03 10 08

Le coeur glacé d'Almudena Grandes

grandes3Grandiose, ce roman d’Almudena Grandes ! Tout y est : style, rythme, structure, talent, ambition. Le cœur glacé retrace la vie de deux familles espagnoles, de la guerre civile à nos jours. Deux familles opposées, liées par de lourds secrets et de sinistres affaires. Pour connaître ce qu’ont subi les Espagnols pendant toutes ces années ― terreur, misère, culpabilité, honte ―, il faut se plonger dans les 1000 pages de cette saga. Elle foisonne de faits historiques et de personnages au destin tragique. Les Fernandez, par exemple, exilés à Paris, qui font la fête à la mort de Franco. Parce que nous sommes espagnols et que les Espagnols ne peuvent jamais être entièrement heureux, une variété domestiquée et ivre de désespoir se penchait sur les commissures des lèvres, l’humidité des yeux, les arêtes du visage de ces hommes secs, consumés, épuisés par l’exercice constant de leur dureté, qui levaient un verre pour recommencer, l’un après l’autre, "morte la bête, mort le venin". Ce venin glace les cœurs, y compris celui du personnage central, Álvaro. A l’enterrement de son père Julio Carrión, Álvaro remarque une femme inconnue dans l’assemblée. Rachel Fernandez. Une passion nait et avec elle, les zones d’ombres sur la fortune paternelle s’éclaircissent. Le Cœur glacé, captivant de bout en bout, fut un énorme succès en Espagne. L’excellente traduction contribue au plaisir de cette lecture, malgré les redondances, parfois lancinantes ou obsessionnelles. Grandes vous emporte et ne vous lâche plus.

Valérie Nimal


Le cœur glacé, Almudena Grandes, traduit de l’espagnol par Marianne Millon, Lattès, 1076 pages, 35 euros.

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27 09 08

Au regret d'être père

VILAINOserais-je le sous-titrer. Chaque roman de Philippe Vilain aborde un sujet sensible. Le précédent, Paris l'après-midi, était l'adultère. Nous voici dans du plus cruel encore : la difficulté d'être père, de le devenir, d'en accepter la responsabilité, les devoirs.
Devenir père, c'est grandir avec un coeur qui reste en enfance.
Le narrateur de ce livre tente sans cesse de fuir par des voies pas très élégantes, par des non dits répétitifs.
Faux-père pose la question de l'amour chez l'homme qui voyage de femme en femme refusant de leur succomber, par ennui. Jusqu'au jour où une belle et rebelle Italienne le piège, avec délicatesse. Elle ouvre cette âme paternelle qui sommeille en lui et s'évertue à éteindre les remords du vieux séducteur.
L'un des derniers remords consigné dans un carnet va conduire à une tragique mésaventure, fruit du doute et du malentendu.
"Papa" ne se gomme pas comme une faute.
Nicky Depasse

Faux-père, Philippe Vilain, Grasset, août 2008, 112p., 11€90 env.

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25 09 08

Dernières lettres du Petit Prince

SAINTEX_LETTRESIl y a un an, une quinzaine de lettres inédites de Saint-Exupéry sont apparues lors d'une vente publique. Achetées par un collectionneur français, les voici éditées chez Gallimard. Ces lettres mettent au jour une histoire d'amour entre le pilote-écrivain et une jeune femme de 23 ans, rencontrée dans le train entre Oran et Alger en 1943. Probablement les dernières à avoir été écrites avant l'accident fatal, elles sont illustrées par des dessins du Petit Prince de la main de son auteur. Les documents reproduits en fac-simillé, accompagnés de leur transcription typographique, témoignent de cette dernière relation, probablement la plus platonique (malgré lui) qu'ait connu Saint-Ex.
Pour les fans du Petit Prince, pour les amateurs de styles épistolaires éblouissants, pour les chasseurs de documents, pour Saint-Exupéry.
Nicky Depasse

Lettres à l'inconnue, Antoine de Saint-Exupéry, Gallimard, septembre 2008, 15€00.

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21 09 08

Lady Di et la chambre noire

BRAMLYPermettez-moi, braves gens, d'attirer votre attention sur un roman captivant, ambitieux et extrêmement réussi de Serge Bramly. Le photographe écrivain nous plonge cette fois dans l'envers du décor de l'histoire de Charles et Diana. Une histoire qui, si elle a déjà fait l'objet de très nombreuses publications, ne l'a pas encore été sous cet angle politico-thriller ni avec ce talent.
Car outre les personnages de Diana et Charles, vous allez pouvoir suivre des trajectoires qui auraient du rester parallèles et qui pourtant vont se croiser sous le pont de l'Alma : un trafiquant d'armes suisse, un conseiller du ministre des finances françaises, une famille d'armateurs libanais bruxellois, un général africain, un photographe parisien et un agent des services secrets français.
La convergence de ces intérêts et destins fera prononcer à Diana un dernier mot que ses sauveteurs ne comprendront pas : "murder".
Alors ! Votre curiosité n'est-elle pas piquée au vif ?

   SERGE BRAMLY - Brice Depasse 1
   SERGE BRAMLY - Brice Depasse 2
   SERGE BRAMLY - Brice Depasse 3

La chronique du livre sur Nostalgie, dans le Grand Morning :

  GRAND MORNING - Serge Bramly

Serge Bramly13Photo : Alain Trellu

Le premier principe, Le second principe, Serge Bramly, JC Lattès, août 2008, 614p., 22€ env.

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21 09 08

Raconte-moi le Vieil homme et la mer

HemingwaySi vous désirez faire découvrir à vos enfants les plus célèbres oeuvres de la littérature mondiale du XX° siècle, voici une excellente entrée en matière. Le vieil homme et la mer est tout d'abord un roman court, soit trois CD d'une heure. Le découpage en plages de 7 à 10 minutes permet ensuite de leur faire écouter en feuilleton dans la voiture ou le soir avant d'aller au lit.
Enfin, il s'agit d'un roman majeur écrit par Hemingway pendant sa période cubaine et qui lui valut à la fois le Prix Pulitzer et le Prix Nobel de littérature.
Le ton de la déclamation de Jacques Bonnaffé ne manquera pas de capter l'attention des plus jeunes. Et puis ce sera aussi l'occasion pour les parents de redécouvrir un livre qu'ils n'ont plus ouvert depuis longtemps peut-être.
Nicky Depasse

   ERNEST HEMINGWAY - Jacques Bonnaffé

Hemingway_photo
Le vieil homme et la mer, Ernest Hemingway, lu par Jacques Bonnaffé, triple CD, Gallimard Jeunesse, septembre 2008, 23€50.

Et bien sûr la version poche, chez Folio, 162p., 4€20.

HEMINGWAY_folio

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20 09 08

Michel Quint dans les pas de Jacques Brel

BREL_quintJacques Brel raconté par un de nos dix meilleurs écrivains contemporains : Michel Quint. L'homme du Nord raconte celui qui l'a chanté (et écrit) comme nul autre. Il le suit à la trace depuis Roubaix, la ville où il chanta son récital en public pour la dernière fois.
Brel à l'Olympia, à New-York, Brel à l'opéra, Brel aux Marquises, Brel Bruxelles, ... Qui d'autre que Michel Quint pouvait romancer une telle vie, être à la mesure du flot de génie déversé pendant vingt années.
Richement et abondamment illustré par Philippe Lorin, ce livre est une pure merveille graphique et littéraire.
Nicky Depasse

Vous pouvez regarder l'interview de Michel Quint et Philippe Lorin par Brice sur la webTV de Lire est un plaisir en cliquant sur la couverture du livre.

Sur les pas de Jacques Brel
, Michel Quint, Philippe Lorin, Presses de la Renaissance, février 2008, 28€00.

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Photo : Alain Trellu

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18 09 08

Si j'étais lui

BOURAOUIIl est comment le nouveau Nina Bouraoui ?
Tendre et touchant. Beaucoup de tendresse. Nous l'avons évoquée lors de notre entretien, Nina et moi. Appelez-moi par mon prénom. C'est ce que j'ai fait. Ce petit bout de femme est un vrai soldat qui n'a pas craint de publier un roman différent, de facture plus classique que précédemment. Elle assume ses choix, sa narration beaucoup plus accessible, son amour démesuré voire obsessionnel avec un jeune homme rencontré lors d'une signature en librairie.
Récit surprenant dans lequel on se surprend à caresser l'étoffe d'une relation tissée sur la toile, de mots et d'images virtuels. Au fil des emails échangés, la passion pour l'autre se déploie.
Je ne me suis pas lassée ... j'ai aimé partager avec Nina cet univers où l'Amour est roi sur la toile des rencontres [ pas toujours nettes ;o) ].
En clair, je vous recommande ce livre sans mauvaises pensées.
Nicky Depasse

   NINA BOURAOUI – Nicky Depasse 1
   NINA BOURAOUI – Nicky Depasse 2
   NINA BOURAOUI – Nicky Depasse 3

Appelez-moi par mon prénom, Nina Bouraoui, Stock, 2008, 111p., 14€50.

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Photo: Alain Trellu

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18 09 08

Russie blanche & rouge sang

VAVITCHViktor Vavitch est une des grandes sensations de l'automne, une aventure éditoriale. Nous assistons à l'exhumation, à la publication d'un roman qui devrait être à l'heure actuelle déjà considéré comme un classique. Oeuvre de Boris Jitkov, écrivain pour la jeunesse reconnu même par les soviets d'avant guerre, ce roman aurait dû être publié en 1941, trois ans après la mort de son auteur. La censure stalinienne le condamnant au pilon avant sa mise en rayon, l'imprimeur en garde quelques exemplaires.
Viktor Vavitch plonge alors dans un oubli dont il ne sortira qu'à la fin du siècle dernier. Edité en Russie en 1999, sa version française voit enfin le jour. Louons le geste de l'homme qui a sauvé cet impressionnant roman choral de la destruction.
Premières lignes, première découverte : un style résolument, incroyablement moderne. Jitkov fait sonner le verbe comme son contemporain Chostakovitch faisait résonner les notes. Sèchement. Simplement. Minimalistement. Ouvrez ce livre. Lisez la scène d'introduction. Vous y êtes ?. Eblouissant, non ? Jitkov est un vrai génie, vous l'avez compris. Et si vous adorez Dostoïevski ou Gogol, vous êtes déjà comblé et heureux de la perspective d'avoir devant vous un roman fleuve à savourer.
La suite. Un foisonnement d'histoires parallèles puis accidentellement concordantes et enfin sécantes.
1905. La révolution. L'annihilation de vies, d'espoirs et de destinées des quidams qui se retrouvent face à face. Comme Zola le démontre admirablement dans La fortune des Rougon ou La débâcle, les gens ne sont rien face aux remouds de l'histoire qu'ils soient imbéciles comme Viktor Vavitch ou artistes comme le brave flûtiste juif éperdument amoureux.
Epique, magnifique, désespéré. Entre Tolstoï et Céline.
Brice Depasse

Viktor Vavitch, Boris Jitkov, Calmann-Lévy, 2008, 732p., 25€.

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16 09 08

"Keith me" : on est quittes

keithmeChère Amanda Sthers,
La presse a annoncé que Patrick Bruel et vous, c’est fini. Votre visage illumine les pages de magazines. Les gens veulent lire votre livre, pour savoir Ça fait quoi d’être mariée à un mec connu, et puis plus ? Je vous cite. Vous savez y faire avec les journalistes. Vous avez appris à vous protéger. Pourtant, vous écrivez sur votre vie privée. Comment, dès lors, lire votre livre ? Peut-on ignorer la rumeur et faire fi des préjugés ? Dès la page 44, vous dites : On m’a posé trente-sept fois la question en interview : « Pensez-vous que vous auriez eu du succès si votre mari n’avait pas été connu ? » Chaque fois, vous vous êtes retenue de hurler. Vous avez trouvé une parade. Dès le début de Keith me, vos jeux de rôles font mouche : On disait qu’on était dans la peau d’un écrivain ―Amanda alias Andréa―, qui se glisse dans la peau de Keith Richards, le guitariste des Rolling Stones. Et l’on admet que vous avez le don de vous dédoubler. Je suis cet homme, comme je suis ces femmes qu’il a aimées. Déroutant, comme procédé. Vous êtes donc Keith. Un rockeur. Un vrai. Celui que vous auriez voulu épouser. Pour surmonter votre peine, vous vous prenez pour un dieu du rock. Keith me fait parler, mon mari m’a fait taire. (…) Il voulait tellement pas que j’abîme son image. Difficile d’être un petit écrivain face au chanteur qui remplit le stade de France. Comment exister, quand d’aucuns pensent Et puis tu écris, ça t’occupe, comme les femmes qui tricotent ? Comment s’en sortir, quand on a quitté le foyer avec les enfants, car papa n’aime plus maman ? Plutôt que d’étaler votre chagrin sur un divan, vous plongez dans la rock-fiction. Pour éprouver des sensations : J’ai peur d’abîmer mon corps, je verse la drogue dans les veines de Keith et j’en prends les effets ou, au contraire, les anesthésier. Vous faites parler la rock star pour mieux vous l’approprier. Certains chapitres comportent des moments cocasses ― lettres de groupies, interviews factices ― et crus ― scènes d’orgies chez les Stones ―, des passages forts et des comparaisons, comme quand Keith quitte sa femme pour une plus jeune. Anita sera toujours ma femme. Mais voilà, j’ai rencontré la même qu’Anita avec des années en moins et je l’ai épousée. C’est infect. Alors, Keith me est-il le livre de la revanche ? Doit-on lire dans ce titre : Fais-moi Keith ? Rends-moi star, comme lui/comme toi ? Quitte-moi ? En devenant Keith, vous laissez Patrick vivre sa vie, et vous suggérez : Nous sommes quittes. Finalement, votre livre n’est pas si loin du pardon.
Valérie Nimal
PS : J’aime quand votre plume s’empare avec grâce du malheur des femmes de génie, Marianne Faithfull et Cie, du désir des hommes et du rejet. En fermant votre roman, j’ai eu envie de vous voler du talent, comme vous le dites si joliment. Quand vous écrivez, vous existez.

Keith me, Amanda Sthers, Stock, août 2008, 143 pages, 14,50 euros.

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15 09 08

D'amour et d'amitié en Algérie

KHADRAC'est un très grand Khadra que publie Juliard cet automne. Quel souffle ! La richesse, la misère, le soleil d'Algérie, les attentats, le maquis, les amours impossibles, l'amitié grégaire des ados, le charme de l'avant-guerre, le désert, la guerre d'indépendance, les fêtes, le racisme, l'Islam, la fierté, l'alcoolisme, le pardon, les anciens combattants, la vieillesse, le bon vin, l'anisette, les premiers émois, la première fois, ... tout sonne dans cette épopée où les destins personnels sont broyés par le grand marteau de l'Histoire.
Yasmina Khadra est, certes, un de nos grands producteurs de best sellers actuels. Son humanité, son talent et son style font de lui un des écrivains majeurs contemporains.
Quel beau et juste Prix Nobel de littérature il ferait.

   YASMINA KHADRA – Brice Depasse 1
   YASMINA KHADRA – Brice Depasse 2
   YASMINA KHADRA – Brice Depasse 3

La chronique sur Nostalgie :

   GRAND MORNING - Yasmina Khadra

Ce que le jour doit à la nuit, Yasmina Khadra, 2008, 413p., 20€00.

Yasmina Khadra04Photo : Alain Trellu

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