurs lauréats du Sundance.

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05 02 10

Entre chien et loup ... la mort rôde

KINGSeptembre 2002. Sur la première page du très populaire Entertainment Weekly, Stephen King le proclame haut et fort : « J’arrête. Je prends ma retraite ». Et il ajoute, avec son sens de l’humour habituel : « J’aitué assez d’arbres ».
En mars 2010, on serait en droit de s’interroger : le sexagénaire de Bangor, Maine, a-t-il tout compris au concept de « retraite » ? En effet, depuis l’annonce très médiatisée de son retrait des affaires, il a poursuivi un programme de publication que lui jalouserait bon nombre d’auteurs ! Preuve supplémentaire avec la sortie de Juste Avant le Crépuscule, un recueil de nouvelles … qui précéde de quelques mois la parution d’un nouveau roman Sous le Dôme, publié en octobre dernier dans la langue de Shakespeare.
De son propre aveu, King aime écrire des nouvelles … Parce que cela lui rappelle le temps, très lointain, où ses textes courts, écrits au fil de la plume, étaient pour lui une nécessité vitale. Au premier degré. Soit le moyen d’arrondir ses fins de mois et de faire survivre sa famille. La forme courte, il l’avait d’ailleurs un peu oubliée jusqu’à ce qu’un ami lui propose de mettre en forme une anthologie de nouvelles. Exercice plutôt courant dans le monde de l’édition américaine.
Aiguillonné par les textes soumis à sa sagacité, King s’est surpris à coucher de nouveau sur papier des histoires n’explosant pas la barrière du million decaractères. Pour lui, c'est presque une performance.
Le résultat de ces travaux « rapides, qui filent comme un météore dans le ciel et s’arrache à mon imaginaire comme le siège éjectable d’un pilote de jet » dixit l’auteur, se décline donc en 13 (évidemment !) nouvelles de qualité où planent l’ombre des morts. La fille au pain d’épices et sa joggeuse obsessionnelle, Laissés pour compte et les fantômes du 11 septembre, ou encore Willa et ses morts amateurs de country musique… King voyage aux frontières du crépuscule et prend toujours un plaisir ludique – partagé perversement par le lecteur – à torturer les « gens comme les autres », leur faisant subir les piresdes avanies mentales et physiques. Dans les grandes lignes, l’auteur continue d’exorciser sa propre peur de l’enfermement, reliquat des quelques semaines qui suivirent son terrible accident de la route. Période durant laquelle il crut ne jamais pouvoir remarcher…
Toutes ses influences, aidées d’une complète maîtrise de l’écriture, font de Juste Avant le Crépuscule, un ensemble varié, thématiquement cohérent et riche… Pas mal du tout pour un retraité !
Dr Corthouts

Juste avant le crépuscule, de Stephen King, Albin Michel, à paraître en mars 2010.

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01 01 10

L'Alliance contre Malronce

CHATTAMImaginez un monde où la nature a repris le pouvoir, où les adultes sontredevenus sauvages et les enfants se sont assemblés en bandes poursurvivre, où chaque promenade est une expédition, chaque jour passé, unexploit. Un monde recouvert par un océan de forêts, peuplé de créaturesfabuleuses, traversé de courants étranges, d'énergies nouvelles. Unmonde nouveau où trois adolescents tentent de déjouer les pièges d'unemystérieuse reine, acharnée à leur perte : Malronce.
Avec ce second tome d’Autre-Monde, Maxime Chattam poursuit sa trilogie «adolescente » nourries aux références littéraires et cinématographiquesqui ne manqueront pas de faire sourire les trentenaires… Et depassionner leurs rejetons ! Les références à « notre » monde, encorenombreuses dans Alliance des Trois, le premier tome des aventures deMatt et ses amis s’estompent ici pour faire place à univers neuf,fantastique, aventureux et… mortel !
Après le thème de l’altération, abordé dans L’Alliance, Chattam exploreici les variations sur la Quête et les inévitables questionnements del’adolescence… tout en élargissant le canevas de son roman et enenrichissant son univers aux frontières de la Fantasy. Il y a du Tolkiendans ce peuple réfugié à la cime d’arbres immenses, du Michael Moorcockdans le sauvagerie de certains combats, du Stephen King dans lamalignité des adultes manipulateur, ou encore du Laurent Genefort dansla richesse de la flore installée sur ce qui fut notre planète. Toutesces influences, ajoutées à quelques dizaines d’autres, forment unetapisserie riche, où les clins d’œil renforcent l’expérience plutôt quede la phagocyter. En bon « geek », Chattam digère ses influences et lessculpte à plaisir, s’éloignant clairement du pastiche, ou de la copieservile, pour créer son propre univers. Chez les anglo-saxons, lesproducteurs se seraient déjà rué sur ce projet pour en faire une sériede films… Chez nous, on continue à s’extasier sur Arthur et sesMinimoys… Allez comprendre…
Dr Corthouts

Autre-Monde, Tome 2 : Malronce, Maxime Chattam, Albin Michel, novembre 2009, 406pp, 20€00.

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