30 11 17

Le semeur de croix

colmant.jpgComme j'aime les expressions, celle qui convient le mieux pour ce premier roman policier de Philippe Colmant (Poète, par ailleurs) c'est « tenir en haleine » ! On ne décroche pas une seconde de la lecture passionnante de ce « Semeur de croix ». C'est d'autant plus incroyable que nous savons, nous les lecteurs, dès le début qui est le coupable ! Le suspens se porte donc ailleurs : le commissaire Van Calster parviendra-t-il à découvrir qui est ce tueur en série et pourquoi il sème des croix sur chaque victime. C'est que ce tueur porte le nom improbable de Jézus Crucifix (mais sera appelé tout au long du livre par la lettre J. )

C'est une nouvelle sorte de roman policier, de thriller, qui s'apparente très fort aux séries télévisées. C'est une de ses qualités.

Ce meurtrier est aussi un amateur de poésie et de musique classique ! « J. Aimait autant le silence que la musique, tant il est vrai que le silence la contient tout entière. »

Le style de l'auteur est évidemment fluide, simple, clair et parfois poétique et drôle : « Octobre touchait à sa fin. Les parcs de la ville rouillaient dans le recueillement, tandis que les belles avenues arborées avaient déjà perdu l'essentiel de leurs feuilles. »

« Dehors, un merle courageux et obstiné chantait à tue-tête »

« Le soir semblait tout à coup pressé de tomber ».

 

Philippe Colmant, excellent observateur des mœurs de notre temps, l'égratigne aussi parfois avec raison : « Il demanda au chauffeur de brancher la radio. Les nouvelles étaient assez lacunaires, ce qui n'empêchait nullement les médias de se lancer dans une surenchère presque frénétique de scoops et de chiffres. De quoi avoir la nausée ».

J'adore aussi dans les suspens ces notations qui nous titillent la curiosité : « Il affirmait ne rien craindre. L'avenir lui montrerait qu'il avait tort »

Pour nos longues soirées d'hiver assurément !

 

Jacques MERCIER

 

« Le semeur de croix », roman, Philippe Colmant, édition Demdel, 240 pp, 12,50 euros. www.demdel-editions.com

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26 11 17

Une révélation : Adeline Dieudonné !


adeline couve opuscule.jpgAlors qu'il est question dans ce magnifique petit roman de rafales de kalachnikov, la lecture du livre « Seule dans le noir » peut se comparer à une rafale de phrases, de mots, de sensations. On la prend en plein cœur et on en sort tout étourdi, heureux d'être en vie. C'est rapide, terrible et efficace.

J'avais lu Bonobo Moussaka, le premier texte de théâtre de Adeline Dieudonné (dont Eric De Staercke explique dans la préface du livre paru chez Lamiroy* : « Le héros de cette histoire, c'est notre petite voix intérieure, une voix qui s'exprime sans concessions, sans entraves sans inhibition car elle est tout intérieure et que seul le lecteur peut l'entendre ») et j'avais été frappé par cette réflexion : « Elle se dit qu'elle est probablement un peu trop sentimentale. Ça vous perd toujours d'être sentimentale... »

On suit ici l'événement terrifiant qui arrive à Julianne, de l'intérieur, avec sa perception des choses. Tout ce qui vient à l'esprit dans un moment critique nous est livré :

« Elle se forçait à regarder au moins une émission didactique par semaine. Cela lui semblait le minimum vital pour ne pas sombrer complètement neuneu. Déjà qu'elle avait renoncé à lire. Trop silencieux. La télé lui donnait l'illusion d'une présence. »

J'ai adoré deux passages essentiels. Vous découvrirez le second en lisant le petit roman, - car ils sont écrits en parallèle, comme deux serre-livres - mais voici le premier, une merveille d'écriture et d'inspiration :

« Sa façon de voir le monde comme un jardin, avec des ronces, des orties, des jours de pluie et quelques lapins morts, c'est vrai, mais aussi avec de la lumière, une brise chaude au parfum de cannelle, des pivoines qui sentent le printemps, un petit ruisseau qui fait son bruit de petit ruisseau, un gazon doux sous les pieds nus, des fruits sucrés qu'on trouve un peu partout si on prend la peine de les chercher. »

J'aime aussi ces pensées que seule peut avoir une nouvelle génération qui découvre la réalité de l'existence :

« A peu de choses près, notre civilisation tient sur le respect des actes de propriété. Et des déclarations TVA. »

Un joyau de plus dans cette extraordinaire collection hebdomadaire d'Eric Lamiroy !

 

Jacques MERCIER

 

Seule dans le noir, Opuscule, Adeline Dieudonné, 36 pp. 4 euros, Édition Eric Lamiroy.

*chez www.lamiroy.be : 10 euros

 

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05 08 17

« J'ai dit bizarre… Comme c'est bizarre ! » (Jacques Prévert, dialogue dans Drôle de drame)

Hôtel meublé.jpgGérald Bertot alias Thomas Owen est né le 22 juillet 1910 à Louvain et il est mort le 2 mars 2002 à Bruxelles.
 
Ses études de droit terminées en 1933, il est engagé dans une meunerie, le Moulin des Trois Fontaines à Vilvorde, dont il sera le directeur pendant quarante-trois ans. Il sera également président général des Meuneries belges, puis du Groupement des Associations meunières de la CEE.
 
Parallèlement, attiré par le surréalisme, il devient critique d'art pour La Libre Belgique et L'Écho sous le pseudonyme de Stéphane Rey.
 
Mobilisé en 1939, il échappe à la déportation qui suit la capitulation de l’armée belge.
 
Sa rencontre avec Stanislas-André Steeman servira alors de déclencheur à sa carrière d'écrivain. L’auteur de L’assassin habite au 21 (1939) l'encourage à écrire des romans policiers, genre peu disponible à l'époque.
 
De 1941 à 1943, Thomas Owen publiera plusieurs nouvelles et romans policiers, caractérisés par « un humour assez féroce », qui attirèrent sur lui l'attention de la critique.
 
Il se tourna ensuite vers la littérature fantastique, en faisant paraître Les Chemins étranges en 1943. C'est de ce genre particulier, romans, contes et récits d'épouvante, que lui viendra la reconnaissance du grand public. Ses nouvelles fantastiques plongent le lecteur dans un univers en perpétuelle collision avec l'horreur et l'irrationnel (1).
 
Il est élu membre de l’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique en 1975, au fauteuil 28 dans lequel il succéda à Constant Burniaux (2) et qui est aujourd’hui celui de Jean-Baptiste Baronian.
 
C’est aussi en 1943 que Thomas Owen rédigea Hôtel meublé, un curieux polar qu’ont ressorti les Impressions nouvelles à Bruxelles, dans la fameuse collection « Espace Nord ».
 
En voici le pitch, fourni par l’éditeur :
 
« Un crime a été commis : Oswald Stricker, vieil expert et usurier, détenteur d’une fortune secrète, est retrouvé mort dans son appartement. L’inspecteur Maudru est chargé de cette curieuse affaire. Il sera très vite secondé par Madame Aurélia, détective amateur, qui va s’installer dans le logement du défunt pour mener l’enquête au plus près des locataires – aussi morbides que saugrenus, vivant dans la misère et prêts à tout pour s’enrichir. Un huis clos fantastico-macabre aux allures de Cluedo. »
 
Ajoutons que le titre lui-même relève de l’étrange, dans la mesure où l’intrigue de ce roman ironique se passe dans une maison qui n’est pas un hôtel meublé, mais qui pourrait l’être, non pas pour des raisons immobilières, mais parce que les personnages pour le moins pittoresques et inquiétants qui l’habitent semblent plus passagers que stables…
 
Un texte tout ce qu’il y a de décapant !
 
Bernard DELCORD
 
Hôtel meublé par Thomas Owen, postface de Rossano Rosi, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, collection « Espace Nord », novembre 2016, 237 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 9,00 €

(1) Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Owen
 
(2) 1892-1975, à qui l’on doit un intéressant Crânes tondus (1930).

28 12 16

Le merveilleux imaginaire de Jean-Luc Fonck

fonck.jpgLorsque j'ai lu le premier manuscrit de Jean-Luc Fonck, j'ai pensé au Boris Vian de « L'écume des jours », aujourd'hui je dois vous avouer que Jean-Luc a créé son propre univers personnel et terriblement attachant. C'est non seulement celui de l'imaginaire, mais de ce fameux imaginaire « belge », qui eut une école très riche il y a quelques décennies.

« Les hommes préfèrent les grottes » est une énigme policière - un prétexte - qui se déroule dans les grottes de Han. (C'est le principe de cette collection de courts romans qui se situent chez nous).

Voici quelques exemples de ce que peut être le style de Jean-Luc.

Dès le début, le voilà discutant avec vous et moi, ses lecteurs : « ... mais ça, c'est une autre histoire que je vous raconterai un autre jour dans une autre vie dans un autre livre dans un autre monde. Voilà. C'est ça que je voulais dire. »

Et puis, cette manière de jouer avec le véhicule/livre. Le troisième chapitre est intitulé « Chapitre étroit » et son court texte est une étroite bande de lecture au milieu de la page. Superbe ! Même idée au « Chapitre neuf » qui commence de cette manière : « Aaaah...enfin...un chapitre neuf... ça me fait plaisir... y en a marre de ces vieux chapitres »

Les digressions de Jean-Luc (comme dans la chanson, comme à la radio, comme sur scène) sont dingues : « J'essaie de la faire revenir... Sans succès. Mais je m'en doutais... Je n'ai jamais su rien faire revenir... même pas les oignons... Un jour, j'ai réussi à faire revenir un souvenir... Ca m'a procuré un immense plaisir... Immense, mais de courte durée. Je me suis très vite rendu compte que si j'avais réussi à le faire revenir, c'est finalement parce qu'il n'était jamais parti. »

Quant à la belgitude, que l'auteur s'entend si bien à utiliser. Que dire de cette flle qui a un oeil droit couleur d'une Leffe brune et le gauche couleur Rochefort 10°... Ou plus loin, l'apparition (en enfer) d'une Flamande : « Wablief ? Mijnheer ? »

La poésie, la philosophie, tout s'y trouve : « Ceci dit, si la surprise avait des limites, rien que ça, ce serait déjà surprenant. »

Lire du Fonck, c'est la certitude de passer un moment délicieux, composé de multiples facettes, de surprises dans l'action, dans la réflexion, dans le style. Et le suspense est total !

 

Jacques Mercier

 

« Les hommes préfèrent les grottes », Jean-Luc Fonck, Ed Luc Pire, Roman de gare, 12/18,5 cm, 144 pages, 10 euros

 

 

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16 04 16

Sua Culpa

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 " Dans la vie courante, il oubliait. La mort de Rémi Desmedt était un fait divers ancien, un souvenir d'enfance pénible, des semaines passaient sans malaise. Antoine n'était pas indifférent : son crime n'existait plus. Puis soudain, un petit garçon dans la rue, une scène au cinéma, la vue d'un gendarme déclenchait en lui une peur incoercible, impossible à maîtriser. La panique s'emparait de lui , l'imminence de la catastrophe engloutissait sa vie, il devait déployer des efforts gigantesques pour faire retomber toute cette pression à grands coups de respiration lente, d'autopersuasion et surveillait les palpitations de son imaginaire comme un moteur dont on guette avec anxiété le refroidissement après une brusque surchauffe"

 Est-il possible de vivre  "normalement", sereinement, après le meurtre- fortuit - d'un bambin de six ans?

La question est au cœur du thriller de Pierre Lemaître, qui nous rappelle que l'écrivain, Prix Goncourt 2013  ( Au revoir, Là-haut, éd. Albin Michel) exerce aussi le métier de psychologue. 

Le fait initiateur du roman se passe le 23 décembre 1999 dans la bourgade de Beauval, ville imaginaire de l'est de la France. Antoine Courtin, âgé d'une douzaine d'années, comprimé dans son éducation, tue  Rémi Desmedt d'un coup de bâton dans la tempe; Il est évident que l'effet a dépassé l'intention. Tout aussi évident qu'il eût dû se dénoncer.....

Les terribles tempêtes de 1999 balaient les investigations.

Larvée et traître, l'angoisse d'être dénoncé ne quittera le protagoniste. Les événements se succèdent qui, une bonne décennie plus tard, rappellent le drame à son ...mauvais souvenir

 Un roman palpitant, dénué d'opprobre, de jugement, qui travaille, sans la lâcher, la conscience du lecteur 

 Apolline Elter

 Trois jours et une vie, Pierre Lemaître, thriller, Ed Albin Michel, mars 2016,  288 pp

 

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29 03 16

Enquête au cœur de la Cité ardente…

Disparition à Liège.jpgAprès Crime à Louvain-la-Neuve et Meurtre à Rixensart, Anouchka Sikorsky, qui a travaillé à la RTBF et à RTL-TVI en qualité d’animatrice et de productrice, vient de faire paraître aux Éditions Dricot à Liège un nouveau roman policier très réussi qui a pour titre Disparition à Liège – Au début, ils étaient quatre…

Voici ce qu’en écrit l’auteure :

« Tout le monde vous le dira. Il est improbable que l’on puisse se souvenir sans faute d’événements qui se sont déroulés il y a trente ans. Il en va de même pour le romancier à succès François Valais qui s’entête à vouloir évoquer sa vie et celle de ses copains à l’internat alors qu’il occulte tous les mauvais souvenirs pour ne garder que les bons. Forcément, le récit évoque une fausse réalité. Le lecteur n’est pas sot. C’est pourquoi le dernier ouvrage de l’auteur fait un flop !

Pour éviter que le roman suivant connaisse le même sort, deux copains, Pierre Orsini et Guillaume Gentil, épaulés par une poignée d’amis, déploient toute leur énergie afin de réveiller la mémoire de l’auteur.

Et voilà que l’affaire de la disparition de Jérôme, vingt-huit ans plus tôt, le quatrième copain de la bande, est extirpée des affaires classées…

Et voilà que le crime rôde… Et voilà que la police s’en mêle : l’ex-commissaire Constantin Charlier prête main-forte au nouveau commissaire Aimé de Sécillon, un sentimental lunatique tombé dans la police comme un cheveu sur la soupe.

Ces enquêteurs sillonneront les quartiers, de Liège à Visé, pour faire la lumière sur le crime et sur les souvenirs de l’écrivain. »

Comme à son habitude, l’auteure crée un petit monde de personnages pittoresques qu’elle fait évoluer dans un récit alerte aux rebondissements inattendus tout en reconstituant le cadre de l’action avec autant de précision que d’allant.

Les lecteurs de la Principauté de Liège apprécieront !

Et les autres aussi…

Bernard DELCORD

Disparition à Liège – Au début, ils étaient quatre… par Anouchka Sikorsky, Liège, Éditions Dricot, 426 pp. en noir et blanc au format 13,7 x 0,81 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 20 €

01 02 16

« Et qui pardonne au crime en devient complice. » (Voltaire)

Flic maison.jpgDashiell Hammett (1894-1961) est un écrivain américain, unanimement considéré comme le fondateur du roman noir avec des histoires dans lesquelles les notions de bien et de mal n'ont plus cours et comme le créateur de la figure du détective privé que popularisera Humphrey Bogart à l'écran dans le rôle de Sam Spade.

La contribution de Dashiell Hammett à la littérature américaine et mondiale est d'une importance capitale et des auteurs tels qu'Ernest Hemingway, Raymond Chandler ou Georges Simenon ont reconnu son influence sur leur propre travail.

Détective chez Pinkerton pendant six ans, Dashiell Hammett s’est lancé dans l'écriture dès 1922 avant de publier des nouvelles dans le fameux magazine Black Mask en 1924. En tout, il publiera soixante-cinq nouvelles et cinq romans : L’Introuvable, La Moisson rouge, Sang maudit, La Clé de verre et Le Faucon de Malte qui sera adapté quatre fois au cinéma [1].

Il laisse aussi un roman semi-autobiographique et inachevé, Tulip (1966, publication posthume).

Rassemblant sept nouvelles noires [2] de cet auteur magistral au style sec, visuel et sans fioritures – elles ont paru dans des pulps [3] entre 1922 et 1926 –, le recueil intitulé Flic maison publié chez Omnibus à Paris dans la collection de poche « Bibliomnibus » fait découvrir la réalité brutale qui régnait aux États-Unis à l’époque de la Prohibition et de l’expansion du crime organisé, dans des récits au cadre violent, où les activités de la mafia et la corruption des politiciens et des officiers de police sont omniprésentes. [4]

Frissons garantis !

Bernard DELCORD

Flic maison par Dashiell Hammett, traductions nouvelles ou révisées de Marie-Christine Halpern et Jean F. Amsel, Paris, Éditions Omnibus, collection « Bibiomnibus Polar », avril 2015, 205 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 10 € (prix France)

 

[1] Le Faucon maltais de Roy Del Ruth (1931), Satan Met a Lady de William Dieterle (1936), Le Faucon maltais de John Huston (1941) et Target: Harry de Roger Corman (1969).

[2] L'éléphant vert (1923) ; Flic maison (1923) ; Qui a tué Bob Teal ? (1924) ; Au fer à cheval d'or (1924) ; Le Velu (1925) ; Pièges à filles (1925) et Le complice (1926).

[3] Pour « pulpe » : nom donné au mauvais papier imprégné de morceaux de bois sur lesquels ces ouvrages étaient imprimés.

[4] Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Dashiell_Hammett

15 12 15

Mot pour mot

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L'effet Goncourt

Agit aussi à rebours

 L'occasion de (re)découvrir le thriller particulièrement terrifiant, maîtrisé, magistral qui signa l'entrée de Pierre Lemaître en littérature, en 2006 et l'attribution quasi immédiate du Prix Cognac. 

L'occasion d'écouter l'excellente lecture qu'en opère Jacques Frantz.  Troquant pour l'occasion le pardessus du Fred Vargassien  commissaire Adamsberg pour celui du commandant Camille Verhoeven, héros désormais récurrent des thrillers de Pierre Lemaître, le comédien habille de chair et d'humanité l'enquête qui exposera le quadragénaire dans sa plus douloureuse intimité.

Découvrant avec une répulsion sans nom,  les cadavres atrocement mutilés, saccagés, sectionnés de deux  jeunes prostituées, Camille Verhoeven saisit assez rapidement  le lien "littéraire" qui unit plusieurs affaires du même acabit: obsessionnel, maniaque et perfectionniste - forcément - l'assassin reproduit ligne pour ligne des scènes de crimes particulièrement sordides de thrillers à la petite semaine.

Décidé à ne pas faire les choses à moitié - écoutez l'excellent entretien que Pierre Lemaître accorde à Valérie Lévy - Soussan en dernière plage du CD-  Pierre Lemaître offre d'une intrigue imparable, écriture... soignée et tension impeccable,  un thriller ... effroyable.  Oreilles sensibles... s'accrocher..

Travail soigné, Pierre Lemaître, thriller, Ed. Jean-Claude Lattès, 2006 - Audiolib 2015, texte intégral lu par Jacques Frantz, 1 CD MP3 - durée 12h 33 mn

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Audio Livres, Thriller, Polar | Commentaires (0) |  Facebook | |

29 08 15

Un classique plus moderne que jamais…

Une tragédie américaine.jpgJournaliste engagé, militant socialiste, romancier hors norme, Theodore Dreiser (1871-1945) est considéré comme le père de la littérature américaine du XXe siècle. Le grand critique et théoricien des lettres américaines H. L. Mencken dit que « Dreiser a joué dans la littérature américaine le rôle qu’a joué Darwin dans la biologie, il l’a transformée radicalement ». Les plus grands écrivains américains du XXe siècle se sont, en effet, réclamés de son héritage.

Il est l’auteur d’Une tragédie américaine (“An American Tragedy”), publié en 1925, dont les Éditions Motifs à Paris ont eu l’excellente idée de le ressortir dans une nouvelle traduction française, un texte fort à la frontière du roman policier et du roman social, inspiré de l'affaire du meurtre d’une ouvrière américaine, Grace Minerva Brown (1886-1906).

En voici le résumé :

Fils d'évangélistes errants, Clyde Griffiths vit mal la mendicité dévote de ses parents. Devenu jeune homme, il trouve un modeste emploi de chasseur à Kansas City dans un hôtel de luxe, où la richesse des autres l'éblouit. Là, ses collègues lui font connaître l'alcool et les prostituées. Mais la vie de Clyde bascule quand il tue un jeune enfant dans un accident de voiture. Il fuit la ville et se réfugie auprès d'un oncle fortuné, Samuel Griffiths, propriétaire d'une usine de cols de chemise à Lycurgue, dans l'État de New York.

Faible, vaniteux, ignorant, sensuel, attiré par le fruit défendu, Clyde entretient une relation clandestine avec une petite ouvrière, Roberta Alden, qui le croit sincèrement amoureux  d'elle. Mais, lors d'une soirée chez son oncle, il est remarqué par la belle Sondra Finchley, une hautaine héritière qui s'éprend de lui. Clyde se voit déjà riche. Mais Roberta est enceinte. Blessée par son infidélité, elle le menace de scandale. Après avoir tenté en vain de la faire avorter, Clyde décide de s'en débarrasser en la noyant…

Considéré aux États-Unis comme l'un des 100 plus grands romans jamais écrits en anglais, Une tragédie américaine a fait l'objet d'adaptations théâtrales, télévisées et cinématographiques – Une tragédie américaine (1931) de Josef von Sternberg avec Phillips Holmes, Sylvia Sidney et Frances Dee, ainsi que le très célèbre Une place au soleil (1951) de George Stevens avec Elisabeth Taylor et Montgomery Clift. Il est également à l'origine d'un opéra du même nom, composé en 2005 par Tobias Picker.

Un chef-d’œuvre impérissable !

Bernard DELCORD

Une tragédie américaine par Theodore Dreiser, traduction de Victor Llona revue et corrigée par Victor Lupan, Paris, Éditions Motifs, collection « Grand Format », septembre 2015, 991 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 21,50 € (prix France)

22 08 15

"Le" policier à lire !

_marmet.jpgSi vous hésitez à lire un roman policier, pour une quelconque raison, n’en lisez qu’un ! Celui de Pascal Marmet : « Tiré à quatre épingles », un titre qui est un joli jeu de mots sur l’expression et sur une statuette africaine ensorcelée, que l’on voit en couverture.  
L’auteur m’a vraiment attiré de page en page, de séquence en séquence, avec des rebondissements, des coups de théâtre ; un sens intelligent de la composition et du suspens incroyable ! Depuis la première page, on a envie de connaître la clé de l’énigme : c’est bien le but d’un roman policier.

Celui-ci a vraiment tout pour nous plaire : l’actualité, les descriptions, les dialogues et des personnages ! Quels personnages ! Du commandant Chanel à l’enivrante et sulfureuse Albane, de l’elfe aux chaussures vertes jusqu’à l’ado paumée Salomé ! Tous sont à leur place, arrivent au bon moment dans l’histoire, sont une pièce d’un puzzle fantastique !

Dès le premier paragraphe, le ton est donné : « Qu’ils soient soporifiques ou percutants, le commandant Chanel abhorrait les discours. Il préférait le murmure des aveux et le bruit intense de la respiration du présumé coupable. »

Pour notre plaisir littéraire, Pascal Marmet (à la manière d’une Amélie Nothomb) nous jette en pâture un mot ou deux, dont il faut chercher le sens (même si le contexte nous l’indique). Ainsi de « banche », un moule en béton dans les chantiers ; ainsi de « oriel », une fenêtre en encorbellement ; ainsi enfin de « thérémine », instrument de musique quasi électronique !

Je ne vous dirai rien de l’histoire haletante, ni de l’ambiance des gares, ni de celle des musées africains ou du 36 quai des orfèvres, appelé à être déménagé. Mais je vous conseille, par exemple, de savourer le chapitre appelé « Gevéteraconter », une superbe rencontre avec une petite fille dans le train, Milène, qui ne dessinera pas un mouton mais jouera au jeu des sept familles…

Un polar, un vrai de vrai, un bon de bon (pour utiliser un phrasé branché : un bon de chez bon !)

J’avais déjà apprécié « le roman du parfum » et « le roman du café », cette fois, Pascal Marmet nous entraîne dans un parfum de sorcellerie et une saveur de mystère.

Jacques MERCIER

Tiré à quatre épingles, roman policier, Pascal Marmet, édition Michalon, 18 euros, 272 pages. http://www.michalon.fr

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