04 06 10

Notules de JL Kuffer : L'épouvantail de Connelly

CONNELLYUn vertige glacé saisit le lecteur de L'épouvantail en pénétrant, dans le sillage d'un hacker démoniaque, au coeur des fichiers personnels d'un journal et des rédacteurs de ce journal, pour assister ensuite à la traque physique des personnages espionnés, et à l'élimination d'un d'eux. Que l'usage de l'Internet puisse avoir quelque chose de diabolique, nul n'en doute, mais encore s'agit-il d'en illustrer une modulation crédible sans tomber dans le gadget technologique ou la paranoïa naïve. Or, c'est le cas du dernier thriller de Michael Connelly, toujours aussi rigoureux dans sa documentation et qui installe, en l'occurrence, un psychopathe de haute compétence au coeur d'une "ferme" informatique, serial killer en blouse blanche. Une douzaine d'années après Le poète de fameuse mémoire, nous retrouvons le journaliste Jack McAvoy et sa complice Rachel Walling réintégrée dans le FBI. Le duo, reconstitué après des coups encaissés de part et d'autre, fonctionne toujours aussi bien, et le roman nous vaut un bel aperçu du climat des rédactions actuelles en voie de RDP (réduction du personnel), sur fond de passage progressif de l'écrit au numérique. Après Le vertict du plomb, et malgré les redites et autres stéréotypes, Michael Connelly reste un des maîtres actuels du genre.
Jean-Louis KUFFER

Michael Connelly. L'épouvantail. Traduit de l'anglais par Robert Pépin. Seuil policiers, mai 2010, 491p. 21€80.

Écrit par Brice dans Thriller, Polar | Commentaires (1) |  Facebook | |

03 05 10

Regarde les vagues

EMMANUELOn pense évidemment au Conrad de Coeur des ténèbres, ou au Naipaul d'À la courbe du fleuve en remontant celui du nouveau roman de l'auteur de La Question humaine et de Regarde la vague, pour citer deux des meilleurs titres de François Emmanuel. Dès les premières pages, un malaise s'instaure à bord de la Katarina, bateau de croisière prévu pour l'agrément des nantis et qui se trouve bientôt entouré par la guerre à la suite de récentes péripéties politico-militaires. Sous le regard d'un reporter de télévision, les tribulations vécues par les membres de la croisière, où voisinent tel notable français sûr de ses droits et tel couple étrange formé d'un très vieil homme et de son accompagnatrice, ou encore tel écrivain dont le seul nom (Naginpaul) est immédiatement évocateur, entre autres voyageurs, se déroulent dans une espèce de climat irréel et plus que réel à la fois, où le grotesque de la situation ordinaire d'une "croisière de rêve" risque à tout moment de tourner au drame - tout cela que l'écriture très rythmée, lancinante et parfois même envoûtante de l'écrivain belge rend admirablement.
Jean-Louis KUFFER

François Emmanuel, Jours de tremblement, Seuil, janvier 2010, 175p., 16€00.

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

25 03 10

Les ailleurs d'Olivier Rolin

rolinOlivier Rolin revient-il de l’enfer ? De quel cul du monde nous arrive-t-il avec sa dégaine de damné ? Et quels sont donc ces « derniers jours » qu’annonce le titre de son nouveau récit déjà plombé par le nom de Bakou, sur la couverture duquel l’écrivain baroudeur s’est photographié lui-même devant une porte close, mal rasé et mal fringué, l’air de porter le poids du monde et de nous le reprocher avec son air de catastrophe ?
À l’air du look et des images «cultes», cette mise en scène pourrait faire conclure à la « posture » complaisante, genre Rimbaud au Harrar ou Camus à la sèche, encore accentuée par les divers portraits de Rolin insérés dans le livre, en Afghanistan ou au bord de la mer des Khazars et même en boxer dans sa chambre d’hôtel, à 62 balais, « pas si mal ! » selon lui. Or, on ne lui en fera pas le reproche dans la mesure où la démarche de ce récit s’inscrit dans un retour sur soi de l’homme vieillissant qui reste, avec un grain de sel, extraordinairement poreux et curieux de tout. Olivier Rolin a « payé », pourrait-on dire d’une formule. Il a beaucoup vécu et bourlingué, beaucoup lu et rencontré ses semblables, beaucoup écrit là-dessus. Dans tous ses livres, en outre, la part de l’Histoire intervient à tout moment, comme dans les premières pages consacrées ici à Bakou qui le font évoquer la « frise de têtes coupées » ponctuant les régimes successifs de cette ville très convoités, ou les menés de révolutionnaire-gangster du jeune Staline qui lui inspirent une sympathie accordée à ses propres souvenirs de leader gauchiste. De la même façon, la lecture du monde, très nourrie de bouquins, passe par maintes rencontres significatives, comme celle de la jeune Sabina qui rêve de devenir businesswoman en Suisse ou de l’ancien officier de l’Armée rouge qui semble avoir a perdu son âme en Afghanistan. Or, on peut rappeler, en passant, que Rolin a sillonné le monde, aussi, au titre de grand reporter.
Cela étant, c’est bel et bien une idée d’écrivain jouant avec la fiction qui est à l’origine de son retour à Bakou. Ayant en effet imaginé, dans un récit (Suite à l’hôtel Crystal) datant de 2004, qu’il se suiciderait en 2009 dans un hôtel de la capitale mondiale du pétrole, d’une balle de pistolet Makarov 9mm, l’écrivain y revient six ans après sa première escale. Hélas (ou tant mieux ?), l’Hôtel au nom presque mythique (Apchéron, au lieu d’Achéron, le fleuve infernal) a disparu et le fameux suicide différé « pour de vrai », au jour même où un forcené perpétue un massacre dans une université – et le réel de revenir au galop !Jeu d’ailleurs constant que celui de la réalité et de la fiction, dans ce livre lesté de mélancolie autant que d’humour, où l’écrivain revisite certains de ses livres, comme L’Invention du monde (Seuil, 1993) où il s’était donné pour contrainte de raconter la planète en la même journée d’équinoxe printanière du 21 mars 1989. Au passage, il rappelle que Guy Debord, qui disait qu'on ne peut bien écrire que si l'on a bien lu et bien vécu avant cela, n'a pas raté, lui son suicide. Et de se contenter d'ajouter avec un clin d'oeil: "Moi, j'ai vieilli"...
Manière noire
Si la mode des « étonnants voyageurs » sacrifie parfois l’écriture à l’anecdote plus ou moins exotique, Olivier Rolin fait partie, comme un Nicolas Bouvier, de la catégorie des stylistes, avec un ton et une poésie à lui. Sa patte unique marque autant ses récits de pérégrinations (En Russie, La Havane, Voyage à l’Est) que ses roman, dès Phénomène futur (son premier livre, en 1983) jusqu’à Un chasseur de lions (2008) en passant par Bar des flots noirs ou Port-Soudan, entre autres.
Comment qualifier le style de Rolin ? Par un mélange de vigueur épique et de lyrisme, d’acuité concrète et de solidité presque rocailleuse dans l’usage des mots, à quoi s'ajoutent de constantes pépites d'érudition joyeuse, le tout baignant dans une sensualité à pointes d'angoisse. Il y a chez lui du poète, autant dans ses descriptions très détaillées de lieux construits (dès les premières pages de Bakou, la ville est physiquement là, avec ses vieux quartiers et ses horizons industriels décatis) que dans celle qu’il consacre à la nature. On pense en outre, à la lecture de son dernier livre, qu’il émaille de photos en noir et blanc à la manière du grand écrivain allemand W.G. Sebald, à la « manière noire » chers à certains graveurs, qui tire une beauté souvent inattendue de visions rebutantes au premier regard.
Voir Bakou et mourir ? "Ce qui serait vraiment mourir (...), ce serait de comprendre soudain qu'on n'a pas fait d'oeuvre - que tout ça, tous ces jours, ces nuits sous la lampe, ces miliers de pages, c'est rien, pour rien"...
Jean-Louis KUFFER

Olivier Rolin, Bakou, derniers jours, Seuil, collection Fiction & Cie, février 2010, 173p. , 17€00.

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

10 03 10

Le mentir vrai de Régis Jauffret

JAUFFRETRégis Jauffret revisite l’affaire Stern en se coulant dans la peau de la meurtrière. Paradoxalement, la fiction sonne ici plus vrai que les faits étalés.
Il y a tout juste cinq ans de ça, le 1er mars 2005, le richissime banquier Edouard Stern, figure du gotha international, fut retrouvé mort à Genève, le corps gainé d’une combinaison de latex, ligoté et criblé de quatre balles. Identifiée comme la coupable de ce meurtre sordide en milieu chic, Cécile Brossard, «secrétaire sexuelle» quadra du milliardaire, fut jugée et condamnée à 8ans et demi de prison. Elle en sort ces jours…
Au procès assistait le romancier français Régis Jauffret (déjà connu pour une œuvre noire, notamment marquée par Clémence Picot, Asiles de fous - Prix Femina 2005 - ou Microfictions), qui en rendit compte dans Le Nouvel Observateur, comme l’avait fait Emmanuel Carrère, lui aussi romancier de premier rang, d’un autre procès mémorable, du faux médecin mythomane Jean-Claude Romand qui massacra sa famille.
Or le rapprochement lance évidemment la question: en quoi le roman permet-il d’aller «plus loin» que le seul reportage? Avec L’Adversaire (Gallimard 2002), Carrère avait répondu par une véritable immersion dans le milieu fréquenté par le tueur, qu’il avait approché personnellement. Tout autre est la démarche de Régis Jauffret, qui se coule littéralement dans le personnage de la criminelle (jamais nommée, pas plus que Stern) dont il raconte les tribulations au fil de la longue fugue, jusqu’en Australie, qui suit immédiatement son meurtre avant qu’elle ne se livre à la police. Dans la foulée, on revit une aventure passionnelle immédiatement marquée par la personnalité très ambivalente du banquier, mélange de dominateur cynique passionné d’armes et de fils à maman blessé se pelotonnant auprès de sa maîtresse en lui confessant sa «peur des loups». Le mari, aussi malin que falot, admet que sa conjointe devienne son «chéquier vivant» avec son rival qui l’humilie, mais la relation triangulaire se complique encore avec les enfants du banquier que la double vie glauque de leur père traumatisera. La narratrice les comprend d’autant mieux que sa propre enfance a été une horreur, violée qu’elle fut à 12 ans par un ami de sa mère et terrorisée par un père violent et lubrique.
Au demeurant il y eut aussi de beaux moments dans cette passion, représentant plus qu’une banale relation tarifée. «Il était le seul homme à m’avoir à ce point voulue», remarque-t-elle ainsi, et lui dit à un moment donné qu’il aimerait un enfant d’elle, puis lui offre 1 million en guise de «bébé» de substitution, dont il lui refuse finalement la garde. Et les coups, les cadeaux, la goujaterie d’alterner: «Il exigeait que je le maltraite. C’était un ordre. Une prérogative de son pouvoir absolu. De la dominatrice, il a toujours été le maître.»
Dans son préambule, Régis Jauffret affirme que «la fiction éclaire comme une torche», mais aussi que «la fiction ment». Le romancier fait parfois violence à la logique pour fouiller la déraison humaine. Il en résulte un roman net et cinglant, qui n’excuse personne mais diffuse une réelle empathie - non sentimentale.
Obscure passion
De quel droit Régis Jauffret parle-t-il au nom de la meurtrière qui crache son histoire dans Sévère? Pas un instant on ne se le demande en commençant de lire ce récit mené à la cravache. «Je l’ai rencontré un soir de printemps» sonne comme «il était une fois», et c’est parti pour le conte noir. Onze lignes sèches pour dire comment tout s’est précipité après que le banquier a repris le million de dollars que sa maîtresse lui a extorqué: «Je l’ai abattu d’une balle entre les deux yeux. Il est tombé de la chaise où je l’avais attaché. Il respirait encore. Je l’ai achevé. Je suis allée prendre une douche…»
Schlague des mots. Cela s’est-il passé exactement comme ça? On s’en fout. Régis Jauffret a suivi tout le procès Stern, dont il connaît les détails, mais ici, le fait divers devient mythe. Pas trace du voyeurisme moralisant des médias. On croit cette femme: dure pour en avoir bavé dès l’enfance, et qui rêve encore du prince charmant, richissime pauvre type, dominateur et perdu. Et la vie de s’en mêler: l’obscur de la passion humaine, la société et ses embrouilles…Le noir a toujours marqué les romans de Régis Jauffret, parfois jusqu’au morbide. Or, curieusement, le plus saturé de réalité «réelle» d’entre eux, le plus limpide aussi, sonne le plus vrai, grâce à la fiction…
Jean-Louis KUFFER

Régis Jauffret, Sévère. Seuil, mars 2010, 160p., 17€00.

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

05 02 10

James et Marcel

ROEGIERSChanger une lettre, voilà le secret de la littérature.
Le titre est ambitieux, le propos ne l'est pas moins: la rencontre de deux génies de la littérature, Marcel Proust et James Joyce, une nuit de mai 1922 et le "coup de foudre" illico suscité. Voilà qui eût pu, à coup sûr, verser l'ouvrage dans le pédantisme le plus absolu.
C'était compter sans Patrick Roegiers et sa verve omni-libérée.
Si la rencontre "historique" des écrivains a bien eu lieu - le 18 mai 1922 - elle ne débouche sur aucun échange verbal ni courant de sympathie. Qu'à cela ne tienne, l'auteur lui greffe un roman tout simplement ...exubérant.
Epicurien des mots, insolent, joyeux, prolixe, sautillant, comique, drôle, saoulant, ...Patrick Roegiers visite La Recherche et Ulysse, opposant aux génies en présence, celui de son imagination la plus débridée. L'épisode de la madeleine sur laquelle à partir de réminiscences fulgurantes, sortes d'anamnésies ou rejaillissements inattendus des sensations qu'il qualifiait de souvenirs involontaires, s'était bâtie son abyssale oeuvre tient du passage d'anthologie.
Farfelu au carré, le roman plonge le lecteur dans un surréalisme à la belge, généreux et fécond et un loufoque à la française qui décoifferait les cantatrices les plus chauves.
La seconde partie du roman s'embrase sur la mort de Marcel Proust et l'hommage anachronique que lui rendent les grands noms de la littérature universelle.
De la haute voltige verbale, farcie de néologismes, truffée d'un sens inné de la formule.
Apolline Elter

 La nuit du monde, Patrick Roegiers, roman, Seuil, janvier 2010, 172 pp, 18 €

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

13 04 09

De naissance en renaissance

FLEMCurieux et touchant livre que celui-ci. Lydia Flem raconte le moment où une mère voit ses enfants partir, devenir adultes. L’occasion de revenir sur la vingtaine d’années passées, les liens tissés, les réussites, les erreurs. Cette grande banalité des rapports parents-enfants, à chacun unique.Entre récit et essai, elle touche à tous les aspects de cette relation et de cet événement particulier qu’est la séparation. Le cas particulier s’estompe : c’est nous tous qui sommes concernés. Nous qui avons été enfants, sommes devenus parents. Cessons, par la mort de nos parents, d’être enfants, à peu près au moment où nos enfants deviennent adultes. Sans rien cacher des difficultés, Lydia Flem insiste cependant sur le merveilleux mystère qui nourrit ces relations privilégiées. Sa fréquentation de la psychanalyse ne la conduit pas à dépister des traumatismes partout, mais des étapes qui construisent les personnalités. Lesquelles trouvent toujours dans l’amour de quoi se fortifier. Et c’est bien l’amour qui prime ici, un amour lucide et tendre.

Vincent ENGEL

Comment je me suis séparée de ma fille et de mon quasi-fils, Lydia Flem, Seuil, février 2009. 171 p. (La librairie du XXIe siècle). 14€00.

25 01 09

Où il est encore question de Quiriny, le fabuleux

QUIRINYQuand j’ai appris que le Prix Rossel 2008 (un peu l’équivalent belge du Prix Goncourt) était attribué à un recueil de nouvelles fantastiques, mon sang n’a fait qu’un tour et je me suis précipité chez mon libraire. Un prix décerné à un livre relevant des littératures de l’Imaginaire : voilà qui est assez rare que pour être souligné !
Bernard Quiriny est Français mais né en Belgique (en 1978), et ces Contes carnivores est son deuxième ouvrage après L’Angoisse de la dernière phrase, paru chez Phébus en 2005. Après dévoration immédiate (comme le conseille la bande publicitaire), je dois avouer que ce recueil est tout à fait remarquable. Il ne s’agit pas de fantastique traditionnel, mais plutôt de ’réalisme magique’ ou de ’merveilleux’ au sens latino-américain. De ces quatorze nouvelles, certains textes ne sont d’ailleurs pas vraiment du fantastique, mais ils sont étranges, insolites. La marge est étroite.
Prenons quelques exemples. Pour faire l’amour avec une jolie jeune fille rencontrée par hasard, vous devez... la peler car sa peau est... Sanguine, conte initial. Un évêque vit avec deux corps et se transpose tantôt dans l’un tantôt dans l’autre (L’épiscopat d’Argentine). La langue des Yapous est totalement incompréhensible car reposant uniquement sur des malentendus (Quiproquopolis). Une société d’admirateurs de marées noires s’est constituée, et ses membres courent d’une catastrophe à l’autre pour en juger l’esthétique (Marées noires). Un critique musical n’écoute pas la musique, mais... la sent, à l’odeur (Chroniques musicales : Synesthésie). Un peintre renommé couronne son oeuvre en se faisant tuer en plein vernissage : le tableau criblé de son sang est à présent terminé (Souvenirs d’un tueur à gages : Autoportrait). Le ’zveck’ est un alcool très dangereux : il ne tue pas, mais rend saoûl pour la vie (Une beuverie pour toujours).
Tout ceci vous démontre le talent infiniment varié de Bernard Quiriny : il détache de la réalité l’élément qui constituera le fil de son idée et en orne sa fantaisie. Quelques récits sont tout de même de pure obédience fantastique, tel Qui habet aures, l’histoire d’un homme qui entend les pensées des autres quand elles le concernent directement. Et lorsqu’il entendra la voix d’une femme qui l’aime, mais dont il ignore tout, le drame s’enclenche... Mélanges amoureux racontent les complexes circonvolutions d’un personnage marié, et amoureux de trois autres femmes, dont le reflet se révèle dans les miroirs de chacune... des autres. Un peintre sur oeufs est amené un jour à illustrer un oeuf... né d’une femme (L’oiseau rare). Quant à la nouvelle titulaire, qui conclut le volume, qu’il me suffise de vous dire qu’elle relate la troublante relation entre un botaniste et ses dionées qui, comme chacun le sait, sont des plantes... je n’irai pas plus loin.
Chaque nouvelle est courte, et écrite à la pointe sèche, souvent caustique. Deux d’entre elles se subdivisent en sous-nouvelles : Chroniques musicales, et Souvenirs d’un tueur à gages. Ah, il y a aussi une mini-série de notices biographiques d’écrivains imaginaires. Et puis, qui est ce Pierre Gould, qui apparaît de façon récurrente ? Vous le voyez, ce livre est une mine de fascinations curieuses de toutes sortes, et qui hantent l’esprit longtemps après lecture. La préface d’Enrique Vila-Matas est aussi mystérieuse que les textes qu’elle introduit. Ce Prix Rossel, amplement mérité, est une véritable découverte, qui réjouira tout ceux qui souhaitent un fantastique « neuf » !
Bruno Peeters

Contes carnivores, Bernard QUIRINY, Editions du Seuil, 2008, 250p., 18€.

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

18 09 08

On se retrouvera

IRVINGJack a 4 ans et vit à Halifax en Nouvelle-Ecosse, Canada. Sa mère est une tatoueuse célèbre surtout pour un de ses dessins « la Rose de Jéricho ». Mais dans la vie, elle a fait le mauvais choix pour son mariage : William, le père de Jack, est un musicien coureur de jupons qui s’est vite fait la malle.Jack va suivre sa mère, de continent en continent, à la recherche de ce père avant de revenir au Canada et d’apprendre à grandir sans ce père.Jack entretient des relations complexes avec des femmes plus âgées, figures maternelles remplaçant ce père absent et inconnu. Il fait carrière à Hollywood en tant qu’acteur spécialisé dans les rôles de travestis.
John Irving est un monstre « sacré » de la littérature et chaque fois, ses ouvrages montent dans les listes des best-sellers.Toujours, le thème du père est présent (« Le monde selon Garp »), celui de la mère à la limite de l’abus psychologique et physique. John Irving est un enfant sans père, n’ayant appris son identité qu’a presque 40 ans, alors que ce dernier était décédé et cette influence n’est même pas à mettre en doute. Lire la suite
Véronique de Laet

Je te retrouverai, John Irving, traduit par Josée Kamoun et Gilbert Cohen-Solal, Points, 2008, 1025p., 9€80.

Écrit par Brice dans Poche | Commentaires (0) |  Facebook | |

18 05 08

La chute

EMMANUELTrouble. Fascination. Répulsion. Sauvetage. Amour. Évanouissement. Enlacement. Lecture. Littérature. Sexe. Secret.
Ne nous est-il donné que le tag pour résumer ce très court récit étonnamment puissant ? Cet Enlacement condensé de littérature, magnifique coin perdu au misérable royaume de l'image omniprésente, ne se raconte pas. Il s'ouvre, se lit, se vit dans la solitude de l'homme face à une oeuvre d'art.
Vous auriez tort de passer à côté de cette expérience.
Brice Depasse

Un récit, deux protagonistes : Ana Longhi et le narrateur. La visite du musée du Belvédère, à Vienne, et soudain l’éblouissement devant le tableau d’Egon Schiele, L’enlacement. Ana Longhi s’écroule sur le sol, offrant au narrateur, une rapide percée sur son intime fragilité : « Ni son parfum ni l’ivresse de cette intimité soudaine mais, il me semble aujourd’hui, le pressentiment de ce vers quoi elle m’attirait avec force, en douceur, le vertige de ce qui allait devenir notre histoire. » p 11.
Récit et narrateur auront dès lors pour but de sonder le mystère, la blessure originelle fondatrice de l’attitude étrange de « cette femme aux allures princières et aux silences si fragiles. »
Un récit fort, d’amour, fascination, respect entaché qui aspire le lecteur et l’envoûte au rythme des phrases, ces phrases longues, harmonieusement balancées - la voix d’une écriture - typiques de l’écriture de François Emmanuel.
« Les détails sont redoutables parce qu’ils prolifèrent quand nous ne saisissons pas le cœur des choses, ils font écran à ce que nous ne voulons pas voir. » p 30
Un récit qui donne voix, voie d’écriture, au silence d’une souffrance enfouie.
Apolline Elter

L’enlacement, récit, François Emmanuel, Seuil, avril 2008, 89 pp. 12€.

Commander « L’enlacement »

ENLACEMENT_SCHIELE
L'enlacement, Egon Schiele, Musée du Belvédère.

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |  Facebook | |

17 05 08

Le rythme des arbres

MABANCKOUCe livre est un recueil de poésies courtes (rarement plus de 6 lignes).
J’ai toujours trouvé stupide de faire des analyses de la poésie qui me semble être une forme d’écriture assez automatique et émotionnelle.
La résumer est encore plus ridicule.
Gardons ici l’idée d’une poésie "nature" avec ce qu’il faut d’exotisme pour nous rappeler que l’auteur, même exilé en Amérique du Nord, reste "enraciné" dans la terre d’Afrique. Qu’on y sent plus la poussière que la pluie et la chaleur que la neige...
L’oeuvre est sobre dans son format de poche, le style exclut encore une fois les ponctuations et les majuscules.
On se laisse aller au rythme, celui des pages qu’on tourne... A l’idée qu’on se fait de l’Afrique Noire ou à celle que l’on connait...
Véronique De Laet

Tant que les arbres s’enracineront dans la terre, Alain Mabanckou, illustré par Joëlle Jolivel, Points, octobre 2007, 315P., 7€00.

Commander « Tant que les arbres s'enracineront dans la terre et autres poèmes »

Écrit par Brice dans Poésie | Commentaires (0) |  Facebook | |