28 04 10

N’est pas breughelien qui veut…

Comment parler le belgeL'article ci-dessous a paru dans la livraisons du 28/04/10 de l'hebdomadaire satirique bruxellois PAN :

Avec Comment parler le belge et le comprendre (ce qui est moins simple) qu’il vient de faire paraître aux Éditions Points à Paris, le Carolorégien Philippe Genion se pique de vouloir présenter avec humour (?) et irrévérence (??) aux Parisiens de la rive gauche le vocabulaire et les tournures de phrases propres à la langue de Voltaire telle qu’elle se pratique dans Ce Pays. Le résultat est, bien entendu, à la mesure des attentes : pitoyable et lamentable. Outre que, on se demande pourquoi, il consacre force notices à des personnalités plus ou moins belges (il présente comme tel feu l’humoriste Édouard Caillau, en l’appelant « Cailleau », alors qu’il s’agit d’un Français qui fit carrière à la RTB pas encore « F » ; il parle de l’acteur Jacques Lip –au lieu de Jacques Lippe– et René Magritte est exclusivement décrit comme
« Peintre belge, grand amateur de pipes », KOLOSSALE FINESSE !), ses définitions de mots pourtant habilement choisis sont épaisses, régulièrement graveleuses, assez souvent imprécises (il laisse, par exemple, accroire que c’est en voyant Christiane Lenain, née en 1935, jouer dans Le mariage de Mlle Beulemans que Marcel Pagnol a eu l’idée de rédiger sa trilogie marseillaise, alors que Marius a été joué en 1929 ; c’est toutefois bien en voyant la pièce belge en 1926 que Pagnol a eu ce coup de génie, mais sans avoir applaudi Christiane Lenain, évidemment…), voire carrément fausses (« à se taper le cul par terre » n’est pas un belgicisme et on retrouve cette expression chez Georges Brassens, entre autres…) ainsi que constamment truffées d’appréciations personnelles de mauvais aloi (il distribue les bravos à ses copains comme Stéphane Steeman ou Jacques Careuil et vilipende ceux qu’il n’aime pas comme les frères Taloche ou Sandra Kim, vous voyez le niveau ?), de goût douteux –les attaques sur le physique des gens fusent, à prétexte que l’auteur, qui parle sans cesse de lui-même, est obèse– ou hors de propos (il consacre une notice à… son conjoint). Tout cela aurait cependant pu être compensé par de la zwanze ou de la gouaille, façon Coluche, Bob Dechamps ou Le Grand Jojo. Oui, en effet. Cela aurait pu…
PANTHOTAL

Comment parler le belge et le comprendre (ce qui est moins simple) par Philippe Genion, Paris, Éditions Points, collection « Le goût des mots » dirigée par Philippe Delerm, avril 2010, 176 pp. en noir et blanc au format 13 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleur, 10 € (prix France)

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24 04 10

Delenda Francia est


Quand Zemmour sort de l'argumentation au lance-pierre imposé par le langage télévisuel, il peut donner toute la mesure de son raisonnement et de sa démarche intellectuelle. Penché sur l'Histoire de son pays, la France, il évoque l'empire romain, sa chute et les candidats à sa succession pour mieux comparer leur destin.Je me garderai bien de vous en faire quelque résumé laconique pour lui laisser vous développer lui-même son analyse qui, si elle ne sera pas partagée par tous, a au moins un mérite : apporter une autre grille de lecture sérieuse de l'Histoire dont notre présent est l'inéluctable reflet.
Brice DEPASSE

Mélancolie française, Eric Zemmour, Fayard, 251p., 17€00.

 

05 11 09

Un livre qui fait date(s)

De le Bon à LetermeCet article a paru dans la livraison du 04/11/09 de l'hebdomadaire satirique bruxellois PAN :

En publiant récemment aux Éditions Racine à Bruxelles un malicieux De le Bon à Leterme illustré par Cécile Bertrand, le journaliste honoraire (et d’une grande honorabilité) Pierre Stéphany s’est penché avec le sourire sur « les grandes dates de la petite Belgique », depuis l’entrée à Bruxelles de Philippe le Bon en 1430 jusqu’à l’accession, en 2008 au poste de Premier ministre, d’un politicien de province que l’on prit quelques instants pour un grand homme d’État. Cheminant par des voies de traverse, l’auteur traite entre autres de la fixation de la frontière belge de 1579 et du hasard qui fit de Ce Pays une (très) petite terre d’héroïsme puisque, alors que Charles-Quint avait prévu de lui attribuer 17 provinces, son fils Philippe II ne lui en laissa que 9… Il se penche aussi sur les révolutions de 1789 et de 1830, sur les dix premières années de l’État belge et sur son cinquantenaire, sur les deux guerres mondiales et la Question royale, sur les tensions sociales de 1960 et sur les dissensions linguistiques des années trente, septante, et 2000… Autant d’occasions de (re)découvrir l’histoire d’un pays qui n’existe pas, n’a jamais existé et n’existera jamais, tout en occupant une position centrale sur le Vieux Continent et en abritant les institutions de l’Union et de l’Otan avec un sens du devoir commun qui lui vaut tous les éloges à l’étranger et nourrit en son sein ces innombrables conflits sous-locaux et sous-régionaux qui en font tout le charme surréaliste.
PANTHOTAL

De le Bon à Leterme
par Pierre Stéphany, illustrations de Cécile Bertrand, Bruxelles, Éditions Racine, 2009, 320 pp. en noir et blanc au format 15 x 23 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 22,95 €

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15 03 09

Rien ne va plus ! Mais depuis quand ?

STEEMANDix ans après s’être retiré du showbiz et des médias, Stéphane Steeman sort de sa réserve avec un recueil de textes qui témoigne du sempiternel acharnement d’une certaine classe politique sur la Belgique et sa capitale.
En faisant le bilan de sa carrière, celle d'un chansonnier dont l'inspiration fut le théâtre politique communautaire (à son grand regret quand il constate le résultat final), le fils de l'écrivain (dont on a fêté le centenaire) dresse aussi le portrait de ceux qui ont pédalé dans la choucroute ces cinquante dernières années.
Cette interview n'était pas destinée à être podcastée car réalisée pour la presse écrite. Mais à l'écoute des "bandes", en rédigeant l'article, je ne résiste pas à l'envie de vous en faire profiter.
Nicky Depasse

  STEPHANE STEEMAN - Nicky Depasse 1
  STEPHANE STEEMAN - Nicky Depasse 2

Ma Belgique à moi, Stéphane Steeman, Noir dessin production, 2008, 197p., 19€00.

15 03 09

Le tour de Belgique en 50 dates

DESTEXHEL’ouvrage commence avant la guerre des Gaules, il s’arrête aujourd’hui après avoir traité des luttes pour le droit de vote ou de la période coloniale.Une revue pédagogique de l’histoire du pays, avant même qu’il n’en devienne un. L’auteur, ancien Médecin sans Frontière reconverti en sénateur depuis plus de 10 ans, jure qu’il s’est abstenu de tout commentaire politique. On ne juge pas l’Histoire, on la raconte dit-il en substance. A l’écoute on serait tenté de le croire, faites-vous un avis.
Michel Geyer

  ALAIN DESTEXHE - Michel Geyer 1
  ALAIN DESTEXHE - Michel Geyer 2

Alain Destexhe, 50 dates clé de l’histoire de Belgique, éditions Luc Pire, mars 2009, 176p., 15€00.

12 03 09

Six rois et un pays spectaculaire

ROEGIERSVoilà un livre qui vous réconcilie avec votre pays. La spectaculaire histoire des rois des Belges n'est pas une apologie du gotha. Enorme succès lors de sa sortie en grand format chez Perrin, ce livre est de l'Histoire romancée, un récit follement passionnant. Admirablement écrit, il dépoussière l'histoire de tous nos rois (et donc de la Belgique) sans concession mais sans faire les poubelles. Roegiers ne se contente de briser des mythes ou de remettre en lumière des faits oubliés, il rend à notre Belgique une dignité que les six mois sans gouvernement que nous avons vécus occultent (ce n'est donc pas un hasard donc s'il a fait un malheur auprès du public). Notre petit pays est divisé par l'ignorance et la bêtise arriviste. Un peu d'Histoire remet en perspective les choses essentielles, donne des leçons de courage politique. Ce dont nous manquons cruellement, "suicidairement".
Brice Depasse

  PATRICK ROEGIERS - Brice Depasse 1
  PATRICK ROEGIERS - Brice Depasse 2
  PATRICK ROEGIERS - Brice Depasse 3

La spectaculaire histoire des rois des Belges, Patrick Roegiers, Tempus (Perrin), février 2009, 460p., 10€50.

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21 12 08

L'impératrice belge

PAOLIDestin tragique et romantique d'une vie qui s'annonçait somptueuse. Charlotte de Belgique, fille de Léopold Ier, ce grand personnage de l'échiquier européen post-napoléonien, et petite-fille du roi des Français, ceignit successivement la couronne du dûché de Vénétie-Lombardie et de l'empire du Mexique. Dominique Paoli a choisi, dans cette biographie publiée chez l'excellent éditeur Perrin, de faire la lumière sur la folie précoce de l'impératrice belge.

  DOMINIQUE PAOLI - Brice Depasse 1
  DOMINIQUE PAOLI - Brice Depasse 2

CHARLOTTE

L'impératrice Charlotte : « Le soleil noir de la mélancolie », Dominique Paoli, Perrin, novembre 2008, 328p., 21€00.

29 11 08

Un livre peu banal...

congoVivant et travaillant actuellement en République Démocratique du Congo, Georges Antippas est un Grec né au Congo Belge, à Kolwezi en 1956, dont les ascendants grecs sont établis dans ce pays depuis 1895.
La consultation des archives familiales lui a donné l’idée d’écrire un ouvrage étonnant, Pionniers méconnus du Congo Belge, paru en 2007 à Bruxelles aux Éditions Masoin et remarquablement illustré d’innombrables documents iconographiques inédits, dans lequel il retrace, nom par nom et famille par famille, l’histoire et l’action de ses compatriotes dans l’ancienne colonie de la Belgique. Il en résulte une image tout à fait originale du Congo de Léopold II, des communautés étrangères dans son État, de la vie des Noirs, des métis et des Indiens dans la colonie, de la Seconde Guerre mondiale vue d’Afrique, de l’urbanisme et de l’économie africaines de l’Après-guerre, de la vie culturelle et associative de l’époque et même de la discographie coloniale… Concentrés essentiellement à l’Est (parce qu’ils provenaient de Grèce continentale et des îles, mais aussi de Turquie, d’Égypte, d’Éthiopie et d’Afrique du Sud), les Grecs du Congo Belge laissèrent néanmoins des traces dans la capitale, comme par exemple l’immeuble Diaco sur le boulevard du 30 juin, ainsi appelé en raison du nom de son constructeur Georges Diacomichalis, ou l’immeuble « ex-Bata » édifié par son frère André. Actifs dans le commerce, les travaux publics et les transports, ils marquèrent aussi divers secteurs industriels (les mines, la production de tissus, la mode, l’agro-alimentaire, l’hôtellerie ainsi que la pêche dans les régions de Kasenga et du lac Tanganyika).
Nul doute que les historiens européens et africains de l’Afrique coloniale autant que les anciens du Congo et leurs descendants voire même les Congolais (y compris de Belgique) trouveront dans ce bel ouvrage dépourvu d’accents polémiques et quelque peu hagiographique l’occasion de jeter un regard neuf sur un passé ancien…
Bernard DELCORD

Pionniers méconnus du Congo Belge par Georges Antippas, Bruxelles, Éditions Masoin, 2007, 346 pp. illustrées en quadrichromie, 60 €

27 06 08

Michel Lambert: Le jour où le ciel a disparu

lambert2Vous n’êtes pas à ma place, dit un homme à son collègue qui tente de le consoler (après un accident qui a rendu son fils handicapé). Comme si cette sentence nous était adressée en filigrane, l’auteur de ces nouvelles instaure entre ses personnages et le lecteur, une distance idoine, enrichie de respect et de tendresse. Nous ne sommes pas à là place de ces gens. Et cependant. Dès le début, l’atmosphère pèse, le ciel menace, les protagonistes luttent contre leurs démons et les femmes ont des rires fêlés. Au fil des pages de ce recueil, leur tourment devient entêtant. Grâce à sa plume vive, précise, Michel Lambert nous permet de frôler ces âmes sombres au plus près et de pénétrer dans leur monde désenchanté. Tous ont vécu une journée « où le ciel a disparu ». Une journée où l’on aurait envie de pleurer dans les bras d’un être aimé jadis, ou d’aboyer comme un chien devant une inconnue. Ces jours-là, l’écrivain les habille de couleurs dramatiques : ciels gris de novembre, sales, jaunâtres. Il leur confère un air trop chargé de désirsflotte une sorte de désordre. La côte belge s’anime de passants, figurants d’après-tournage. Dans une autre rue, des silhouettes blanches se fondent parmi les flocons de neige. Ces éléments météorologiques composent un décor idéal, qui sert l’intrigue et accompagne les variations d’humeur des protagonistes. Jalousie, assuétude, abstinence, rivalité, solitude, folie, handicap. Le malheur ordinaire (pas si éloigné du bonheur triste) a rarement été aussi bien exploité dans un recueil. Emmenez ces histoires dans votre valise si vous partez en vacances. Dix perles cohérentes, homogènes, au style impeccable.
Valérie Nimal

Le jour où le ciel a disparu , Michel Lambert, Le Rocher, 178 p, 17,50 €.
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16 05 08

Nous dormirons ensemble

costermansIl y a des écritures que l’on adopte d’emblée, comme une voix amie qui nous semble familière. Celle de Dominique Costermans me touche. ll a fallu que je dorme quelques nuits avec ses 18 histoires pour que je puisse vous en faire écho. Ecrire des nouvelles est un exercice difficile, trop peu valorisé en nos contrées. Parmi les maîtres du genre, la Belge Dominique Costermans excelle dans cet art de l’étonnement, cette faculté de saisir l’instant clé en quelques lignes.
De Bruxelles à Rome, de Venise à Istanbul, l’auteure capture ces décalages amoureux qui valent la peine d’en faire toute une histoire. Sur le quai d’une gare, des amants remontent lentement la foule, (…) comme si le monde leur appartenait. On entend le train qui fait clac clac et la pluie qui ruisselle sur les vitres. Un couple un soir croise des jumelles importunes, qui se font un cinéma en aparté. Une femme est envoyée à Rome pour écrire sur l’amour, mais comment faire quand on n’y croit plus ? Une autre y attend sa fille, sous la menace d’attentats meurtriers. Une amante s’apprête à affronter la solitude, son fils a grandi, son amant est pris. Toutes ces histoires vivent le temps d’un frémissement et éclatent comme des bulles de savon. Rêves ou rencontres réelles, ces instants fragiles où les couples se font et se défont sont égrenés avec toute la finesse que l’on trouvait déjà dans les deux précédents recueils de l’écrivain : Des provisions de bonheur et Je ne sais pas dire non.
Valérie Nimal

Nous dormirons ensemble, Dominique Costermans, éditions Luce Wilquin, févr. 2008, 124 pages, 12€.

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