01 08 11

Quand souffle le vent du nord

Glattaeur, vent du nord, grassetUne femme. Un homme. Ils ne se connaissent pas et une simple faute de frappe va les rapprocher.
Emmi Rothner, mariée, deux enfants, souhaite résilier son abonnement à un magazine. Elle envoie donc un mail mais se trompe dans l’adresse de son correspondant. Par mégarde, elle harcèle Léo Leike, célibataire, sortant d’une relation difficile.
Au départ, celui-ci répond assez sèchement mais petit à petit un dialogue s’installe entre les deux protagonistes. Quelques banalités et ensuite une certaine intimité se crée, une relation platonique sur le principe « suis-moi, je te fuis, fuis-moi, je te suis ».
Au fil de ces échanges, ils apprennent à se connaitre, à se confier, ils deviennent des êtres d’imagination, partagent leur quotidien respectif, imaginent l’autre jusqu’à en devenir accro et ne plus pouvoir se passer l’un de l’autre.
« Écrire, c’est comme embrasser, mais sans les lèvres. Écrire, c’est embrasser avec l’esprit. »
Mais que cherchent-ils ? Il est son reflet, elle est le sien.
Très vite, l’attirance et le besoin de se rencontrer se fait sentir mais c’est prendre le risque de tout gâcher. Quand l’un avance, l’autre recule. Ils en ont très envie mais ils ont peur, peur de n’avoir rien à se dire, peur d’être déçus.
Alors ces deux personnages vont-ils se rencontrer ? Que va-t-il se passer ? Comment va évoluer leur relation ?

Quand souffle le vent du nord, un roman épistolaire remis au goût du jour avec les nouvelles technologies et Internet.
On s’attache aux personnages, on vit avec eux, on partage leurs émotions avec, c’est vrai, un côté un peu voyeur. Au fil des pages, on esquisse tantôt un sourire, tantôt une moue d’inquiétude ou un sentiment de tristesse.
Des échanges drôles, marquants, surprenants, inattendus. Bref, un roman léger, simple, surprenant et parfois un peu décalé.
Un deuxième volet de cette aventure virtuelle, La septième vague, est sorti au mois d’avril toujours aux Éditions Grasset.
Daniel Glattaeur est autrichien, il signe avec Quand souffle le vent du nord son huitième roman et le premier traduit en français.

 

Fusillier Gwendoline

Quand souffle le vent du nord, Daniel Glattaeur, traduit de l’allemand par Anne-Sophie Anglaret, Éditions Grasset, avril 2010, 18€, 348 pp. Également disponible au Livre de Poche, mars 2011, 6,95€, 348 pp.

Écrit par Brice dans Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

01 01 10

Bobo, bof, bof ?

BENCHETRITLe mien y est resté aussi, je dois vous l'avouer.... Pas facile de reconnaître qu'on n'a pas  pu entrer dans un ouvrage qui a le vent en poupe, du coeur à revendre et un scénario, somme toute, pas mal ficelé.
Alors qu'il vient d'assister à l'arrestation de sa mère, Charly, 11 ans, promène sa peine, son incompréhension à travers la cité où il vit.
Quête de la mère et des raisons de son interpellation, le récit s'organise aussi autour de la recherche d'Henry, impossible grand frère : J'ai le manque facile, c'est un de mes problèmes. Ca ressemble à l'imagination. J'imagine des choses aussi vite que les gens me manquent. Par exemple, mon frère Henry me manque souvent. C'est le roi des cons et tout, mais si je suis dans mon lit, et que c'est le soir avant de m'endormir, et qu'il n'est pas à la maison, et que je décide qu'il me manque, je peux me mettre à chialer.
D'états d'âme en digressions, le protagoniste découvre son frère et le secret de l'interpellation.
Apolline ELTER

Le coeur en dehors, Samuel Benchetrit, roman, Grasset, août 2009, 298 pp, 18 €

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

15 11 09

Mémoires d'occupation

CHALANDONAprès le troublant Mon Traître, sondant les abysses d'une relation amicale sur fond de guerre civile irlandaise, c'est toujours dans l'équivoque des conduites personnelles sur fond d'Histoire, avec une grand hache, que Sorj Chalandon nous entraîne au fil d'une petite histoire tortueuse à souhait. Le roman s'ouvre sur ce pénible moment que représente la mort d'un proche (ici le père du narrateur) marquée par le sentiment lancinant d'un rendez-vous manqué, et d'autant plus que le défunt, taiseux, avait des choses à raconter de son passé de Résistant. Or c'est avec un autre présumé héros que le protagoniste, journaliste de seconde zone recyclé dans la rédaction de bios d'inconnus en veine de confessions, explore ce passé de l'Occupation en France, non sans surprises à la clef, où l'interrogation se porte avec force sur la légende de chacun et ce que cachent les monuments vénérés. Autre surprise pour qui ne la connaît pas encore: l'écriture de Sorj Chalandon, à la découpe remarquable, aux rythmes singuliers et aux formules souvent frappantes, prégnantes, mordantes même, et poétiques à la fois.
Jean-Louis KUFFER

  SORJ CHALANDON - Brice Depasse 1
  SORJ CHALANDON - Brice Depasse 2

La légende de nos pères, Sorj Chalandon, Grasset, août 2009, 253p., 17€90.

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (1) |  Facebook | |

04 11 09

L'exil est un poème

laferriereAu premier regard, on pourrait être décontenancé par la forme de ce récit se déroulant sur la page comme un poème en vers libres, mais la substance émotionnelle de celui-ci, le souffle qui le traverse immédiatement, la cadence, le rythme et le jeu des images emportent le lecteur de la manière la plus immédiate et la plus naturelle. L'écrivain quinquagénaire, exilé depuis 1976, est soudain frappé par la nouvelle de la mort solitaire de son père, dans l'immensité de New York où, vieux révolutionnaire, il était lui aussi en exil d'opposant à la dictature haïtienne. Après une virée plein nord dans le froid et la neige, le fils revient à Montréal et bascule dans une vaste remémoration faisant alterner les séquences nostalgiques de son enfance et de sa jeunes en Haïti, et celles de la vie qui continue, ponctuées d'observations sur ce qu'est devenu le monde et ce qu'il est devenu lui-même, écrivain soucieux de son identité et brassant la réalité à pleines mains. Dans la filiation directe et revendiquée de Césaire en son Cahier du retour au pays natal, Dany Laferrière fait ici retour sur lui-même tout en parlant au nom de tous ceux qui ont été arrachés, de gré ou de force, audit pays natal. Un épisode déchirant entre tous: celui où il tambourine à la porte de son père, claquemuré dans sa chambre de Brooklyn, qui hurle, désespéré, qu'il n'a jamais eu ni fils, ni femme ni pays...
Jean-Louis KUFFER

L'énigme du retour, Dany Laferrière, Prix Medicis 2009, Grasset, août 2009, 300p, 18€00.

Écrit par Brice dans Prix littéraires | Commentaires (1) |  Facebook | |

04 10 09

La contre-critique du Roman français

BEIGBEDERLe dernier Beigbeder divise la rédaction. A la déception du Dr Corthouts (cliquez sur la couverture) succède l'enthousiasme Apolline Elter.

Un roman français.
- Objection, votre Honneur, c'est un récit. Le récit d'une enfance vécue. Celle de Frédéric Beigbeder, balancé entre les us d'une bourgeoisie excentrique et  ceux d'une aristocratie fauchée.
- Oui mais avec l'amnésie qu'il revendique, sur tout ce qui a trait à son enfance, on peut imaginer que l'auteur a forgé une histoire autour d' éléments rapportés.
 Il demeure que je n'aurais jamais pensé prendre tant de plaisir à lire cette petite perle de la rentrée littéraire. De quoi réconcilier les fans de Beigbeder et ceux qui ne le sont pas (encore).
J'aimerais qu'on lise ce livre comme si c'était mon premier.
Motif fédérateur: l'arrestation de l'auteur, un soir de janvier 2008, tandis qu'il consomme quelque stupéfiante poudre. D'une garde-à-vue humiliante dont il fera une description sans concession, hyperbolique et drôle à la fois, Beigbeder cherche mentalement la liberté, celle de la mémoire retrouvée. Des pans de son enfance lui reviennent à la lueur patibulaire de la cellule.
Mon enfance n'est ni un paradis perdu, ni un traumatisme ancestral. Je l'imagine plutôt comme une lente période d'obéissance.
L'occasion d'un auto-portrait  sincère, plutôt réaliste,  à première (garde à ) vue. Ce Peter Pan de notre littérature en devient pour le coup, très attachant. Et puis une vraie révolte face à des conditions infectes de détention.
On peut oublier son passé. Cela ne signifie pas que l''on va s'en remettre.
Comment, en effet, survivre à une enfance protégée dans les paisibles quartiers de Neuilly-sur-Seine, au divorce de ses parents, au sentiment d'admiration qu'on porte à son frère et qui vous pousse à la rébellion, ...?
Comment surtout se situer face au temps qui passe?
Depuis, je n'ai cessé d'utiliser la lecture comme moyen de faire disparaître le temps, et l'écriture comme moyen de le retenir.
Apolline Elter

Un roman français, Frédéric Beigbeder, roman, Grasset, août 2009, 282 pp, 18  € 

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (1) |  Facebook | |

06 12 08

La jubilatoire saga des Meijer

LEWINSKIQuelques grands ouvrages auront illuminé cet automne 2008. Qu'ils aient été primés ou pas n'a absolument aucune importance. La résonance qu'ils auront dans le temps et les chaumières, dans chacune de nos vies et celles de nos enfants est leur unique réalité et finalité.
Le Melnitz de Charles Lewinsky est un Grand Cru d'une Année exceptionnelle. Avec le souffle d'un Emile Zola et la verve d'un Thomas Mann, l'écrivain suisse allemand a donné vie à une famille, les Meijer, qui devrait rejoindre la légende des Rougon-Macquart.
L'unité d'un seul roman donne bien sûr plus de corps à cette oeuvre et son idée maîtresse qui est de nous faire partager le quotidien d'une famille juive ayant connu les trois guerres (1870, 1914, 1940) et les courants sociaux du grand virage du XX°.
Outre le plaisir procuré par son style littéraire (éblouissant) et le divertissement (la truculence des personnages et le ressort de leurs aventures sociales), Melnitz se révèle aussi être un excellent manuel d'Histoire qui va vous en apprendre beaucoup sur la judaïté en Helvétie. Jubilatoire, je vous dis.

Melnitz, Charles Lewinsky, Grasset, octobre 2008, 776p., 22€90.

  CHARLES LEWINSKY - Brice Depasse 1
  CHARLES LEWINSKY - Brice Depasse 2

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

03 12 08

Un achèvement absolu

CHICHECette rentrée littéraire me laissait une impression mitigée, jusqu’à ce que je découvre le premier roman de Sarah Chiche. L’histoire absolument bouleversante d’une jeune femme qui revient sur son enfance, les rapports horriblement complexes qu’elle a entretenus avec sa mère depuis la mort de son père. Elle a quinze mois quand il meurt, et sa mère n’aura de cesse de la couper de la famille paternelle. Mère abusive, violente, séduisante, aimée, enviée. Des années dans l’ombre de désirs refoulés, de secrets blessants. Jusqu’à l’événement de trop qui la plonge dans une terrible dépression.
“L’inachevée” est l’histoire dure et pure d’une reconstruction. La narratrice devient adulte, comprend sa mère et lui pardonnera. Un peu d’humour, beaucoup d’humanité, de style et d’intelligence pour dépasser le traumatisme, refuser la position faussement confortable de la victime sans verser pour autant dans celle du bourreau.
Sarah Chiche pourra-t-elle écrire un second roman après un texte aussi nu et achevé ? Souhaitons-le. En attendant, ne ratez pas celui-là.
Vincent Engel

L’inachevée, Sarah Chiche, Grasset, 2008, 177 p., 15 € env

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

29 10 08

Ecrire sur son père

TUILEcrire sur son père.
Un défi.
Karine Tuil nous emporte dans une double vie, la vie de mensonge et de trahison du père. L'héroïne joue aussi double jeu dans sa relation avec son éditeur. Elle écrit sous un faux nom, celui d'un homme, qui aurait pu être le fils de son père.
La domination est un excellent roman, une histoire d'amour et une leçon de vie à la Karine Tuil.

  KARIN TUIL - Nicky Depasse 1
  KARIN TUIL - Nicky Depasse 2

La domination, Karine Tuil, Grasset, août 2008, 230p., 16€50 env.

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

04 10 08

Pour la gloire du papier broché

BATAILLEQuartier général du bruit, c'est l’histoire de Grasset et des gens du papier. Bizarre famille où tout est livre. S’aimer à en crever. Trahir. Mentir. Tuer. Corrompre. Flatter. Lire. Lire sans trêve, sans nuit, jusqu’à ne plus lire, rien, ou si mal, jusqu’à ne plus aimer.
Jean-Luc Godard écrit à la fin des années soixante-dix qu’il faut « monter l’image contre le son ». Sage leçon du Mao au mitan du fleuve ? Chaque soir, je quitte Paris-papier, Paris des glaives et des mots, Paris des rois secrets, je m’attable à d’autres pages. Et je monte le son, injuste, aimant, de cette histoire de livres au temps du commerce. »
Christophe Bataille

Christophe Bataille évoque la vie de Bernard Grasset (il est plus de dix ans, un des éditeurs de sa maison Grasset) au travers d'un récit éclaté, un texte qui aurait subi les affres artistiques du collage cher à John Lennon et Yoko Ono. Le ton est celui de la Nouvelle Vague. La phrase est dense, le roman très court. Certaines scènes ont la force, la concision et la beauté brute d'un Eté ou d'une Chute d'Albert Camus. Si vous entrez dans le jeu de l'auteur, vous serez ébloui. Lecteur averti.
Brice Depasse

Extrait :
« Était-ce encore le grand Bernard Grasset qui m'attendait ? Créateur, conservateur et rémunérateur ? Dans ce matin irréel, je fuyais le poulpe hideux, Paris. Mais pour quel visage ? Grasset avait-il roussi son double dièse aux électrochocs ? Avait-il achevé sa lecture des Principes d'action de Hitler ?J'aimais son visage jaune mangé par le temps; ses lèvres; sa mèche d'ébène agacée qu'il brûlait parfois au tabac; ses iris mélancoliques levés au ciel; sa chair sans repos. Accoudé comme un enfant à sa table de chêne, rue des Saints-Pères, sa table, que dis-je, un dolmen où volait le papier, la table des marchands, Grasset rêvait. Dans la cour, au-dessus des livres, coassaient les mouettes haineuses. Sans doute Malraux discourait-il, ou Drieu La Rochelle, moqueur. Grasset examinait sa main déjà tremblante, diable, faut que ça cesse, mais quoi, les nuits à l'hôtel ? les lectures sans fin ? la joie dévoreuse de vendre ?, hochait la tête, Oui, mon cher Malraux, j'ai entendu, la RÉVOLUTION, bien sûr, et au point où vous en êtes, ne vous gênez surtout pas, commencez ici ! Foutez le feu ! Publions vos amis ! Et décapitez-moi !

Quartier général du bruit, Christophe Bataille, Le Livre de Poche, septembre 2008, 96p., 4€50 env.

Écrit par Brice dans Poche | Commentaires (0) |  Facebook | |

27 09 08

Au regret d'être père

VILAINOserais-je le sous-titrer. Chaque roman de Philippe Vilain aborde un sujet sensible. Le précédent, Paris l'après-midi, était l'adultère. Nous voici dans du plus cruel encore : la difficulté d'être père, de le devenir, d'en accepter la responsabilité, les devoirs.
Devenir père, c'est grandir avec un coeur qui reste en enfance.
Le narrateur de ce livre tente sans cesse de fuir par des voies pas très élégantes, par des non dits répétitifs.
Faux-père pose la question de l'amour chez l'homme qui voyage de femme en femme refusant de leur succomber, par ennui. Jusqu'au jour où une belle et rebelle Italienne le piège, avec délicatesse. Elle ouvre cette âme paternelle qui sommeille en lui et s'évertue à éteindre les remords du vieux séducteur.
L'un des derniers remords consigné dans un carnet va conduire à une tragique mésaventure, fruit du doute et du malentendu.
"Papa" ne se gomme pas comme une faute.
Nicky Depasse

Faux-père, Philippe Vilain, Grasset, août 2008, 112p., 11€90 env.

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (1) |  Facebook | |