08 11 10

La revanche de Michel Houellebecq

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Prix Goncourt 2010 sans surprise pour La Carte et le territoire,roman déjà plébiscité par le public.

À l’enterrement de Michel Houellebecq, son éditrice Teresa Cremisi sanglote dans le giron de Frédéric Beigbeder en considérant le cercueil d’enfant dans lequel les restes de l’écrivain, méchamment découpé en fines lanières par un pervers collectionneur d’art ont été recueillis... La scène est tirée de La Carte et le territoire, dernier roman du plus juteux « poulain » de dame Cremisi, éminence dorée de l’édition parisienne, passée de Gallimard à la tête de Flammarion et qui avait déjà « boosté » les romans précédents de l’écrivain avec un art consommé du marketing.

Résultat de la course : l’auteur le plus  controversé et le plus  « culte »  de la littérature française du tournant du siècle, a obtenu hier le plus prestigieux des prix littéraires parisiens avec un roman  caracolant, depuis quelques semaines déjà, en tête des listes de ventes. Cette « consécration » rappelle celle de Marguerite Duras, en 1984, quandL’Amant, best-seller de la rentrée, avait été «goncourtisé» de manière jugée opportuniste par d’aucuns. En ce qui concerne Houellebecq, ce Goncourt 2010 fait en outre figure de « rattrapage », en matière de reconnaissance symbolique, après que les jurés des grands prix de l’automne  eurent « snobé » ses quatre romans précédents, à commencer par les Particules élémentaires, tous traduits aujourd’hui en une quarantaine de langues…

De fait, souvent honni de ses pairs français, irrités par ses provocations mais plus encore par son succès international, Michel Houellebecq est sans doute l’écrivain français considéré hors de France comme le plus représentatif de sa génération, en phase avec les nouveaux auteurs du monde entier.

Un ton nouveau

Dès Extension du domaine de la lutte, publié en 1994 par un grand découvreur des lettres contemporaines, en la personne de Maurice Nadeau, Houellebecq s’est signalé par une perception nouvelle de la réalité contemporaine, et une façon très directe de parler du monde du travail et de la sexualité, de toutes les formes de déprime et de la fuite en avant dans la course à la réussite et la recherche d’un bonheur souvent factice.

Clonage, échangisme, tourisme sexuel, dérives sectaires ou fanatiques (sa fameuse phrase sur l’islamisme dans Plateforme…), solitude de l’individu dans une société de plus en plus formatée, simulacres de la charité ou de la culture : tels sont, entre autres, les thèmes abordés par ce médium frotté de douce désespérance…    

Donné pour gagnant, la semaine passée, sur deux pleines pages duNouvel Observateur, Michel Houellebecq a obtenu le Goncourt après une délibération-éclair d’une minute et 29 secondes, au dire du juré-secrétaire Didier Decoin, et par sept voix contre deux à Virginie Despentes. La campagne de promotion orchestrée par son éditrice, avec son consentement faussement ahuri, a fait converger stratégie de longue date et tactique de dernière ligne. À lui le pompon !

Humour panique et mélancolie

On a parlé, pour dégommer La carte et le territoire, d’un roman « consensuel » purgé des aspects «sulfureux» de ses précédents romans, comme s’il s’agissait pour l’écrivain de faire le gros dos en matou matois pêchant le compliment. Or, s’il y a un peu de cette suavité composée dans la campagne de promotion de son roman, celui-ci marque une évidente évolution du regard de l’écrivain, devenant ici son propre personnage, sur le monde et sur les gens.

Surtout : Michel Houellebecq reste un observateur aigu, et parfois percutant, de la société qui noue entoure. Des menées personnelles d’un artiste, à la fois intéressant  et « piégé » par un marché de l’art délirant, aux relations de plus en plus équivoques entre culture et commerce, vie privée et publicité, au royaume des marques et de la spéculation, l’écrivain joue avec son propre personnage dans une mise en abyme pleine d’humour tantôt tendre et tantôt noir. Le sentiment du temps qui passe, et du vieillissement, pondère la satire (même si l’association Dignitas en prend pour son grade) et le dessin des personnages se fait plus nuancé, leur substance plus étoffée.

Dans une chronique malveillante témoignant d’une piètre lecture, l’académicien Goncourt Tahar Ben Jelloun a parlé de la mégalomanie de l’écrivain pour le « scier ». Or c’est une tout autre image qu’en donne La Carte et le territoire, roman d’un clown triste jouant le vieillard en pyjama fripé avec une énergie et un fond de jubilation sardonique que nimbe un non moins perceptible mélancolie…

 

Jean-Louis KUFFER

 

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31 07 09

La musique des mots (24) : Je vais bien, ne t'en fais pas

ADAMColossale réussite littéraire et cinématographique, toutes deux couronnées de succès et de prix : Je vais bien, ne t'en fais pas est à lire, à voir et à écouter (même la bande originale fut un triomphe avec notamment le U-turn de Aaron).
Vous pouvez écouter mon dernier entretien avec Olivier Adam chez Nostalgie en cliquant sur la couverture (vous aurez aussi accès à notre entretien télé).

  La musique des mots - Olivier Adam & Michel Polnareff

POLNAREFFJe vais bien, ne t'en fais pas, Olivier Adam, Pocket, 2006, 155p., 4€50.

Polnareff's, Michel Polnareff, Disques AZ, 1971, 11€99.

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17 03 09

Livre de Bord N°6


Livre de Bord N°6 from Brice Depasse on Vimeo.

Invité : Michel Quint
Il y est question de ses trois livres publiés en 2008 :
Une ombre sans doute (Joëlle Lossfled), Max (Perrin) et Sur les pas de Jacques Brel (Presses de la Renaissance), et aussi de Effroyables jardins (Folio) et du film de Jean Becker.
Et aussi : Ken Grimwood : Replay (Points) ; Prout de pompier et Prout de dragon de Noé Carlain et Anna-Laura Cantone (Sarbacane) ; Providence de Valérie Tong Cuong (Stock) ; Parle-moi d'amour de Philippe Claudel (Stock) et Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute de Maurice G. Dantec (Albin Michel).

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01 03 09

Ca ne pleure pas, un homme

DELONA 44 ans, Anthony Delon se raconte pour la première fois. Son père, les femmes, jet set, faits divers, ne sont que des mots qui font les phrases des canards ou des rubriques people. Vous allez découvrir une vie très compliquée, une existence vécue comme une malédiction d'être qui se transmet de génération en génération. Aujourd'hui, Anthony Delon veut être le premier maillon d'une nouvelle chaîne qui tourne le dos à cette malédiction. Enfants. Espoir. J'aime.

  ANTHONY DELON - Nicky Depasse 1
  ANTHONY DELON - Nicky Depasse 2

Le premier maillon, Anthony Delon, Michel Lafon, 2008, 184p., 17€95.

DELON_AnthonyPhoto : Alain Trellu

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18 02 09

Minuscules beautés

zoomINSECTES_couv_fr_1226683678Mille et une pattes, Microcosmos, ou encore l’hilarante série d’animation télévisée Minuscule le prouvent, le monde des insectes nous fascine. Avec leurs trois paires de pattes, trois paires d’ailes, les insectes nous ravissent (coccinelles, libellules, papillons), nous agacent (mouches et moustiques), nous inspirent (fourmis, « Bernard, si tu nous lis ! ») ou nous intriguent (phasmes et mantes religieuses).
Plus de 200 splendides photos macros de cet univers vivant micro, c’est ce que nous propose ce beau livre de Jean-Claude Teyssier illustrant des textes de Jean-Henri Fabre, un célèbre entomologiste … de la fin du XIX° siècle.
Photos, lumières et couleurs éblouissantes. Une très belle réussite éditoriale.

Le monde des insectes, de Jean-Claude Teyssier, Jean-Henri Fabre, Michel Lafon, 2008, 192p., grand format, 34€90.

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09 02 09

Un nombril pas ordinaire

MOUZATAmateurs d’aventure, abstenez-vous. Voici un roman “nombriliste”, centré sur la narratrice, une jeune femme de son temps, porteuse de tous ses excès et de toutes ses faiblesses. Les nôtres, donc, poussés à leur paroxysme. De l’homme à la femme sans qualités, de Musil à Mouzat, il y a plus qu’un changement de sexe : un changement de monde.
Mais on est toujours dans la littérature et dans les beautés que créent la langue. La confession d’une femme à l’homme qu’elle a peur d’aimer, alors qu’elle a cru mener sa courte vie à la mort, la dévouer à la stérilité à laquelle son corps la condamne. Condamnation ou liberté ? Elle n’est pas du troupeau des “femelles”, elle est d’un troupeau unique : celui de ses peurs, de ses fantasmes, des phrases qu’elle tisse dans la nuit pour fuir et retrouver ce et ceux qu’elle fuit.
Un premier roman. Narcissique, comme, dit-on, tous les premiers romans. Mais le narcissisme s’offre toujours en miroir pour les voyeurs que sont les lecteurs, non ?
Vincent ENGEL

Une femme sans qualités, Virginie Mouzat, Paris : Albin Michel, 2009. 178 p. 15 €

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02 11 08

Les 400 goûts

CAMDEBORDEAmateurs de cuisine de bistrot, d'esprit et de bien-vivre, vous allez être comblés. Yves Camdeborde, grand maître de la cuisine de bistrot, vous donne cent recettes à faire chez vous. Une centaine de plats racontés à la première personne du singulier (J'assaisonne de bon goût) et photographiés avec amour (par Yves Duronsoy) vous inspireront, vous affameront.
Après avoir oeuvré dans la vapeur des cuisines du Crillon, du Ritz ou encore de la Tour d'Argent, Yves Camdeborde à décidé de rouler pour lui en ouvrant son propre comptoir du plaisir (Le relais St Germain à Paris). Il vous offre aujourd'hui les clés de sa cuisine car, comme le disait le chef Gusteau, "tout le monde peut cuisiner". Sauf qu'avec Simlement Bistrot, c'est facile, c'est beau et ça plaira à tous les amoureux de la vie.
A lire et à offrir.
Nicky Depasse

Simplement BISTROT (des recettes pour tous les jours), Yves Camdeborde, Michel Lafon, novembre 2008, 190p., 25€00 env.

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08 10 08

Born in the Bayou

BIGUENETAuteur de nouvelles reconnu aux Etats-Unis, John Biguenet, passe à la vitesse supérieure avec ce roman vénéneux aux thèmes universels. Dans le décor pour le moins inédit du monde des éleveurs d’huîtres du Golfe du Mexique, deux familles se déchirent sur fond de récession et de catastrophe écologique et économique. Au cœur de toutes les passions et de toutes les violences, Theresa, jeune et fougueuse, prend des allures de Scarlett O’Hara du nouveau siècle. Le canevas est certes moins épique, mais les passions, les interrogations et l’attachement au sol marécageux du Bayou valent bien les péripéties de la belle du Sud inventée par Margaret Mitchell. L’histoire se développe sur le canevas codifié de la saga familiale made in USA, mais les personnages, eux, font preuve d’une belle complexité, obligés qu’ils sont de combattre les fantômes du passé tout en gardant les yeux fixés sur un avenir bien incertain.
Le style carré, dépouillé presque, de l’auteur renforce encore cette impression de tension dissimulée sous les eaux trop calmes... tel un alligator guettant sa proie dans la vase du bayou.
Dr Corthouts

Le secret du Bayou, John Biguenet, Albin Michel, 2008, 407p., 19€90.

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02 08 07

La jeunesse n'a pas d'âge

AUFRAYQui pourrait deviner en le voyant que Hughes Aufray est dans sa soixante-dix-huitième année? Le chanteur qui publiera un nouvel album à la rentrée, remontera sur la scène de l'Olympia avant de partir en tournée, monte toujours à cheval et s'occupe de sa grande famille.
A-t-il un secret pour prolonger ainsi sa jeunesse ? Il en a plutôt une multitude qu'il égrène dans ce livre au fil de ses expériences de vie. Il ne s'agit ici ni de remède miracle, ni de médecine parallèle, ni de traitements coûteux dont on trouve une abondante littérature chez des éditeurs occultes.
Comme l'écrit Muriel Barbéry :" Vivre, mourir : ce ne sont que des conséquences de ce qu'on a construit. Ce qui compte, c'est de bien construire."
Brice Depasse

  HUGHES AUFFRAY - Brice Depasse 1

  HUGHES AUFFRAY - Brice Depasse 2

01 07 07

Aphorismes selon Orban

ORBANChristine Orban en appelle aux plus grands depuis Aristote en passant par Freud, Verlaine, Tourgueniev, Spinoza, James, Hugo, j'en passe, pour évoquer tous ces mots qui parlent de la vie des hommes.
Etonnant mais la sauce ne prend pas et le lecteur se surprend à voler de plus en plus vite de page en page, de citations en italiques aux commentaires de l'auteure.
Reste un carnet qui n'était sans doute pas destiné à la publication. Décevant de la part d'un écrivain qu'on aime pour la finesse de son écriture.
Brice Depasse

Christine ORBAN, Petites phrases pour traverser la vie en cas de tempête... et par beau temps aussi, , 186 p., 12,50 € , Albin Michel