16 01 10

On The Road again...

LA ROUTE-gfÀ propois du film de John Hillcoat, adapté de La route de Cormac McCarthy

L’adaptation d’un grand livre au cinéma m’a toujours paru la gageure par excellence, et la bande-annonce de La Route, d’après Cormack Mc Carthy, m’avait fait craindre le pire. Or, contre toute attente, le film de John Hillcoat est nettement « moins pire » que je ne le craignais, même s’il pèche par son écriture de blockbuster stéréotypé – on imagine ce que le Tarkovski de L’Enfance d’Ivan en eût fait -, sur un scénario (Joe Penhall) à la fois très proche du roman, avec des citations litaniques de bon aloi, et le tirant vers la romance édulcorée, surtout vers la fin. La force expressive du film tient principalement à l’évocation d’une terre dévastée implosant littéralement après un hiver nucléaire d’origine indéterminée, dans une nature aussi dénaturée que les animaux humains qui y errent. L’interprétation du duo principal d’un père (un Viggo Mortensen à dégaine christique) et de son jeune fils (Kodi Smit-McPhee), fuyant plein Sud après la défection désespérée de la mère (Charlize Theron), est également appréciable, même si le jeune garçon, du club des gentils, est à la fois un peu trop joli malgré ses tribulations effrayantes, et sentencieux aux franges de l’édification christo-new age. Mais la vraie faiblesse du film est ailleurs : dans lemanque de réelle réappropriation cinématographique du roman. La question de la poésie et de l’inspiration de McCarthy, qui se respirent littéralement dans le texte (original si possible) de l’écrivain, se pose alors, non résolue à mon avis. Par contraste, on pourrait citer la version de Wise Blood, roman génial de Flannery O’Connor, par John Huston, celle de L’Idiot de Dostoïevski par Akira Kurosawa, ou le Mouchette de Bernanos par Bresson, notamment.
Reste tout de même une illustration honnête de La Route, ou le développement du rôle de la mère, elliptique dans le roman, apparait moins comme une trahison que dans le souci légitime d’ « humaniser » un désespoir absolu que certains lecteurs n’auront pas compris (ou admis)dans les présupposés les plus radicaux du roman dont la visée évangélique reste bien présente, parfois jusqu’à l’image lénifiante…
Jean-Louis KUFFER

Pour en savoir plus sur le livre, cliquez sur sa couverture.

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11 11 09

Ces gens seraient morts de toute façon ...

LE CARRELes amateurs de cette littérature de genre qu'est le thriller ont été déçus par cette oeuvre d'un de ses maîtres : John Le Carré. Et pour cause, avec The constant gardiner, l'auteur de "L'espion qui venait du froid" commet une double digression qui va troubler les amateurs de suspense : il s'intéresse à un problème de société grave qu'il ne peut se permettre de préparer à une sauce "commerciale" et sur laquelle se grève une histoire d'amour ... vraie.
Résultat : une belle page de la littérature a été écrite.
Une société pharmaceutique teste au Kenya sur des êtres humains un médicament contre la tuberculose dont les effets de la molécule ne sont pas encore maîtrisés. L'épouse d'un diplomate anglais, heurtée par cette attitude criminelle, paye de sa vie l'enquête qu'elle mène sur cette affaire. Son mari, trop occupé par son jardin, n'a rien vu, rien su. La mort brutale de son épouse va remonter le fil rompu et découvrir le pot-aux-roses.
John Le Carré a en 2001 judicieusement dénoncé le comportement inadmissible de cette entreprise dont l'objet social est pourtant de soigner et de sauver des vies.
Tout comme Fernando Meirelles, le réalisateur brésilien (La cité de Dieu) qui adaptera fidèlement son roman au cinéma quatre ans plus tard, Le Carré souligne au marqueur fluo la dérive criminelle qui guette les décideurs économiques dans leur raisonnement : toutes les vies n'ont pas le même prix dans le monde "car de toute façon, ces gens malades de la tuberculose seraient morts".
Une grande conclusion fort bien écrite et admirablement mise en scène : les Africians ne sont pas des cobayes".
Nicky Depasse

The constant gardener ou La constance du jardinier, John Le Carré, Points, 2005, 518p., 8€00.


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05 08 09

La musique des mots (27) : La joueuse d'échecs (au cinéma)

HENRICHSLorsque j'ai évoqué ce livre formidable au début de l'été (cliquez sur la couverture pour lire et écouter notre critique), j'ignorais que la sortie de son adaptation cinématographique était imminente, c'est-à-dire aujourd'hui, le 5 août (date du podcast faisant foi). Un film français avec Sandrine Bonnaire et Kevin Kline dans les rôles principaux. Nous espérons qu'il a pu garder toute la fraîcheur et l'optimisme qui font le charme irrésistible de ce grand roman qui ravira tous ceux qui ont adoré L'élégance du hérisson.

  La musique des mots - Bertina Henrichs & Christopher Cross

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La joueuse d'échecs, Bertina Henrichs, Livre de poche, 2008, 150p., 5€00.

Christopher Cross, premier album, 1980, Warner, 7€00 env.

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20 07 09

La musique des mots (13) : Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé

ROWLINGAu lendemain de la sortie sur les écrans du sixième film de la série Harry Potter, c'est l'occasion pour nous de revenir au rapport cinéma - romans. Vous pouvez regarder la bande annonce du film en cliquant sur la couverture du livre et, bien sûr, lire cette avant-dernière aventure d'Harry Potter en écoutant le Magical mistery tour des Beatles, so magic and so british.

  Musique des mots - J.K.Rowling & the Beatles

BEATLESHarry Potter et le Prince de Sang-Mêlé, J.K. Rowling, Folio junior, 2007, 746p., 9€50.

Magical Mistery Tour, The Beatles, Apple - EMI, 1967, 14€90.

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05 07 09

Harry Potter sera chez nous dans quelques nuits

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18 05 09

Millenium en salles obscures

MILLENIUMNous vous avions annoncé très tôt l'adaptation cinématographique de la trilogie de Stieg Larsson. Dès ce mercredi, vous aurez donc la possibilité de voir enfin en images les sombres aventures nordiques de Mikael Blomkvist et de Lisbeth Salander. Si le succès en salles confirme celui des librairies (on en est à douze millions d'exemplaires vendus dans le monde, mais principalement chez nous), le phénomène risque de s'emballer. Pauvre Stieg Larsson, mort d'une crise cardiaque avant la (timide) sortie de la première édition suédoise de Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, le premier volume d'une saga qui devait compter dix volumes. Vous avez bien lu. Il n'était pas question d'une trilogie mais d'une décalogie.
Les 250 pages du quatrième tome inachevé de Millenium seraient entre les mains d'Eva, la compagne de l'auteur, avec qui il vivait en concubinage depuis 30 ans. Mal leur a pris d'éluder le mariage puisque la fortune générée par la saga tombe exclusivement entre les mains des parents : le père et le frère de Stieg Larsson).
On devine l'émoi et les problèmes juridiques. Une seconde affaire, un thriller malheureux que l'écrivain lui-même n'aurait pas imaginé, pas plus que le succès de ses écrits qu'un premier éditeur avait refusé sur la seule base du nombre des pages !
Brice Depasse

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29 03 09

Les liaisons troublantes

COLETTEOn attend beaucoup de ce film. D'abord parce que la promotion vante les retrouvailles du tandem Stephen Frears - Michèle Pfeiffer et du joyeux souffre qui accompagnait Les liaisons dangereuses. Ensuite parce qu'il s'agit d'une nouvelle adaptation du roman d'une femme célébrissime : ici, Colette. Chéri est un des "personnages-phares" de la romancière scandaleuse du début du XX° : le beau jeune homme qui connaît l'amour (mais en est-ce vraiment ?) avec une femme mûre. Un thème qui nous touche d'autant plus que même marié avec une jeune femme, Chéri reviendra vers sa maîtresse (dans tous les sens du terme).
Chéri ressort, bien sûr, au Livre de Poche. Merci au cinéma : il n'était plus en circulation depuis des années. Espérons que les deux avatars de ce bien beau et troublant roman, version féminine de "La curée" d'Émile Zola (le premier grand roman moderne sur le sujet), reparaîtront également.
Nicky Depasse



Chéri, Colette, Livre de Poche, 180p., 4€50.

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01 12 08

Le monde selon Veronesi

VERONESINous vous en parlions l'été dernier (cliquez sur la couverture), Le Chaos calme de Sandro Veronesi sera sur les écrans le 10 décembre. Déjà couronné par le prix Strega en Italie, ce roman a reçu en France le Prix Méditerranée et, surtout, le Prix Femina étranger 2008.
L'adaptation cinématographique par Antonello Grimaldi est très réussie et un hasard heureux fait que Nostalgie est partenaire de sa sortie. Du bonheur. Lisez ce livre, allez voir ce film, par pitié, s'il vous plaît !
Ci-dessous une interview de l'auteur en vidéo (et en français) et la bande annonce du film.
Nicky Depasse

Chaos calme, Sandro Veronesi, Grasset, 2008, 504p., 21€90.



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04 09 08

Extension du domaine de la littérature

ILE_houellebecqMercredi 10 septembre, La possibilité d'une île sera dans les salles. Si le roman (adapté au cinéma par son auteur) n'est pas du meilleur Houellebecq, sa trame est une vraie trouvaille : un livre de science-fiction à vocation idéologico-mystique (la référence à Daniel 24, 11 n'est sûrement pas innocente), très proche du trop vite oublié Philip K. Dick. Le personnage central, Daniel (fusion de Michael Youn et de Dieudonné), est un humoriste à succès qui a tout osé dans sa carrière. Riche et célèbre grâce à ses one-man-show vitriolés et à ses films iconoclastes, il s'isole dans sa maison perdue des collines arides de l'Espagne suite à une rupture avec sa femme. Parallèlement à son récit autobiographique, Daniel 24, fait le point sur 24 générations de clônes de Daniel et l'évolution de la Terre depuis notre époque ainsi que sur la triste réalité des néo-humains. Daniel aura-t-il atteint l'immortalité grâce à sa "descendance"? A lire. Moi je dis que je trouve ce roman digne d'intérêt, captivant, intelligent, moderne.
Notre excellent ami helvête, Jean-Louis Kuffer, a déjà vu le film. Il vous en parle, à la manière de Houellebecq. Cliquez sur l'affiche pour le lire.

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31 05 08

Je suis déçu, déçu, déçu, ...

OU ES-TUAprès la désastreuse adaptation par Mark Waters de Et si c'était vrai ?, j'attendais beaucoup de la saga Où es-tu ? réalisée pour la télé.
Au terme de la vision de ces quatre épisodes, je me demande ce que Marc Levy a fait pour mériter un tel traitement de la part du monde du cinéma. Voilà deux de ses meilleurs romans pillés par amateurisme et/ou platitude. Comment peut-on mettre autant d'argent dans les mains de réalisateurs incapables de ficeler un bon film et de diriger des acteurs ?
Miguel Courtois respecte scrupuleusement le livre original, la seule qualité que je lui reconnais. Pour le reste : montage, cadrage, direction, bande sonore, ... tout est digne des feuilletons des années 70. On se croirait dans Derrick ! Pire encore, quand Miguel Courtois tourne caméra sur l'épaule, on regrette qu'il ne reste pas dans le style de la série précitée car franchement, il n'a pas le talent de Soderbergh.
De qui se moque-t-on ? De l'auteur, pour commencer, mais soit, je n'ai après tout pas à m'exprimer en son nom. Des lecteurs, certainement car, bon sang, quel grand film, quel excellente série on aurait pu réaliser avec un roman pareil !
Gâchis !
Brice Depasse

"Où es-tu ?" de Miguel Courtois, 4 épisodes de 52 minutes, diffusion les 8 et 15 juin à 20h20 sur RTL-Tvi.
Episodes 1 et 2, le 7 juin à 20h50 sur M6.

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