18 07 10

Une soprano qui n'avait ni la langue ni le coeur en poche

GUENNEC.jpg Qui n'a jamais connu la scène ou respiré l'air des coulisses, guetté le lever de la toile, ne peut comprendre l'ivresse qu'ils procurent

A l'aube d'une vieillesse "espiègle et babillarde", Sophie Arnould évoque, d'une plume gaillarde et sans concession, sa carrière de cantatrice, les fortunes et les revers, d'une vie libertine.

Sorte de Ninon (de Lenclos), du siècle des Lumières, la soprano connaîtra l'adulation des foules avant d'en être lâchée, en même temps que de sa voix... Protégée de la reine Marie-Antoinette, elle vivra la Révolution, retirée de l'agitation parisienne.

"Trop jeune pour la mort, trop vieille pour la scène, j'envisageais de meubler intelligemment mes heures."

L'occasion rêvée pour prendre la plume et restituer, avec brio, la verve d'une courtisane qui n'avait pas le coeur en poche...Car, et ce n'est pas un moindre atout du roman, Catherine Guennec restitue, glossaire à l'appui, une série impressionnante d'expressions et  métaphores de l'époque. La prouesse rend l'intérêt documentaire particulièrement parlant...

Apolline ELTER

Le roman de Sophie Arnould, Actrice chantante et courtisane, Catherine Guennec, roman, JC Lattès, mai 2010, 366p., 18 €


 

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10 04 10

Pretty Camille Corday

MOTTECamille avait épousé Niels pour sa fortune et son statut social, jusqu'à ce qu'elle s'aperçoive qu'il n'avait suffisamment ni de l'un ni de l'autre pour justifier une existence sans amour.
Pretty woman moins le conte de fée, Camille Corday n'a d'autre ambition que d'être une femme entretenue. Elle jette son dévolu sur Niels Phileas, un  Américain issu d'une famille aristocrate et fortunée. Le couple s'installe aux Etats-Unis et ne tarde  pas à découvrir les méfaits de la lassitude. Cynique dans sa lucidité, cruel dans sa crudité, le roman de Capucine Motte s'impose d'entrée de jeu par une écriture tonique, raffinée - quelques accents m'évoquent Alice Ferney -  et un sens de la formule remarquablement croquée: Camille se fanait en marchant. Chaque pas qui l'éloignait de la Porte des Lions vers le Café de Flore la rapprochait de l'âge de la femme où les possibles se raréfient. A l'idée de la trentaine, une célibataire désargentée peut devenir sa propre ennemie.
Et le lecteur d'assister à l'inéluctable engluement de l'héroïne, belle et fauchée, dans une aventure de couple désenchantée. Analysant sans concession les mobiles qui poussent Camille dans les bras de Niels, Capucine Motte signe un premier roman saisissant et … remarquable.
Apolline ELTER

La vraie vie des jolies filles, Capucine Motte, JC Lattès, mars 2010, 304 pp,  15€50

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03 04 10

Le bistouri à six coups !

BAZELL« Tiens, faut que tu lises ce truc, il paraît que ça va décoller ».
J’avoue que lorsque notre chef à nous, El General Depasse, me file un bouquin en l’accompagnant de ce genre de phrase, j’ai tendance à la jouer méfiant. Il fait dire que Brice y connaît autant en polar que moi je jongle avec les œuvres complètes de Philippe Sollers. Et puis, on est jamais à l’abri de l’attaché(e) de presse un peu fourbe, qui confond allègrement promotion et publicité mensongère… Si, si, je vous assure. Ca existe. Il faut bien que tout le monde mange.
Mais revenons à nos moutons et à ce roman, le premier, de Josh Brazell. Si je m’arrête à la couv’, l’affaire s’engage mal. Le design a été pondu par un graphiste obligé de bosser un lundi de pentecôte, alors que le soleil brille et le petit résumé nous aligne coup sur coup une comparaison foireuse (Dr House rencontre les Sopranos… le lecteur qui n’allume jamais la télé, le voilà sauvé…) et une « citation » d’Harlan Coben qui passe plutôt mal la barrière de la traduction. Dites, c’estmoi, où les choses sont plutôt mal barrées ? Allez ! On ne juge pas un livre à sa couverture !
Je lis les premières lignes… Et j’entends une voix ! Attention, je ne dis pas que je vire Jeanne d’Arc, je veux juste dire que Josh Brazell compose avec brio un personnage central qui vous parle avec une authenticité, un style, un humour et de véritables émotions. Son Peter Brown, ancien tueur à gages devenu interne par le « magie » du programme de protection des témoins, voit le passé et le présent se télescoper avec violence dans les couloirs d’un hôpital new-yorkais. En parallèle,on découvre ainsi les origines modestes et violentes du personnage principal, marqué par la Seconde Guerre Mondiale et le meurtre de ses tuteurs, et sa « nouvelle vie », au service des malades dans un système hospitalier où le spectre des procès plane sur la moindre prise de tension artérielle.
Docteur à Tuer (ah oui, j’oubliais, le titre aussi est à ch…) possèdetoute la générosité d’un premier roman… mais également les défauts d’uneécriture « excessive », ancrée à son style au point d’en perdre parfois en lisibilité et en clarté narrative. Des excroissances stylistiques que le temps gommera, pour que reste l’imagination formidable d’un auteur qui est parvenu à m’arracher un éclat de rire lors d’une scène finale qui restera parmi les plus délicieusement grotesques qu’il m’ait été donné de lire depuis longtemps. Un auteur est né, sans conteste… Et nul besoin de comparaison boiteuse pour lui offrir sa place !
Dr Corthouts

Docteur à tuer, Josh Bazell, JC Lattès, mars 2010, 303p., 20€00.

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01 01 10

Le roman de la mère de Madame de Sévigné

DUCHENEJacqueline Duchêne a du "Grand siècle" une connaissance pointue. Nous lui devons notamment les biographies passionnantes de Françoise et François de Grignan et le roman historique La femme de Louis XIV qui ont fait l’objet de récentes chroniques.
Avec le roman Place royale, Jacqueline Duchêne brosse le portrait de Marie de Coulanges qui, par son mariage avec Celse-Benigne de Rabutin-Chantal, sera l'heureuse maman de...Marie, future Marquise de Sévigné. Heureuse est sans doute terme exagéré. Les Rabutin-Chantal tiennent pour une mésalliance l'union d'un des leurs avec une Coulanges. Les Coulanges sont de fraîche et petite noblesse financière. Des "parvenus", en somme en regard de la noblesse de chevalerie dont se prévaut Celse-Bénigne:En plein jour, le jeune homme ne passerait pas inaperçu. Plus grand que la moyenne, robuste, rompu à l'équitation et à l'exercice des armes, il a fière allure et porte avec panache ses cinq siècles d'Histoire. Il sait qu'il descend d'une ancienne et belle chevalerie, et il en est fier.
Le fils de Sainte Jeanne de Chantal, - oui, c'est lui, oui c'est elle - n'est du reste pas un sage parti: joueur, dépensier et très enclin à se ruiner, il brave allègrement les interdits pour se battre en duel. Donc, si l'alliance avec Marie lui offre le confort financier attendu, Celse-Bénigne n'hésite pas à donner du fil à retordre à sa belle-famille. Condamné à la peine capitale après une provocante participation à un duel,  il rachètera quelque peu sa conduite en combattant les Anglais débarqués à l'Ile de Ré. Il paiera cet élan de sa vie, laissant ses deux jeunes Marie, veuve et orpheline de concert.
Réfugiée dans la spiritualité d'un bout à l'autre du roman, Jeanne de Chantal entoure les jeunes mariés d'une indifférence indigne. La fondatrice de l'Ordre de la Visitation, une femme qui a enjambé le corps de son fils de quinze ans pour rejoindre l'évêque François de Sales, se dévoile au lecteur sous un jour peu amène.
Marie de Coulanges mourra d'une hémorragie peu après son mari, consacrant orpheline sa jolie "Canteline" : à  sept ans, notre future marquise n'a plus ses parents....La Cantaline sera élevée dans sa famille maternelle. (…) Très riche et très séduisante, Mlle de Rabutin-Chantal épousera le marquis de Sévigné, un noble breton désargenté, coureur et joueur, qui se fera tuer en duel pour les beaux yeux d'une certaine "Lolo".
Veuve à vingt-cinq ans, elle le demeurera. Elle écrira les plus belles des lettres d'amour. A sa fille."

Apolline ELTER

Place royale, Jacqueline Duchêne, roman, Jc Lattès, mars 2003, 222 pp

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16 09 09

Avant première : le symbole perdu de Dan Brown

SYMBOLELe symbole perdu, premier nouveau roman de Dan Brown depuis le DA VINCI CODE sortira fin novembre. Mais le Dr Corthouts l'a déjà lu pour vous.
Et bien voilà ! C’est fait. Le nouveau Dan Brown est dans toutes les bonnes librairies, in english, depuis un peu plus de 24 h. Et ? Ah ben, finalement, l’événement le plus important de la littérature depuis l’invention de l’imprimerie prend des allures de… pétard mouillé ?
Franchement, comment pouvait-il en être autrement ? Comment un succès comme celui du Da Vinci Code, conjonction totalement inattendue de phénomène littéraire, économique et sociologique pouvait-il être récréé ? Les chances étaient pour ainsi dire inexistantes. Et sur ce point là, Dan Brown n’aura pas déçu !
Reste que, avec le recul nécessaire, le Da Vinci Code n’était pas non plus, en dehors d’une approche strictement mathématique des chiffres de vente, le plus excitant des thrillers. Une sympathique chasse au trésor, oui. Un guide de vacances original pour amateur d’ésotérisme light, encore oui. Un suspense rondement mené, écrit avec l’efficacité reconnue des faiseurs d’ouvrage anglo-saxons, trois fois oui.
Et The Lost Symbol est exactement de la même eau. Robert Langdon reprend évidemment du service. Remplacez le « secret » de l’église par un autre secret lié aux francs-maçons et à la création des Etats-Unis, accélérez le rythme en ramassant l’intrigue dans une fenêtre temporelle plus étroite et saupoudrez le tout d’énigme nombreuses et diverses … Et vous obtenez un bon thriller de l’automne qui rappelle plusieurs fois le second épisode des aventures de Benjamin Gates sur grand écran.
Restent les cinquante dernières pages du bouquin, sur lesquelles je ne m’étendrai pas mais qui ressemblent furieusement à une sorte de justification à rebours, de nécessaire réflexion pseudo-religieuse, lien artificiel avec le précédent opus des aventures de Robert Langdon.
A croire que malgré ses millions de milliards d’exemplaires vendus, Brown a encore dû subir le diktat d’un éditeur qui cherche à tout prix à offrir aux lecteurs LA formule de Da Vinci Code, sans variation notable.
Cela dit, dans un grand accès de cynisme, je m’en vais clôturer cette chronique sur un petit sourire entendu : puisque The Lost Symbol est d’ors et déjà un phénomène, quelle que soit sa qualité.
Dr Corthouts

brown lost symbolLe symbole perdu, Dan Brown, JC Lattès, novembre 2009, 650p., 22€90.

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02 05 09

Lire est un plaisir sur Nostalgie

ENGEL_BLIERDans le Grand Morning ce mardi, je vous faisais part de mon enthousiasme pour le dernier roman de Vincent Engel, La peur du paradis et de mon vif intérêt pour la biographie de Jean-Philippe Guérand, Bernard Blier, un homme façon puzzle.
La semaine prochaine, vous pourrez écouter mes entretiens avec le romancier et l'auteur-journaliste sur Lire est un plaisir. Nicky et moi ferons une spéciale "Vincent Engel" dans Livre de bord le 19 mai sur Liberty TV à 18.15.

  GM - Engel et Guerand

La peur du paradis, Vincent Engel, JC Lattès, avril 2009, 420p., 19€00.

Bernard Blier, un Homme Façon Puzzle, Jean-Philippe Guerand , Robert Laffont, avril 2009, 450p., 22€00.

N.B. : Ah oui, j'oubliais : j'aime beaucoup la nouvelle présentation de Lire est un plaisir sur la page d'accueil du site de Nostalgie ( http://www2.nostalgie.be/ ). Merci, les copains !

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11 05 08

Société d'une personne (a)morale

MOURADPour l’instant vous êtes encore majoritaire. Mais dans ce cas, évidemment, plus question d’augmentation de capital. Il vous sera donc impossible de rembourser vos créanciers. Vous serez mis en liquidation, avec interdiction d’exercer votre métier pendant 15 ans. Votre personnalité morale sera sans doute invalidée - plus de passeport ; plus de carte d’identité. Vous ne serez plus qu’une créance douteuse sur les bilans des compagnies d’assurance [...].
Alexandre Guyot, 32 ans. Un argumentaire parfait, une campagne de communication sans pareille.
Alex est le premier humain à être coté en bourse, une société-personne. Il vaut quelques millions d’euros et vend donc 45% de lui-même sur le marché. Assisté par des juristes, des communicateurs, des avocats, il découvre comment profiter de la vie en levant 1 million d’euros de liquidités sur ses revenus à court et moyen terme. Mais quand il faut faire face aux côtés moins agréables, seuls ceux qui ont des intérêts financiers restent. Les "amis", eux, vendent ce qu’ils ont acquis de vous.
Et voilà, Alex avait quitté Claire, femme de petite vie, à la limite de la prostitution, mais petite amie attitrée. Quittée ? Oui, c’est choquant mais un homme célibataire est mieux coté...
Quand Claire se suicide, c’est non seulement Alex qui plonge mais la cotation d’Alex : il perd 90% de sa valeur.
Le voilà contraint à subir une OPA de la part d’une collègue cotée à la hausse qui ne veut que le mettre dans son lit. Contraint à constituer - non un couple- mais une société-couple et pire, contraint à créer une filiale...
Mais enfin, restons linguistiquement correct : entre relations filiales (parents-enfants) et une filiale, tout est commun. Alors pourquoi ne pas parler de son enfant comme de sa filiale !
Ce n’est même pas un roman d’anticipation, car c’est à ce moment, aujourd’hui, qu'il se situe. Cauet, Sarkozy et autres personnages actuels sont en arrière-trame !
Au départ, l’idée semble amusante, intéressante limite culottée mais l’intrigue nous conduit à réfléchir sur le véritable sens de la valeur humaine. Le propos est assez pessimiste dans un premier temps car on conclut que la personne ne vaut que ce que son porte-feuille, ses muscles et son cerveau peuvent apporter comme dividendes.
Ce livre a le grand mérite de nous obliger à ne plus voir les autres comme des valeurs dans un marocain d’amis. A redonner un sens à ce qui n’est pas chiffrable. Et finalement, ce qui semble une bonne idée, devient une nouvelle façon de se créer son propre enfer.
Un roman mais qui fait cogiter. Un thriller boursier en fait, bien ficelé.
Véronique De Laet

Les actifs corporels, Bernard Mourad, illustré par Pascal Colrat, J’ai lu, août 2007, 249p., 5€60.

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01 05 08

Un jour sans fond

KOONTZDécouvert dans les années quatre-vingts avec des thrillers à fortes connotations fantastique, Dean Koontz est peu à peu devenu l’auteur d’une œuvre personnelle, où se mêlent paranoïa, tension, méfiance face à une société déboussolée et une étrange fascination pour la chose religieuse. Ce que l’on sait moins, c’est que Koontz est également un fervent admirateur de l'humour absurde, parfois grotesque, tissé d’un sens inné pour les dialogues mitonnés aux petits oignons. Ce Jour Fatal fait partie de cette rare occurrence, des thrillers humoristiques au ton résolument original. Jugez plutôt : Alors que le héros de l’histoire, Jimmy Tock, vient au monde, son grand-père décède en énonçant dans un dernier souffle, cinq dates. Cinq journées qui marqueront à jamais la vie de son petit-fils. Apparemment rien de drôle. Excepté le ton, totalement décalé, au fil duquel nous est raconté cette incroyable histoire. Avec un mélange de jeux de mots, de comique de situation et de retournements de situation proprement jouissifs, Koontz et son personnage happent le lecteur à la vitesse de l’éclair, pour ne jamais laisser retomber la pression. Opposé au plus improbable des « ennemi », psychopathe à l’allure trop rassurante (je vous laisse le plaisir de le découvrir), Jimmy Tock s’impose comme le cousin déjanté de Odd Thomas, autre personnage attachant de la galaxie Koontz.
Trop souvent, à la grande époque de la collection Terreur chez Pocket, associé à Stephen King alors qu’ils développent des univers très différents, Dean Koontz reste une valeur sûre en matière de thriller troussé avec originalité et sincérité.
Dr Corthouts

Jour fatal, Dean Koontz, JC Lattès, avril 2008, 425p, 22€00

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13 05 07

Bernard Tirtiaux récompensé par les lycéens de Belgique

TIRTIAUXC'est à l'excellent roman de Bernard Tirtiaux, "Pitié pour le mal" qu'une majorité des 3.000 lycéens du jury de la Communauté française de Belgique ont choisi de remettre leur prix. Une remise du prix de littérature un peu chahutée par quelques élèves dont les votes s'étaient porté sur autre écrivain. L'auteur du "Passeur de lumière" et d' "Aubertain d'Avalon" ne s'est pas laissé démonter. Il a tiré une lettre de sa poche et en a donné lecture. Elle venait d'un lecteur qui, lui non plus, n'avait pas aimé son livre. La salle a fini debout.
J'avais en son temps dit tout le bien que je pensais de cette incroyable randonnée de deux enfants à la poursuite d'un cheval confisqué par des soldats allemands en pleine retraite à la fin de la seconde guerre mondiale.
Brice Depasse

BERNARD TIRTIAUX - Brice Depasse 1
BERNARD TIRTIAUX - Brice Depasse 2
BERNARD TIRTIAUX - Brice Depasse 3


TIRTIAUX Photo

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