23 06 10

Dix garces et un vieux cochon finnois

PARauno Rämekorpi, brillant industriel finlandais croule sous les fleurs, les boîtes de caviar et les litres de champagne (scandinave, bien sûr) offerts par l'élite politico-industriellle de son pays à l'occasion de son soixantième anniversaire. Sur le chemin qui le mène à la décharge où il doit se débarrasser de tous ces bouquets odorants, il se laisse convaincre par le chauffeur de ne pas gâcher tant de beauté et de les offrir à de vieilles connaissances féminines. Cette tournée des grands ducs se transforme très vite en odyssée nordique et burlesque que ni Groucho Marx ni Woody Allen ne renierait.
Finesse et humour sont les deux maîtres mots de ce brillant roman où la répétition des deux visites à ces dix femmes (dont la sienne) à quelques mois d'intervalle n'est pas à craindre.
L'humanité et la société nordiques sont une fois de plus, avec Paasilinna, à découvrir. Vous pouvez (et vous devez) faire confiance à celui qui est (avec Grondhal) le plus génial des écrivains scandinaves contemporains.
Brice Depasse

Les dix femmes de l'industriel Rauno Rämekorpi, Arto Paasilinna, Folio, mai 2010, 270p., 6€60.

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12 04 10

De t'avoir aimée

HUSTEROn pourrait trouver un millier d'autres titres de chansons françaises qui siéraient à merveille à ce recueil d'aphorismes, mots, lettres et petits textes que Francis Huster adresse dans ce recueil à l'amour et aux aimées (du passé). L'exercice de celui qui compte parmi l'étroit cercle des comédiens adulés par la gent féminine pour son art, son charme et son physique est aussi intéressant que rare.
Extraits :
Une nuit agitée, sans sommeil, j'ai voulu écrire une lettre aux femmes pour leur dire à quel point je les aime. J'ai préféré le faire avec mon cœur et mon encre, sans tricher, pour être vrai, maladroit et choquant peut-être, mais avec humour et cette tendresse que je vous dois. Une vie sans amour n'est pas une vie.
Une lettre sans amour n'est pas une lettre non plus. Puisse celle-ci vous faire rire et vous offrir, à votre tour, ce que vous m'avez tant donné : l'amour de l'amour.


Lettre aux femmes et à l'amour, Francis Huster, Le Cherche-Midi, février 2010, 14€00.

A découvrir cette semaine, l'interview télé intégrale de Francis Huster par Nicky (il s'agit du rough d'une seule caméra avant mixage et égalisation son et lumières):

01 06 09

Didier Decoin : l'entretien intégral


DECOINIntégralité de l'entretien enregistré à propos de "Est-ce ainsi que les femmes meurent ?", le dernier livre de Didier Decoin publié en février dernier chez Grasset dans la collection "Ceci n'est pas un fait divers".
Images : Xavier Vanvaerenbergh.

Cliquez sur la couverture du livre pour lire notre chronique et écouter l'interview radio réalisée par Brice lors de la parution du roman.

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03 03 09

Meurtre en public

DECOINA ne pas mettre entre toutes les mains. Et pourtant, il y a tant à apprendre du nouveau livre de Didier Decoin, Est-ce ainsi que les femmes meurent ?, paru dans la collection "Ceci n'est pas un fait divers" chez Grasset. Si la description de la scène du meurtre renvoie au placard de nombreux auteurs de thriller, l'intérêt du récit de Decoin réside dans la réflexion autour de la non assistance à personne en danger et la description de l'Amérique, du New York de 1964.
Ce est un vrai roman où tous les personnages sont vrais et les frais avérés. Et du grand Decoin !

  DIDIER DECOIN - Brice Depasse 1
  DIDIER DECOIN - Brice Depasse 2

La minute polémique : à propos de Zemmour et Naulleau et, ensuite, à propos du Prix Goncourt :

  DIDIER DECOIN - Brice Depasse 3

Est-ce ainsi que les femmes meurent ? , Didier Decoin, Grasset, février 2009, 235p., 17€90.

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17 12 08

Epanouie avec ou sans enfant

epanouieC’est un livre que vous pourriez offrir à une amie, une sœur ou une mère. Un essai signé par une psychothérapeute belge et qui se lit presque comme un roman. Pratiquant au sein d'un hôpital universitaire, Isabelle Tilmant a en effet recueilli bon nombre de témoignages de patientes, souvent bouleversants. Des témoignages de mères, avec ou sans enfant. Des filles qui souffrent et parlent de leur relation à leur mère. Des femmes en quête d’épanouissement. A la lecture de ce livre, les questions essentielles tombent : Pourquoi certaines femmes ont-elles des enfants tandis que d'autres font le choix inverse ? Comment le regard de la société pèse-t-il sur elles ? Une mère est-elle nécessairement heureuse ? L’auteur observe comment l'histoire familiale influe sur le devenir de la maternité. « Epanouie avec ou sans enfant » s’adresse à celle qui n'a pas d'enfant, qui en souffre ou qui au contraire s'en réjouit, a la mère qui réalise qu'un enfant ne suffit pas à remplir sa vie ; à la femme qui approche de la ménopause et qui doit faire le deuil de l'enfant qu'elle n'aura plus ou qu'elle n'aura jamais. A toutes celles qui souhaitent trouver un équilibre.
Valérie Nimal

Epanouie avec ou sans enfant, Isabelle Tilmant, éditions Anne Carrière, 425 pages, 2008.

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10 11 08

Un brillant avenir de Catherine Cusset

cussetokC’est un terrible portrait de femme. Fouillé, honnête, touchant dans sa complexité. Un sentiment ambivalent naît face à cette héroïne: la beauté de l’opiniâtreté l’emportera-t-elle sur la haine ? Elena fascine : douée, ambitieuse et obstinée, elle arrivera à ses fins. La petite fille née en Bessarabie dans les années quarante, devient Helen l’ingénieur Américaine. Adoptée par sa tante, elle traverse une crise d’identité. Tenace, elle épouse Jacob, un juif que ses parents rejettent. Le couple n’a qu’un rêve : fuir le régime de Ceausescu. Le récit retrace comme un puzzle les épreuves subies dans l’exil, avant de s’établir en Amérique, là où tout est possible. D’un pays à l’autre (Roumanie, Israël, Italie, France, Etats-Unis) d’une génération à l’autre, l’aveuglement des parents se reproduit. Quand Alex, le fils unique, présente Marie à Helen, celle-ci la rejette. Française, égoïste, imbue d’un « sentiment de supériorité presque national », la belle-fille risque d’écarter le fils tant aimé. Contre toute attente, les sentiments de ces deux femmes évoluent tout en finesse. On imagine la difficulté qu’a éprouvée Catherine Cusset à parler de sa propre expérience et la tentation de verser dans la passion pour évoquer sa belle-mère. Au contraire, distanciation et écriture minimaliste font preuve de maîtrise. En quatre parties subtilement agencées ―fille, amante, épouse et mère, veuve ― ce portrait de femme glace ou séduit, mais ne laisse pas de marbre.
Valérie Nimal

Un brillant avenir, Catherine Cusset, Gallimard, 384 pages, 21 euros.

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01 11 08

La femme est l'avenir de l'homme (Aragon)

AFGHANISTAN_DVDLa journaliste Hadja Lahbib, ci-devant présentatrice du JT de la RTBF dont elle fut et demeure l’un des fleurons, a réalisé sous le titre Afghanistan, le choix des femmes un reportage hors norme consacré à deux grandes dames hors du commun, qui impriment leur marque dans un pays à la géographie magnifique mais aux mœurs archaïques et machistes. L’une, Habiba Sorabi, gouverne à Bamiyan (où ces crétins de talibans ont naguère fait sauter à la dynamite de magnifiques et imposantes statues millénaires du Bouddha) la plus grande province de son pays et l’autre, Aïcha Habibi, dont beaucoup d’Afghans pensent qu’elle n’est qu’une légende et n’existe pas, est un chef de guerre qui se fait appeler commandante Kaftar et règne en autocrate dans la vallée reculée de Sajjân. Leur point commun ? L’héroïsme, dans la paix pour la première, dans la guerre pour l’autre, et pour les deux la droiture, le sens de l’équité et celui de l’abnégation. Les images, disponibles sur un DVD en vente à la RTBF, sont absolument superbes, à couper le souffle, et les Éditions Racine à Bruxelles ont eu l’excellente idée d’en faire commenter un certain nombre par l’auteure, dans un fort beau livre portant le même titre que le reportage. Son récit, passionnant d’un bout à l’autre, met en exergue une qualité suprême : l’humanité. Pas de doute : s’il y a bien un ouvrage qu’il faut absolument acquérir en ces temps de pertes de valeurs pas seulement boursières, c’est celui-là !
Bernard DELCORD

decorationAfghanistan, le choix des femmes (livre) par Hadja LAHBIB, Bruxelles, Éditions Racine, 2008, 160 pp. en quadrichromie au format 22 x 24,8 cm, 39,95 €
Afghanistan, le choix des femmes (DVD de 52’) par Hadja LAHBIB assistée de Louis-Philippe CAPELLE, Bruxelles, RTBF Éditions, 2008, 14,90 €

17 10 08

La maison des temps rompus

quivigercoverIntime, secret. Féminin par essence. C’est un livre dont le vent tourne les pages, pas un vent comme d’habitude, un vent crémeux sur une peau nouvelle. Comme un effleurement graduel amical. Un livre écrit par une femme, pour murer sa solitude dans une maison où elle vient d’emménager. Une maison si possible au bord de la mer, cachée dans les dunes, comme antidote à l’étroitesse d’horizon. Un lieu magique qui n’existe que pour certains initiés, une boîte à histoire qui s’ouvrirait comme un pop up et dont sortiraient des personnages lumineux. Plusieurs destins se croisent dans cette fable teintée de merveilleux. Quatre femmes y vivent l’expérience de la maternité et partagent amitié, solidarité. Vie et mort ouvrent et ferment ce conte peuplé de mères et de jeunes filles courageuses. Comme Lucie, qui s’affaire à laisser derrière elle la petite enfance, cette peau désormais trop étroite, usée jusqu’aux genoux. Ou Claire, qui a peur de l’avenir et essaie de lui parler avant de s’endormir. L’auteure de ce livre, Pascale Quiviger, pour qui la poésie est le refuge de toutes les vies, le bon sens son naufrage, la réalité son épave, est née au Québec et publie pour la première fois en France. L’occasion de célébrer sa plume langoureuse, délicate, enchanteresse. Si vous rêvez d’ambiance feutrée, d’odeur de pain grillé, de feu ouvert, du bruit des feuilles mortes, enrobez-vous d’un châle, lovez-vous dans un canapé et lisez ceci.
Valérie Nimal


La maison des temps rompus, Pascale Quiviger, Editions du Panama, août 2008, 192 pages, 18,5 euros.

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16 09 08

"Keith me" : on est quittes

keithmeChère Amanda Sthers,
La presse a annoncé que Patrick Bruel et vous, c’est fini. Votre visage illumine les pages de magazines. Les gens veulent lire votre livre, pour savoir Ça fait quoi d’être mariée à un mec connu, et puis plus ? Je vous cite. Vous savez y faire avec les journalistes. Vous avez appris à vous protéger. Pourtant, vous écrivez sur votre vie privée. Comment, dès lors, lire votre livre ? Peut-on ignorer la rumeur et faire fi des préjugés ? Dès la page 44, vous dites : On m’a posé trente-sept fois la question en interview : « Pensez-vous que vous auriez eu du succès si votre mari n’avait pas été connu ? » Chaque fois, vous vous êtes retenue de hurler. Vous avez trouvé une parade. Dès le début de Keith me, vos jeux de rôles font mouche : On disait qu’on était dans la peau d’un écrivain ―Amanda alias Andréa―, qui se glisse dans la peau de Keith Richards, le guitariste des Rolling Stones. Et l’on admet que vous avez le don de vous dédoubler. Je suis cet homme, comme je suis ces femmes qu’il a aimées. Déroutant, comme procédé. Vous êtes donc Keith. Un rockeur. Un vrai. Celui que vous auriez voulu épouser. Pour surmonter votre peine, vous vous prenez pour un dieu du rock. Keith me fait parler, mon mari m’a fait taire. (…) Il voulait tellement pas que j’abîme son image. Difficile d’être un petit écrivain face au chanteur qui remplit le stade de France. Comment exister, quand d’aucuns pensent Et puis tu écris, ça t’occupe, comme les femmes qui tricotent ? Comment s’en sortir, quand on a quitté le foyer avec les enfants, car papa n’aime plus maman ? Plutôt que d’étaler votre chagrin sur un divan, vous plongez dans la rock-fiction. Pour éprouver des sensations : J’ai peur d’abîmer mon corps, je verse la drogue dans les veines de Keith et j’en prends les effets ou, au contraire, les anesthésier. Vous faites parler la rock star pour mieux vous l’approprier. Certains chapitres comportent des moments cocasses ― lettres de groupies, interviews factices ― et crus ― scènes d’orgies chez les Stones ―, des passages forts et des comparaisons, comme quand Keith quitte sa femme pour une plus jeune. Anita sera toujours ma femme. Mais voilà, j’ai rencontré la même qu’Anita avec des années en moins et je l’ai épousée. C’est infect. Alors, Keith me est-il le livre de la revanche ? Doit-on lire dans ce titre : Fais-moi Keith ? Rends-moi star, comme lui/comme toi ? Quitte-moi ? En devenant Keith, vous laissez Patrick vivre sa vie, et vous suggérez : Nous sommes quittes. Finalement, votre livre n’est pas si loin du pardon.
Valérie Nimal
PS : J’aime quand votre plume s’empare avec grâce du malheur des femmes de génie, Marianne Faithfull et Cie, du désir des hommes et du rejet. En fermant votre roman, j’ai eu envie de vous voler du talent, comme vous le dites si joliment. Quand vous écrivez, vous existez.

Keith me, Amanda Sthers, Stock, août 2008, 143 pages, 14,50 euros.

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02 09 08

Daddy frénésie

daddy-frenesie2En cette rentrée littéraire, la figure du père hante plusieurs romans de femmes. C’est le cas de Daddy frénésie, dans lequel Tristane Banon écrit sur l’absence du père. « Il avait donc décidé de revenir. Après 27 ans de bon et loyal silence, il venait dire bonjour au bébé qui a grandi. » Par hasard, Flore trouve son nom dans une annonce nécrologique. La morte, c’est l’épouse, celle-là même qui a fait fuir cet embryon de père. Soudain, la jeune fille est confrontée à cette question : ça ressemble à quoi, un père ? Elle décide de mener l’enquête et de lier contact avec cet homme qui a fondé une autre famille. Dans ce livre truffé d’humour, l’émotion affleure quand Flore s’exprime comme quand elle avait sept ans, l’âge où elle disait « mon père est mort » pour qu’on la laisse en paix. Soutenue par son ami Charles (un chirurgien qui veut se recycler « dans la liposuccion pour chiens »), Flore progresse dans sa quête et soigne sa peine d’enfant abandonnée. Ce roman léger en apparence renferme une bonne dose d’énergie, de rebondissements et de drôlerie. Pour voir la bande originale de ce livre, cliquez ici.
Valérie Nimal

Daddy frénésie, Tristane Banon, Plon, 189 pages, 21 août 2008, 17,90 euros.

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