03 04 10

Le bistouri à six coups !

BAZELL« Tiens, faut que tu lises ce truc, il paraît que ça va décoller ».
J’avoue que lorsque notre chef à nous, El General Depasse, me file un bouquin en l’accompagnant de ce genre de phrase, j’ai tendance à la jouer méfiant. Il fait dire que Brice y connaît autant en polar que moi je jongle avec les œuvres complètes de Philippe Sollers. Et puis, on est jamais à l’abri de l’attaché(e) de presse un peu fourbe, qui confond allègrement promotion et publicité mensongère… Si, si, je vous assure. Ca existe. Il faut bien que tout le monde mange.
Mais revenons à nos moutons et à ce roman, le premier, de Josh Brazell. Si je m’arrête à la couv’, l’affaire s’engage mal. Le design a été pondu par un graphiste obligé de bosser un lundi de pentecôte, alors que le soleil brille et le petit résumé nous aligne coup sur coup une comparaison foireuse (Dr House rencontre les Sopranos… le lecteur qui n’allume jamais la télé, le voilà sauvé…) et une « citation » d’Harlan Coben qui passe plutôt mal la barrière de la traduction. Dites, c’estmoi, où les choses sont plutôt mal barrées ? Allez ! On ne juge pas un livre à sa couverture !
Je lis les premières lignes… Et j’entends une voix ! Attention, je ne dis pas que je vire Jeanne d’Arc, je veux juste dire que Josh Brazell compose avec brio un personnage central qui vous parle avec une authenticité, un style, un humour et de véritables émotions. Son Peter Brown, ancien tueur à gages devenu interne par le « magie » du programme de protection des témoins, voit le passé et le présent se télescoper avec violence dans les couloirs d’un hôpital new-yorkais. En parallèle,on découvre ainsi les origines modestes et violentes du personnage principal, marqué par la Seconde Guerre Mondiale et le meurtre de ses tuteurs, et sa « nouvelle vie », au service des malades dans un système hospitalier où le spectre des procès plane sur la moindre prise de tension artérielle.
Docteur à Tuer (ah oui, j’oubliais, le titre aussi est à ch…) possèdetoute la générosité d’un premier roman… mais également les défauts d’uneécriture « excessive », ancrée à son style au point d’en perdre parfois en lisibilité et en clarté narrative. Des excroissances stylistiques que le temps gommera, pour que reste l’imagination formidable d’un auteur qui est parvenu à m’arracher un éclat de rire lors d’une scène finale qui restera parmi les plus délicieusement grotesques qu’il m’ait été donné de lire depuis longtemps. Un auteur est né, sans conteste… Et nul besoin de comparaison boiteuse pour lui offrir sa place !
Dr Corthouts

Docteur à tuer, Josh Bazell, JC Lattès, mars 2010, 303p., 20€00.

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23 03 10

La nostalgie Modiano

MODIANO_blancheOn se retrouve dans l’univers de Patrick Modiano qu’on reconnaît les yeux fermés en respirant son « air » très particulier, comme nimbé de mélancolie, à la fois intime et vaguement étranger, dans un temps décalé, parcouru d’ombres douces. Tel est Bosmans, qui doit avoir passé la soixantaine et rassemble des bribes de scènes de sa lointaine jeunesse, où très vite apparaît le nom de Margaret, collègue de bureau à Paris d’un certain Mérovée et d’une certaine Bande Joyeuse à laquelle il ne tenait pas trop à se mêler, fréquentant à part « la Boche », selon le mot de Mérovée - cette Margaret Le Coz née à Berlin (?) et qui fut gouvernante à Lausanne un temps. Un amour de jeunesse ? Probablement, même si tout a « bougé » entre les faits et leurs réfractions parfois notés sur de petits cahiers. En ce temps-là ils se seront trouvés comme deux naufragés, lui maltraité par sa mère aux cheveux rouges et flanqué d’un défroqué, le pourchassant en quête d’argent; elle flottant un peu d’une place à l’autre, poursuivie par un drôle de type à manies et couteau. Et quarante ans après ? Bosmans revisite un décor changé, retrouve des personnages à peine reconnaissables, et pourtant...reconstruit une histoire qu’il aimerait ressusciter à Berlin avec Margaret qui s'y trouve peut-être, mais l’éternel retour est-il au programme ? Ce qui est sûr c’est que la fiction marque, chez Modiano comme chez Proust, autant sinon plus que ce qu’on dit le réel, et que la nostalgie de Bosmans gagne à son tour le lecteur, d'un passé restant peut-être à venir ?
Jean-Louis KUFFER

L'horizon, Patrick Modiano, Gallimard, mars 2010, 171p., 16€50.

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30 07 07

Serrault au Panthéon !

SERRAULT bio"Combien tu me manques, Jean. Toi, tu as su tout dissimuler sous le rire. Moi, j'y parviens de moins en moins". Cette phrase que Michel Serrault adressait à Jean Poiret dans "... vous avez dit Serrault?" prend aujourd'hui un sens encore plus lourd.
Pour moi, ce fut d'abord les sketches de Poiret et Serrault et leurs émissions de télévision. Quelques films dans les années 60 (où on les voyait toujours ensemble). Puis ce furent les films de Jean Yanne au début des années 70 où on ne vit plus que Michel Serrault. Et puis ce fut le grand boum de la "Cage aux Folles" au théâtre. La fin du duo et la carrière de Serrault le comédien. 135 films, 3 Césars. Quelques moments d'anthologie en live à la télévision qu'elle nous a passé et repassé. Je l'ai côtoyé un jour sur un plateau: il inspirait la sympathie spontanément, précédé par sa réputation de comique bon enfant. C'était plutôt "dans la vie" un homme tranquille, charmant, courtois, grave qui pouvait être incroyablement drôle quand il le voulait, quand il le fallait. Un homme que, dit-on, on pouvait encore croiser le soir dans sa commune de Neuilly en train de promener son chien.
Michel Serrault s'est raconté dans deux livres. Le premier (cité plus haut) est une autobiographie, le second un journal, celui de son année 2003, tous deux parus en poche, chez Pocket.
Serrault était plus qu'un immense comédien. Nous l'admirions énormément. Et nous continuerons
Brice Depasse

SERRAULT JournalExtrait de "Les pieds dans le plat" :"Je ne suis pas un écrivain, encore moins un philosophe ou un moraliste, tout au plus un comédien un peu perdu, parfois, dans ce siècle tourmenté. Les journalistes me demandent souvent ce que je pense de tel ou tel événement qui surgit dans l'actualité. Une pirouette me sert presque toujours de réponse. Pourquoi se prononcer ou pousser un cri ? A quoi bon exprimer une opinion définitive sur un sujet changeant quand on n'a pas le pouvoir de modifier le cours des choses ?"

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21 05 07

Des nouvelles de Stephen King

KING FATALMalgré sa décision, grandement médiatisée, de « prendre sa retraite », Stephen King n’a pas cessé d’être présent dans les rayons des librairies à travers des rééditions, des nouveautés ou encore des adaptations de ses œuvres, tant sur le grand que sur le petit écran La preuve nous en est encore donnée cet été avec la sortie de « 1408 », adaptation cinématographique d’une nouvelle parue dans « Tout est Fatal » avec John Cusack dans le rôle d’un journaliste sceptique qui passe une nuit d’horreur dans une chambre hantée.
Mais le vivier Stephen King n’est pas près de s’épuiser, puisqu’à l’horizon 2007-2008 d’autres projets s’annoncent, sous la houlette de metteurs en scènes dont la réputation n’est plus à faire.
« Brume », longue nouvelle issue du recueil éponyme est en plein tournage, sous la direction de Frank Darabont. Darabont qui s’est déjà attaqué par deux fois à l’univers kingien. Tout d’abord, avec un chef d’œuvre : « Les Evadés », alias La Rédemption de Shawshank, ensuite avec un drame solide, « La Ligne Verte ».
« Cellulaire », un vrai retour aux racines de l’horreur pour King sera mis en scène, dans quelques mois par Eli Roth, énervé de la caméra, connu des aficionados pour son cradingue « Hostel ».
Enfin, George Romero développerait non pas un, mais deux projets tirés des écrits de King, « From A Buick 8 », paru chez nous sous le tire de « Roadmaster » et « La Petite Fille qui aimait Tom Gordon » roman inhabituel et introspectif qui raconte l’errance d’une gamine perdue dans une forêt du Maine.

KING BRUMEMais tout ces projets cinématographiques ne doivent pas faire oublier que « Lire est un Plaisir ». King sera donc de retour au states dans quelques jours avec « Blaze », un roman qu’il attribue lui-même à son fameux pseudonyme : « Richard Bachman ». En clair, « Blaze » fait partie de ces romans que King a écrits avant de publier « Carrie », son premier succès. Longtemps présenté sur les sites de fans et dans les bibliographies autorisées comme un « manuscrit perdu » ou « inachevé », « Blaze » finit donc par sortir du bois, revu et corrigé par le maître lui-même. Inspiré à la fois par « Des Souris et des Hommes » et par l’enlèvement de Patty Hearst en 1974, « Blaze » raconte l’enlèvement d’un enfant par un géant un rien simplet et sa cavale à travers les Etats-Unis. Petit chef d’œuvre oublié ou manuscrit qui aurait mieux fait de rester dans un tiroir ? Foi de Dr Corthouts, dès que l’objet sera dans ma boîte aux lettres, je vous en donnerai des nouvelles !
Chris Cortouts

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22 04 07

Contretemps

FONTENEAUTout voir, tout lire, tout vivre… Pas facile, surtout lorsqu’une journée ne se décline qu’en vingt quatre heures et que dormir semble être un mal nécessaire, même pour le plus passionné des lecteurs ! J’avais donc souvent entendu parler de Pascale Fonteneau, croisé plusieurs fois son visage dans les journaux ou sur nos écrans de télé, mais je n’avais pas encore eu le temps de plonger dans un de ses récits. "Contretemps" arrive donc à … temps pour réparer cette faute de goût !
Un bande de copains un rien désœuvrés, un braquage qui tourne mal, l’amour qui surgit là où on ne l’attend pas … les ingrédients pourraient paraître cliché. Et pourtant, par un procédé narratif qui rappelle l’excellent "Memento", film de Christopher Nolan, Pascale Fonteneau lance sur son histoire un coup de projecteur oblique, qui oblige le lecteur à un exercice littéraire et sentimental tout à fait particulier. En fait, "Contretemps" s’offre le luxe d’une narration inversée, un cheminement bousculé où chaque chapitre nous propose de remonter plus loin dans la narration. Libre alors aux lecteurs de reconstruire le parcours du antihéros dont le destin est pourtant scellé dès le premier chapitre.
Mais toute la force de l’écriture de Pascale Fonteneau est justement de vous obliger à remonter le courant afin de comprendre comment et surtout pourquoi la vie du narrateur semble soudain partir en vrille.
D’une écriture limpide, avec un sens de la formule et une noirceur qui souvent reflète celle de notre société sans repère, ce Contretemps détaille l’implacable descente aux enfers d’un groupe de potes qui voulait simplement « vivre autre chose ». Lecture rapide mais qui imprègne longtemps le lecteur, mon premier Fonteneau confirme tout le bien que j’entendais dire d’elle autour de moi. Et voit encore s’agrandir la liste des romans que je dois redécouvrir ! Adieu, heures de sommeil…
Dr Corthouts

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22 03 07

Mais qui a tué Glenn ?

DEBORAH GLENNUne couverture mignonne comme tout pour un vrai thriller ultra-original et amusant. Les moutons mènent l'enquête sous la plume de Léonie Swann ...

  DEBORAH - Nicky Depasse 3

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18 03 07

Horreur et misère en sous-sol

AB DANIELPrécipitez-vous et accrochez-vous. Jean-Daniel Baltassat, monsieur A.B. Daniel, qui nous avait ravi avec son best-seller, "Inca", et plus récemment avec "La reine de Palmyre", propose aujourd'hui un tout autre voyage : descendre dans le puits de Courrières, en mars 1906, au coeur de la plus grande catastrophe minière du siècle. Croyez-moi, il va vous donner des frissons d'horreur et de suspense et vous tirer des larmes d'émotion ! Et le pire dans toute cette histoire, est que les faits et les personnages (même si les noms changent) sont vrais. Jean-Daniel Baltassat a fait de ce drame une symphonie émouvante et pathétique, celle des roses noires. Attendez-vous à lire le roman le plus terriblement authentique sur le monde de la mine depuis Germinal.

  A.B. DANIEL - Brice Depasse

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22 02 07

Au secours, il veut m'épouser

VAL AGNES ABECASSISConseillé par Laure Zaigue (lors de la sélection de livres qu'elle m'a présentée au French Bookshop de Londres, cliquez sur la couverture), j'ai dévoré, que dis-je, englouti, ce roman d'Agnès Abécassis.
Drôle, voire carrément désopilant, ce livre m'a fait rire à chaque page, chaque strophe, chaque ligne. "Au secours, il veut m'épouser" est un remède contre l'ennui mais pas contre l'Amour.
Il s'agit du quotidien de Déborrah et de ses deux copines, Daphné et Roxanne, entre leurs hommes et leurs enfants, les soirées pyjama, des histoires de séduction, bref un univers où nous nous retrouvons.
Beaucoup d'humour mais aussi des vérités sur les femmes et sur les hommes.
J'ai a-do-ré !
Merci, Laure.
Nicky Depasse

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21 02 07

Enfin, "L'été dernier"

DAHL"L'été dernier" est un livre d'une beauté naturelle, d'une classe, d'une sensualité si rares. Avec ce roman, Niels Fredrik Dahl, dramaturge norvégien (récompensé au Festival d'Edimbourg), abandonne les coulisses du théâtre pour la fiction prosaïque avec un bonheur insolent.
Deux quadras, un homme et une femme, vivent retirés du monde dans une petite maison entre un lac et la mer. Elle est belle. Il est taciturne. Elle est enceinte. Il est jaloux. Quelques mois plus tard, la maison va (sans doute) être revendue. Il liquide la maison et se souvient de l'été dernier...

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15 02 07

L'instinct du tueur de Joseph Finder

FINDER TUEURCertains avancent qu’il vaut mieux ne pas parler de ce qu'on n’aime pas… Histoire de ne pas « dire du mal », quoi… D’accord ! Mais alors, si quelqu’un dépense ses sousous durement gagnés pour acheter le dernier roman de Joseph Finder, je vais m’en vouloir à mort de lui avoir fait du mal. Parce qu’avec 25 euros, il y a sans doute beaucoup d’autres livres, voire des milliers d’autres choses à acheter plutôt que ce thriller qui m’est tombé des mains après 80 pages (houuuu, le vilain, il n’a pas tout lu !) alors que s’étaient enchaînés sans discontinuer les poncifs les plus lourdingues sur l’american way of life, les gagneurs aux gueules carrées façon Ken-le-mari-de-Barbie, le plaisir d’avoir une grosse maison et beaucoup d’oseille, ou encore sur les femmes qui, définitivement, sont tellement bêtes qu’elles ne peuvent s’en sortir que lorsque les hommes prennent les choses en charge et leur collent la main aux fesses ! L’histoire, si vous voulez savoir, est celle d’un type qui bosse comme commercial dans une boîte d’électronique et qui va voir son quotidien bouleversé par l’irruption d’un ancien militaire psychopathe et qui finira par triompher de l’adversité en bottant le cul du vétéran… Comment j’le sais alors que je n’ai lu que 80 pages ? Hé, vous ne voulez tout de même pas que le Dr Corthouts vous dévoile tous ses trucs ? A moins que, pour 25 euros…
Chris Corthouts

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