17 05 10

La vaste hypocrosie sociale

LESSINGVictoria, une fillette orpheline de neuf ans à la peau noire, attend sa tante à la sortie de l’école. Mais cette dernière, hospitalisée en urgence, ne viendra pas. .Une solution de secours est alors trouvée en la proposition de la famille Staveney d’héberger la petite pour la nuit. Pour Victoria, c’est le choc des cultures: elle découvre un univers diamétralement opposé au sien, comme seuls jusqu’alors les contes de fée s’en étaient fait l’écho. Tout n’y est qu’abondance, douceur, chaleur, luxe, démesure. L’univers d’une famille aisée de race… blanche. Cette nuit passée dans un monde presque irréel, celui d’une réussite sociale inaccessible, fantasmée, la hantera longtemps. Et de retourner régulièrement observer de loin, en cachette, ladite magnifique demeure, tandis qu’elle vit désormais dans « l’autre moitié du monde », dans un appartement insalubre, où tous sont entassés les uns sur les autres. Ce monde que Madame Staveney qualifie volontiers de « bas-fonds ». Deux réalités qui se côtoient mais ne se croisent pas. Pourtant, Victoria, devenue une séduisante jeune femme, caressera à nouveau son rêve en vivant une idylle d’un été avec le plus jeune des fils Staveney. De cet amour naîtra Mary, une adorable petite à la peau caramel, qu’elle commencera par lui cacher. Mais, six ans plus tard, exténuée par les combats auxquels la confronte l’extrême misère, consciente qu’elle ne pourra pas offrir à sa fille l’éducation à laquelle elle pourrait prétendre si elle était élevée par la famille de son père, les Staveney, elle se résoud à leur en révéler l’existence.
Une décision lourde de conséquences, où la mère célibataire se retrouve piégée par ses bonnes intentions. Sa fille Mary se trouve en effet confrontée à une situation pénible : celle du choix entre sa famille blanche et sa famille noire. Pour sauver la fillette de la précarité, Victoria devra t-elle payer le prix fort, à savoir risquer de la perdre ? Les Staveney et leur discours humaniste, bien-pensant, sont-ils dans les faits aussi ouverts à la différence que dans leurs propos ? Font-ils montre d’un humanisme sincère ou de charité intéressée ? Considèrent-ils le métissage comme un exotisme 'tendance' ou la couleur de peau est-elle indifférente ? C’est ce que Doris Lessing s’emploie à dénoncer avec sobriété, sans verser dans le manichéisme ni la caricature, dans ce roman très fort, très engagé.
A 91 ans, le prix Nobel de Littérature revient en effet avec cette verve qui la caractérise sur ses combats de toujours: l’hypocrisie sociale, le racisme, l’ambition, la famille.
Une vision désenchantée, cruelle, lucide, contemporaine et juste sur une Angleterre libérale qui tolère tout…tant que chaque monde reste "à sa place", à savoir loin de l’autre...
Karine FLÉJO

Victoria et les Staveney, Doris Lessing, Editions Flammarion, mars 2010, 150p., 16€00

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16 05 10

Une mélodie d'un pessimisme gai

GAILLYSur un quai de gare, en plein mois de juillet, Lily attend le retour de Braine, son mari, après deux ans et demi d’absence A ses côtés, leur fils de trois ans et leur petit chien. Si Lily espère pouvoir rejouer avec lui la même partition familiale et amoureuse qu’avant, impatiente, aimante, attentionnée, très vite le lecteur comprend que nombreux seront les bémols. La météo ensoleillée de ce jour d’été laisse entrevoir des nuages menaçants symbolisés par deux instruments : le bugle (instrument de musique) de Braine et son pistolet automatique ramené du front, tous deux consignés par Lily sur le dessus de l’armoire. Car c’est un homme fracassé par la guerre qui descend du train, après de nombreux combats et trois mois de séjour dans un hôpital militaire. Mutique, hébété, amaigri, il lui faut tout réapprendre, répéter les notes oubliées d’un quotidien exempt de violence. C’est alors qu’il rencontre une très belle femme, une certaine Rose Braxton, dont la voiture est tombée en panne. Il lui vient en aide et cette dernière lui propose de renouer avec sa passion d’avant : la musique. « Sans la musique, la vie serait une erreur » disait Nietzsche. Sans la musique… et l’amour, la vie serait insoutenable pense Braine. Et ce dernier, pour échapper à ses fantômes, de renouer avec ses passions d’antan :le jazz et…les femmes.
Dans un style d’une épure remarquable, très mélodique, ponctué d’improvisations, Christian Gailly nous emporte et nous transporte dans ce drame simple des effets de la guerre, de ses traumatismes tatoués sur l’âme. Comment passer au dessus du précipice qui vous sépare de ceux qui n’ont pas connu les combats, côtoyé la mort, la peur, l’horreur ? Comment ne pas chuter soi, ni faire chuter ses proches ? Un air de jazz magnifique qui s’achève sur une note tragique, percutante.
Un livre qui s’écoute autant qu’il se lit. Envoûtant, entêtant, fatalement mélancolique...
Extrait : « C’était peut-être ça, sa véritable infirmité. L’invalidité qu’il avait rapportée de là-bas. Une incapacité à ne pas aimer (…). Au fond, il n’y a que le drame, la mort, pour enrayer un pareil système. »
Karine FLÉJO

Lily et Braine, Christian Gailly, Les Éditions de Minuit, janvier 2010, 188p., 14€50.

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16 03 10

L’éblouissement de la poésie !

NOULLEZpar Jacques MERCIER

Nous sommes de plus en plus nombreux à le dire et à le redire : la poésie est essentielle, c’est le langage par excellence. « La poésie n’a rien à voir avec la littérature » ose même Sollers ! Ou ailleurs, le même : « L’enfer aujourd’hui, c’est le non-accès à la poésie elle-même. » C’est dire si l’arrivée d’un livre de Lucien Noullez peut être saluée avec grand bonheur. Le titre « Impasse des Matelots » fait référence à une minuscule venelle près du Quai au Foin à Bruxelles. L’auteur explique : « Ces poèmes, écrits dans la vie, regardent flotter les matelots des villes et des mers. » Dès le premier vers, nous sommes emportés : « La lenteur arrivait à marée basse. » Dites-le à voix haute, répétez-le et vous en goûterez tout le suc ! Une première partie du recueil nous parle donc de la lenteur et, d’une manière mystérieuse, tous les textes nous sont donnés dans la lenteur, tel « A quatre pattes, le boxeur – entend des oiseaux de cristal. » Il est question ensuite d’un « ramasseur d’oiseaux » : « … Tu ramasses la joie parfaite – comme on écoute un merle noir. » Comment dire mieux ? Dans le chapitre (et comme Lucien Noullez est belge de toute son âme ! Le capitaine Haddock n’est pas loin…) « Mille sabords », on lit : « Mais la coque du monde – est pleine de bois et de trous… » Tant d’instants encore… Prenez « Un poète », rien à jeter comme le chantait Brassens : « Des pluies parfois – nous disent que le ciel est bleu – et des marins – transpercent le gris du regard. – Mais le lecteur – met une poutre dans son œil. – Il ne voit rien.- Il me ressemble. » Et puis sachez qu’il s’agit bien d’un poète d’aujourd’hui (« On n’est plus tellement présent au monde. – On presse des boutons – et quelque chose advient. » ou « Avant, il faudra payer l’Amérique – et les pannes d’ordinateur. ») La musique, qui a précédé le langage, est partout dans « Impasse des Matelots » : Messiaen, Mahler, Brahms… mais aussi son père (qui lui a sûrement donné le sens de la poésie, lui qui utilisait l’expression « les loups fument » pour désigner les colonnes de brume qui montaient des coupe-feux taillés dans les bois des collines mosanes, nous explique Lucien !) On y parle aussi d’anges, de baisers, de la langue grecque et de petits chiens ; ce que nous serions selon saint Marc. J’adore ça ! Et puis, pour vous donner le désir de la poésie, encore un dernier vers magnifique à propos des chiens : « Lancez des coquillages, ils apportent la mer » !

Impasse des Matelots par Lucien Noullez. Ed. L’âge d’homme. Collect. La petite Belgique. 2010. 96 pp. 14 euros.

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06 02 10

D'une seule main et avec le sourire

AMOUR NUITJe vous avais promis la chronique de ce petit livre plein de  promesses - et qui les tient - je ne faillirai  à la mienne. Sitôt votre flamme déclarée à l'élu(e) de votre coeur (cfr chronique du Petit livre à offrir en guise de déclaration d'amour) vous en consacrez l'ardeur à vos ébats vespéraux.
Soulignons le professionnalisme des auteurs de ces pages - Raphaële Vidaling est assistée de Laurence Schaack, Thomas Deligny et Nicole Seeman - l'inventivité et le souci...d'exhaustivité. L’aiguillon de l’humour frappe à nouveau, qui évite à l'érotisme de verser dans la pornographie basique.
Des postures du Kama Sutra - encore lui - contrepèteries, épigrammes, haïkus et fables revisités aux accords parfaits des fruits et légumes, bontés d'Agnès et usage insolite d'objets ménagers, vous considérerez, c'est sûr, votre quotidien d'un regard neuf et parfaitement ...troublé.
Le mot de la fin, nous le laisserons aux auteurs: En pariant sur le fait que l'amour et l'humour peuvent faire bon ménage, même  au lit, vous y trouverez donc de quoi nourrir vos cellules grises afin de mettre celles de la chair en condition.
Apolline Elter

 Le petit livre à offrir à l'amour de ses nuits et à lire ensemble d'une seule main pour les rendre encore plus torrides, Raphaële Vidaling , avec la participation  de Laurence Schaack, Thomas Deligny et Nicole Seeman, Tana éditions, janvier 2009, 126 pp, 14,9 €

27 10 09

Rock the blue casbah

J'aime le mot de l'éditeur au sujet de ce livre dont la moralité serait : que de beauté dans ce monde !
Oudayas est un livre de photos d'Hélène Decuyper illustrées par des textes de Patrick Lowie. Et vice-versa. L'art de la littérature jouxte celui de la photographie. Et quand le sujet est la kasbah des Oudayas de Rabat, les deux s'envolent. Vers des cieux. Bleus comme les murs de la casbah. Où l'on regrette d'y être passé si vite. L'artiste voit-il des choses que nous ignorons sur le coup, le moment ? Ou reproduit-il autre chose que la réalité ?
Le pirate de Salé à qui s'adresse Patrick Lowie dans son texte labyrinthique comme les rues de la casbah trouvera écho dans la tête et les yeux de lecteurs francophones, italiens et allemands puisque le livre est imprimé dans les trois langues.
Originalité et beauté. C'est assez rare.
Brice DEPASSE

OUDAYAS















Oudayas
, Hélène Decuyper (photos),Patrick Lowie, Peter Lamborn Wilson (textes), préfacé par Fadila Laanan, Biliki éditions, 2009, 64p. (format : 30 x 20 cm), 20€00.

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23 07 08

Devenir riche peut faire du bien

NAPOLEON_HILLVoici un livre étonnant. Son auteur Napoleon Hill a reçu la tâche d’interviewer plus de 500 millionnaires. Il devait trouver la formule du succès susceptible d’être utilisée par n’importe quelle personne moyenne. Dans la première partie du 20eme siècle, il a interrogé des personnages comme Thomas Edison, Alexandre Graham Bell, ou encore Ford, Roosevelt et Rockefeller…
C’est une longue enquête où Napoleon Hill envisage toutes les ressources utilisées par ces millionnaires. Ces ressources, nous les avons aussi en nous mais pas ou pas assez exploitées : l’autosuggestion, la persévérance, la discipline, l’imagination, mais aussi le subconscient et le sixième sens, Aucun domaine ne lui échappe. C’est un excellent livre pour s’ouvrir de nouvelles perspectives et la voie du succès. Et même si nous ne devenons pas millionnaires, ce sont des recettes de vie qui nous font inévitablement du bien.
Marc Vossen

   MARC VOSSEN – Livres qui font du bien 2

Réfléchissez et devenez riches, Napoleon Hill, Editions de l’Homme, juin 2007, 201p., 19€

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08 06 08

Streets of Philadelphia

PETE DEXTERPhiladelphie. Quartier de God's Pocket. Leon Hubbard meurt sur un chantier. Un peu trop vantard, la lame de rasoir toujours à portée de main, il a provoqué une fois de trop un de ses collègues. Version officielle : accident du travail. Mais sa mère et d'autres gens du coin veulent en savoir plus. L'affaire prend de l'ampleur, la mafia s'en mêle et Richard Shellburn, journaliste spécialisé dans les faits divers, est envoyé par son rédacteur en chef pour mener sa propre enquête.

  FM BIRONNEAU - Nicky Depasse 3

God’s pocket, Pete Dexter, Editions de l’Olivier, mars 2008, 21€00

Commander «God’s pocket»

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26 05 07

La clameur des ténèbres

BISSOONDATHNeil Bissoondath, écrivain d'origine indienne, m'a accordé un entretien passionant. Cet homme charmant vous donnera envie de lire ses livres. Celui-ci est écrit de main de maîre. Un joyau à l'état pur. Avec un réalisme surprenant, l'auteur aborde les thèmes de la violence, du terrorisme et de la révolte à la lumière de sa sagesse. Edifiant.
Nicky Depasse

NEIL BISSOONDATH - Nicky Depasse

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26 05 07

Roman en 24 lettres

CONSTANCE DE SALMVoilà un livre absolument merveilleux. Un style délicat, d'une élégance rare et sensuelle. L'imagination du personnage de Constance de Salm, douloureuse, tourmentée, doutant de l'homme aimé souffre d'amour depuis qu'elle l'a aperçu au bras d'une autre femme à la sortie de l'opéra.
Ce roman, publié en 1824, est un livre sur la jalousie, l'amour fou furieux, exprimé en 24 lettres écrites à son amant pour lui décrire 24 heures de désespoir et de fièvre amoureux. Mille émotions qu'elle transmet à celui qui vient de la trahir.
Constance de Salm était poétesse et dramaturge. On la surnommait la muse de la Raison. Elle défendit avec détermination la cause féministe. Elle tînt un salon littéraire où se cotoyèrent Dumas et Stendhal. Une femme d'une élégance et d'un prestance lumineuses. Une princesse des mots.
Nicky Depasse

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21 05 07

De l'épicerie au 10, Downing street

THIERIOTMargaret Tatcher expliquée. Ses racines, son enfance, sa jeunesse, sa carrière politique, sa famille, sa vision du monde, son action politique. Jean-Louis Thieriot est le premier biographe francophone de l'ex-premier ministre britannique. Un mérite à tout point de vue. On sort de cette lecture éclairé non seulement sur l'histoire récente de la Grande-Bretagne mais surtout sur une personne que nous avons honnie instinctivement, peut-être.
Brice Depasse

JEAN-LOUIS THIERIOT - Brice Depasse 1
JEAN-LOUIS THIERIOT - Brice Depasse 2