01 07 10

Au cœur d’un monde en péril

Les jours de l’aventureLe deuxième tome des reportages de Joseph Kessel a été republié chez Tallandier à Paris, dans l’excellente collection
« Texto » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, sous le titre
Les jours de l’aventure (Reportages 1930-1936)
et on y voit le grand bourlingueur de la presse que fut l’auteur du Lion se lancer en 1930 avec Henri de Monfreid sur les traces des chasseurs d’esclaves en mer Rouge et à Djibouti, suivre en Allemagne la campagne électorale présidentielle de 1932 qui vit s’affronter Hitler et Hindenburg, descendre la même année dans les bas-fonds berlinois à la rencontre de la pègre locale et en remonter pour assister à l’élection de la peste brune au Reichstag avant de s’envoler en 1933 pour les États-Unis en pleine dépression sociale, monter au casse-pipe avec les francs-tireurs de Barcelone en 1934 et enfin assister à Londres en 1936 aux funérailles du roi George V, le « dernier empereur des
Indes ». Les récits sont bien évidemment palpitants, le point de vue généralement saisissant et le ton digne des plus grands romanciers. Autant de bonnes raisons pour se plonger au plus vite dans la lecture de cet ouvrage tout simplement formidable !

Bernard DELCORD

Les jours de l’aventure (Reportages 1930-1936)
par Joseph Kessel, Paris, Éditions Tallandier, collection « Texto » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, février 2010, 315 pp. en noir et blanc au format 12 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 10 € (prix France)

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27 05 10

Les grandes batailles verbales

Les 50 discours qui ont marqué la 2e Guerre mondialeLa Seconde Guerre mondiale fut aussi une guerre du verbe, comme le montre avec grand brio l’ouvrage intitulé Les 50 discours qui ont marqué la 2e Guerre mondiale, paru chez André Versaille à Bruxelles et dans lequel l’historien Dominique Mongin a rassemblé et expliqué, en quatre parties distinctes, des textes prononcés, entre 1935 et 1945, par les protagonistes essentiels que furent Blum, Pierre Cot, Chamberlain, Churchill, Daladier, Eisenhower, Franco, de Gaulle, Goebbels, Himmler, Hirohito, Hitler, de Kérillis, Laval, Léopold III, Mussolini, Pétain, Pie XII, Pierlot, le Président suisse Pilet-Golaz, Roosevelt, Haïlé Sélassié, le maréchal sud-africain Smuts, Staline, Truman et Jean Zay, textes qui tous mettent en perspective les enjeux, tenants et aboutissants des diverses décisions et des multiples aléas qui émaillèrent cette époque.
La première partie de l'ouvrage concerne la période 1935-1939 et se penche sur l'échec du système de « sécurité collective ». La deuxième partie s'intéresse aux débuts du conflit (1939-1940) et donne des coups de projecteur sur la guerre-éclair, la « drôle de guerre », la Résistance et la Collaboration. La troisième partie (1941-1942) montre comment d'une guerre « régionale », limitée à l'Europe, on est passé à une guerre mondiale. Quant à la quatrième partie (1943-1945), elle traite de la progression des Alliés vers la victoire finale et l'avènement d'un nouvel ordre international.
Du fameux « Nous ne nous rendrons jamais » de Churchill (juin 1940) au grotesque « testament politique » de Hitler (avril 1945) en passant par le funeste « Nous avons sauvé la paix » de Daladier (octobre 1938), l’indigne « Je souhaite la victoire de L’Allemagne » de Laval (juin 1942) ou le lyrique « La seule chose que nous ayons à craindre, c’est la peur elle-même » de Roosevelt, on va ainsi, de citation historique en phrase d’anthologie, à le redécouverte des grands moments du conflit et de la psychologie de ses acteurs principaux. Qui confine parfois à la mauvaise foi, comme quand, le 25 août 1944, à la libération de Paris, de Gaulle s’écria : « Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l’appui et le concours de la France tout entière, de la France qui se bat, de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle ! » Sans un mot du Grand Charles pour ses petits Alliés…
Bernard DELCORD

Les 50 discours qui ont marqué la 2e Guerre mondiale, édition établie par Dominique Mongin, préface de Maurice Vaïsse, Bruxelles, André Versaille éditeur, avril 2010, 444 pp. en noir et blanc au format
15,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleur, 24,90 €

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18 05 10

L'Allemand noir

DAENINCKXUn(e) enseignant(e) en histoire contemporaine pourrait trouver, dans ce roman très bien documenté et filé au présent de l'indicatif, un excellent support à l'approche d'un affreux "détail" de l'Histoire, comme disait l'autre, lié à la liquidation, en Allemagne hitlérienne, des éléments racialement impurs et autres sous-hommes. Ulrich, dont le prénom secret hérité de son père africain est Galadio, est le fruit des amours d'un soldat français noir et d'une Allemande, qui se sont rencontrés pendant l'occupation des troupes chargées de l'application du traité de Versailles, en 1922 très exactement. Brillant sujet, Ulrich sent sur sa peau les effets de la purification raciale, dès que le gardien de but de son club de foot rejoint les S.A. de la région de Duisbourg où les attaques contres les juifs et les basanés de son espèce commencent à se multiplier. Après avoir échappé de justesse à la stérilisation imposée à ses semblables, Galadio est engagé (de force) dans les rangs des figurants des films tournés à Babelsberg, le Hollywood boche, notamment pour un Kongo Express dont le scénariste n'est autre qu'Ernst von Salomon... Puis, la guerre arrivant, le jeune homme va se retrouver en Afrique sur un autre tournage, au terme duquel il s'échappera pour se mettre en quête de son père. Tout cela, fort bien raconté, quoique de façon toute linéaire et un peu désincarnée, mérite cependant la plus vive attention, autant que le triste sort des harkis...
Jean-Louis KUFFER

Galadio, Didier Daeninckx, Gallimard, avril 2010, 139p., 15€50

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28 09 09

Horreur et putréfaction !

Les années du cauchemar (Shirer)Voilà que l’on ressort la fameuse histoire de la montée du nazisme écrite par un témoin des événements, le journaliste américain William L. Shirer (1904-1993). Établi à Berlin dès 1934, il couvrit en 1939 pour la radio CBS le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale jusqu’en décembre 1940, époque où il se fit « virer » par les séides de Hitler qui le trouvaient par trop rétif aux exigences de Goebbels, avant de revenir en 1945 pour assister au procès de Nuremberg. Intitulé Les années du cauchemar 1934-1945 et publié à Paris aux Éditions Tallandier, ce texte magistral va du Congrès annuel du parti nazi de 1934 à Nuremberg jusqu’à la bataille d’Angleterre en 1940 en passant par l’Anschluss de l’Autriche (1937-38), le coup des Sudètes (1938), la conquête de la Pologne (1939), la drôle de guerre à l’Ouest qui s’ensuivit, l’invasion du Danemark, de la Norvège, de la Belgique et de la France (1940), ainsi que les préparatifs de l’opération « Lion de mer », le projet avorté de débarquement allemand en Grande-Bretagne (1940). Dans un bref épilogue, il raconte son retour en 1945 dans une Allemagne en ruines, tout comme l’Occident d’ailleurs qui venait de perdre sa prééminence mondiale au profit des USA et de l’URSS. L’auteur y fournit d’innombrables informations de première main, recueillies en direct sur le terrain et compilées avec autant de lucidité que de soin, et son apport à une meilleure compréhension des phénomènes totalitaires complète, avec beaucoup d’intelligence et de clarté, les essais que la philosophe Hannah Arendt consacra à cette question. Une lecture indispensable…
Bernard DELCORD

Les années du cauchemar 1934-1945 par William L. Shirer, traduit de l’américain par Claude Yelnick, Paris, Éditions Tallandier, collection « Texto » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, 2009, 451 pp. au format 12 x 18 cm sous couverture souple en quadrichromie, 10 €

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12 02 09

Lire est un plaisir dans le Grand Morning

THIERIOTEmission du 3 février : en marge du film Walkyrie, présentation des livres parus chez Perrin sur la résistance à Hitler. Panégérique du nouveau Maurice G. Dantec.

  GM - Maurice G. Dantec

DANTEC
Stauffenberg, Jean-Louis Thiériot, Perrin, janvier 2009, 310p., 19€90

Nous voulions tuer Hitler, Johannes Freiherr von Boeselager, Tempus (Perrin), janvier 2009, 212p., 8€50.

Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute, Maurice G. Dantec, Albin Michel, janvier 2009, 210p., 16€00.

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21 08 08

Rossi vs Da Vinci : 1 - 0

SHAMIRNovembre 1940. Le violoniste allemand Gustav Schultz se fait assassiner alors qu'il vient d'interpréter une partition de Simone Rossi, compositeur de la Renaissance, contemporain du vénitien Monteverdi.
Soixante ans plus tard, le virtuose Gal Knobel, star mondiale du violon (mais aussi ancien agent secret israélien) se voit confier l'enquête par un ecclésiastique de haut rang.
Pourquoi Hitler a-t-il ordonné le meurtre de ce musicien et quel intérêt y a-t-il à découvrir la vérité qui se cache derrière ce crime perdu, faut-il le dire, parmi les millions d'autres dans cette noire période de notre histoire ?
Tout dans ce thriller ravira les fans du Da Vinci Code de Dan Brown : suspense, voyage, art, histoire, secret, complot, sociétés secrètes. Avec en plus une magnifique touche de musicologie et d'histoire de l'art chères à Monaldi et Sorti.
Mais là où Igal Shamir surpasse Dan Brown, c'est que les faits sont vrais. L'auteur (violoniste et ancien pilote de l'armée de l'air israélienne) a bien mené cette enquête que son éditeur, Plon, lui a demandé de publier sous forme de thriller. Décision éclairée, tout bénéfice pour le lecteur car Shamir est un excellent romancier, habile dans le maniement des recettes de ce genre littéraire. La réalité, même folle, a bien souvent des allures de fiction.
Pour la petite histoire, Igal Shamir publia en 1971 La 5e Corde dont s’inspira Yves Robert pour réaliser son classique Le grand blond avec une chaussure noire.
Brice Depasse

   IGAL SHAMIR – Edmond Morel 1
   IGAL SHAMIR – Edmond Morel 2
   IGAL SHAMIR – Edmond Morel 3
   IGAL SHAMIR – Edmond Morel 4

Le violon d'Hitler, Igal Shamir, Plon, juin 2008, 288p, 20€90.

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05 08 08

Les Jeux de la honte

1936L’éditeur André Versaille publie une nouvelle fois, dans une version revue et augmentée, 1936 Les Jeux olympiques à Berlin, l’essai paru en 1983 et en 1999 dans lequel le professeur de Sorbonne Jean-Marie Brohm, fils de résistants alsaciens, a mis en lumière non seulement les turpitudes politiques du baron Pierre de Coubertin
(qui par exemple saluait en Adolf Hitler « l’un des plus grands esprits constructeurs de ce temps ») mais surtout les compromissions, lâchetés et aveuglements des dignitaires du Comité International Olympique dont la forfaiture a permis que les Jeux de Berlin assoient définitivement l’Allemagne nazie sur la scène internationale, en dépit de son caractère notoirement raciste, antisémite et belliciste et malgré de nombreux appels au boycott … Il analyse également comment les gouvernements démocratiques d’alors, en faisant confiance à Hitler et à ses promesses en faveur des Juifs et de la non-discrimination raciale, ont mis avec plus ou moins de zèle le doigt dans un engrenage qui les mènerait à la capitulation de Munich en 1938 et à la guerre en septembre 1939. Et il s’interroge au passage sur la tenue des Olympiades à Moscou en 1980. Car les Jeux olympiques, en dépit des apparences, sont une métaphore de la guerre et de ses préparatifs : sur le plan de l’idéologie politique (ils affermissent celle du pays le plus médaillé), sur celui de la propagande (en faisant croire que la réussite dans les stades est le reflet de celle du pays qui remporte les palmes) et même théologique (l’expression de
« dieux du stade » adoptée en 1936 par la cinéaste nazie Leni Riefenstahl pour intituler son film célèbre ne demeure-t-elle pas actuelle ?). De quoi nourrir une longue méditation, comme dirait le Dalaï-lama…
Bernard DELCORD

1936 Les Jeux olympiques à Berlin par Jean-Marie Brohm, Bruxelles, André Versaille éditeur, 2008, 244 pp., 19,90 €

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05 08 08

L’honneur d’une génération perdue

schollLes Éditions Tallandier à Paris ont pris la magnifique initiative
de publier à la rentrée prochaine, sous le titre Correspondance, la traduction française des lettres et carnets rédigés entre 1937 et 1943 par Hans et Sophie Scholl. Ces deux étudiants, nés respectivement en 1918 et en 1921 dans le Bade-Wurtemberg, périrent sous la guillotine nazie le 22 février 1943, en compagnie d’un de leurs camarades du groupe résistant de la « Rose blanche », quelques semaines avant leur mentor, le professeur Kurt Huber. Après un bref passage chez les Jeunesses hitlériennes, histoire de s’ouvrir les yeux, Hans, étudiant en médecine, et sa sœur Sophie, étudiante en philosophie, avaient orné les murs de Munich de « Vive la liberté ! » et distribué à l’université de cette ville infâme (n’a-t-elle pas déféqué le nazisme ?) des tracts appelant à la résistance contre la bête immonde et protestant contre le fait que depuis septembre 1939 « trois cent mille Juifs [polonais] avaient été abattus comme des bêtes ». Leurs écrits mêlent description de la vie quotidienne sous la botte, réflexions voilées sur le cours d’une guerre injuste et aspirations à la fraternité universelle. Idéalistes, certes, et attendrissants par leur foi dans les idées de Schiller, de Fichte et de Goethe, mais aussi de saint Augustin et de Pascal, ces jeunes Allemands furent l’honneur de leur génération perdue
– et sont la honte de celle de leurs aînés, violente et aveugle, bâtarde et servile, veule et sans âme. Boche, quoi…
Bernard Delcord

Correspondance par Hans et Sophie Scholl, Paris, Éditions Tallandier, 2008, 368 pp., 23,00 €

17 05 08

Paroles, paroles…

DISCOURSRéunis par les universitaires belges Hervé Broquet, Catherine Lanneau et Simon Peterman qui les publient en langue française et les présentent dans leur contexte, Les 100 discours qui ont marqué le XXe siècle sont un véritable florilège de formules chocs tout autant qu’un passionnant recueil de témoignages sur la situation du monde à l’époque où ils ont été prononcés. De l’idéaliste « Volonté de paix de la France » de Jean Jaurès (29 juillet 1914) à l’œcuménique « Construisons un avenir nouveau » de Jean-Paul II (23 mars 2000) en passant par le visionnaire « Testament sportif » de Pierre de Coubertin (28 mai 1925), l’infâme « L’Allemagne a besoin de paix » d’Adolf Hitler (21 mai 1935), l’infecte « Déclaration de guerre à l’Éthiopie » de Benito Mussolini (2 octobre 1935), le grotesque « Nous avons sauvé la paix » d’Édouard Daladier (4 octobre 1938), l’habile constat de ce que « Les États-Unis d’Amérique ont été l’objet d’une attaque soudaine » par Franklin Roosevelt (8 décembre 1941), la pétaradante « Annonce du largage de la première bombe A sur Hiroshima » par Harry Truman (6 août 1945), le fameux « Discours de Zurich » de Winston Churchill (19 septembre 1946), l’aviné « Des communistes au Département d’État » de Joseph McCarthy (9 février 1950), le lénifiant discours du roi Baudouin 1er reconnaissant « L’indépendance du Congo » (30 juin 1960) et la brutale « Adresse au peuple congolais » de Patrice Lumumba (le même jour), l’insolent « Cuba si, Yankee, no » d’Ernesto Che Guevara (10 juillet 1960), le formidable « J’ai fait un rêve » de Martin Luther King (28 août 1963), le gaffeur « Vive le Québec libre ! » de Charles De Gaulle (24 juillet 1967), l’admirable « Discours devant la Knesset » d’Anouar el-Sadate (20 novembre 1977), l’utopique (?) « Proclamation d’un État palestinien » de Yasser Arafat (15 novembre 1988) ou la lumineuse « Déclaration d’investiture » de Nelson Mandela (10 mai 1994), et par bien d’autres encore… Cet ouvrage est une véritable mine d’informations où l’on retrouve quelques pépites –« No pasarán ! » (Dolorès Ibarruri), « Un rideau de fer s’est abattu à travers le continent européen » (Churchill), « Ich bin ein Berliner ! » (John Kennedy)– parfois en toc : « Nous devons abolir le culte de l’individu » (Nikita Khroutchev), « Je vous ai compris ! » (De Gaulle)…

Bernard Delcord

Les 100 discours qui ont marqué le XXe siècle, Hervé Broquet, Catherine Lanneau et Simon Peterman (éd.), Bruxelles, André Versaille éditeur, 818 pp., 34,90 €.

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